7 idées fausses à propos de la déflation

7 idées fausses à propos de la déflation

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Article de Martin Weiss, publié le 7 décembre 2015 sur ETF Daily News :

« La déflation met au défi les esprits les plus brillants de la Fed, défie les investisseurs futés de Wall Street et risque de tailler en lambeaux les stratégies de millions d’investisseurs.

Pourtant, parmi ceux qui prennent les décisions qui décideront de notre avenir, aucun n’a vécu un épisode prolongé de déflation sévère. C’est également mon cas. Je suis né en 1946, peu de temps après que des décennies de déflation soient devenues de l’histoire ancienne aux États-Unis. J’ai vécu au Japon durant des périodes déflationnistes mais il s’agit d’une autre histoire…

Ce qui me dote d’une compréhension viscérale de la déflation est le demi-siècle que j’ai passé avec mon père, J. Irving Weiss, l’un des rares économistes qui ont conseillé les investisseurs durant la période déflationniste des années 30 aux États-Unis mais qui l’avait également prédite.

Mon père était tellement fier de cet exploit qu’il m’en parlait dès mon plus jeune âge, dès que je fus capable de gonfler un ballon. Je me souviens d’une telle conversation alors que j’avais six ans et que je marchais sur une plage brésilienne.

Les mythes de l’inflation réfutés

De ce fait, je peux réfuter les 7 idées fausses que l’on entend le plus souvent à propos de la déflation :

Idée fausse numéro 1 : déflation = récession

La déflation (la baisse des prix) est différente de la récession (l’activité économique qui recule). Parfois les deux se manifestent en même temps mais pas toujours. Par exemple :

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Idée fausse numéro 2 : la déflation est négative pour l’or

La plupart des gens pensent que la déflation est mauvaise pour l’or mais mon père a pu voir de ses propres yeux que les années 30 furent positives pour le métal jaune et même pour les actions minières.

Homestake, par exemple, atteignit un plus bas de 65 $ par action après le crash pour atteindre plus de 130 $ en 1931. En 1933, l’action a encore doublé à plus de 350 $. À son pic de 1936 l’action valait 540 $. Son cours a donc été multiplié par sept.

Les dividendes ont également doublé, redoublé et doublé encore, atteignant 56 $ par action en 1935. Rendez-vous compte, le dividende remboursait presque le prix de l’action. (…)

Idée fausse numéro 3 : la déflation a démarré après le crash de 1929

La déflation de cette période n’a pas commencé en 1929 avec le crash boursier. Le phénomène avait en fait démarré au début des années 20 pour se poursuivre tout au long de la décennie. Dans un même ordre d’idées, le premier crash financier des années 20 n’a pas eu lieu à New York et ne concernait pas le Dow Jones. Le premier fut le crash immobilier de Floride de 1925-1926.

Idée fausse numéro 4 : les Années Folles furent une période de prospérité pour tous

Tout le monde n’a pas prospéré durant les Années Folles (années 20). Même si les élites de Wall Street et industrielles ont empoché des fortunes, les familles rurales plongeaient quant à elle dans la pauvreté.

Idée fausse numéro 5 : les Années Folles, une période d’inflation

Les années folles n’ont pas suffi pour faire grimper les prix à la consommation. Bien au contraire, l’indice des prix à la consommation américain qui avait déjà fortement chuté à la fin des années 10 jusqu’au début des années 20 a repris sa chute en juillet 1926. Celle-ci n’a cessé ensuite de se poursuivre jusqu’en mai 1929. Il ne s’agissait pas de basse inflation comme on la connaît aujourd’hui mais de déflation pure et simple.

Idée fausse numéro 6 : l’inflation est la norme

L’inflation n’est pas nécessairement la norme d’un point de vue historique. Oui, elle fut peut-être plus fréquente que la déflation mais outre les années 20 et les années 30, le monde a connu des périodes prolongées de déflation massive durant le 14e siècle, durant les années 1860 et 1870.

Idée fausse numéro 7 : la déflation est engendrée par des erreurs de politique

Tous ces épisodes de déflation n’ont pas été causés principalement par des erreurs de politique ou des événements géopolitiques uniques. Ce furent des phénomènes économiques naturels qui se sont produits durant des ères différentes dans un contexte politique particulier et qui se sont déclenchées pour des raisons différentes. (…)

D’après les auteurs du National Bureau of Economic Research, il existe trois types de déflation : la bonne, la mauvaise et la désastreuse :

  • La bonne déflation : elle est engendrée par une augmentation importante de l’offre. Non seulement cela engendre des prix inférieurs mais aussi une hausse des profits, des salaires réels en hausse, une augmentation du cours des actions et un contexte positif pour Wall Street.
  • La mauvaise déflation : elle a lieu dans un contexte de récession économique alors que la demande pour les produits et les services chute rapidement.
  • La déflation désastreuse : elle a lieu lorsque les prix baissent fortement dans un contexte de dette élevée. C’est dans un tel scénario que l’on assiste à des faillites, à des crashes obligataires voire même à des défauts souverains. (…)

Et les QE dans tout cela ?

Certains experts affirment aujourd’hui que la déflation est impossible en raison des assouplissements quantitatifs massifs des banques centrales, conçus pour créer de l’inflation.

En théorie ce raisonnement semble sensé mais dans les faits il est complètement erroné. Malgré les QE massifs de la Fed, de la BCE, de la BoJ, de la banque de Chine et de la banque d’Angleterre, les cours des matières premières ont chuté et notamment le pétrole. (…)

La vélocité de la monnaie a commencé son déclin dans les années 90 pour ensuite plonger à partir de 2009. Ce fait, en conjonction avec la création de crédit qui est insuffisante (note : celle-ci devant être exponentielle pour continuer à créer de l’inflation), explique pourquoi les QE ne marchent pas. (…) »

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