Le cancer secret des États-Unis : le chômage de longue durée

Le cancer secret des États-Unis : le chômage de longue durée

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chomeurs après la crise de 29

Nous démontons régulièrement le mensonge du taux de chômage officiel américain à +- 5 % via des articles factuels ; aujourd’hui, nous vous proposons de plonger dans la réalité concrète du marché du travail au pays de l’oncle Sam via cet article d’Andrew Soergel d’UsNews.com, publié le 9 juin 2016, et sous-titré :

Un taux de chômage de 4,7 % semble génial en surface. Mais les apparences peuvent être trompeuses

Sur papier, John Fugazzie avait fait tout ce qu’il fallait avant ses longues périodes de chômage, la plus récente ayant commencé en 2012, environ 3 ans après la fin officielle de la Grande Récession.

Il avait empoché un diplôme d’enseignement supérieur pour ensuite poursuivre et décrocher une maîtrise en Administration des Affaires de l’université Rutgers. Il a ensuite accumulé des décennies d’expérience en tant que cadre dans les secteurs de la grande distribution et de l’alimentaire. Il a occupé des postes tels que manager senior du merchandising, directeur des ventes et du marketing et même vice-président exécutif. Il avait même lancé sa propre société de conseil afin de percevoir des revenus supplémentaires susceptibles de lui offrir un filet de sécurité si les choses devaient mal tourner.

Mais pendant 2 périodes d’environ 18 mois sur les 6 dernières années, Fugazzie a connu un nouveau titre : chômeur.

« Mon histoire est marquée du sceau de la malchance. J’ai connu le pire dans tout. J’ai perdu ma maison. J’ai perdu mon assurance-vie, » a-t-il déclaré. « Ma carrière était couronnée de succès. J’ai passé beaucoup de temps dans le secteur alimentaire, grimpant les échelons. À chaque fois que je devais changer de job, c’était facile… Je ne comprenais pas ce qui se passe. »

Si l’économie américaine a continué d’éliminer des postes bien après la fin de la Grande Récession en 2009, le pays a créé plus de 14 millions d’emplois nouveaux durant le redressement du marché du travail. Il y a plus d’Américains qui travaillent que jamais, le taux de chômage a baissé à 4,7 %, un plus bas de plusieurs années.

Mais Fugazzie sera le premier à vous dire que ces chiffres du gouvernement ne révèlent pas la situation globale de l’économie.

« Il ne s’agit pas d’un reflet exact du marché, cela fait des années que c’est le cas, » a-t-il déclaré. « Dans le dialogue national, ils affirment que l’on peut créer des emplois. La réalité est que nous avons besoin d’en créer beaucoup plus qu’il n’y en a actuellement. » (…)

(L’article évoque la baisse continuelle de la population active qui fait baisser artificiellement le taux de chômage, sujet que nous avons couvert à de maintes reprises.)

« Je pense que l’économie est en état d’hémorragie, le drainage se passe lentement. C’est comme un cancer secret dont personne ne s’occupe. »

Un sondage récent Harris permet de découvrir la dure réalité du chômage à long terme aux États-Unis. Environ 51 % des plus de 1500 chômeurs interrogés affirment ne plus avoir travaillé depuis 2014, ce qui signifie que ces chômeurs ne sont probablement plus comptabilisés dans les chiffres mensuels du chômage.

43 % de tous ces chômeurs, et 59 % de ceux qui n’ont plus travaillé depuis plus de 2 ans ont déclaré « avoir abandonné leur recherche d’emploi ». En général, l’enquête suggère que des millions d’Américains sont mis sur la touche, en dehors du champ de comptabilisation des statistiques du gouvernement et sans aucun espoir de revenir dans la partie.

« C’est l’histoire d’une économie à 2 vitesses, » a déclaré Bob Funk, CEO de la société de recrutement  Express Employment Professionals, dans un commentaire accompagnant le rapport. « Il est effrayant de voir le nombre de gens qui pourraient travailler et qui affirment avoir abandonné. Le pays ne peut se permettre de laisser tomber autant de gens. »

Lorsque le taux de chômage prend en compte ceux qui n’ont plus cherché un emploi durant l’année précédente, on atteint déjà le chiffre officiel de 9,7 % selon le mode de calcul officiel U-6, qui n’est pourtant pas parfait. Mais celui-ci offre déjà une vision plus réaliste du chômage aux États-Unis. (…)

« Je suis toujours déçu de constater que les politiciens ne creusent pas davantage. Ils ne veulent pas donner l’impression aux gens que nous sommes dans de sales draps, » a déclaré Fugazzie. « Trump affirme qu’il peut rapatrier les emplois, mais il n’explique jamais comment. Obama, de son côté, ne cesse de se vanter des chiffres, qui sont bons. » (…)

En 2011, Fugazzie a créé l’association Neighbors-helping-Neighbors USA qui tient régulièrement de petites réunions de groupe afin de peaufiner les CV des chercheurs d’emploi, leur stratégie de réseau ainsi  qu’échanger des conseils. Fugazzie le compare à Weight Watchers et à l’athlétisme : c’est rigoureux, personnalisé et exige un engagement prolongé pour obtenir des résultats : « pour moi, c’est comme un entraînement sportif. Nous sommes tous des sportifs de la recherche d’emploi que nous faisons en équipe. Aujourd’hui, retrouver du travail est une véritable compétition sportive. Il faut étoffer ses compétences, de la pratique, savoir se vendre et développer comme un fou son réseau. »

Fugazzie a fini par retomber sur ses pieds. Il est aujourd’hui directeur du Hudson County Workforce Development Board et professeur à l’université Fairleigh Dickinson. Il poursuit néanmoins son combat contre le chômage avec son association. (…)

Ce qui explique le succès de ses efforts, ainsi que la raison pour laquelle il est resté aussi longtemps sans emploi, est à chercher du côté de la transformation du marché du travail. Les jobs à bas salaire dans les services et les emplois de haut niveau technique semblent être les seules opportunités nombreuses aujourd’hui, affirme-t-il, tandis que ceux qui ont des compétences moyennes, donc historiquement ceux qui font partie des classes moyennes, doivent se battre pour saisir les maigres opportunités. (…)

« La reprise a bouleversé l’emploi. Les opportunités qui reviennent proposent des salaires beaucoup moins élevés, » affirme Fugazzie. « Je travaille actuellement à un salaire bien inférieure à ma moyenne depuis le début de ma carrière. Beaucoup de gens sont dans la même situation que moi. »

Il y a aussi beaucoup de chômeurs qui sont beaucoup moins qualifiés que Fugazzie et qui sont embourbés dans le chômage. S’il est parvenu à s’en extirper à 2 reprises, d’autres n’auront pas cette chance.

« Ceux qui ont des compétences et un emploi perçoivent une lente amélioration, mais continue, depuis la Grande Récession, » a déclaré Funk. « Mais ils sont beaucoup trop nombreux à être laissés au bord du chemin, un fait souvent masqué par la baisse du taux de chômage et le faible taux de participation à la population active. »