Egon von Greyerz : la croissance exponentielle n’est pas un environnement viable

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Interview d’Egon von Greyerz par KWN, publiée le 31 mai 2016 :

« Le citoyen lambda pense vivre dans une ère normale, qu’il vive dans une zone de guerre ou dans un lieu privilégié. Il en va de même avec l’économie. En Occident, tout le monde croit que les marchés grimpent toujours, que l’immobilier augmente toujours et que les obligations représentent l’investissement le plus sûr qui soit. Ces marchés forts ont été la norme pour l’investisseur moyen durant les 100 dernières années. Tous ces actifs grimpent, tandis que lorsqu’ils baissent il s’agit d’une simple correction.

Jusqu’à présent, les investisseurs ont eu raison de rester exposés aux marchés. Toute personne possédant un portefeuille varié d’actions, d’immobilier et d’obligations a empoché une véritable petite fortune durant les 100 dernières années. Pour y parvenir, pas besoin d’avoir de connaissances particulières. Il suffisait d’acheter ces investissements de qualité et d’attendre. Oui, il y a eu quelques moments effrayants, notamment pour ceux qui ont acheté des actions lorsque le Dow s’élevait à 400 points en  1929.

Dès 1932, ces investisseurs avaient perdu 90 % de leur argent pour se sentir très pauvre. Mais 24 ans plus tard, la situation d’origine était rétablie et aujourd’hui, leurs héritiers qui posséderaient le même portefeuille bénéficieraient d’un joli retour de 4400 %. Toute personne intelligente qui a investi 10.000 $ dans le Dow à son plus bas de 1932 disposerait aujourd’hui d’un capital de 4,5 millions de dollars. Observer les choses avec du recul est bien entendu la plus exacte des sciences. J’essaie simplement de montrer que durant ces 100 dernières années, il suffisait d’être patient pour faire de l’argent en investissant.

La plupart des investisseurs pensent que c’est leur intelligence qui leur permet de faire fortune. À la fin des années 90, par exemple, tout le monde était devenu un expert du Nasdaq et des titres Internet. Jusqu’à ce que ces gens perdent de 80 à 100 % de leur investissement début des années 2000. À ce moment-là, tous ces experts autoproclamés se sont volatilisés. La plupart des gens ne comprennent pas que leurs gains sur les marchés n’ont rien à voir avec leur flair. C’est simplement le fait de la générosité des gouvernements et des banques centrales. La création de la Fed en 1913 fut le début d’une méthode infaillible pour gagner de l’argent, surtout pour les banques. La Fed fut une création des banques privées pour leur profit, et celui des grands investisseurs. Comme l’a dit Mayer Amshel Rothschild : « donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation et je me moque de qui fait ses lois. »

Donc, en 1913, une période extraordinaire de 100 ans a démarré, qui a mené à l’explosion totale des prix de la plupart des classes d’actifs, de la population, de l’inflation, de la croissance du crédit ainsi que des progrès de la médecine de la science. La croissance rapide n’est pas mauvaise en soi. Mais lorsqu’elle devient exponentielle et qu’elle s’applique à tout un continent ou à la planète, il est fort probable que cela ne dure pas et qu’un mouvement substantiel inverse ait lieu.

La croissance démographique

Prenons par exemple la croissance démographique. Pendant presque 12.000 ans, la population mondiale a grimpé progressivement pour atteindre 1,2 milliard d’individus en 1850. Elle a ensuite atteint 1,4 milliard d’habitants au début du 20e siècle. Mais depuis, comme le montre le graphique ci-dessous, la démographie a littéralement explosé.

croissance démographique

La prospérité, l’alimentation et les progrès de la médecine ont contribué à cette croissance exponentielle. Les experts s’attendent désormais à voir la population mondiale doubler d’ici 2100. C’est à mon avis très peu probable. A voir l’explosion de la courbe, la tendance devrait se terminer subitement. (…) À un moment donné, la population mondiale va baisser de 30 à 50 %. (…)

L’inflation

Une autre tendance insoutenable est l’explosion de l’inflation américaine. Entre 1665 et le début des années 1900, l’inflation annuelle s’est élevée à maximum 1-2 %. Puis, à partir de 1913 et la création de la Fed, l’explosion du crédit et la création monétaire ont démarré. Dans un premier temps, les choses ont évolué graduellement mais en 1971, lorsque Nixon annula la convertibilité du dollar en or, l’inflation se mit à augmenter de façon exponentielle, tout comme le crédit.

historique inflation us

Je sais que certains diront que nous ne voyons aucun signe d’inflation aux États-Unis ou dans le monde, qu’il y a des pressions déflationnistes actuellement. Cela s’explique de plusieurs façons. Tout d’abord les gouvernements bidouillent délibérément les chiffres de l’inflation. Deuxièmement, le crédit et la création monétaire n’atteignent pas les consommateurs. Ils profitent aux banques et aux investisseurs, ce qui explique les bulles financières des marchés actions, de l’immobilier, des obligations, etc. Tout comme la bulle démographique, la croissance exponentielle de l’inflation ne se poursuivra pas. (…)

La croissance de la dette

Le 3e pic est la croissance explosive de la dette mondiale. C’est ce qui a engendré le foutoir dans lequel nous nous trouvons. Les banquiers centraux sont devenus tellement voraces qu’ils ont perdu le contrôle du système monétaire. (…) L’explosion des déficits des gouvernements, de la dette, de l’insolvabilité du système bancaire en combinaison avec les taux plancher ou négatifs ont engendré un monstre que les banques centrales ne savent plus comment contrôler, si ce n’est en doublant la mise. (…)

Voyez comment la dette a explosé de 22 fois durant les 35 dernières années, de 10 trillions à 230 trillions. Dans l’intervalle, le PIB mondial n’a progressé que 7 fois. Pour être gentil, on parlerait de loi des rendements décroissants. (…)

dette mondiale historique

Le monde ne peut poursuit sa croissance naturelle avant l’effacement de la dette actuelle de 230 trillions de dollars ainsi que des 1,5 quadrillion de produits dérivés. Cela devra avoir lieu tôt ou tard. Nous connaîtrons alors une dépression qui fera disparaître la plupart de la dette ainsi que les actifs comme les actions, l’immobilier et les obligations, dont la valeur baissera de 90 % ou plus. Bien sûr, tout cela semble impossible aujourd’hui, mais ces 3 graphiques montrent qu’il s’agit d’une probabilité qui devra avoir lieu sur une stricte base logique. La seule question est de savoir quand cela arrivera. (…) »

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