Egon von Greyerz : La Fed n’a aucune idée de ce qu’elle fait

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Dans sa dernière interview sur KWN, Egon von Greyerz explique que la Fed est dénuée de toute ligne directrice et agit au jour le jour sans trop savoir ce qu’elle fera demain :

« Il y a 4 personnes dont les mots et les actions sont considérés comme critiques pour l’économie mondiale. Je les appelle les « 3 hommes pas très sages » et la dame égarée. D’un côté, nous avons Janet Yellen qui a supprimé le mot « patient » de son communiqué alors que de l’autre elle affirme que « la Fed n’est pas impatiente ». Elle assène par la suite que « cela ne signifie pas que la Fed n’augmentera pas ses taux en juin », tout en déclarant dans la foulée que « nous ne pouvons pas écarter cette possibilité ». On ne pourrait pas inventer un tel charabia. Il s’agit du communiqué de la Fed le plus confus et saugrenu que j’aie jamais lu.

La Fed demande à la JP Morgan ou à Goldman Sachs ce qu’elle doit faire

Cela ne fait que prouver ce que j’affirme depuis toujours, « la Fed n’a aucune idée de ce qu’elle fait ». Ils ont toujours étalé leur incapacité de faire la moindre prédiction exacte, leurs prévisions sont systématiquement fausses. Tout ce qu’ils font c’est réagir aux événements en demandant à la JP Morgan et à Goldman Sachs quoi faire.

Clairement, l’économie américaine serait beaucoup plus forte et plus stable si la Fed n’existait pas, si les États-Unis disposaient de marchés libres opérant sans ces manipulations et ces interventions. Mais bien entendu ce n’est pas que de la faute de la Fed. Nous avons également les « 3 hommes pas très sages » du Japon, de Chine et d’Europe. Ils sont également à la tête d’économies majeures basées sur la dette, les déficits et la création monétaire.

Notre monde en faillite ne peut être sauvé

Pour en revenir à la Fed, j’ai du mal à comprendre pourquoi les marchés portent autant d’attention à chacun des mots de ses communiqués. Nous savons que la Fed ne peut rien changer. Tout ce que leur communiqué est parvenu à faire c’est créer de la volatilité à court terme. Le destin des États-Unis et de l’économie mondiale est déjà fixé, aucune banque centrale ne peut sauver notre monde en faillite.

La Fed est dans l’incapacité d’augmenter ses taux et ne le fera pas. Depuis le début de l’année, les banques centrales ont procédé à 24 réductions de taux directeurs.  Ne pensez pas qu’une économie américaine massivement surendettée puisse aller contre cette tendance. Tout d’abord, la bulle des actions américaines exploserait. Deuxièmement, le dollar continuerait de s’apprécier. Troisièmement, l’économie ne pourra supporter des taux plus élevés sur sa dette.

50 millions d’Américains dépendent des food stamps

Cela fait désormais presque 7 ans que les États-Unis jouissent de taux quasi nul malgré cela l’état de l’économie ne s’améliore pas. 50 millions de gens dépendent des Food Stamps l’équivalent moderne de la soupe populaire. Quasi tous les indicateurs économiques récents sont soit en dessous des attentes, soit négatifs comme l’immobilier, les ventes de détail, la production industrielle, etc.

Cette tendance à l’affaiblissement suggère une récession au premier trimestre 2015 (note : GDPnow, le modèle de la Fed d’Atlanta qui évalue en temps réel la croissance américaine est à 0,3 %, voir ci-dessus). Pourtant le ratio valorisation des marchés actions / PIB est à son plus haut depuis 100 ans, à l’exception de la période 1999-2000. Il s’agit d’un signe très important qu’une bulle existe. Mais la plus grosse bulle c’est évidemment le marché obligataire qui pèse 100 trillions de dollars, sans oublier les 500 trillions de produits dérivés en relation avec ces obligations.

La panique découlera de l’explosion de la bulle des produits dérivés

Ce ne sont pas les banques centrales qui augmenteront les taux, ce seront les investisseurs des marchés obligataires lorsqu’ils réaliseront que les états sont incapables de rembourser leur dette avec de l’argent véritable. Tandis que ces investisseurs commenceront à liquider leurs portefeuilles obligataires, les marchés paniqueront et la bulle des produits dérivés explosera.

Je m’attends à ce que les taux soient éventuellement substantiellement plus élevés à ceux de la fin des années 70 et du début des années 80, soit de 15 à 20 %. Regardez déjà les emprunteurs qui sont actuellement difficultés. Un plan de sauvetage serait à nouveau nécessaire pour Fannie Mae et Freddie Mac. La dette du secteur pétrolier est passée d’un trillion de dollars en 2006 à 2,5 trillions aujourd’hui. Alors que le baril de pétrole est à moins de 50 $, une grande partie de ce secteur a la tête sous l’eau.

La tragédie grecque continue

En Europe, la saga grecque se poursuit. La Grèce est en faillite, elles ne disposent même plus de l’argent nécessaire pour payer les salaires des fonctionnaires et ses factures. Le gouvernement grec a donc fait main basse sur la trésorerie des fonds de pension et des sociétés publiques. Le marché commence à se préparer à un défaut grec qui déboucherait sur une perte de 320 milliards d’euros. Le problème c’est que cela ne s’arrêterait pas là. La contagion toucherait des pays comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la France, etc. C’est pourquoi la troïka (ou « Les Institutions » pour Mr Tsipras…) : la BCE, l’UE et le FMI fera tout pour éviter un Grexit mais je doute qu’elle réussisse.

En ce qui concerne l’or et l’argent, il est trop tôt pour affirmer que le vent a tourné. Quoi qu’il en soit, l’or et l’argent ne pourront que grimper au cours de 2015. Les cours actuels doivent être considérés comme des affaires dont il faut profiter. »

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