Egon von Greyerz : les signes annonciateurs de l’hyperinflation

Egon von Greyerz : les signes annonciateurs de l’hyperinflation

0

De nombreux analystes de KWN prennent en compte un scénario économique qui mènerait à l’hyperinflation. Pour Egon von Greyerz, ce scénario est quasi une certitude. Il l’a expliqué pourquoi dans sa dernière interview sur King World News, en détaillant ce qu’il a vécu en Grande-Bretagne dans les années 70 (source) :

egon-von-greyerz-Or

Egon von Greyerz : « Tous les jours, nous recevons des signaux qui nous rappellent que l’hyperinflation est en route. Le Congressional Budget Office estime désormais que la dette américaine augmentera de 10 trillions pour atteindre 27 trillions d’ici 2024. Cela signifie évidemment que les déficits vont exploser, ainsi que la création monétaire, étant donné que vu les déficits chroniques de l’Amérique, plus personne ne voudra acheter de Treasuries. Cela signifie que l’intégralité des émissions devra être monétisée, donc achetée par la Fed.

Les conséquences de cette monétisation de la dette seront horribles. Le dollar s’effondrera tandis que les taux d’intérêt s’envoleront. Cela me rappelle les années 70. L’âge n’est pas synonyme de sagesse, mais il fournit un avantage majeur en termes d’expérience.

En 1972, je débarquais au Royaume-Uni de ma Suisse natale. J’étais le CFO de la plus grande chaîne britannique d’électronique, Dixons. J’ai reçu mes premières options quand le titre de la société était à 1,3 livre sterling. 3 ans plus tard, ces options valaient 11 centimes. Elles avaient chuté de 1,3 à 0,11.

J’ai acheté ma première maison en Grande-Bretagne en 1973. Le taux d’intérêt sur le crédit hypothécaire était de 21 %. J’ai payé ce taux pendant une courte période, ensuite 18 % pendant le reste du temps. Posez-vous la question de savoir combien de gens pourraient acheter une maison aujourd’hui en payant 18 % d’intérêts ? Quasi personne.

Bien sûr, à l’époque, une récession majeure frappait l’ensemble de la planète. De plus, en Grande-Bretagne, les mineurs faisaient grève, la semaine de travail faisait 3 jours car pendant 2 jours il n’y avait pas d’électricité. Dans mon cas, chez Dixons, nous devions vendre du matériel électronique à la lueur des chandelles. Bien sûr, nous étions incapables de montrer aux gens comment les appareils fonctionnaient.
Évidemment, cela a débouché sur une pénurie de bougies. Nous devions les importer de Suisse. En 1972, l’inflation au Royaume-Uni s’est élevée à 8 %, pour doubler à 16 % 1974. Il s’en est suivi une période de 8 ans avec une inflation annuelle de plus de 10 %. Que s’est-il passé avec la monnaie ?

Lorsque je suis arrivé au Royaume-Uni en 1972, vous pouviez recevoir 10 francs suisses avec une livre sterling. 6 ans plus tard, vous n’en receviez plus que 3. La livre avait donc perdu 2/3 de sa valeur. Aujourd’hui, vous n’en recevez plus qu’un et demi. Voilà ce qui arrive à une devise faible dans un environnement économique mal géré. Heureusement, à l’époque, nous n’étions pas aussi dépendants de l’informatisation. Aujourd’hui, une semaine de 3 jours de travail mènerait à une véritable paralysie.

Si je vous raconte cette histoire, c’est que la situation actuelle des États-Unis et de nombreux autres pays est très similaire à celle des années 70. Et l’augmentation exponentielle de la dette aux États-Unis et ailleurs mènera inévitablement à l’hyperinflation, soit des taux d’intérêt très élevés et des devises qui s’effondrent.

Bien sûr, ce cercle vicieux entraînera des taux d’intérêt à la hausse et une chute des recettes fiscales. À cela il faut encore ajouter les problèmes du système financier, où les créances douteuses s’accumulent. Sans parler des 1,4 quadrillion de produits dérivés qui pourraient exploser. Il n’est vraiment pas difficile d’envisager l’hyperinflation.

Pour en revenir aux années 70, en 1972 l’or était à 40 $ l’once. 8 ans plus tard, il était à 850 $. Mais la hausse ne fut pas linéaire. En décembre 1974, le cours était de 204 $. En août 1976, l’or avait plongé à 108 $. Ce fut une énorme correction de 50 %, tout le monde crut à l’époque que le marché haussier de l’or était terminé. Mais, entre août 1976 et janvier 1980, le cours de l’or fut multiplié par 8,5. Si nous devions revivre ce scénario aujourd’hui, cela signifierait plus de 10.000 $ l’once d’or.

Mais nous ne sommes pas dans les années 70. La dette et la création monétaire à travers le monde sont bien plus importantes. Quasi toutes les économies sont en difficulté. Il y a également d’énormes risques géopolitiques.

Après son explosion, l’or n’aura plus son statut d’entre 1980 et 2000, une longue période de correction. Car d’ici quelques années, l’or retrouvera son statut de monnaie, que ce soit par la défiance des gens envers les monnaies papier ou par son intégration dans le système monétaire même. Après l’explosion du cours de l’or, je ne m’attends pas à une correction. »