Egon von Greyerz sur la Deutsche Bank et la folie des banques

Egon von Greyerz sur la Deutsche Bank et la folie des banques

Egon von Greyerz

Interview d’Egon von Greyerz du 20 octobre 2015 (source KWN) :

« Nous venons d’avoir une nouvelle confirmation que les banques jouent avec des sommes dont elles-même ne réalisent pas l’importance. Un jeune employé de la Deutsche Bank a versé 6 milliards à un hedge fund, un montant qui était la valeur brute de la position alors qu’il aurait du payer le net. Cela résume l’exposition incontrôlable du système bancaire qui mènera sa perte.

Comment un jeune employé d’une grosse banque a-t-il pu payer la somme incroyable de 6 milliards de dollars sans aucun contrôle ? Le monde est devenu fou. Les gouvernements créent des trillions, les banques émettent des produits dérivés pour des quadrillions, les banques jonglent quotidiennement avec des centaines de milliards. Les zéros n’ont plus aucune signification ou valeur. Il s’agit d’une routine pour ceux qui jonglent avec ces chiffres, mais personne ne réalise le risque ou l’exposition réelle qui se cachent derrière.

Rappelez-vous qu’en 1995 la banque londonienne Barings s’est effondrée après une perte de 827 millions de livres sterling. La chute de Barings a presque fait couler toutes les banques de Londres. La création monétaire et de crédit de ces 20 dernières années a créé un système financier incontrôlable, largement surleveragé et désespérément sous-capitalisé.

Les 100 trillions de produits dérivés de la Deutsche Bank

Prenons simplement la Deutsche Bank, dont les positions sur les produits dérivés sont officiellement de 75 trillions. Le chiffre réel est probablement au-dessus des 100 trillions, mais prenons le chiffre officiel pour argent comptant. Les actifs de la Deutsche Bank s’élèvent à 83 milliards de dollars. Cela signifie qu’une perte de 0,1 % sur sa position brute « produits dérivés » est suffisant pour mettre la banque en faillite. Or il est quasi sûr que toute perte sur ces produits dérivés serait supérieure à 0,1 %.

DB est également trop grosse pour l’Allemagne. Ses positions sur les produits dérivés représentent 24 fois le PIB annuel allemand, ou encore le PIB annuel mondial. DB ne peut être sauvée par l’Allemagne, et même par le monde. Mais la Bundesbank et la BCE essayeront quand même, créant au passage une nouvelle république de Weimar hyperinflationniste pour l’Allemagne.

Lorsque la prochaine crise se déclarera, les pertes sur ces produits dérivés pourraient s’élever à 100 % de l’exposition brute. De simples rustines ont été appliquées sur la crise de 2007. L’exposition du système financier actuel est bien pire qu’en 2007. Les banques affirmeront bien entendu le contraire. En théorie elles ont raison mais lorsque la contrepartie va au tapis, l’exposition brute devient la perte réelle.

La bombe à retardement des produits dérivés

Il est fort probable que l’exposition mondiale aux produits dérivés d’au moins 1,5 quadrillion n’engendrera pas une nouvelle crise financière mais un véritable désastre. Toutes les bulles des classes d’actifs, créées par les gouvernements et les banques centrales durant les 25 dernières années, doivent exploser avant que la croissance réelle puisse reprendre.

Mais les banques centrales n’abdiqueront pas facilement. Elles créeront des quantités d’argent inimaginables. Mais vouloir résoudre un problème avec la méthode qui en est l’origine ne fera qu’empirer les bulles et l’ampleur de l’effondrement, tout en générant un épisode temporaire d’hyperinflation qui sera ensuite suivi par une déflation/dépression. Malheureusement, la probabilité d’un tel scénario me semble très élevée. C’est pourquoi protéger son patrimoine est crucial. L’or physique (et un peu d’argent) est la meilleure protection aussi bien contre l’hyperinflation que la déflation. Ne perdez pas de vue que dans un crash déflationniste le système bancaire ne survit pas vu que les crédits ne sont pas remboursés. L’or deviendra alors la monnaie comme il l’a été pendant 5000 ans. »