Et si la chute du pétrole avait été provoquée par la fin du QE ?

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Pourquoi le pétrole a-t-il chuté si brutalement ? En 6 mois, il s’est effondré de +- 45 %. Vu que la demande n’a pas baissé de moitié, ou l’offre doublé dans l’intervalle (ou une combinaison des 2), on ne peut expliquer ce mouvement que par la baisse des capitaux qui spéculent sur le marché du pétrole. Pourquoi les capitaux se sont-ils retirés de ce marché ? En fait, en réfléchissant un peu, on constate que la chute du pétrole coïncide presque avec la fin du QE de la Fed. D’autres ont relevé cette coïncidence, dont Wolf Richter, qui a analysé QE et cours du baril. Les « coïncidences » sont troublantes :

« Une corrélation n’est pas une cause à effet : ce n’est pas parce que 2 choses se produisent en même temps que l’une est nécessairement la conséquence de l’autre, ce fait est compris.

Mais lorsque la Fed achète pour 3,6 trillions d’actifs avec de l’argent fraîchement créé, et lorsqu’elle permet à Wall Street d’emprunter à taux zéro pendant 6 ans, lorsque les autres banques centrales suivent ces politiques, il doit nécessairement y avoir des conséquences.

Nous savons que cet impact n’a pas eu lieu sur les prix à la consommation, même si cela arrivera peut-être plus tard. Ce sont les prix des actifs financiers qui ont été impactés.

Pendant longtemps, les gourous de Wall Street ont nié que cette création monétaire injectée dans le système pouvait faire monter les actions, les obligations, et d’autres actifs, vers les sommets. Lorsque quelqu’un osait brandir un graphique superposant la courbe du S&P500 avec le bilan de la Fed, ces gourous hurlaient qu’une corrélation n’est pas une cause à effet. Les actions grimpaient en raison des fondamentaux, nous disaient-ils.

Ce faisant, ils ignoraient même ce que le président de la Fed Bernanke avait expliqué dans un papier de 2010, concernant l’effet de richesse. Les « mesures fortes et créatives» de la Fed, comme il qualifiait sa politique de taux zéro et d’assouplissement quantitatif, soutiendront les marchés actions. « Et des marchés actions plus élevés donneront un coup de fouet à la richesse des ménages et aideront à améliorer la confiance, ce qui pourrait relancer la consommation. Cette relance mènera à des revenus plus élevés et des profits qui, dans un cercle vertueux, encourageront davantage l’expansion économique. »

Ces « mesures fortes et créatives » ont marché : les gens qui disposaient de grosses sommes à investir en ont profité. Le gonflement du prix des actifs a permis de renflouer les banques, Warren Buffet, GE, etc. Les épargnants ont été sacrifiés rituellement sur l’autel de Wall Street. Cela a marché mal gré l’état désastreux de l’économie. Par pour l’effet de richesse, bien sûr, cela n’a jamais fonctionné ; mais pour l’inflation des actifs financiers.

Mais quid du pétrole ? On a beaucoup écrit sur le sujet, des Saoudiens désireux de mettre l’industrie américaine (fracturation hydraulique) à terre, au surplus d’offre créée par cette même industrie. Mais est-ce que ce crash aurait-il pu être provoqué par la Fed ? Regardez le graphique ci-dessus.

Le QE1 a démarré en novembre 2008. Dans la foulée, il a mis un terme au crash du pétrole. (…) À la fin du QE1, le brut s’est plus ou moins stabilisé, pour ensuite repartir à la hausse avec le QE2. À la fin de celui-ci, le cours du pétrole repart à la baisse. La Fed devient nerveuse et démarre son opération Twist. Dans l’euphorie, le pétrole remonte, pour ensuite repartir à la baisse. L’opération Twist manquait de puissance de feu.

La Fed panique et lance alors son QE3, plus massif et dingue que les autres, sans spécifier de date d’expiration. Ce QE3 a permis de gonfler de nombreuses classes d’actifs, sauf le pétrole. Il n’est jamais retourné à son plus haut de post-crise d’avril 2011 (…).

Le pétrole était à 107 $ le baril fin juin, lorsque la Fed annonçait qu’elle allait mettre un terme à son QE. Les marchés du pétrole étaient satisfaits : le cours était assez élevé pour engendrer de beaux profits sans être trop cher, pour éviter d’étrangler l’économie mondiale. Les obligations d’entreprises pourries pour la fracturation hydraulique étaient à des taux planchers. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Puis le pétrole s’est effondré. Et l’effondrement s’est accéléré depuis la fin officielle du QE en octobre. Ok, une corrélation n’est pas une cause à effet. Cependant, la Fed avait annoncé la couleur en affirmant qu’elle voulait regonfler les classes d’actifs. Le pétrole fut l’une de ces classes qui a augmenté durant les différentes phases des QE et qui a baissé dans les intervalles. Et quand le dernier QE fut terminé, il s’est effondré de 45 %, sans que l’on sache jusqu’où il pourra descendre. Les actions énergétiques et les obligations pourries suivent la même course. (…)

De nombreux marchés sont noyés de liquidités. Mais cette liquidité est fournie par les capitaux spéculatifs (hot money), de l’argent emprunté pour engranger des profits et qui peut s’évaporer du jour au lendemain. Si le marché du pétrole est un exemple de ce qui se passera lorsque cet argent spéculatif quitte un marché, le futur risque de nous réserver quelques surprises. (…) »

3 Commentaires

  1. Je ne comprends rien à votre zinzin ! La seule qui soit à ma portée est la suivante : les USA/Israël obligent l’arabie saoudite à laisser les robinets ouverts pour affaiblir le rouble, et vendre à perte c’est tout !!! Si le quatar and co décidaient, nous ne vendons qu’à tel prix, ils le feraient, mais c’est le gouvernement de l’ombre US qui décide, semble-t-il !

    • La Russie accepte le dollar tant qu’elle peut le convertir en or, pour résumer en une ligne. Quand il n’y aura plus d’or pour recycler ses excédents en dollars, elle le refusera. C’est aussi simple que cela.

      Derrière la chute du pétrole, il n’y a que des hypothèses, mais je doute que ce soit la volonté des USA (c’est le secteur de la fracturation hydraulique qui a permis à leur économie de survivre, ce serait se tirer une balle dans le pied), mais bon, ce ne serait pas la première fois qu’ils font une erreur grossière d’appréciation. J’ai cru à ce scénario, mais aujourd’hui je crois que c’est plutôt le pétrole qui retourne vers un cours plus proche de l’activité économique réelle, vu que les liquidités du QE ont fait baisser la spéculation sur ce marché.

      • Cela prouve bien que je n’y comprends rien, j’ai toujours entendu dire qu’il suffisait aux pays producteurs de baisser leurs production pour refaire monter les cours. Il y a une magouille géopolitique là-dessous.

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