Grant Williams : pourquoi la prochaine ruée vers l’or sera épique

Grant Williams : pourquoi la prochaine ruée vers l’or sera épique

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Article de Grant Williams publié sur KWN :

Avec le recul, la guerre froide fut plutôt un combat du genre Mohamed Ali contre Cooperman que Batman contre Superman. Mais à l’époque, le monde vivait dans la crainte d’une résolution cataclysmique du conflit. Cela semble de l’histoire très ancienne, mais entre 1946 et 1991, la peur du communisme était très présente.

Durant toute cette période, le cours de l’or, le baromètre ultime de la peur, s’est comporté de façon logique… lorsque Nixon a annulé la convertibilité du dollar en or à partir du 15 août 1971, évidemment.

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Durant les années 80 et 90, il n’y avait pas grand-chose à dire sur les avoirs en or des banques centrales asiatiques. Grâce au FMI et à la banque mondiale, on peut les connaître en détail :

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Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessus, l’augmentation importante du cours de l’or durant les années 70 a eu lieu dans un environnement hautement inflationniste, en pleine guerre froide. Mais alors que les banques centrales asiatiques n’achetaient pas d’or (ces pays incluent la Chine, l’Indonésie, le Japon, le Laos, la Mongolie, la Birmanie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Vietnam ainsi que les îles du Pacifique).

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Par contre, si on observe les réserves en devises de ces pays, la situation est complètement différente. Elles sont passées d’environ 300 milliards de dollars en 1994 à 5,8 trillions de dollars à la fin 2013.

Cette ascension irrésistible a fourni aux nations asiatiques 2 choses dont elles ne disposaient pas lorsque l’or a explosé dans les années 70, en raison de l’inflation et de la peur d’un conflit entre les 2 superpuissances : un pouvoir d’achat extraordinaire et le besoin de se diversifier en raison des quantités énormes de dollars qu’elles possèdent.

Si nous ajoutons l’Inde au tableau (l’Inde fait partie de l’Asie du Sud, au même titre que le Bangladesh, Bhoutan, les Maldives, le Népal et le Sri Lanka, des pays que nous allons ignorer pour le moment), on peut également constater cette même augmentation du pouvoir d’achat (réserves de l’Inde, devises et or) :

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Mais il y a une pièce additionnelle, et vitale, du puzzle que nous devons ajouter avant de tirer des conclusions. Il s’agit bien sûr des actions de nos bonnes vieilles amies les banques centrales. Regardez plutôt :

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Ne voyez-vous pas quelque chose de bizarre ? Après l’effondrement du London Gold Pool en mars 1968, et lorsque l’on a enfin laissé fluctuer l’or pour que le marché détermine son prix, les banques centrales se sont mises doucement, mais sûrement, à augmenter leurs réserves pour ensuite se mettre à vendre, pour ne plus jamais s’arrêter de céder du métal jaune.

À partir du second trimestre de 1974, les banques centrales ont vendu de l’or au marché sans remords alors que le cours augmentait. Il s’agissait de loin de la plus grande source en métal physique du marché. Même s’il semble logique de vendre lorsque le cours augmente, en cas de tensions géopolitiques la réponse logique est d’acheter et de conserver de l’or. Cependant, vendre devrait contribuer à faire baisser son cours, non ?

Que se serait-il passé si les banques centrales n’avaient pas été aussi enclines à réduire leurs avoirs en or durant toute cette période ?

On ne le saura jamais, car elles auront vendu sans relâche jusqu’à la fin du communisme, donc de la Guerre Froide. Après quoi elles se sont mises à vendre de plus belle.

Alors que la menace rouge avait disparu, les banques centrales ont accéléré la cadence des ventes. Entre décembre 1991 et septembre 1999, l’or détenu par les banques centrales a baissé de 6 %, soit d’environ 1900 tonnes.

Ensuite, le 26 septembre 1999, les banques centrales d’Autriche, d’Italie, de France, du Portugal, de Suisse, de Belgique, du Luxembourg, d’Allemagne, d’Espagne, d’Angleterre, de Finlande, des Pays-Bas, d’Irlande, de Suède et la BCE ont toutes signées l’accord de Washington sur l’or.

Cet accord limitait les ventes d’or à 400 tonnes par an afin de juguler la tendance baissière après que Gordon Brown ait très intelligemment télégraphié la vente d’or de la Bank of England, une annonce qui avait entraîné le cours de l’or dans les abysses.

Conclusion : lorsque la ruée vers l’or redémarrera, le pouvoir d’achat du continent asiatique devrait propulser l’or vers des hausses encore plus importantes que celles des années 70.