L’indice burrito, ou comment calculer l’inflation réelle

L’indice burrito, ou comment calculer l’inflation réelle

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Article de Charles Hugh Smith, publié le 29 juillet 2016 sur Peak Prosperity :

« Chez moi, nous calculons l’inflation sur base de l’ « indice burrito » : de combien augmente le prix du burrito chez notre marchand préféré de tacos ? »

Vu que nous tenons des comptes détaillés de nos dépenses (une nécessité lorsque vous êtes un rédacteur free-lance), je suis en mesure de détailler l’inflation du monde réel via l’indice burrito avec une grande précision. Le prix d’un burrito normal chez notre marchand favori est passé de 2,5 dollars en 2001 à 5 $ en 2010 et à 6,5 dollars en 2016.

160 % d’inflation en 15 ans

Cela correspond à une augmentation de 160 % depuis 2001, alors qu’en 15 ans, l’inflation officielle nous dit qu’avec 1,35 dollar d’aujourd’hui, nous pouvons acheter ce qui coûtait un dollar il y a 15 ans. Selon l’inflation réelle, notre burrito ne devrait coûter que 3,38 dollars, soit 35 % de plus qu’il y a 15 ans. Il coûte pourtant 6,5 dollars, soit près du double de l’inflation officielle.

Depuis 2001, l’indice burrito, représentatif du monde réel, est 4,5 fois plus élevé que l’inflation officielle. La différence est énorme. Entre 2010 et aujourd’hui, l’indice burrito a enregistré une augmentation de 30 % des prix, soit près de 3 fois plus que la baisse de 10 % du pouvoir d’achat officielle. (…)

Comparer des burritos avec des burritos : la différence incroyable entre la réalité et l’inflation officielle

D’après les statistiques officielles, l’inflation a réduit le pouvoir d’achat du dollar de seulement 6 % depuis 2011, soit à peine un peu plus d’un pourcent par an. Notre pouvoir d’achat aurait décliné de 27 % sur les 12 dernières années, depuis 2004, soit environ de 2,25 % par an.

Pourtant, les faits indiquent que l’inflation officielle ne reflète pas l’augmentation du coût de la vie, des burritos en passant par les soins de santé.

Le prix d’un taco était de 1,25 $ en 2010. Officiellement, il devrait coûter quelques centimes de plus. Il est pourtant aujourd’hui à 2 $. Le prix d’un sandwich vietnamien (bahn mi) chez notre marchand préféré de Chinatown est passé de 1,5 $ en 2001 à 2 $ en 2004 jusqu’à 3,5 $ en 2016. (…)

Jouons l’avocat du diable en disant que cette augmentation extraordinaire est limitée à « l’alimentation à emporter » pour utiliser le jargon officiel. Prenons le coût des études universitaires, par exemple. Ce n’est pas quelque chose que vous achetez chaque semaine, comme un burrito (…) :

Université de Californie à Davis :

  • Frais de scolarité 2004 : 5.695 $
  • Frais de scolarité 2015 : 13.951 $

Il s’agit d’une augmentation de 145 % alors que d’après l’inflation officielle, ces frais n’auraient dû augmenter que de 25 % (à 7105 $). Le coût réel est 2 fois plus élevé que celui calculé sur base de l’inflation officielle. (…)

Si vous croyez que j’ai choisi mes exemples, consultez cet article http://www.sfgate.com/news/article/Colleges-with-the-biggest-tuition-hikes-6908022.php.

Les ajustements hédoniques, la fantaisie officielle

Dans le calcul officiel de l’inflation, les ajustements hédoniques permettent d’effacer l’explosion des coûts : cette hausse de 160 % du prix d’un burrito est effacée par les prix en baisse des ordinateurs, surtout lorsque l’augmentation de la puissance est prise en compte. L’habillement est également moins cher, ce qui permet de faire baisser l’inflation globale.

Le problème, avec ce type de système, c’est que nous devons manger tous les jours, nous devons envoyer nos enfants à l’université si nous souhaitons qu’ils fassent partie de la classe moyenne, mais nous n’achetons un nouvel ordinateur qu’une fois chaque quelques années, tandis qu’on peut trouver des vêtements dans des bourses, etc. (…) Les économies de 100 $ réalisées sur l’habillement et de 600 $ sur l’achat d’un ordinateur tous les 3 ans ne compensent pas la multiplication par 2 ou par 3 de ce que nous consommons au quotidien, ou des indispensables très chers comme l’éducation, le logement et les soins de santé.

L’inflation officielle, une mesure erronée

L’inflation officielle part également du principe que les consommateurs substitueront activement une alternative meilleur marché aux choses dont le prix explose. (…)

Le problème est assez évident : il n’y a pas d’alternative aux indispensables très chers. Il n’y a par exemple pas de substitut à des études universitaires ou à une assurance santé digne de ce nom. Vous n’avez non plus pas d’autre choix de louer si vous n’avez pas les moyens d’acheter un logement (ou si vous ne souhaitez pas alimenter la bulle immobilière). (…) Même une assurance santé minimale a vu son coût grimper de plusieurs fois par rapport à l’inflation officielle. (…) Voyez plutôt l’évolution des coûts des dépenses médicales :

inflation-prix-soins-medicaux

D’après l’inflation officielle, les 12.214 dollars de frais médicaux d’une famille de 4 membres en 2005 devraient s’élever à 14.963 $ en 2016. Oups, ce montant s’élève à 25.826 $. (…)

La vérité est que l’inflation du monde réel dans les essentiels massacre les ménages qui n’ont pas droit aux subsides gouvernementaux pour l’éducation, le loyer ou les soins de santé. »