James Turk : pas de tapering en septembre

James Turk : pas de tapering en septembre

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James-Turk-septembre-tapering« On saura bientôt si la Fed va commencer à réduire ses achats d’obligations ce mercredi, lorsque les minutes de la dernière réunion du comité seront publiées. Cependant, on a déjà eu un aperçu suite au discours donné par le président de la Fed de Boston, un petit discours passé inaperçu mais très révélateur.

Eric Rosengren a déclaré que la décision de réduire les achats aurait probablement été prise pour septembre si « les dossiers fiscaux américains n’étaient pas aussi problématiques. »

Ce commentaire révèle ce que la Fed va faire, mais confirme aussi selon moi 2 choses : tout d’abord, malgré ce que l’on dit, la Fed n’est pas indépendante par rapport au gouvernement. Il s’agit d’un instrument du gouvernement, qui fait ce que celui-ci demande. Ce qui mène au second point : même si la Fed affirme que ses missions sont d’avoir un taux de chômage bas et de maintenir la stabilité des prix, il ne s’agit pas de ses véritables objectifs.

Si c’était le cas, il y a belle lurette que la Fed aurait disparue car sa performance dans ces 2 dossiers est exécrable. Par rapport à la création de la Fed, il y a 100 ans, le dollar a perdu presque toute sa valeur, tandis que le chômage a été un problème récurrent depuis que la Fed contrôle les taux d’intérêt, donc l’économie.

La véritable raison pour laquelle la Fed existe est dévoilée par M. Rosengren : la Fed a pour objectif de fournir au gouvernement l’argent dont il a besoin. La Fed s’assure qu’il y ait des acheteurs pour les émissions obligataires, que ce soit quelqu’un d’autre qu’elle-même. C’est le but du QE.

Les déficits américains énormes ont engendré des emprunts records. Il y a plus de dette émise que d’acheteurs. C’est pourquoi la Fed achète aujourd’hui plus de 70 % des T-bonds (obligations à court terme) et est le plus gros détenteur d’obligations américaines (plus de 50 % en tout). Si la Fed n’achetait pas tout ce papier, qui le ferait ?

Il est possible que d’autres banques centrales, poussées par Washington, puissent en acheter. Mais il est important de constater que les investisseurs sortent du marché obligataire en masse. Le plus gros fonds mutuel obligataire voit ses clients fuir.

Mais admettons que la décision de Bernanke soit vraiment dépendante des chiffres, comme il le dit. La question est de savoir : quels chiffres ? La Fed parle de chômage et d’inflation, mais les chiffres qu’elle analyse sont erronés, car les méthodes statistiques utilisées ne reflètent pas la réalité. Si les décisions sont prises sur base de chiffres, ceux-ci doivent être corrects.

Mais quel chiffre correct la Fed regarde-t-elle ? La réponse : les déficits gouvernementaux, l’accumulation de dette et qu’il achète. La Fed sait que si elle n’achète pas les obligations, il faudrait des taux d’intérêt « à la Volcker » (note : ancien président de la Fed qui avait augmenté radicalement les taux directeurs) pour convaincre les investisseurs d’accepter le risque qui accompagne l’achat d’obligations américaines, d’un pays à qui une nouvelle baisse de notation pend au nez.

Je pense que désormais, la fin de partie est proche. On peut reporter le problème, mais pas indéfiniment. La dette et les promesses intenables sont plus que jamais là. Les Américains pensent que leurs politiques folles peuvent continuer ad vitam aeternam, mais ce genre de choses finit toujours par une catastrophe.

C’est pourquoi le débat autour du plafond de la dette est tellement important. Il s’agit du dernier garde-fou aux dépenses folles du gouvernement. Lorsque celui-ci est augmenté, et je pense que ce sera encore le cas, ce sera la porte ouverte à une nouvelle vague de création monétaire. Je pense que la fin de partie sera beaucoup plus radicale qu’anticipé habituellement. Nous allons subir les conséquences de 40 ans de mauvaises politiques monétaires et fiscales.

Je pense aussi que c’est la raison pour laquelle l’or et l’argent ont atteint un plus bas il y a environ 3 mois. Depuis, la tendance est plutôt haussière, tandis que les métaux précieux commencent à repasser au-dessus de seuils clés. L’or et l’argent sont les seuls actifs sans risque qui survivront au chaos à venir. »

Source : James Turk sur KWN