James Turk sur la semaine de tous les dangers (Grèce et Fed)

James Turk sur la semaine de tous les dangers (Grèce et Fed)

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Interview de James Turk publiée le 15 juin 2015 sur KWN :

« Cette semaine pourrait être folle. La volatilité a déjà démarré mais il y a de bonnes chances que les turbulences s’intensifient au fur et à mesure que les jours passent.

L’événement principal est évidemment la Grèce qui se rapproche inexorablement du défaut sur sa dette de 320 milliards d’euros alors qu’elle vit au jour le jour avec la menace d’un renflouement interne bancaire qui plane au-dessus de sa tête. À cette situation instable, il faut ajouter la réunion de 2 jours du Comité de la Fed qui prendra fin mercredi.

Si la Fed augmente les taux, les USA sont en faillite

J’ai toujours dit que la Fed ne dispose pas de la capacité d’augmenter les taux car le gouvernement américain est incapable de payer un taux juste. Il a trop de dettes et ses déficits sont trop importants.

M. Bernanke disait à qui voulait l’entendre que les taux remontraient lorsque le chômage tomberait en dessous de 6,5 %. Cela fait pourtant longtemps que ce seuil a été dépassé. Vous vous rappellez qu’il y a quelques mois seulement, la Fed disait qu’il fallait s’attendre à une remontée des taux en juin. Aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’une infime possibilité, le consensus affirmant aujourd’hui que les taux ne remonteront pas avant la fin de l’année. La Fed a donc perdu toute crédibilité, ce qui est le risque majeur d’aujourd’hui.

Dans le but de restaurer sa crédibilité, la Fed pourrait relever les taux cette semaine. Si elle le fait, ce sera de façon anecdotique peut-être de 25 points de base. Mais même une telle hausse ferait dérailler le train car il y a trop de dette dans le système.

La Grèce sur le point d’être débranchée

Après le communiqué de la Fed de mercredi, les ministres des Finances européens se rencontrent le lendemain. Il y a de bonnes chances pour que la Grèce soit finalement débranchée. Je suis de très près la situation car il s’agit d’un terrain miné prêt à exploser à tout moment. Lorsque cela arrivera, les conséquences politiques pourraient faire imploser l’euro et peut-être la BCE elle-même car son exposition à la Grèce est trop importante par rapport à sa base de capital.

Le problème c’est que les décisions financières de la BCE sont dictées par des motifs politiques. Les politiques tentent de faire croire que la BCE peut continuer de créer de l’argent afin de fournir une bouée de sauvetage à la Grèce. Cette conception erronée n’est pas sans conséquences et la réalité est sur le point de faire son retour avec fracas.

Car quelle position est la plus conforme avec la réalité ? Celle de la Grèce ou de la troïka ? Je pense que c’est la Grèce qui a la main.

La Grèce continue de générer des rentrées fiscales malgré son économie affaiblie. Cependant, la Grèce n’est aujourd’hui plus en mesure de payer ses promesses sociales tout en remboursant sa dette.

Les créditeurs du pays ont refusé d’effacer une partie de la dette ce qui était pourtant la base de négociations de la Grèce avec la troïka. Celle-ci refuse un effacement partiel de la dette car s’il était octroyé à la Grèce, tous les pays aux politiques socialistes d’Europe demanderaient la même chose ce qui représente plus de la moitié des nations de l’UE.

La Grèce peut s’en sortir seule. Ce ne sera pas facile mais c’est possible. Et ce sera beaucoup plus simple sans le fardeau des 320 milliards de dette qui pèse sur ses épaules. La Grèce peut faire purement et simplement défaut comme elle l’a déjà fait à plusieurs reprises au cours de son histoire et bien d’autres pays. La Grèce serait dans l’incapacité d’emprunter pendant plusieurs années mais elle éviterait probablement de commettre à nouveau l’erreur.

La Grèce se prépare au défaut

Il est intéressant de constater que la Grèce est clairement en train de se préparer au défaut. Le gouvernement d’Athènes a demandé à toutes les collectivités locales de transférer leur argent à la banque centrale. On a affirmé que l’objectif du gouvernement était de faire main basse sur leur argent mais c’est incorrect.

Cette mesure a été prise pour empêcher la BCE de confisquer cet argent lorsqu’un renflouement interne (bail in) des banques grecques aura lieu. Autrement dit, au cours d’un « bail-in » la BCE confisque les euros déposés dans les banques privées mais pas ceux qui sont à la banque centrale. En transférant les dépôts en euros vers la banque centrale, la Grèce met donc cet argent à l’abri de la BCE. Il s’agit d’une autre preuve que c’est la Grèce et pas la troïka qui a la main. »