Jim Rickards : pourquoi la Fed poursuivra sa création monétaire en 2015

Jim Rickards : pourquoi la Fed poursuivra sa création monétaire en 2015

Le 6 octobre dernier, Jim Rickards fut interviewé par Bloomberg pour livrer ses opinions sur l’or, les manipulations monétaires et l’économie en général. Le Daily Reckoning a publié la transcription de l’interview, dont nous avons traduit les passages les plus intéressants :

Bloomberg : Jim, votre première réaction par rapport à la stabilité de l’économie, au moins relative. Les chiffres de l’emploi de la semaine dernière vous rassurent-t-ils ?

Jim Rickards : non, pas du tout. Vous voyez, le taux de participation du marché du travail baisse. Janet Yellen observe le montant des salaires réels. Oubliez le taux de chômage, il s’agit presque d’une antiquité désormais, car le taux de la population active baisse. Elle se fait du mouron pour l’inflation. Elle veut qu’il y ait de l’argent facile, créer des emplois jusqu’à ce que l’inflation soit à un bon niveau. Et sur quoi se concentre-t-elle ? Sur les salaires réels. Lorsqu’ils grimpent, cela veut dire que les gens reçoivent une augmentation. Lorsque cela arrive, cela signifie que l’inflation peut commencer à grimper.

Les salaires réels sont stables ou en baisse. En fait, depuis peu, ils baissent. Elle ne se fait donc aucun souci. Elle dispose d’une grande marge de manœuvre en raison du taux de participation au marché du travail. Les salaires réels ne vont nulle part. Elle n’a aucun souci à se faire pour l’inflation. Ce qui signifie que je ne la vois pas augmenter les taux en 2015.

Bloomberg : le problème des salaires réels n’est-il pas dû à la démographie ? Soit les plus hauts salaires qui prennent leur retraite, tandis que ceux qui entrent sur le marché du travail sont payés moins ?

Jim Rickards : il peut évidemment y avoir beaucoup de causes. Certaines sont démographiques, d’autres structurelles. Il peut y avoir débat sur ce sujet. Je pense que la réponse est à chercher des 2 côtés. Mais ce qui est important, la cause mise à part, c’est que Yellen se base sur les salaires réels, et ceux-ci sont faibles. Vous savez, nous avons 50 millions d’Américains qui dépendent des food stamps (aide alimentaire), 26 millions de chômeurs ou d’Américains sous employés, 11 millions en invalidité de travail, qui est devenue une nouvelle forme de chômage dans certains cas, et qui augmente. L’économie fondamentale est très faible pour des raisons structurelles.

Yellen tente de régler un problème structurel avec de la liquidité. Cela ne marche pas, cela ne marchera pas, c’est la raison pour laquelle les prédictions de la Fed sont complètement fausses depuis 5 ans. Idem pour le FMI, qui vient encore de revoir à la baisse ses prévisions de croissance. (…). Cela s’explique parce que nous sommes dans une dépression, et pas dans une période de redressement cyclique.

À propos du déficit américain qui baisse

On se fait des  high five à Washington parce que le déficit a été divisé de moitié durant les dernières années. Et c’est vrai, il est passé de 1,4 à 700 milliards. Mais le ratio dette/PIB continue de grimper, et c’est la seule chose qui importe. Si le numérateur augmente mais que le dénominateur baisse encore plus, cela signifie que nous avons toujours des déficits. La dette augmente plus rapidement que la croissance économique. (…)

À propos de l’or

Le cours de l’or est stable, la faiblesse est due au dollar fort. En euro, l’or se comporte très bien, car la monnaie unique a baissé. Mais soit, prenons comme étalon de l’or le dollar, voici comment cela marche.

Le QE de la Fed prendra fin ce mois ou le mois prochain. Tout le monde s’attend à ce que la Fed augmente les taux en 2015. Le grand débat est de savoir si cela aura lieu en mars, en juillet, etc. C’est absurde. Ils ne peuvent pas augmenter les taux car l’économie est trop faible. Aucun des indicateurs que suit Yellen ne lui suggère d’augmenter les taux. En fait, je m’attends au démarrage du QE4 d’ici la moitié de l’année 2015. (…)

Ils n’ont pas d’autres choix que d’utiliser la planche à billets. Mais de nouveau, ils essaient d’appliquer une solution à base de liquidité pour régler un problème structurel. Cela ne peut pas marcher, mais ils sont convaincus du contraire.

Concernant la demande pour l’or physique et le cours qui ne bouge pas

Pour l’or, il y a 2 choses : le marché papier et le marché physique. Mais regardez ce qui se passe en Chine. Je parle à des gens à Hong Kong qui me disent que les Chinois transportent de l’or avec des blindés de l’armée, il s’agit de lingots stockés en catimini, en provenance de mines, de Hong Kong, etc.

Durant les 5 dernières années, la Chine a accumulé de 3 à 4000 tonnes d’or, soit environ 10 % du total mondial qui existe. C’est énorme. Les gens disent que l’or qui quitte les coffres du GLD de Londres pour se retrouver à Shanghai, cela ne change rien, que l’offre reste la même. C’est vrai, mais l’offre flottante est par contre modifiée. L’offre à Londres est flottante, pas à Shanghai. Ce déménagement signifie que la quantité d’or physique disponible pour supporter les marchés papier diminue.