Le casse-tête de la dette que les élites tentent de résoudre

Le casse-tête de la dette que les élites tentent de résoudre

0

Article de Jim Rickards, publié le 12 septembre 2016 sur DailyReckoning.com : 

« La dette souveraine est le plus gros problème auquel les élites monétaires mondiales sont confrontées. Il y en a trop et elle croit rapidement si bien qu’elle ne peut être remboursée en termes réels. Un défaut plus important que n’importe lequel de l’histoire, débouchant sur des trillions de dollars de pertes pour les investisseurs, arrivera plus tôt que tard.

La seule question est de savoir quelle forme prendra ce défaut. Lorsque sa nature est déterminée, il est facile d’identifier les gagnants et les perdants, ainsi qu’une date approximative.

Le premier mythe à démolir consiste à réfuter l’idée selon laquelle le monde a « retenu la leçon » de la crise de 2008, et que le système a été rendu plus sûr depuis. C’est faux. En fait, la dette ne cesse de s’accumuler depuis 2008.

Depuis la crise de 2008, la dette des gouvernements a été utilisée en tant que substitut à une partie de la dette privée tandis que celle-ci a globalement poursuivi sur le chemin de la croissance. Le graphe ci-dessous concerne uniquement les crédits et les titres de créance. Il n’inclut pas les prêts interbancaires ou encore les dérivés (le montant total des produits dérivés, qui ne sont pas intégrés au bilan des banques, qu’ils soient de gré à gré ou échangeables, dépassent le quadrillion de dollars, ce qui équivaut à 1000 trillions !).

Intrinsèquement, la dette n’est pas néfaste à condition de respecter 2 règles : la dette est utilisée à des fins productives tandis que la capacité à rembourser ladite dette progresse plus vite que celle-ci. Autrement dit, vous devez emprunter pour de bonnes raisons tout en ayant la capacité de rembourser.

Malheureusement, les gouvernements ne remplissent aucune des conditions mentionnées. La majorité de l’argent emprunté sur les marchés obligataires souverains depuis 2008 a été gaspillé. Les États-Unis ont utilisé la majorité des 800 milliards de dollars de leur plan de stimulation de 2009  pour subsidier les salaires des fonctionnaires et des travailleurs syndiqués. La Chine a utilisé des trillions de dollars de dette bancaire pour construire des villes fantômes qui ne seront jamais occupées.

dette-depuis-crise-2008

Ce graphe montre l’augmentation de la dette non bancaire en souffrance, en dollars et en euros, depuis 2000. La flèche met en exergue l’augmentation de la dette depuis la crise financière de 2008. La ligne en pointillés indique la quote-part de la dette mondiale des gouvernements. Ce graphe n’inclut pas le crédit interbancaire et les dérivés. Les montants en euros ont été convertis en dollars sur base du taux de change du 30 septembre 2015.

Il est vrai que certains emplois ont été sauvés et créés, mais les ratios dette/PIB ont continué de grimper tandis que la capacité productive des économies mondiales majeures n’a pas cru suffisamment pour couvrir la dette. Notre monde est un Ponzi géant ; aujourd’hui, les créditeurs commencent à poser la question suivante : « où est mon argent » ?

Il existe 3 façons d’effacer une dette d’État : en faisant défaut ou en remboursant avec de la croissance ou de l’inflation. Bien entendu, rembourser avec de la croissance est la meilleure option, mais cela n’a pas lieu en ce moment. Les États-Unis sont englués avec une croissance inférieure à 2 % sur les 10 dernières années. La situation est encore pire en Europe et au Japon. La croissance chinoise est supérieure, mais une bonne partie de celle-ci est de la poudre aux yeux en raison des mauvais investissements réalisés.

Le défaut est une autre solution à la dette. C’est la voie fréquemment utilisée par les pays en voie de développement, comme l’Argentine et maintenant le Venezuela. Mais pour les pays ayant la capacité de créer de la monnaie, le défaut n’est pas nécessaire. Les États-Unis peuvent créer des dollars, la BCE peut créer des euros et la banque du Japon du Japon des yens. Pour la Chine c’est différent, une grande partie de sa dette est libellée en dollars, qu’elle ne peut imprimer. Par contre, elle peut utiliser son trésor de guerre de réserves en dollars, qui s’élève à 3,3 trillions.

Maintenant que le yuan est une monnaie de réserve (désignée en tant que tel par le FMI fin 2015), il est aussi possible pour la banque de Chine et la Fed d’effectuer des swaps de devises (échange de dollars contre des yuans ; ces swaps sont organisés en toute discrétion afin de ne pas ébranler les marchés).

Bien sûr, toute cette création de monnaie finira par générer de l’inflation. Il s’agit de la 3e option pour se débarrasser d’une dette : vous la remboursez en termes nominaux, mais avec une monnaie dévaluée. Une bonne chose pour les emprunteurs, mais moins bonne pour les créditeurs… peut-être vous. »