Le dollar en crise, par Jim Rickards

Le dollar en crise, par Jim Rickards

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indice dollar en 2011

Article publié le 8 septembre 2016 sur DailyReckoning.com :

« Le contexte ayant mené à la crise du dollar de 1971 émerge à nouveau en 2016, même si le cadre du système monétaire international est cette fois différent.

Depuis 1980, la planète vit de facto dans un standard dollar, qui a remplacé le standard or. Conformément au principe du dilemme de Triffin, les États-Unis ont dû enregistrer d’importants déficits commerciaux afin de fournir à la planète la quantité de dollars nécessaire pour financer la croissance mondiale, le commerce et les investissements.

Les États-Unis ont fourni au monde ces dollars en faisant du billet vert une réserve de valeur fiable ainsi qu’en faisant des Treasuries le marché obligataire le plus important et le plus liquide du monde. Ses partenaires commerciaux ont alors considéré qu’il n’était plus nécessaire de convertir leurs dollars en or, à un prix fixe ou déterminé librement par le marché. Ils n’avaient aucun problème à accumuler d’énormes portefeuilles d’obligations américaines.

À son pic, les réserves de la Chine en dollar ont excédé les 4 trillions, tandis que les positions du Japon et de Taiwan furent d’environ un trillion chacun. Les exportateurs de pétrole comme Abu Dhabi et la Norvège ont des fonds souverains dont les actifs dépassent le trillion de dollars. La vaste majorité de cette richesse massive était investie en actifs libellés en dollars américains, dont la plupart consistaient en des obligations américaines.

Les États-Unis et ses partenaires commerciaux devinrent interdépendants. Les États-Unis avaient besoin de ses partenaires commerciaux pour acheter sa dette, tandis que les partenaires commerciaux des États-Unis avaient besoin d’eux pour maintenir la stabilité du dollar ainsi qu’un marché obligataire liquide. En attendant, les États-Unis continuaient d’enregistrer des déficits commerciaux et budgétaires tandis que ses partenaires commerciaux enregistraient des excédents et voyaient leur portefeuille d’obligations gonfler de façon impressionnante. Ce fut le dilemme de Triffin sous stéroïdes.

Si cette tendance avait existé, les États-Unis auraient fini par faire faillite (comme ce fut le cas en 1971). Mais jusqu’à présent on avait l’impression que ce petit jeu pourrait durer indéfiniment vu que tout le monde était gagnant.

Cependant, ce petit jeu du dollar déficitaire a commencé à montrer des signes de cassure en 2010, cassure qui s’est accélérée en 2013. À l’instar des années 80, lorsque les héros furent un président et un patron de la Fed, Reagan et Volcker, les personnes responsables de la cassure furent également un président et un patron de la Fed, Obama et Bernanke.

La guerre des devises d’Obama

La cassure a démarré en 2010 lorsque le président Obama déclara une guerre des devises. L’idée était d’affaiblir le dollar afin de donner à l’économie américaine un coup de fouet au lendemain de la crise financière de 2008 et de la forte récession de 2007-2009.

En théorie, un dollar bon marché devait doper les exportations américaines tout en créant des emplois liés à ce secteur d’activité. De plus, un dollar en baisse devait importer de l’inflation afin de faire baisser les taux et de permettre à la Fed d’atteindre ses objectifs d’inflation.

La raison principale de cette nouvelle guerre des devises résidait dans le fait que les États-Unis étant la première économie du monde, ils avaient besoin d’aide. Car si les USA plongent, ils emportent la planète avec eux. Réciproquement, si l’économie américaine pouvait engendrer durablement de la croissance, elle pourrait faire office de moteur de l’économie mondiale afin de la sortir de l’ornière. La dévaluation rapide du dollar avait pour objectif de doper la croissance américaine, donc indirectement la croissance mondiale.

Les effets de cette nouvelle guerre des devises furent immédiats et impressionnants. La valeur du dollar chuta de 14 % en un an, de la mi 2010 à la fin 2011, comme le montre le graphe ci-dessus.

Comme c’est souvent le cas lorsque les économistes d’universités s’impliquent dans les politiques de terrain, les théories de la Maison-Blanche ne se sont pas concrétisées dans la réalité. Les États-Unis n’ont pas réalisé de progrès afin d’obtenir une croissance durable grâce au dollar meilleur marché. Quant au reste du monde, il a enregistré une croissance inférieure (Chine, Japon et Corée) ainsi qu’une crise de la dette (Grèce, Espagne, Portugal et Irlande).

L’arme de la guerre des devises a manqué sa cible. La situation mondiale ne s’est pas améliorée. Mais il y a eu un dommage collatéral plus important : soudainement, la confiance dans le dollar a commencé à s’étioler.

Le standard dollar soigneusement élaboré par Reagan et Volcker, ensuite perpétué par James Baker et Robert Rubin (secrétaires au Trésor sous Bush Sr et Clinton) a commencé à tousser.

C’est à partir de ce moment que la Russie et la Chine ont augmenté considérablement leurs achats d’or. C’est aussi à cette époque que le FMI a commencé à dresser les fondations d’un nouveau standard monétaire basé sur les DTS, une monnaie mondiale. La planète était à la recherche d’une alternative au dollar vu que les États-Unis ne s’impliquaient plus dans le maintien de la valeur du billet vert.

Le second coup au standard dollar a été donné par Bernanke et la Fed. Après avoir jugé que la situation économique des États-Unis était suffisamment solide pour encaisser un dollar plus fort, le raffermissement du billet vert fut décidé afin de permettre la dévaluation de l’euro et du yen, tour à tour (…).

En janvier 2016, un euro et un yen faible pour un dollar fort étaient en place. Il y avait juste un problème : la Fed, comme d’habitude, avait grossièrement surévalué la vigueur sous-jacente de l’économie américaine. Aujourd’hui, vers la fin 2016, la pénurie de dollars a commencé à se transformer en crise de la dette et en crise potentielle de liquidité. Pour la seconde fois en 50 ans, le dilemme de Triffin émerge.

Tout allait bien tant que les États-Unis fournissaient des dollars à travers ses politiques monétaires et fiscales. Mais dès que les USA se sont disciplinés avec des politiques fiscales et monétaires plus strictes, la pénurie de dollars s’est manifestée pour déboucher sur une contraction mondiale.

La solution au dilemme de Triffin en 1971 fut de dévaluer le dollar par rapport à l’or. Mais aujourd’hui, le standard or n’est plus. D’où viendra l’argent nécessaire pour fournir les liquidités à l’occasion de la prochaine crise mondiale ?

Il existe 2 solutions : la première consiste à utiliser une nouvelle forme de monnaie, les droits de tirages spéciaux. La seconde consiste à utiliser la plus ancienne forme de monnaie : l’or. »