Le grand mythe de la croissance américaine

Le grand mythe de la croissance américaine

Nous avons répété à de nombreuses reprises que nous sommes en train d’assister à la faillite du keynésianisme. Dans cet article, Lance Roberts explique pourquoi, alors que cette doctrine économique donne l’illusion de la croissance et de la prospérité. Cet article a été rédigé dans le contexte des États-Unis, mais le principe s’applique également à l’Europe ; ce n’est pas différent de ce qu’Olivier Delamarche explique sur BFM :

« (…) Entre 1950 et 1980, la croissance nominale du PIB fut en moyenne de 7,55 % par an. Cette performance fut obtenue avec un ratio dette/PIB de moins de 150 %. Il est important de noter que la croissance, située entre 5 et 15 %, allait crescendo durant cette période. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. Tout d’abord, un endettement moins important permettait d’alimenter l’épargne, qui servait à financer les investissements productifs dans l’économie. Deuxièmement, l’économie était principalement axée sur la production, une activité qui a un effet multiplicateur sur l’économie. Cette croissance impressionnante eut également lieu dans un contexte de taux d’intérêt en hausse. C’est en 1980 que nous sommes arrivés au pic de cette expansion économique.

PIB-Declin-USA-1980-1
La croissance baisse alors que la dette monte…

Cependant, à partir de 1980, l’économie basée sur l’industrie et la production a démarré sa mutation vers une économie de services et financière, une mutation qui a donné le coup d’envoi du déclin. Celui-ci a été exacerbé par les révolutions technologiques et leurs gains de productivité, les délocalisations et leurs conséquences sur les salaires domestiques. Avant 1980, nous étions dans un environnement de croissance forte. Depuis cette date, nous faisons face à un déclin continu. Donc, dire que nous avons connu une croissance de X pourcents depuis 1980 est grossièrement trompeur. La tendance générale de la croissance est bien plus importante pour anticiper celle que nous connaîtrons demain.

Ce déclin de la croissance économique durant ces 30 dernières années signifie que l’Américain moyen a du mal à maintenir son train de vie. Alors que les salaires baissaient, les ménages ont dû recourir au crédit pour combler la différence. Cette demande pour le crédit a donc alimenté le secteur de la finance, nouveau pilier de l’économie. Accès plus facile, taux d’intérêt plus bas, conditions plus avantageuses et législations plus souples ont permis l’avènement du boum du crédit. À la fin 2007, la dette des ménages avait explosé pour atteindre 140 % du PIB. Ce n’était plus qu’une question de temps avant que « le château de cartes (de crédit) » s’effondre.

Niveau-De-Vie-USA-Credit-2
Les salaires, la dette des ménages…

C’est pourquoi la prospérité de ces 30 dernières années est une illusion. Alors que les États-Unis suscitaient la jalousie du monde entier pour ses succès apparents et sa prospérité, le cancer de la dette et de la baisse des salaires se développait en son sein. La dette devenait la seule façon pour les Américains de profiter du niveau de vie « auquel ils ont droit ».

Dette-Croissance-USA
La dette augmente plus vite que la croissance

Cette mise à disposition massive du crédit, ce que l’école autrichienne appelle « un boum économique alimenté par le crédit », nous amène aujourd’hui à l’heure de vérité. Cette croissance alimentée par le crédit ne cesse de réduire les opportunités d’investissements. Ce qui signifie que les investisseurs commettent des erreurs de jugement à la recherche de rendement. Nous en avons eu l’illustration avec la crise des subprimes. Aujourd’hui nous assistons à un remake, la recherche du rendement pousse les investisseurs à investir dans des actifs très risqués comme les obligations pourries ou les actions. Sans surprise, les conséquences seront les mêmes.

Dette-PIB-4
Dette nécessaire pour obtenir 1 dollar de croissance

Lorsque le mécanisme de création du crédit arrive en bout de course, le processus d’élimination des excédents doit être terminé avant que le cycle puisse reprendre. Ce n’est qu’à ce moment-là que les ressources pourront de nouveau être allouées de façon cohérente. C’est pourquoi toutes ces mesures keynésianistes pour faire repartir l’économie échouent. Ces politiques monétaires et fiscales, des baisses d’impôt au QE en passant par les taux 0, ne font que retarder le processus d’élimination des excédents.

Ce processus sera très substantiel. Actuellement, notre économie a besoin de 2,75 dollars de dette pour obtenir un dollar de croissance (chiffres ajustés à l’inflation). 35 trillions de dollars de dettes doivent être éliminés pour revenir à une situation normale. Évidemment, un tel nettoyage aura des conséquences dramatiques sur la croissance.

Dette-Excedentaire
Dette normale et excédentaire

Toutes ces raisons expliquent pourquoi nous allons continuer d’assister à une baisse de la croissance économique. (…)

La fin de partie approche, après 3 décennies d’excès. Il est impossible de nier les déséquilibres qui existent aujourd’hui. Le remède appliqué en ce moment est celui d’un rhume, soit d’une récession, alors que le patient souffre d’un « cancer de la dette ». Tant que le véritable diagnostic ne sera pas posé et que le bon remède ne sera pas administré, le patient continura à souffrir. »