Le pétrole en dessous des 65 dollars : pourquoi ?

Le pétrole en dessous des 65 dollars : pourquoi ?

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La rengaine que l’on nous a servie en guise d’explication, c’est qu’il y a une surproduction de pétrole face à une demande en berne. On nous dit que le pétrole de la fracturation hydraulique est en grande partie responsable de la supposée surproduction, et que l’Arabie Saoudite ne ferme pas le robinet afin de pousser les prix à la baisse et de pousser les sociétés de fracturation hydraulique américaine vers la faillite.

Même si l’augmentation de la production de pétrole aux États-Unis a été dramatique, cette production supplémentaire est relativement petite par rapport à l’offre et à la demande mondiale. Celle-ci est d’environ 90 millions de barils par jour ; nous estimons que cette demande va augmenter sur un an de 3 millions de barils par jour. L’augmentation de la production américaine est fantastique, tout en étant nécessaire dans le contexte de demande que nous connaissons, mais aussi de tensions géopolitiques en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, au Venezuela et au Nigéria. Sans parler de la production mexicaine qui semble condamnée à continuer à baisser.

La baisse du cours de ces 4 derniers mois ne peut donc apparemment pas être remise sur le compte de l’offre et de la demande. Cette rengaine est fausse. (…)

Le communiqué de l’OPEP affirme qu’aucun des participants n’était enclin à diminuer la production, alors que les seuls les Saoudiens étaient ouverts à l’idée. Cela semble logique. L’Arabie Saoudite produit de 9 à 10 millions de barils par jour, tandis qu’elle consomme sur place une bonne partie de cette production, et que cette consommation locale ne cesse de grandir. Même s’ils diminuaient la production d’un million de barils par jour, par rapport à la demande mondiale, une telle décision aurait un impact à long terme négligeable. Cela ne ferait que réduire le produit de leurs exportations, qui a déjà fortement baissé à cause de la baisse du baril de 40 $. Des prix plus bas à des volumes inférieurs déboucheraient sur des complications budgétaires encore pire. (…)

Reste à savoir qui est le coupable de cette baisse. D’après notre analyse, le responsable est probablement le même groupe qui s’est occupé de la baisse des métaux précieux et des sociétés minières. Les outils utilisés pour obtenir cette baisse furent sans aucun doute les produits dérivés utilisés pour échanger le « pétrole financier ». Vu le ratio de 20 contre 1 entre les échanges de pétrole papier et physique (estimation basse), il n’en faut pas beaucoup pour qu’un élan baissier se transforme en déroute.

Nous pensons que l’objectif était de baisser le cours du pétrole et donc aussi du gaz avant les élections américaines, tout en donnant un coup de bambou à la Russie. Les planificateurs centraux pensent pouvoir agir à leur guise, en obtenant exactement les effets escomptés. Le problème, c’est que cela ne marche pas comme cela dans la pratique, surtout pour la baisse. On dit souvent que les marchés haussiers prennent les escaliers tandis que les marchés baissiers prennent l’ascenseur. C’est particulièrement vrai pour un marché aussi important et leveragé que l’énergie.

Certains prétendent également que cette baisse de l’énergie pourrait servir à justifier un QE4. Il se peut que cela fasse partie du plan, reste à savoir comment cela s’orchestrerait dans les faits. Il est vrai que les consommateurs qui voient leur facture énergétique baisser voient leur pouvoir d’achat augmenter, mais la destination de cet argent reste incertaine. Sera-t-il utilisé pour rembourser une dette, ou pour consommer ?  (…)

Vendredi, en fin de séance, les produits dérivés se sont à nouveau déchaînés sur les métaux précieux et les actions minières. Si le vendredi est l’un des jours de prédilection des attaques, il y avait des raisons supplémentaires pour les perpétrer ce vendredi. Le référendum suisse avait lieu aujourd’hui ; il s’agissait peut-être d’effrayer les Suisses. Vu la victoire écrasante du non, la campagne de propagande fut clairement une réussite. Apparemment, le pare-feu suisse est désormais de l’histoire ancienne. Maintenant, c’est « tous à bord de l’Express Keynésien. (…) »