Marchés manipulés : la théorie du complot devenue une réalité reconnue

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Article de John Crudele, du New York Post :

« Les marchés actions sont manipulés.

Lorsque j’ai commencé à l’affirmer il y a quelques années tout en fournissant des preuves solides, on s’est moqué de moi. Certains ont parlé de théorie du complot de « chapeau d’aluminium », ce genre de stigmatisations. La grande majorité m’a juste ignoré.

Mais aujourd’hui, les choses ont changé. Ce secret honteux est désormais sur la place publique.

Alors que le cours des actions dépasse de loin la réalité économique depuis environ 6 ans, la plupart des experts des marchés financiers s’accordent sur les conclusions même s’ils ne comprennent pas tous les conséquences ou les méthodes utilisées pour les manipuler.

Ed Yardeni, un gourou de la finance actif depuis des lustres à Wall Street et qui ne fait pas partie des clowns de la bande a déclaré de but en blanc la semaine dernière que les marchés sont gonflés artificiellement. « Tous ces marchés sont manipulés. Il ne s’agit pas d’une critique, c’est un fait, » a-t-il lancé à CNBC.

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L’affirmation de Yardeni repose sur un fait tout simple : la Fed ne fera rien pour fâcher Wall Street. Bien au contraire, elle fait tout ce qu’elle peut pour doper les marchés actions.

Mais d’autres affirmations sont bien plus proches du centre de la cible, même si les archers qui les décochent ignorent parfois la portée exacte de leurs flèches.

Le 11 mars, le Wall Street Journal a publié une histoire fascinante à propos des « achats agressifs d’ETF actions » de la banque du Japon.

« En soutenant directement les marchés, les officiels (de la banque du Japon) ont tenté d’encourager les investisseurs privés à les suivre et à investir dans les actions dans l’espoir de stimuler l’économie et d’augmenter l’inflation » indique l’article.

Cela s’appelle manipuler les marchés avec un but plus important en tête, espérer que les gens qui peuvent se permettre d’investir en bourse gagnent beaucoup d’argent et le dépensent. La BoJ espère ensuite que cet afflux d’argent bénéficiera au reste de l’économie.

Le WSJ rentre dans de nombreux détails que je ne vais pas aborder. Mais le journal économique assume que ces achats d’actions n’ont lieu que sur la bourse de Tokyo et que seule la valeur des titres des sociétés japonaises est faussée.

Ce n’est pas nécessairement le cas. La banque du Japon ainsi que n’importe quelle banque centrale du monde pourrait très bien acheter des actions US afin de soutenir la bourse américaine.

Il se pourrait même que le Japon le fasse avec la bénédiction de Washington qui craint les interventions directes sur les marchés actions, de peur qu’elles soient découvertes par des gens qui aiment fourrer leur nez partout comme moi.

Durant l’automne dernier, nous avons appris qu’au moins un opérateur américain a facilité les interventions (ou les manipulations, c’est selon…) des banques centrales sur les marchés en les rendant plus simples et meilleur marché. En effet en octobre dernier, on a appris que le CME Group (par lequel les échanges sur les marchés des matières premières des options de la bourse Chicago ont lieu) proposait aux banques centrales un programme incitatif via lequel elles peuvent acheter des produits dérivés des marchés actions (comme des futures S&P 500) en bénéficiant de réductions sur les commissions.

Comme je l’ai répété à de maintes reprises, les contrats future sur le S&P 500 sont le véhicule de choix pour manipuler les marchés. Il sont bon marché et très puissants pour engendrer une vague artificielle d’achats. (…)

Les banques centrales n’ont évidemment pas besoin de réductions pour acheter de tels contrats. C’est comme si un milliardaire découpait un bon de réduction dans son journal. Il n’empêche que cette ristourne du CME prouve que la banque du Japon et d’autres banques centrales font probablement déjà partie de ses clients.

La manipulation des marchés actions américains par des entités étrangères a donc probablement lieu depuis un certain temps. Mais les États-Unis sont-ils déjà directement intervenus ? J’en suis convaincu. La tentative la plus maladroite aurait eu lieu en 2008 durant la crise financière, lorsque Washington pensait que notre système financier allait s’écrouler.

Les relevés téléphoniques que je me suis procurés montrent de nombreux appels entre le secrétaire au trésor, Hank Paulson, et les banques de Wall Street Goldman Sachs en particulier. Ces appels coïncident avec les hausses des marchés actions.

Contrairement à la banque du Japon, Washington n’aurait probablement pas osé intervenir directement sur les marchés. Ils auraient donc fait appel à des intermédiaires. La Fed de New York, par exemple, aurait pu faire appel à ses banques favorites pour initier des hausses rapides.

Il y a cependant une autre manipulation qui a lieu, celle des entreprises mêmes. Vu que les chiffres d’affaires et les bénéfices ne sont pas suffisants pour justifier les valorisations actuelles, les sociétés rachètent agressivement leurs propres actions.

Ce faisant, elles diminuent les actions détenues par des tiers. Cet artifice comptable permet de multiplier le calcul du profit par action parce que le numérateur de l’équation (le bénéfice) est identique alors que le dénominateur (nombre d’actions en circulation) est réduit.

En bref, les marchés sont manipulés. Tout le monde ou presque s’accorde sur ce point. Mais devons-nous nous en soucier ?

L’Amérique s’est construite sur les fondations du capitalisme et des marchés libres et justes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. En fait, les marchés sont injustes car ils mettent beaucoup d’argent dans les poches d’une poignée d’Américains.

Il y a encore un autre problème plus grave : si le cours des actions est artificiellement gonflé, il est impossible de connaître la valeur véritable d’une société. Ce qui fait hésiter les banques lorsqu’il s’agit d’accorder un crédit à une entreprise dont la valorisation est fantaisiste. »

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