Matières premières : et si les prix restaient aussi bas pendant 15...

Matières premières : et si les prix restaient aussi bas pendant 15 ans ?

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Article de MineWeb.com, publié le 14 janvier 2016 :

« Suite à notre analyse du cycle des matières premières et nos conclusions que leurs cours devraient se stabiliser ou continuer à baisser dans les 15 prochaines années, cet article se penche sur les conséquences.

Il semble fort probable que la chute récente des prix des matières premières est l’une des plus importantes de l’histoire. La dégringolade que nous vivons pourrait même égaler l’implosion que nous avons connue entre 1917 et 1931.

C’est un fait que tout super cycle des matières premières, qui voit leurs prix s’envoler, est suivi par une surproduction. Cette suroffre se prolonge pendant des années alors que les sociétés sont engagées dans une bataille dangereuse, avec pour enjeu leur survie, de baisse de leur production et des coûts.

Vous souvenez-vous de la crise pétrolière des années 70 ? Le cours actuel de l’or noir est aujourd’hui plus bas qu’en 1981 vu que l’offre en pétrole est trop importante. Les producteurs de pétrole poursuivent l’extraction  de barils de brut à tour de bras afin de conserver leurs parts de marché. Leur plus grand ennemi n’est pas le client mais leurs concurrents. Voyez à ce titre ce que pense l’Iran de l’Occident et de l’Arabie Saoudite, engagés dans une guerre par procuration contre elle.

Vous rappelez-vous de pénuries d’acier, de minerai de fer et de bien d’autres matières premières comme le bois de construction et le caoutchouc ? Non, et personne n’a d’ailleurs mémoire de ce genre d’événement. En ce qui concerne l’acier, le prix plancher de ce métal provient d’une surproduction telle que la planète pourrait reconstruire l’intégralité de ses infrastructures durant la décennie à venir rien qu’avec la production actuelle.

Le cours de l’acier n’a pas encore atteint son plus bas alors qu’une production additionnelle va bientôt atteindre le marché et que les prix du minerai de fer ont déjà chuté de 2/3.

L’avenir des consommateurs est quant à lui radieux alors que les prix du blé, du maïs, de l’avoine et de la viande sont à leur plus bas en termes réels. En ce qui concerne le prix du blé, nous possédons des statistiques remontant à 750 ans. En dollars et en termes nominaux, le blé fin 2015 était 6 % moins cher qu’en décembre 1973.

En bref, la planète produit trop de denrées alimentaires comme le blé et le maïs. Les prix du boeuf et du poulet exprimés en dollar baissent également. Je suppose que d’ici la fin du cycle de baisse des matières premières, les consommateurs des pays développés dépenseront moins de 5 % de leurs revenus dans l’alimentaire, et peut-être même plus dans les sorties au restaurant qu’au supermarché.

Les effets sur les économies des marchés émergents comme l’Afrique du Sud seront énormes si l’histoire devait se répéter et que la planète se dirige vers une nouvelle période de 15 ans de bas prix pour les matières premières. (…)

Je vais me lancer dans des prédictions : le plus gros de la chute est derrière nous, mais les prix des matières premières devraient encore baisser de 30 % en termes réels, même si une baisse supplémentaire de 20 % pourrait nous conduire vers le plus bas définitif. Durant un tel cycle baissier, le monde change.

Rappelez-vous l’hyperinflation qu’a connue l’Allemagne dans les années 20 les années 30 alors que les prix baissaient à la même époque dans des pays comme les États-Unis et la Grande-Bretagne. Nous assistons à un phénomène similaire aujourd’hui. Au Brésil et en Russie, l’inflation s’écrit avec 2 chiffres tandis qu’au Venezuela, elle pourrait dépasser les 100 %.

Il y a un peu de croissance en Europe et sur le continent américain mais surtout beaucoup de déflation, comme en Suisse. Il y a très peu d’inflation dans la zone euro et aux États-Unis, ainsi qu’au Japon.

Le réajustement des devises est probablement la plus grosse différence entre la période de la Grande Dépression et l’environnement actuel de faible croissance. Les devises jouent un rôle de pare-chocs pour les exportations des matières premières ainsi que de facteurs additionnels de déflation pour les pays développés et la Chine.

La hausse du chômage au Brésil, en Russie, en Arabie Saoudite et bien sûr en Afrique aura des conséquences politiques significatives. (…) Non seulement cette baisse diminuera leurs revenus, mais ils connaîtront également des taux d’intérêt plus élevés sur leur dette et une inflation supérieure. L’impact sera également visible sur l’équilibre de leur budget.

Confrontés à cette tempête parfaite, ces pays verront également leur note être abaissée. (…) Les pays développés peuvent donc s’attendre à la poursuite des flux migratoires en provenance de ces pays. (…)

Bouleversement au niveau des sociétés spécialisées dans les matières premières

Cependant, ce cycle de baisse des matières premières de 15 ans provoquera la métamorphose des sociétés spécialisées dans les matières premières et l’agriculture. Ces sociétés emploieront toujours moins de personnel pour être de plus en plus automatisées. (…) »