Pourquoi la Fed s’engagera dans un nouveau QE

Pourquoi la Fed s’engagera dans un nouveau QE

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Fed taux

« En novembre 2002, le gouverneur de la Fed Ben Bernanke introduisait le concept d’assouplissement quantitatif. Dans un discours intitulé « la déflation : s’assurer qu’elle n’aura pas lieu chez nous », il expliquait que la Fed pouvait empêcher la déflation de prendre pied aux États-Unis en créant de l’argent et en l’utilisant pour acquérir des obligations américaines et de sociétés publiques (par exemple Fannie Mae et Freddie Mac). Il clamait que ces « politiques monétaires non orthodoxes » seraient particulièrement efficaces si elles étaient poursuivies en même temps qu’une politique fiscale expansionniste.

À travers ce discours, Bernanke rassurait le secteur bancaire, ainsi que la communauté des spéculateurs, sur l’omnipotence de la Fed. Ce faisant, il encourageait une création encore plus agressive du crédit et la prise de risques. En conséquence, la bulle du crédit, qui était déjà importante, a gonflé davantage. Lorsqu’elle a explosé 6 ans plus tard, Bernanke, cette fois président de la Fed,  en coopération avec les secrétaires au Trésor Paulson et Geithner, ont répondu à la crise en utilisant exactement les mêmes politiques que celles décrites par Bernanke en 2002.

La Fed a eu recours à la création monétaire en masse afin d’acheter de nombreuses obligations. Le Trésor s’est mis à emprunter et à dépenser des trillions de dollars, qu’il a pu financer à des taux d’intérêt très bas grâce au programme d’achat de dette gouvernementale de la Fed. Cette combinaison très agressive de stimulus fiscal et monétaire a empêché une nouvelle grande dépression, ainsi que l’effroyable effondrement des prix qui s’en serait suivi.

Donc, même s’il ne faut pas oublier que Bernanke est à blâmer pour avoir permis à la crise de se déclarer, il faut également reconnaître qu’il avait raison lorsqu’il disait que la Fed pouvait prévenir la déflation en utilisant des politiques monétaires non orthodoxes.

De nombreux commentateurs financiers ont remarqué que les réserves des banques à la Fed ont augmenté de 2,9 trillions depuis début 2009. Cela correspond à 83 % de la masse monétaire créée par la Fed durant cette période. Ils en ont donc conclu que la grande majorité de l’argent créé via le QE est resté bloqué dans les banques, et n’a donc eu aucun impact sur l’économie. Cette interprétation est cependant incorrecte.

Entre 2009 et 2013, le gouvernement a emprunté environ 5,8 trillions de dollars afin de financer ses déficits budgétaires. Durant cette période, la Fed a acheté pour 1,9 trillion de dollars d’obligations américaines. Si la Fed n’avait pas acheté ces obligations, cela aurait supprimé pour 1,9 trillion de demande dans l’économie, ou le gouvernement aurait dû emprunter ces sommes aux marchés financiers.

Cela aurait pompé une partie de la liquidité du système et poussé les taux à la hausse. Des taux d’intérêt plus élevés auraient accéléré la chute du marché immobilier, et impacté négativement l’économie de bien d’autres manières. Le QE a permis au gouvernement d’augmenter la demande globale dans l’économie via les dépenses à crédit et en refinançant sa dette à des taux d’intérêt très bas.

La Fed a également acheté pour 1,7 trillion de titres adossés à des créances hypothécaires, soit la dette émise par Fannie et Freddie. Cela a augmenté la valeur de ces obligations, tout en faisant baisser leurs taux. En faisant l’acquisition de cette dette à des prix bien plus élevés que leur valeur précédente, la Fed a favorisé le rétablissement de la solvabilité du secteur financier en difficulté, qui se trouvait alors au bord du précipice.

En poussant à la baisse les rendements de la dette adossée à des crédits hypothécaires, la Fed a mis fin à la chute des prix de l’immobilier et, plus tard, durant le QE 3, est parvenu à obtenir un rebond. Les prix de l’immobilier à la hausse ont permis de regonfler l’économie en augmentant le patrimoine net des ménages. Si la Fed n’avait pas acheté pour 1,7 trillion de titres adossés à des crédits hypothécaires, le rendement de cette dette serait resté élevé, ou aurait augmenté, les possesseurs de cette dette se seraient retrouvés avec des actifs douteux sur les bras et le marché immobilier se serait affaibli au lieu de se raffermir.

Ainsi, le QE a permis d’améliorer les fondamentaux économiques des États-Unis. Ce constat fait, les investisseurs actions ont fait monter les marchés à chaque annonce d’un nouveau QE. La hausse des marchés a également servi à regonfler l’économie.

Le rebond du marché immobilier et l’augmentation des marchés actions ont permis d’augmenter le patrimoine net des ménages de 25 trillions (soit de 45 %) par rapport au plus bas de 2009. Il est désormais supérieur de 17 % par rapport au pic de l’avant crise. Cette augmentation de la richesse est le résultat de l’assouplissement quantitatif. Comment pourrait-on l’expliquer autrement ? Cette augmentation du patrimoine net a clairement créé un effet de richesse qui a permis d’augmenter la consommation et donc la croissance.

Ce n’est pas une coïncidence si le patrimoine net a augmenté de 25 trillions durant la création sans précédent de masse monétaire, et l’achat d’actifs financiers. Il est certain que le QE a permis de redonner des couleurs à l’économie, il est par contre très improbable que cela perdure lorsque l’assouplissement quantitatif prendra fin en octobre. En fait, les chances sont grandes pour qu’elle reparte à la baisse.

Si cela devait arriver, la Fed devrait prendre une décision : soit ne rien faire et permettre à tout ce qu’elle a accompli d’être détricoté, pour probablement s’enfoncer dans une récession sévère et la déflation, soit en remettre une couche. Je pense qu’il s’agira d’une décision facile à prendre pour la Fed. Après tout, que sont quelques trillions de dollars partagés entre amis ? »