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Pr Kotlikoff, de l’Université de Boston : « les États-Unis sont déjà en faillite »

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Quiconque suit l’évolution de la dette officielle des États-Unis sait qu’elle s’est fortement détériorée depuis 2008. Pourtant, d’après Laurence Kotlikoff, qui a témoigné devant la commission du budget du Sénat américain fin février 2015, la situation est encore pire que ce que l’on pouvait imaginer.

En réponse à ceux qui prétendent que la dette américaine est facilement gérable, l’économiste de l’université de Boston Laurence Kotlikoff avance une analyse qui a de quoi faire réfléchir.

« Notre pays est en faillite. Pas dans 75 ans, dans 50 ans, dans 25 ans ou dans 10 ans. Il est déjà en faillite aujourd’hui » a-t-il déclaré à la commission du budget du Sénat, de but en blanc. « En fait, sa situation fiscale pourrait être bien pire que celle de n’importe quel pays développé, y compris la Grèce. »

Pourquoi, si les données officielles en la matière affirment que la dette du gouvernement fédéral n’est « que » de 74 % du PIB ? Les dés sont pipés, comme vous le savez : « Malheureusement, la dette fédérale officielle n’est pas un indicateur économique fiable qui refléterait la véritable situation fiscale du pays » affirme Kotlikoff. « À vrai dire, la dette fédérale et ses variations annuelles, le déficit, ce sont purement des constructions linguistiques qui reflètent la volonté des membres du Congrès d’étiqueter ou pas certaines dépenses et recettes du gouvernement. »

Par exemple, ces chiffres n’incluent pas les presque 750 milliards de dollars que le gouvernement américain ponctionne à travers les prélèvements sociaux sur les salariés mais également les obligations futures qui sont censées être couvertes par ces montants, explique-t-il.

« Si nous incluions les prélèvements de sécurité sociale en tant qu’emprunts (note : ainsi que les obligations futures en termes de retraites, etc.), la dette fédérale due par la population ne serait pas de 13 trillions de dollars mais de 38 trillions, ce qui représente 211 % du PIB américain. »

En fait, les États-Unis sont face à un trou fiscal de 210 trillions d’après Kotlikoff. Soit supérieur de 16 fois au chiffre officiel, « ce qui montre à quel point la dette officielle est un chiffre inutile pour comprendre la situation véritable des États-Unis ». Un montant qui représente presque 12 fois le PIB américain, actuellement de 18 trillions de dollars.

Si le gouvernement américain décidait de s’atteler dès aujourd’hui à résoudre le problème de sa dette réelle, il devrait augmenter ses recettes de 58,5 % tout en diminuant ses dépenses de 37,7 % d’après Kotlikoff !

En comparant le déficit annuel véritable des autres pays développés, Kotlikoff montre alors qu’il s’élève à 13,7 % aux États-Unis en termes de pourcentage par rapport au PIB, il n’est que de 1,6 % en France, pour 5,9 % aux Pays-Bas ou encore 5,4 % au Royaume-Uni, 2 nations souvent citées à titre d’exemple en la matière… La preuve selon lui que le ratio dette/PIB officiel n’est pas représentatif de la situation fiscale d’un pays.

Toutes dettes confondues (entreprises, ménages, état) de 2007 au second trimestre de 2014, la dette américaine a augmenté de 57 trillions, faisant ainsi progresser le ratio dette/PIB US de 17 % pour atteindre 286 %, d’après le McKinsey Global Institute. (…)

Pour lire en anglais le compte-rendu intégral de l’intervention de Kotlikoff au Sénat américain (source)