Récession au premier trimestre 2014 aux États-Unis

Récession au premier trimestre 2014 aux États-Unis

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Les chiffres viennent de tomber : après une croissance estimée à 0,1 %, les États-Unis ont connu une croissance négative au premier trimestre 2014 (-1 %). Un revers anticipé par les analystes comme Olivier Delamarche, qui doit être impatient de se rendre lundi prochain dans les studios de BFM…

USA-Recession

Serait-ce le moment d’inclure, à l’instar de ce que vient de décider l’Italie et maintenant la Grande-Bretagne, la prostitution et le trafic de drogue dans le calcul du PIB aux USA ? Quoi qu’il en soit, les marchés américains n’ont pas réagi. Voici les états d’âme de Victor Sperandeo à ce propos :

« Sur base de mon expérience de 50 ans, je peux vous dire avec certitude qu’à chaque mauvaise nouvelle, la Fed intervient, via les banques, et soutient les marchés actions afin de maintenir l’apparence de la vigueur.

Aujourd’hui (lire le 29 mai) on a appris la diminution de 1 % du PIB. On aurait dû assister à un mouvement baissier en réponse. C’est ce qui se serait passé dans des conditions normales. Juste après la publication du chiffre, nous avons eu droit à une sortie de Jeff Lacker, un cadre de la Fed, affirmant que la croissance du PIB allait rebondir au second trimestre.

Pourquoi un cadre de la Fed doit-il supporter les marchés avec ses commentaires ? Vous voyez, leur petit jeu consiste à pousser les marchés à la hausse. Il est donc certain que la Fed intervient à la bourse, via les banques, afin de maintenir sa stabilité. »

Eric King : « que va-t-il se passer alors sur les marchés ? »

Victor Sperandeo : « permettez-moi d’ouvrir une parenthèse philosophique. Han Fei était un philosophe chinois, qui a notamment influencé Mao Tse Toung. Il conseillait les aspirants empereurs, à savoir comment se débarrasser de la concurrence, monopoliser le pouvoir. Il fut proche de nombreux empereurs.

Fei disait que la nature humaine est basée sur la peur et l’avarice, ou ce qu’il appelait « le bâton et la carotte ». Fei pensait que pour conserver la stabilité, il fallait faire appel à la peur et à l’avarice, donc manier le bâton et la carotte.

Aujourd’hui, nous regardons du côté de la Fed et il n’y a pas de bâton. Vous n’êtes pas puni pour avoir investi dans les actions, quelles que soient les nouvelles. Cela fait 32 mois qu’il n’y a plus de correction de 10 %. Le marché a également augmenté de 41 % par rapport à son plus bas de novembre 2012. Il s’agit d’un mouvement intermédiaire de plus de 550 jours, durant lequel le marché a progressé de 41 % sans subir aucune correction notable. Tout le monde joue donc la hausse.

Donc, pour répondre à votre question, tout le monde joue la hausse, sans craindre de coup de bâton. Mais ce qui fera vraiment mal au marché, c’est lorsqu’un événement échappant au contrôle de la Fed arrivera. Si Poutine envahit l’Ukraine, ou qu’Israël attaque l’Iran et que le baril de pétrole s’envole entre 150 et 200 $ le baril, la Fed sera impuissante.

Donc vous voyez, tout le monde investit même s’il faut générer une grosse dette marginale, puis patatras un événement genre 2008 a lieu. C’est le risque, car on a fait croire à l’investisseur moyen que quoiqu’il arrive, la Fed fournira un filet de protection. C’est dans ce genre de contexte que les gens prennent des risques insensés, c’est pourquoi les dettes marginales sont à des niveaux jamais vu. Les gens ayant de grosses expositions au risque sont en danger. »

Eric King : « une partie de l’agenda de la Fed et des autres banquiers centraux est de maintenir la pression sur le cours de l’or et de l’argent alors qu’ils favorisent la hausse des marchés actions. »

Sperandeo : « l’or est une protection contre l’inflation et le chaos. Les banques centrales ne peuvent se permettre de laisser l’or franchir la barre des 1400 $ l’once, on assiste donc à beaucoup de ventes de papier sur ces marchés afin de soutenir le dollar et le marché obligataire.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est qu’il y a un rally sur le marché obligataire en même temps que sur les marchés actions. C’est incompréhensible. Quelqu’un doit avoir tort. Je pense que c’est le marché obligataire qui a raison, car il prédit un ralentissement.

Les marchés actions devraient donc baisser, mais l’intervention de la Fed les en empêche. Ce qui prouve à quel point la situation est grave.

Il n’est pas normal, après 5 ans, que les taux d’intérêt soient toujours à zéro, que les marchés actions montent. Je veux être très clair sur ce point : si la Fed ne permet pas au marché de baisser, c’est qu’elle est en état d’alerte. (…)

La sortie de Lacker en est une preuve supplémentaire. Plus ils s’évertuent à nous dire que tout ira bien, plus ils montrent à quel point la situation les préoccupe en coulisse.

Nous sommes dans une bulle de type crise des Tulipes (explications sur la « Tulipomanie »). Je vous donne un exemple : il n’y a pas longtemps, l’action HP a augmenté de 6 %. Comment ? La société vire son personnel et utilise l’argent économisé pour racheter ses propres actions. Le chiffre d’affaires de HP est en baisse depuis 12 trimestres consécutifs, leur business model les emmène droit dans le mur.

Mais l’action continue de grimper grâce aux rachats d’actions. Ceux qui tentent de shorter se font étrangler. Il ne reste plus que l’achat comme option, tout est faussé. Cependant, cela finira par s’arrêter un jour. Reste à savoir quel sera le degré de panique et de peur du prochain épisode baissier. »