Récession time… de Jim Rickards

Récession time… de Jim Rickards

2

Article de Jim Rickards, publié le 2 novembre 2015 sur DailyReckoning.com :

« Pour décrire les dynamiques d’une guerre des devises, j’utilise toujours des métaphores comme le tir à la corde ou la balançoire à bascule. Tout cela pour bien montrer que les mouvements ne sont pas à sens unique. Les taux de change montent et descendent constamment.

Comment se déroule une guerre des devises

La guerre des devises qui a eu lieu entre 1921 et 1936 est un bon exemple. En 1921, les Allemands détruisaient leur devise durant l’épisode d’hyperinflation de la célèbre république de Weimar. En 1925, la France et la Belgique dévaluaient leur devise, ce qui augmenta la valeur de la livre sterling et du dollar.

En 1931, le Royaume-Uni répliqua en dévaluant la livre. Ce qui mit la pression sur la France et les États-Unis. Ensuite, en 1933, les États-Unis dévaluèrent le dollar, remettant la pression sur le Royaume-Uni et encore plus sur la France. Finalement, en 1936, la France et le Royaume-Uni dévaluèrent une nouvelle fois leur monnaie par rapport au dollar. Ce fut l’épisode célèbre des dévaluations « beggar thy neighbor » (chacun pour soi).

Nous pouvons faire un parallèle avec la guerre des monnaies d’aujourd’hui. Le yuan fut faible et le dollar fut fort entre 2008 et 2010. Puis, en 2011, les États-Unis ont manœuvré pour affaiblir le dollar. Le billet vert a atteint un plus bas historique en août 2011. Simultanément, l’or atteignit son record historique, ce qui n’est pas une coïncidence.

Ensuite, la valeur du yen fut abaissée avec le début des Abenomics en décembre 2012. À la mi-2014 vint le moment d’affaiblir l’euro, qui est passé de 1,3 à 1,05 $ en 6 mois. Résultat des courses, le dollar atteignait son plus haut de la dernière décennie à la mi-2015. La Fed a alors réagi en repoussant la remontée des taux, ce qui a donné un peu d’air au dollar.

Vous avez compris le principe : on ne peut pas tout miser sur le même cheval. Le dollar s’est raffermi entre 1921 et 1933, il s’est ensuite affaibli entre 1933 et 1936 pour ensuite repartir à la hausse après 1936. Le dollar fut fort en 2010, faible en 2011 et puis à nouveau fort en 2015. La même analyse s’applique aux autres devises principales. C’est ainsi que se déroule une guerre des devises. (…)

Les banques centrales se disputent la croissance

La plupart des mouvements de ces 8 dernières années sont facilement explicables par les manipulations des banques centrales. Par exemple, le QE2 de la Fed explique la faiblesse du dollar de 2011.

La banque du Japon a eu à la fois recours aux assouplissements quantitatifs et « qualitatifs » (utilisation de création monétaire pour acheter des actifs ou autres que des obligations d’État, par exemple des actions ou des obligations d’entreprises).

La BCE a eu recours à la fois aux taux négatifs et au QE pour affaiblir l’euro en 2014. La banque de Chine a utilisé un mix de baisse des taux, de réduction des taux de réserves bancaires et d’interventions directes pour affaiblir le yuan en 2015.

Il est toujours important de garder un œil sur les banques centrales. Pourtant, nous observons en ce moment les signaux émis par une source encore plus puissante que les banques centrales, à savoir le spectre d’une récession mondiale.

Le spectre de la récession pointe son nez

Se lancer dans une guerre des devises dans un monde en croissance pour augmenter ses parts de marché, c’est une chose. Lorsque le gâteau ne grossit pas assez rapidement, c’est un bon moyen de s’en octroyer une plus grosse part. Mais que se passe-t-il lorsque la taille du gâteau rétrécit ? Dans un tel environnement de récession, les guerres des devises deviennent encore plus sales.

Les périodes de croissance économique durent en moyenne 77 mois depuis 1980 aux États-Unis. En ce moment, l’économie américaine croît depuis 76 mois (depuis la fin de la dernière récession en juin 2009). Il est clair que la croissance est faible, mais il y a néanmoins de la croissance. Cela signifie-t-il que l’économie américaine entrera en récession le mois prochain ? Pas nécessairement, mais nous ne devrions pas être surpris si cela devait être le cas. Les créations d’emplois ont stagné en novembre pour baisser depuis.

La désinflation et la déflation ont pris le dessus sur l’inflation. De nombreux indicateurs concernant la production industrielle et les achats sont dans le rouge. La posture vigoureuse de la Fed sur la hausse des taux n’a pas aidé.

La situation en Chine est encore plus morose. La Chine n’est pas techniquement en récession car elle part d’un taux de croissance très élevé. Cependant, le ralentissement chinois a le même impact qu’une récession ailleurs dans le monde en raison de la chute de la production qu’elle engendre.

La Chine représente plus de 10 % de la croissance mondiale. Si la croissance chinoise baisse d’un tiers, cela signifie une croissance mondiale inférieure de 3,3 %. Or, d’après le FMI, la croissance mondiale ne sera que de 3,1 % l’année prochaine. Si le ralentissement chinois est conforme à nos prévisions, cela signifie qu’il n’y aura pas de croissance en 2016. (…)

Comment les banques centrales vont-elle enrayer cette récession alors qu’elles ont déjà utilisé toutes leurs cartouches dans la guerre des devises ? Les taux américains sont déjà à zéro, ainsi que les Japonais. Les taux européens sont négatifs. Toutes ces banques centrales ont déjà créé des trillions de dollars. (…)

Cela signifie que la prochaine récession ne pourra être empêchée. Elle devra avoir lieu, l’année prochaine ou quelque chose comme ça. Tous les secteurs de l’économie seront touchés, certains plus que d’autres. Les services devraient mieux résister tandis que les biens devraient souffrir le plus. (…) »