Ronald-Peter Stoferle : la stagflation nous attend-elle ?

Ronald-Peter Stoferle : la stagflation nous attend-elle ?

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Dans son dernier papier publié sur KWN, Ronald-Peter Stoferle revient sur le concept de stagflation, tout en évaluant les possibilités de vivre cet environnement économique atypique :

L’illustration ci-dessus place la situation économique actuelle dans une matrice d’inflation tout en expliquant les développements probables : elle indique les différents scénarios possibles en fonction de la croissance et de l’inflation.

La stagflation est un scénario qui dispose d’un effet destructeur d’un point de vue économique, politique et social. Ce terme caractérise une situation économique marquée par la stagnation économique (croissance en berne et chômage élevé) en combinaison avec une inflation élevée (augmentation des prix). Ce terme fut inventé durant les problèmes économiques des années 70, lorsque les États-Unis traversèrent une période conjuguée d’inflation des prix et de récession. Un environnement économique jugé alors impossible par les économistes dominants.

Pourtant, la stagflation put être observée pour la première fois aux États-Unis et au Royaume-Uni durant les années 60. Durant cette période, la Fed pensait qu’il existe une corrélation inversée stable entre le chômage et l’inflation. L’objectif des politiques monétaires de la Fed était de stimuler la demande pour les biens et les services et d’obtenir un faible taux de chômage. La seule conséquence de cette politique était, aux yeux des économistes, de l’inflation (mais qui pouvait être jugulée).

Mais l’augmentation des salaires enclenchés par l’inflation élevée ne fut pas l’événement déclencheur de la stagflation des années 70. Les prix ont commencé à augmenter fortement durant la décennie suivante. La transition a également eu des effets graves sur les marchés, ainsi que sur les rendements des investissements. À cause de l’inflation monétaire des années 70, et de l’augmentation des prix qui en a découlé, les rendements offerts par les marchés furent en berne, tandis que les métaux précieux et les matières premières augmentèrent.

« Le thème majeur prochain est la stagflation. Ce sera l’héritage du régime Bernanke. Vous ne pouvez pas conserver en négatif les taux à court terme pendant aussi longtemps dans un contexte de croissance économique même modeste sans générer des excès financiers aujourd’hui et des pressions inflationnistes dans le futur. – Dave Rosenberg. »

D’après les économistes académiques, la stagflation découle généralement de chocs de l’offre, qui influencent le niveau général des prix en raison de coûts de production qui augmente. Les entrepreneurs sont conduits d’augmenter leurs prix de vente à cause de coûts plus élevés (énergie). Alors que la demande ne change pas, un déclin du chiffre d’affaires en résulte, ce qui débouche sur une baisse de la production, et donc des licenciements. Dans la théorie économique de Keynes, la courbe de Philips estime qu’il y a une relation proportionnelle entre la croissance et l’inflation.

Un examen approfondi de la situation actuelle révèle des signes de début d’une période de stagflation. L’histoire économique du Japon peut être un héraut de la croissance qui stagne. L’exemple de ce pays montre que les politiques fiscales keynésiennes qui ont été implémentées par le passé ne parvinrent pas à combattre une stagnation économique durable. Au lieu de cela, le Japon a amassé une dette énorme. Vu le manque de succès de cette politique, on tente désormais, fort de cette logique keynésienne typique (qui dit qu’en cas d’échec, ce n’est pas la théorie qui est défaillante, mais son application), de doubler la dose sous l’appellation « Abenomics ».

On ne peut pas affirmer que des effets déflationnistes intermittents ne se manifesteront pas, comme une nouvelle crise bancaire ou faillite d’un pays, en chemin. Un nouvel épisode déflationniste similaire à celui de 2008, dans l’attente d’une inflation élevée, est un autre scénario réaliste.