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16 décembre 2015

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Janet Yellen

Quelques heures nous séparent désormais de l’annonce de la décision de la Fed concernant son taux directeur qui sera plus que probablement relevé. Dans l’attente de la décision, James Turk a évoqué la tourmente que traverse le marché du crédit et d’autres facteurs qui pourraient forcer la Fed à s’abstenir (source KWN) :

« Le moment de vérité concernant la décision de la Fed à propos de ses taux est enfin arrivé. Ils n’ont plus été modifiés depuis sept ans. L’annonce sera faite ce mercredi après-midi, au terme de deux jours de réunion du Comité de la Fed.

En vertu du contenu des comptes-rendus des réunions précédentes ainsi que des nombreuses déclarations publiques faites durant ces dernières semaines, les officiels de la Fed ont indiqué qu’ils augmenteront les taux directeurs de 0,25 %. Il y a pourtant de bonnes raisons de croire que la Fed finira par ne rien modifier.

Carnage sur le marché du crédit

Notamment en raison du chaos qui règne sur les marchés du crédit. C’est particulièrement visible sur le marché des obligations risquées (junk bonds) parce qu’il est le maillon le plus faible de la chaîne.

Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle « obligations pourries ». Il s’agit d’obligations émises par des sociétés qui sont sur le fil du rasoir, vivotant entre solvabilité et faillite. Un petit problème peut se muer en désastre pour ces sociétés. Les compagnies pétrolières qui se sont trop endettées pensant que le cours du brut ne passa jamais en dessous de la barre des 60 $ le baril sont en train de payer les conséquences.

Il y a pire encore : la détérioration du marché du crédit se propage au système bancaire. Aujourd’hui, la banque Wells Fargo a déclaré que des tensions apparaissent dans son portefeuille de crédits octroyés à des sociétés énergétiques en raison de la chute du cours du pétrole, un autre événement qui pourrait pousser la Fed à ne pas relever ses taux.

deficit-budgetaire-dette-usaMais la meilleure raison pour dissuader la Fed de le faire : c’est la dette du gouvernement américain. C’est ce facteur qui explique pourquoi j’affirme depuis des années que les États-Unis ne relèveront jamais leurs taux. Le gouvernement US est tellement endetté qu’il ne peut se permettre de payer des intérêts justes.

D’ici quelques semaines, la dette du gouvernement fédéral américain dépassera la barre des 19 trillions. J’estime à 14 trillions la dette à court terme. Une augmentation des taux de 0,25 % signifie que le budget américain se creuserait de 35 milliards supplémentaires par an.

Le gouvernement fédéral ne réalisera pas de coupe dans ses budgets pour compenser l’augmentation de la facture du service de sa dette. Toute hausse des taux augmentera donc le fardeau de la dette et creusera les déficits budgétaires américains.

Hyperinflation et une grosse surprise

En bref, des taux plus élevés ne peuvent mener qu’à l’hyperinflation et à la destruction du dollar. Les officiels de la Fed le comprennent sans aucun doute. C’est pourquoi vous ne devriez pas être surpris si la Fed annonçait le statu quo. Si elle devait tout de même relever ses taux, cet acte serait accompagné d’un communiqué extrêmement rassurant.

La Fed pourrait également décider de laisser inchangés le taux directeur le plus bas à zéro et augmenter le taux directeur le plus élevé à 0,5 %. Une telle décision serait elle aussi accompagnée de pommade pour tenter de faire grimper les marchés.

De toute façon, nous serons bientôt fixés. La Fed surprendrait tout le monde si elle décidait de ne pas agir mais quoi qu’elle fasse, on pourrait assister à une semaine agitée. »

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Fed taux

Nous y sommes presque : c’est mercredi, soit le 16 décembre, que la Fed devrait annoncer sa première hausse des taux depuis juin 2006. Pour Jim Rickards cette hausse aura bien lieu mais déclenchera le prochain round d’assouplissement quantitatif de la Fed (source) :

« Le débat sur la volonté de la Fed de relever ses taux qui a eu lieu pendant des années est terminé. En l’absence d’une catastrophe financière ou d’un choc géopolitique, la Fed relèvera son taux directeur de 0,25 % le mercredi 16 décembre 2015. Cela signifie qu’une source d’incertitude sera levée tandis qu’une centaine de nouvelles sources apparaîtront. (…)

La Fed : du silence radio à la cacophonie

Lorsque j’ai démarré ma carrière dans le secteur bancaire au cours des années 70, la Fed ne communiquait pas. C’était le silence radio. Il n’y avait pas de conférences de presse, pas de publications de comptes-rendus des réunions ou pas de discours de politique. Si un gouverneur ou un président donnait un discours, il était commémoratif.

Les témoignages obligatoires devant le Congrès consistaient en un chapelet de phrases incompréhensibles destinées à créer des écrans de fumée par ceux qui les prononçaient, Paul Volcker et Alan Greenspan. Les officiels de la Fed étaient aussi bavards que la façade de marbre de leur bâtiment de Constitution Avenue à Washington D.C.

Dans les années 70, l’observation de la Fed était une forme d’art aussi opaque et nuancé que la Kremlinologie (à l’époque, les experts de l’analyse comportementale des Soviétiques étudiaient les photographies des officiels visitant la tombe de Lénine afin de mesurer leur proximité avec le secrétaire général du parti communiste et ainsi anticiper qui montait et descendait dans la hiérarchie).

La Fed faisait fuiter des informations mais pas aux reporters du Wall Street Journal comme c’est le cas actuellement avec Hilsenrath (voir ci-dessous). Un petit groupe d’économistes des négociants principaux (primary dealers) bénéficiaient de ces fuites soit les gens qui étaient en contact direct avec les traders de la Fed.

La fuite se faisait par téléphone (c’était bien avant les écoutes) ou autour d’un verre près de Hanover Square. La seule source d’information était le bureau des opérations d’open market. Les traders avisés des négociants principaux étaient censés deviner les intentions de la Fed en fonction des transactions qu’il conduisait. C’était ainsi que cela devait fonctionner. La nouvelle se répandait ensuite comme une traînée de poudre et les marchés s’ajustaient en fonction de la direction donnée par la Fed.

Ben Bernanke a tout changé. Sa vision était simple : la transparence est positive. En annonçant clairement les intentions de la Fed, les marchés pouvaient anticiper le futur des taux d’intérêt. Ces attentes concernant le futur pouvaient alors se traduire dans la valorisation actuelle des actifs en les prenant en compte immédiatement.

Si la Fed désirait augmenter les liquidités aujourd’hui, elle donnait des informations sur son intention de le faire. Ces indications d’orientation étaient alors prises en compte immédiatement ce qui permettait d’atteindre l’objectif sans surprise, de  façon progressive. (…) Pour des universitaires tels que Bernanke et Yellen, c’était le rêve : toutes les frictions étaient éliminées, les anxiétés tranquillisées.

Comme c’est souvent le cas avec les théories universitaires, le rêve s’est rapidement mué en cauchemar. Lorsque le président de la Fed s’est mis à faire des commentaires publics réguliers concernant le futur des politiques, les autres officiels se sont mis à l’imiter. Rapidement, les discours sont devenus une véritable cacophonie. Sept gouverneurs (5 actifs en raison de postes à pourvoir), douze présidents de Fed régionales et le responsable des opérations d’open market ne parvenaient désormais plus fermer leur bouche. Le fait qu’un président ait un droit de vote ou pas se perdait dans le brouhaha. Un gouverneur comme Lael Brainard pouvait adopter un ton très accommodant en octobre pour ensuite totalement retourner sa veste en décembre.

Au lieu d’éliminer l’incertitude présente, tout ce que Bernanke et Yellen ont réussi à faire est de faire planer l’incertitude sur le futur. La Fed était-elle vraiment sérieuse quand elle a déclaré ceci ? Qui a fait une telle déclaration ? La Fed changera-t-elle d’avis ? Si la Fed dépend des chiffres, comment les interprétera-t-elle ? Etc. (…)

Avancer pour mieux plonger…

Tout cela ne change rien à l’état de l’économie réelle. Les États-Unis se dirigent droit vers la récession. La hausse des taux ne fera qu’accélérer ce scénario. (…)

Il sera intéressant de voir si la Fed aura l’opportunité de relever son taux directeur une, deux ou trois fois avant d’être rattrapée par la réalité. Attendez-vous à un nouveau round de QE pour « stimuler une économie en berne » entre la mi et la fin 2016. »

Et que dit Hilsenrath ?

En parlant d’Hilsenrath, ce journaliste du Wall Street Journal considéré comme le porte-parole officieux de la Fed, il ne dit pas autre chose. Via ZeroHedge :

« Si l’objectif de la Fed est de remonter son taux directeur au-dessus de 3 % d’ici 3 ans, cela n’aura lieu que si tout se passe comme prévu. Toute une série de facteurs pourrait forcer la Fed à rebrousser chemin et à rebaisser les taux : un choc étranger impactant l’économie américaine, la persistance de l’inflation trop basse, l’éclatement d’une nouvelle bulle financière ravageant l’économie ou l’essoufflement du cycle économique qui, long de 78 mois, a déjà duré plus longtemps que 29 des 33 cycles d’expansion économique que l’économie américaine a connue depuis 1854. »

Il ne s’agit pas que de l’avis autorisé de John Hilsenrath. Parmi 65 économistes interrogés par le Wall Street Journal ce mois, plus de la moitié s’attend à ce que le taux directeur de la Fed soit proche de zéro dans les 5 années à venir. Dix d’entre eux envisagent même des taux négatifs, à l’instar de ce que fait déjà la BCE.

Egon von Greyerz

Interview d’Egon von Greyrz, publiée le 21 novembre 2015 sur KWN :

« Les marchés attendent la décision de la Fed du 16 décembre. Actuellement, la Fed n’a aucune idée de ce qu’elle doit faire. Vu qu’elle ne suit aucune politique à long terme et ne fait que réagir aux événements, elle espère recevoir plus de clarté dans les 26 jours à venir.

Augmenter les taux de 0,25 % donnerait l’impression que l’économie est forte. La raison première en faveur d’une hausse des taux est donc de donner l’illusion que tout va bien aux États-Unis.

Mais Janet Yellen sait parfaitement que les choses sont loin d’être parfaites. Elle sait que le taux de chômage réel n’est pas de 5 % vu que 94 millions de personnes à même de travailler se tournent les pouces. Elle sait également que les risques qui planent sur les États-Unis, comme sur le reste de l’économie mondiale, sont plus grands que jamais.

La dette fédérale américaine est de 18,5 trillions de dollars tandis que sa dette totale est proche des 70 trillions. En plus de ces montants il faut inclure les engagements non provisionnés, qui dépassent les 200 trillions de dollars, sans parler des plus de 500 trillions de produits dérivés sur les taux d’intérêt que les banques américaines possèdent.

Avec une dette et des positions risquées qui totalisent presque 3/4 d’un quadrillion, il ne s’agit pas d’un contexte idéal pour augmenter les taux. De plus, les marchés actions américains surévalués pourront difficilement encaisser une hausse. La bourse américaine arrive au terme de son marché haussier séculaire ; toute mauvaise nouvelle sera le catalyseur d’un marché baissier épique.

Les soucis des subprimes

(…) Les crédits auto deviennent de plus en plus un problème de type subprime, comme c’est aussi le cas pour les prêts étudiants. Le marché des obligations pourries s’est effondré de 33 % durant les quinze derniers mois. Les secteurs du pétrole et du gaz sont bien sûr les principaux responsables mais d’autres sont également sous pression.

La dette des entreprises augmente. Depuis 2009, la dette nette des entreprises est passée d’un trillion à 2,5 trillions. Cette tendance est particulièrement dangereuse dans un contexte de profits en baisse. Mais sur le long terme, la décision de la Fed du 16 décembre n’aura aucune espèce d’importance. L’économie américaine et le dollar tomberont, quoiqu’elle décide, car une économie tant endettée n’est pas pérenne. Je doute qu’elle décide d’augmenter les taux mais ce ne serait pas la première fois que la Fed commette une erreur.

S’il est difficile de prédire ce qu’elle fera, j’estime qu’il est par contre absolument certain qu’au début 2016 la Fed démarrera un nouveau QE qui aura de quoi faire rougir les assouplissements précédents. D’ici quelques années, il ne serait pas étonnant que la Fed ait créé plus d’un quadrillion de dollars.

L’Europe n’est pas en reste

Mais il ne s’agit pas que d’un problème américain. En Europe douze pays ont déjà des taux d’intérêt négatifs en vertu de leur tentative futile de créer de l’inflation. Draghi vient juste d’annoncer que la BCE ferait « ce qui doit être fait pour augmenter l’inflation aussi vite que possible ». Ce qui signifie très clairement que la BCE augmentera son QE en décembre.

Mais cette frénésie de création monétaire n’aura pas d’effets positifs pour l’économie mondiale. Tout ce qu’elle fera, c’est provoquer l’effondrement des devises et créer de l’hyperinflation. La minorité qui possède de l’or et de l’argent physique possédera au moins une assurance qui les protégera contre la destruction totale de leur patrimoine. »