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Accords de Shanghai

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Article de Jim Rickards, publié le 25 juillet 2016 sur DailyReckoning.com :

« Les États-Unis ont-ils doublé la Chine sur les accords de Shanghai ? Dans l’affirmative, la Chine va agir unilatéralement afin de dévaluer le yuan. Dans ce cas, le DJIA pourrait plonger jusqu’à 16.450 points et le S&P 500 jusqu’à 1925 points en quelques semaines, effaçant ainsi des trillions de dollars de richesse.

Il ne s’agit pas de supputations. Des plongeons de plus de 10 % des indices boursiers américains ont eu lieu 2 fois durant les 12 derniers mois. À chaque fois, ces événements ont eu lieu en raison d’une combinaison dollar plus fort et yuan plus faible. Vous devez comprendre la dynamique pour à la fois éviter des pertes et vous positionner pour en profiter.

Les soucis de la Chine

La Chine souffre en raison d’une dette excessive, de problèmes démographiques et de concurrence de pays moins cher comme le Vietnam, l’Indonésie et les Philippines. La Chine a besoin d’un ballon d’oxygène économique. Les programmes de relance budgétaire sont synonymes de davantage de dette irremboursable dont la Chine possède déjà en trop grande quantité. La façon la plus simple pour la Chine de doper son économie consiste à dévaluer sa monnaie afin de rendre ses exportations plus compétitives.

Lorsque la Chine dévalue, elle encourage la fuite des capitaux. Les riches qui sont bien informés tentent de sortir leur argent de Chine le plus rapidement possible avant la prochaine dévaluation. Cela provoque les ventes massives d’actions chinoises, qui contaminent rapidement les marchés boursiers américains, provoquant ainsi une crise de liquidités mondiale. Les 2 dernières fois que la Chine a dévalué, les actions américaines ont chuté de plus de 10 %.

Les accords de Shanghai, qui furent passés le 26 février 2016, avaient pour objectif de donner à la Chine un ballon d’oxygène sans la contraindre à dévaluer sa monnaie par rapport au dollar. La solution consistait à arrimer le yuan au dollar tout en dévaluant le billet vert par rapport à l’euro et au yen. Les relations commerciales entre la Chine et l’Europe et le Japon sont plus importantes qu’avec les États-Unis. Les accords de Shanghai ont offert à la Chine ce moment de répit par rapport à ses partenaires commerciaux majeurs que sont l’Europe et le Japon tout en maintenant la stabilité entre le yen et le dollar afin de ne pas courroucer les marchés. C’était une solution propre. Les seuls perdants furent l’euro et le yen, qui devaient s’apprécier dans le cadre de ce plan.

De début mars à la mi-mai, les accords de Shanghai ont fonctionné à merveille. Le yuan fut stable par rapport au dollar alors que celui-ci baissait par rapport au yen et à l’euro. Les marchés actions américains sont partis à la hausse, le Dow Jones passant de 16.000 à presque 18.000 points. Tout semblait marcher comme sur des roulettes.

Malheureusement, la Fed ne put s’empêcher de bouleverser la donne. Au lieu de célébrer cette trêve dans la guerre des devises, la Fed revint sur sa promesse d’un dollar faible en mai en commençant à évoquer une possible hausse des taux en juin ou en juillet. Cette posture agressive fut portée par plusieurs présidents de Fed régionales, notamment James Bullard, Loretta Mester et Esther George. Le dollar grimpa de presque 4 % en quelques semaines. Un mouvement important sur le marché des changes.

À ce moment, la Chine se sent trahie par les États-Unis. Elle commence alors sa 3e dévaluation contre le dollar américain. La première fut la dévaluation-choc du 10 août 2015, lorsque le yuan fut dévalué du jour au lendemain de 3 %. La seconde fut la dévaluation « furtive » entre décembre 2015 et janvier 2016. On l’appelle ainsi car la Chine opéra petit à petit au lieu de dévaluer d’un coup. La 3e dévaluation fut appelée « la dévaluation du tricheur », reflétant l’opinion de la Chine que les États-Unis avaient mangé leur parole sur les accords de Shanghai. Cette dévaluation a démarré à la mi-mai et se poursuit aujourd’hui.

Les dévaluations choc et furtive ont toutes les 2 eu lieu dans un contexte de raffermissement du dollar dans l’anticipation de la hausse des taux américains. (…) Quel est le rapport entre ces guerres des devises et les marchés actions américains ? La réponse est que le taux de change USD/CNY pourrait bien être un facteur bien plus déterminant du prix des actions que les baromètres traditionnels tels que les bénéfices, les multiples boursiers ou la croissance. Cette relation est clairement indiquée dans le graphique ci-dessus. (…) À chaque fois que la Chine a commencé à dévaluer, les marchés actions américains ont coulé comme une pierre dans l’eau.

Comme le montre le graphique, un nouveau crash avait commencé début juin, mais la mise fut sauvée par le Brexit. Le résultat du référendum a provoqué l’effondrement immédiat de la livre et de l’euro ainsi que la recherche de valeurs-refuges comme le dollar, l’or et les actions américaines. Maintenant que le rebond du Brexit est terminé et que les marchés saignent à nouveau, la question est de savoir si l’histoire va se répéter ou si cette fois, ce sera différent. (…) »

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Selon Jim Rickards (cet article synthétise le sien), la guerre des devises a démarré en 2010 avec la dévaluation du yuan. Jusqu’en 2015, les grands blocs économiques ont profité tour à tour de dévaluations ordonnées, le gagnant d’hier devenant le perdant de demain, jusqu’à ce que la Chine décide de dévaluer sans consulter ses partenaires. Au dernier G20, un nouvel accord a été trouvé pour remettre de l’ordre alors que la dévaluation du yuan avait fait tanguer les marchés.

Jouer sur la dévaluation pour faire repartir une économie, c’est en quelque sorte jouer au jeu des chaises musicales, à la différence que dans cette « version monétaire » il n’y a qu’une chaise sur laquelle s’asseoir lorsque la musique s’arrête.

En 2010, lorsque la Chine a dévalué, son économie a connu une embellie. Selon le principe des vases communicants, la situation économique américaine s’est détériorée. Les États-Unis avaient besoin d’augmenter leurs exportations, d’améliorer l’emploi dans la foulée, en affaiblissant le dollar. Cette dévaluation comporte aussi l’avantage de faire grimper les prix des produits importés, donc de générer de l’inflation. Lorsque vous êtes incapable de créer de la croissance organique, vous dévaluez.

Mais comme l’analogie des chaises musicales le montre, il est impossible que tout le monde profite de la dévaluation en même temps. Les nations doivent donc attendre leur tour. La Chine a pris le sien en 2010, les États-Unis en 2011 (le dollar a atteint un plus bas historique en août 2011, tandis que la croissance du T4 de cette année fut de 4,6 %). Tout allait mieux aux États-Unis, ce qui signifie qu’un autre membre du club souffrait, à savoir le Japon.

En 2012, ce fut donc au tour du Japon de dévaluer avec la mise en place des fameux Abenomics. Le yen chuta rapidement : de 90, il en fallait désormais 124 pour acheter un dollar. L’économie japonaise est donc repartie de l’avant en 2013, tout comme lorsque le dollar faible avait dopé les États-Unis en 2011.

Pendant ces 3 années, l’économie européenne a souffert. En plus de la crise grecque, l’Europe a connu 2 récessions durant cette période. Il fallait donc affaiblir l’euro en 2014, ce qui s’est fait en 2 étapes :

Taux d’intérêt négatifs en juin 2014
QE européen en janvier 2015

Les effets n’ont pas tardé, l’euro tombant à 1,05 $ en janvier 2015 pour ensuite s’approcher de cette limite à plusieurs reprises depuis. Comme durant les autres dévaluations, l’économie européenne a connu un moment de répit. Après l’été 2015, on ne parlait plus de la crise grecque. Ce petit historique montre que les dévaluations entre 2010 et 2015 ont eu lieu de façon ordonnée.

Eté 2015 : La Chine dévalue sans consultation

La guerre des devises avait lieu entre les 5 familles, mais dans le respect. C’est comme ça que cela se passe dans la mafia en temps de paix. L’entente est bonne, même si la méfiance ne disparaît jamais.

Cependant, durant l’été 2015, une nouvelle guerre éclatait parmi ces 5 familles. La Chine, en voyou, décida de dévaluer sans consulter les autres. Le 11 août, la valeur du yuan chuta de 3 % en un jour. Après quoi les marchés américains plongèrent.

La Fed fit immédiatement marche arrière concernant le relèvement de ses taux, ce qui permit aux marchés actions de repartir à la hausse.

La même chose eut lieu entre décembre 2015 et janvier 2016. Cette fois, la Fed releva son taux directeur de 0,25 % le 16 décembre 2015. La Chine a alors utilisé cette couverture pour dévaluer de nouveau le yuan. Non pas d’un coup, mais en douceur, jour après jour. Les marché ont immédiatement vu ce qui se tramait pour anticiper des dévaluations à venir. Les marchés américains chutèrent à nouveau suite à cette dévaluation, connaissant leur pire début d’année en janvier 2016.

La Fed vola à nouveau à leur rescousse avec toute une série de déclarations accommodantes et le statu quo des taux en mars. Les marchés purent ensuite repartir à la hausse.

Mais il fallait trouver une solution. C’est ce qui a été fait à l’occasion du dernier G20. C’est à Shanghai que  la dévaluation du dollar a été décidée, le statu quo en Chine (adossement de la valeur du yen à celle du dollar) et l’appréciation du yen et de l’euro. Pour la Chine, elle retire tout de même un avantage de cet accord vu qu’un euro et un yen plus forts lui sont favorables. Le yen baisse en même temps que le dollar, ce qui ne l’handicape pas dans ses échanges avec les USA. Voilà l’essence des accords de Shanghai.