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Banques européennes

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Article de Mark Gilbert, publié le 24 février 2016 sur Bloomberg View :

« Les résultats des banques européennes de ces derniers jours vont devenir la nouvelle norme. Les actions de Standard Chartered ont connu leur plus grosse baisse depuis 3 ans ce mardi après que la banque ait enregistré des pertes avant impôts « surprenantes » de 1,5 milliard de dollars, une petite différence par rapport au profit moyen de 1,37 milliard anticipé par un panel de 20 analystes. Lundi, HSBC a annoncé des pertes surprises, avant impôts, au T4 2015 de 858 millions de dollars au lieu d’un profit attendu à 1,95 milliard. Le 28 janvier, Deutsche Bank a surpris les investisseurs obligataires en annonçant des pertes de 2,3 milliards de dollars au 4e trimestre, soit moins de 2 semaines après leur avoir emprunté 1,75 milliard.

Comme on dit, une fois mais pas deux. À la 3e, il vaut mieux se résoudre à accepter que l’on est un idiot, du moins en ce qui concerne les banques européennes.

La vérité désagréable est que le modèle bancaire est cassé. Les beaux jours durant lesquels on pouvait générer des tonnes de profits grâce à des produits financiers complexes et « socialement inutiles », pour paraphraser ce que disait en 2009 Adair Turner lorsqu’il était le patron du régulateur britannique, sont terminés. Vu que les banques doivent renforcer leurs capitaux en cas de coup dur, elles disposent de moins de liquidités pour jouer sur les marchés financiers. Elles ne cessent de réduire leurs effectifs de traders, ce qui réduit les possibilités de générer des profits via les marchés. (…)

Provisions pour les créances douteuses et amendes pour manipulations (or, argent, etc.)

Les provisions prévues par les banques européennes pour les prêts accordés aux sociétés pétrolières et gazières devront être probablement revues à la hausse. Mon collègue Lionel Laurent signale d’ailleurs à ce sujet que HSBC a été touchée à hauteur de 400 millions de dollars la semaine dernière, impactant encore plus ses profits. Les amendes pour manipulation des marchés se succèdent à n’en plus finir, des accords pour avoir manipulé les prix de l’or, de l’argent, du platine, du palladium et d’indicateurs des produits dérivés pointant à l’horizon. Comme on dit, les petits ruisseaux font les grandes rivières, on arrive rapidement à des montants conséquents. Il n’est donc pas étonnant, dans ce contexte, que la valorisation boursière des banques européennes ait baissé de 30 % durant les 12 derniers mois.

stoxx 600 2015 à février 2016

De plus, les chances de voir les choses changer grâce à une amélioration de la situation économique générale sont minces. Le gouverneur de la banque d’Angleterre Mark Carney a indiqué, durant son passage au comité du Trésor du Parlement britannique ce mardi, que malgré des bilans plus solides, les banques n’ont pas développé de stratégies pour s’adapter à l’environnement actuel : de nombreuses institutions n’ont pas modifié leur business model afin de se mettre au diapason d’une croissance structurelle faible, de taux peu élevés et de nouvelles règles prudentielles tout en continuant de rémunérer leurs investisseurs. (…) »

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BNP Paribas

Article de l’Economist, publié le 11 février 2016 :

Pourquoi les banques européennes inquiètent leurs investisseurs

Certains des plus anciens établissements européens sont au centre d’une nouvelle tempête financière

Si le début d’année des marchés actions mondiaux fut désespéré, ce fut un véritable désastre pour les actions bancaires. Les titres financiers sont en baisse de 19 % aux États-Unis. Partout ailleurs, l’effondrement est encore pire. Les actions des banques japonaises ont plongé de 36 % depuis le 1er janvier, celle des banques italiennes de 31 % et des banques grecques d’un affreux 60 %. La chute de 24 % de l’indice global du secteur bancaire européen nous a rapprochés des plus bas de l’été 2012, lorsque la zone euro semblait être au seuil de la désintégration… jusqu’à la célèbre promesse de Mario Draghi de « faire tout ce qui sera nécessaire » pour sauver la monnaie unique.

Les remous en Europe concernent aussi bien les grandes banques que les plus petits établissements financiers. Ils affectent des mammouths comme Société Générale et Deutsche Bank dont les actions respectives ont chuté cette semaine de plus de 10 % en quelques heures ainsi que d’autres géants hors de la zone euro comme Barclays et Crédit Suisse.

La fragilité apparente des banques européennes est particulièrement décevante alors que de nombreux efforts ont été déployés durant les années précédentes, notamment au niveau du renforcement des règles prudentielles et de leurs capitaux. (…)

Les taux négatifs sapent les profits des banques

Une partie de la faiblesse récente du secteur bancaire européen provient en partie des inquiétudes concernant l’économie mondiale qui ont poussé les bourses à la baisse. Cette faiblesse s’explique également par les politiques de taux d’intérêt négatifs poursuivies par les banques centrales afin de donner un coup de fouet à l’économie mais qui sapent les profits des banques. La mise en place de taux négatifs par la banque centrale du Japon fin janvier a provoqué la chute des titres bancaires japonais. Les investisseurs ne craignent pas uniquement un manque de perspectives pour la croissance européenne mais un nouvel abaissement du taux directeur de la BCE en territoire toujours plus négatif dès mars. Le 11 février, la banque centrale de Suède a abaissé son taux directeur de -0,35 à -0,5 % provoquant immédiatement des soucis pour les actions bancaires suédoises.

Les racines du malaise des actions des banques européennes sont bien plus profondes. Le gros problème est qu’il y a bien trop de banques en Europe et que bon nombre d’entre elles ne sont pas suffisamment rentables alors qu’elles s’accrochent à des business models dépassés. (…)

Une autre inquiétude largement partagée est que le secteur bancaire italien plie sous le poids des créances douteuses accumulées durant ces dernières années. Même si le PIB italien s’est remis à progresser depuis le début de 2015, il reste environ 9 % plus bas qu’avant la crise de 2008. Ce qui fait mal au aux entreprises italiennes dont les problèmes sont répercutés sur le secteur bancaire. (…) »