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BCE

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Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

La victoire du « non » avec presque 60 % à la réforme constitutionnelle sous forme de référendum en Italie est sans appel.

C’est un grand, un immense « ciao Matteo Renzi », pour ne pas dire un tout aussi énorme « casse-toi pauv’con » comme on dirait dans certains endroits de France.

Bref, le président du Conseil italien démissionne.

Catastrophe ? Non ! Que nenni, il ne se passe rien, mieux même : les marchés montent, l’or baisse. Tout va donc très bien.

Pourquoi ?

Toujours le bon vieux principe du « plus c’est pourri, moins c’est grave » !

La BCE est là, on ne craint rien !

Je vous ai déjà expliqué à maintes reprises ce principe : plus la situation est dramatique, plus les banques centrales doivent intervenir pour éviter un effondrement systémique et donc le chaos global. Du coup, plus c’est grave moins on ne risque rien et l’argent coule à flots.

C’est évidemment ce qu’il se passe aujourd’hui avec les interventions nécessaires de la BCE et les « annonces » rassurantes des autorités monétaires.

Alors la BCE fera ce qu’il faut pour éviter la désintégration à court terme de la zone euro. Cela implique d’imprimer de la monnaie supplémentaire pour inonder les marchés, à commencer par le marché obligataire, et éviter l’explosion des taux italiens et donc la faillite potentielle de nos amis transalpins.

Cela a une conséquence : il y a plus d’euros sans création de richesse en face, donc chaque euro vaut un peu moins. Ainsi, en relatif, tout le reste s’apprécie, du baril de pétrole à vos importations chinoises sans parler évidemment des autres monnaies…

Si l’euro baisse, alors le dollar monte !

L’euro baisse et pas qu’un peu ; petit à petit, le dollar se rapproche de la parité avec l’euro alors que nous avons oublié qu’à l’origine, l’euro valait nettement moins qu’un dollar.

Nombreux sont ceux à prédire un effondrement du dollar, pourtant, à mon sens, le roi n’est pas mort, loin s’en faut, et là encore j’ai eu l’occasion de vous dire à quel point la « désaméricanisation » du monde et la « dédollarisation » de l’économie sont deux phénomènes bien engagés, mais qui s’inscrivent dans la durée. Il s’agit d’un processus qui est évolutif et dont la fin d’ailleurs n’est pas figée, ni connue forcément d’avance !

Les Américains feront tout pour conserver leur leadership économique, y compris changer les règles du jeu en plein milieu de la partie.

En attendant, le dollar monte, pas parce qu’il est fort ou que l’économie américaine est brillante et en pleine croissance. Non, le dollar monte sur la faiblesse de l’euro et toutes les monnaies fiduciaires actuelles sont de mauvaises réserves de valeur, mais le dollar monte, ou plus précisément perd moins rapidement de la valeur. En relatif, il monte donc !

Pensez à cette image que j’utilise souvent concernant les parachutistes pour comprendre la situation des grandes devises mondiales. Elles perdent toute de la valeur et tendent toutes vers 0 mais à des vitesses différentes. En gros, tous les parachutistes toucheront le sol, mais pas au même moment car ils ne descendent pas à la même vitesse, voire même certains peuvent remonter en prenant le bon courant ascendant ! Le spectacle peut durer encore un temps certain et un certain temps !

Si le dollar monte alors l’or baisse !

Autre conséquence : l’or baisse ! Mazette alors, tout va mal et l’or baisse… anormal ! Encore un complot ! Que nenni mes braves manants. L’or est coté en dollar. Si le dollar s’apprécie, alors il y a moins besoin d’or ! L’or est moins utile, d’autant plus que dans la zone dollar, les rendements obligataires se tendent de façon importante et nous assistons donc à un retour du rendement. Faible pour le moment encore, mais cela nous change des taux négatifs. Dans un tel cas, pourquoi donc acheter de l’or !

L’or baisse.

En Italie, une nouvelle période d’instabilité politique, en Italie et ailleurs !!

« Un peu plus de 1 000 jours au pouvoir, et puis s’en va. Il quitte le pouvoir en assumant, dit-il, « toutes les responsabilités de cet échec ». « J’ai perdu, je le dis haut et fort, même si j’ai la gorge nouée, a-t-il affirmé. Mon gouvernement s’arrête là. » Voilà l’Italie plongée dans le doute. L’Europe aussi. »

Alors que va-t-il se passer maintenant en Italie ? On n’en sait rien ! Et même Berlusconi pourrait tenter un ultime come-back, c’est dire le niveau d’incertitude !

Que va-t-il se passer avec les banques italiennes ? On n’en sait rien !

Que va-t-il se passer en France aux prochaines élections ? On n’en sait rien !

Avec l’élection de Trump, que va-t-il se passer aux États-Unis ? On n’en sait rien !

Avec la mondialisation et la Chine, que va-t-il se passer ? On n’en sait rien !

Avec la crise migratoire, que va-t-il se passer en Europe ? On n’en sait rien !

Avec la remontée des taux et le krach obligataire larvé et potentiellement désastreux, que va-t-il se passer ? On n’en sait rien !

Bref, la seule chose que l’on sache avec certitude, c’est que l’on ne sait pas grand-chose.

Alors encore une fois, le chien aboie et la caravane passe !

Prenez vos précautions dans ce monde où l’on ne sait rien, dans ce monde sans visibilité. Nous avons l’illusion de la stabilité ou plus précisément on nous impose, à grand renfort de propagande, la fiction imaginaire du « tout va bien », ou du « tout est sous contrôle », ce qui par certains aspects est vrai et les banques centrales le prouvent par leur action depuis maintenant presque 10 ans !

Mais, nous ne savons rien. Jamais le degré d’incertitude économique n’a été aussi élevé.

C’est pourquoi je vous invite inlassablement à migrer votre patrimoine vers des actifs tangibles et toutes ces pistes de réflexions et ces actions concrètes je les partage avec vous tous les mois de façon plus confidentielle dans ma lettre STRATÉGIES. À ceux qui veulent en savoir plus, je donne rendez-vous ici.

Pour tous les autres, encore une fois mes chers lecteurs, espérez le meilleur et préparez-vous au pire, car si aujourd’hui tout semble bien calme, la réalité c’est que le feu couve.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Charles SANNAT

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bitcoin ou or

À la menace de l’or et de l’argent sont venus désormais s’ajouter Bitcoin et les autres cryptodevises apparentées. Tout ce qui menace le monopole des banques centrales sur la monnaie doit évidemment, quand ce n’est pas possible de le supprimer, être bridé via la loi, la taxation, les manipulations, etc. Article de Reuters.com, publié le 18 octobre 2016 :

« La banque centrale européenne souhaite que les décideurs de l’Union européenne durcissent les nouvelles règles proposées sur les monnaies numériques telles que Bitcoin de crainte qu’elles puissent un jour à affaiblir leur propre contrôle sur la masse monétaire dans la zone euro.

Les règles proposées par la Commission européenne dans le cadre de la lutte contre le terrorisme prévoient l’obligation pour les plates-formes d’échange de devises de vérifier l’identité des clients qui échangent des devises virtuelles contre de véritables devises (sic), ainsi que rapporter les transactions suspectes.

Dans un avis juridique publié mardi, la BCE a déclaré que l’Union européenne ne devrait pas promouvoir l’utilisation des monnaies numériques et devrait spécifier clairement qu’elles sont dépourvues du statut juridique de devise ou de monnaie.

« La dépendance d’acteurs économiques sur des unités de devise virtuelles, si leur utilisation devait augmenter substantiellement à l’avenir, pourrait en principe remettre en cause le contrôle de la banque centrale sur la masse monétaire… Même si dans les faits ce risque est limité, » a écrit la BCE dans un avis à l’attention du Parlement européen et du Conseil. »

Le risque est faible mais dans le doute, rendons la vie impossible à Bitcoin, une monnaie certes virtuelle mais dont la masse monétaire est connue d’avance (et dont l’expansion prévue est très loin des exploits monétaires de Messieurs Draghi, Kuroda et cie) et dont la production requiert tout de même de l’énergie (mining), et non pas une simple volonté politique.

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Banque du Japon à Tokyo

Acheter des obligations, voire même les marchés actions via les ETF c’est bien, mais combien de temps cela pourra-t-il durer jusqu’à ce que les limites des banques centrales soient atteintes ? Ray Dalio, de Bridgewater, a fait le calcul pour nous, comme le rapporte cet article de Zero Hedge.

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Après avoir passé en revue toute une série de graphes de Deutsche Bank qui montrent que les banques centrales sont « au bout du chemin », le papier du média financier iconoclaste américain plonge au cœur du sujet :

« Ok très bien, les banques centrales arrivent « au bout du chemin », mais elles sont également terrifiées à l’idée de retirer le sparadrap. Celui-ci a permis d’installer un équilibre instable dans le système ; d’un côté les banques centrales reconnaissent qu’elles doivent transmettre le témoin de l’impulsion de la croissance aux gouvernements, mais d’un autre côté elles sont terrifiées à l’idée d’apporter toute modification au statu quo vu qu’elles savent pertinemment qu’elles pourraient effacer du jour au lendemain ces 7 années « d’effet de richesse ».

Combien de temps va durer cette comédie ?

Si nombreux sont ceux qui seraient tentés de dire « indéfiniment », ce n’est pas vrai. Car pour toute obligation, part d’ETF ou action acheté par un banquier central, le jour arrivera où soit ils auront acheté l’intégralité du marché, soit ils l’auront tellement acheté qu’ils auront complètement déstabilisé le bon fonctionnement des marchés des capitaux (voir à ce titre les douzaines de hedge funds qui ont mis la clé sous le paillasson ces dernières années).

Heureusement, dans une analyse récente, Ray Dalio de Bridgewater s’est posé cette question précise, et mieux encore, il nous fournit la réponse quant à savoir combien de temps il reste à la BCE et à la BoJ avant d’atteindre les limites de leurs programmes existants.

Comme le montre le graphique ci-dessus, en admettant que les programmes actuels suivent leur cours sans modification, la BCE et la BoJ, à savoir les 2 banques centrales qui monétisent le plus la dette aujourd’hui, pourront poursuivre respectivement pendant 8 et 26 mois leur stratégie avant d’atteindre ses limites.

Cependant, si ces programmes devaient être étendus, par exemple en élargissant l’éventail d’obligations pouvant être achetées ou en achetant les marchés actions encore plus agressivement, ce délai serait allongé. La réponse finale est de 66 mois, soit un peu plus de 5 ans et demi pour la BCE si elle parvenait à balayer l’opposition politique l’empêchant de faire l’acquisition de l’intégralité du marché obligataire européen et de 20 % des marchés actions. Pour la banque du Japon, ce délai passe à 48 mois, soit 4 ans.

Ce qui signifie que les investisseurs, qui se sont déjà arraché tous les cheveux de la tête pour avoir participé à des marchés planifiés centralement qui n’ont plus aucun sens, pourraient devoir prendre leur mal en patience car cette folie pourrait encore durer 4 à 5 années supplémentaires…

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bâtiment de la BCE

Article du Wall Street Journal (Mike Bird), publié le 1er septembre 2016, sous-titré :

La BCE fait face a une pénurie de certaines obligations qu’elle doit acheter dans le cadre de son QE

« La BCE s’achète peut-être des obligations alors qu’il n’y a pas suffisamment de titres pour satisfaire les achats prévus dans son QE. Cette affirmation provient d’économistes de Jefferies.

Le programme d’achat d’obligations de la BCE est en cours depuis près de 18 mois ; les investisseurs et les analyses se sont souvent demandés si la banque centrale trouve suffisamment de dette à acheter.

D’après Marchel Alexandrovich et David Owen de Jefferies, la BCE pourrait être en train de s’acheter indirectement des obligations. C’est ce qu’ils ont indiqué dans une note publiée ce jeudi. La BCE n’a pas répondu dans l’immédiat à notre sollicitation pour un commentaire.

Néanmoins, voici comment Jefferies pense que cela fonctionne. Le QE de la BCE est implémenté à travers plusieurs banques centrales nationales, comme la Bundesbank allemande ou la Banco de Espana espagnole. Les banques centrales nationales achètent des obligations en suivant les règles établies par la BCE.

Le problème est que les contraintes fixées limitent les actifs que les banques peuvent acheter. Ces règles empêchent par exemple l’achat d’une quantité trop importante de dette d’un même pays, ou encore l’achat d’obligations présentant un taux négatif trop important. La dette portugaise et irlandaise, par exemple, devient rare aujourd’hui.

Mais les banques centrales nationales vendent également des obligations d’État. Il leur arrive de réduire certains actifs de leur portefeuille dans le cadre de leurs activités de gestion de leurs réserves. Ceci dans le cadre de leur objectif de s’assurer que les banques, les institutions d’État et d’autres organisations « gèrent leurs réserves libellées en euros de façon globale et efficace dans un cadre sûr, confidentiel et fiable ».

Cela signifie, par exemple, que tandis que la Bundesbank achetait pour 209 milliards d’euros d’obligations d’État entre mars et juillet, la banque centrale allemande a également vendu pour 43 milliards de ces actifs, d’après Jefferies.

Ces obligations se retrouvent alors sur le marché, ce qui potentiellement pourrait aider les banques centrales à contourner les restrictions du programme de la BCE.

« Cela suggère que l’une des façons dont le QE a été implémenté, surtout dans les pays où la pénurie peut être un problème, est que les banques centrales nationales s’achètent des obligations ; ou, plus singulièrement encore, à d’autres banques centrales nationales de la zone euro, » a déclaré Alexandrovich.

La prochaine réunion de la BCE du 8 septembre, qui sera suivie par une conférence de presse, sera observée de près afin de savoir si la banque centrale européenne renforcera son QE, peut-être en assouplissant les restrictions qui ont provoqué la pénurie de dette éligible. »

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bâtiment de la BCE

Article de Mike Shedlock, publié le 22 août 2016 sur son blog MishTalk.com :

« La situation est devenue tellement absurde en zone euro que la BCE accumule de la dette privée sans regarder de près ce qu’elle achète, au mépris du risque. En réponse, les sociétés privées européennes émettent de la dette tout simplement car elles savent d’avance que la BCE les achètera.

Il s’agit d’un exemple éloquent de l’adaptation des marchés à des politiques monétaires extrêmes. On prend peu de risques en concluant que cette expérimentation finira mal.

Comme l’écrit le Wall Street Journal, il s’agit « d’un paradis pour les vendeurs alors que les sociétés émettent des obligations à l’attention de la BCE » :

« Le programme d’achats d’obligations Corporate de la banque centrale européenne a tant attiré l’attention des marchés du crédit que certaines banques d’investissement et sociétés créent de nouvelles obligations, spécialement émises à l’attention de la banque centrale.

À 2 reprises, la BCE a directement acheté des obligations à des sociétés européennes via des émissions privées (private placement), lorsque la dette est vendue à un cercle fermé d’acheteurs sans passer par les formalités d’une émission large via les marchés. (…)

Les achats furieux de la banque centrale ont offert un bol d’oxygène aux sociétés et aux gouvernements, qui peuvent désormais emprunter à des taux records. Mais ces politiques extrêmes ont également été critiquées vu qu’elles démolissent les rendements des investisseurs tels que les caisses de retraite, tout en chargeant les systèmes économique et financier de dette potentiellement surévaluée.

La BCE a rejoint sur le tard la fête des banques centrales, commençant ses QE en 2015 seulement, des années après les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon, mais elle a adopté les achats d’obligations avec enthousiasme. En mars, elle a augmenté ses achats, passant de 60 milliards d’euros par mois à 80 milliards, tout en surprenant les investisseurs en déclarant qu’elle allait bientôt ajouter les obligations d’entreprise à sa liste de shopping. (…) »

L’effet BCE

Si la BCE annonce ce qu’elle va acheter, elle ne précise pas les montants. Néanmoins, cela a débouché sur un jeu de devinettes qui n’a fait que pousser les taux vers le bas.

Dès que la BCE achète une émission, le taux de cette obligation s’effondre. Et désormais, nous avons ces émissions privées, spécialement concoctées à l’attention de la BCE. Les QE sont censés doper le crédit et l’investissement alors que dans les faits, ils tuent le régime des retraites tout en alimentant des bulles.

Tant que les sociétés ne font pas défaut, la BCE peut simplement conserver ses obligations jusqu’à maturité, comme le fait la Fed. En attendant, les bulles continuent de gonfler… »

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Depuis 2008, les banques centrales sont passées en mode de pilotage complètement manuel de l’économie. Si elles sont parvenues à obtenir des résultats du côté des marchés, en gonflant à des niveaux jamais vus les bulles sur des actifs comme les actions, les obligations ou encore l’immobilier grâce aux « politiques non conventionnelles » que sont les assouplissements quantitatifs et les taux plancher ou négatifs, le bilan est moins reluisant en ce qui concerne la croissance ou encore l’emploi réel.

Mais même du côté des marchés, des fissures dans l’édifice branlant des banques centrales commencent à apparaître, fissures qui remettent en cause la stabilité même de l’édifice financier. À ce titre, le graphique de Zero Hedge le montre très bien (ci-dessus) : alors que le bilan de la BCE a atteint de nouveaux records, ce n’est plus suffisant pour faire grimper les actions européennes.

L’échec des banques centrales est entériné

Comme le note le site iconoclaste américain, Draghi se retrouve désormais dans le même bateau que Yellen, baptisé Impuissance. Du côté du Japon, c’est le même son de cloche : Kuroda, qui avait fait référence en 2015 à Peter Pan en soulignant l’importance du positivisme car « au moment même où vous doutez de votre capacité à voler, vous devenez incapable de le faire », a apparemment reçu la visite de la Fée Clochette qui les lui a sonnées en lui rappelant la triste réalité. Dans un moment de sobriété bienvenu, le gouverneur de la banque du Japon a ainsi déclaré que « les politiques monétaires  n’engendrent pas toujours les résultats escomptés » (source Zero Hedge). Kuroda et cie vont-ils connaître leur propre moment « à la Greenspan », à savoir la réalisation que l’œuvre de leur vie est en fait une imposture ?

Boj-bilan-PIB-japonais

À ce point, nous pouvons dire que la crédibilité des banques centrales s’est totalement évaporée, même si ce fait doit encore être assimilé par de nombreux investisseurs et gestionnaires. Tandis qu’une frange grandissante comprend que ce sont les banques centrales qui, elles seules, font la pluie et le beau temps sur les marchés, certains estiment encore qu’elles disposent des capacités à « couvrir leurs investissements », toute baisse étant enrayée par les interventions des banques centrales. Si vous en doutez, il suffit de lire le titre de cet article de Reuters :

« La BCE est prête à supporter les marchés en cas de Brexit »

Et pour les plus sceptiques, traduction du premier paragraphe : « La BCE s’engagerait publiquement à soutenir les marchés financiers en tandem avec la Banque d’Angleterre si la Grande-Bretagne devait voter en faveur de la sortie de l’union, des officiels proches du dossier ont déclaré à Reuters. » Pour voir les marchés libres en action, il faudra repasser plus tard. La reprise est bien trop vigoureuse pour leur permettre d’évoluer librement !

bilan-bce-macro

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billets euros

Article de Reuters, publié le 8 juin 2016 :

« Commerzbank, l’une des banques les plus importantes d’Allemagne, envisage la possibilité de stocker des milliards d’euros dans des coffres plutôt que de payer une pénalité pour le parquer à la BCE, d’après une source proche du dossier.

Une telle décision d’une banque dans laquelle l’état allemand détient une participation représenterait l’une des protestations les plus substantielles à ce jour contre les taux ultras bas de la BCE, qui ont été critiqués par des politiciens, y compris par le ministre des Finances allemandes Wolfgang Schaeuble.

Même si aucune décision n’a encore été prise, l’institution financière a tenu des discussions sur le sujet avec les autorités allemandes, d’après 2 officiels qui ont demandé à conserver l’anonymat en raison du caractère délicat du dossier.

En réponse, un porte-parole de Commerzbank a déclaré que la banque ne stocke pas d’argent liquide « pour le moment » tout en refusant de commenter cette éventuelle possibilité. La BCE s’est également abstenue de tout commentaire.

L’examen de pistes alternatives par Commerzbank intervient dans un moment de frustration grandissante parmi les banques européennes à propos des frais ponctionnés par la BCE sur les dépôts. Si elle devait se mettre à entreposer de l’argent liquide à grande échelle, Commerzbank deviendrait la première banque européenne majeure à prendre une telle décision. Si d’autres banques devaient suivre, la politique de la BCE deviendrait de plus en plus inutile.

La BCE impose ce qu’elle appelle un taux négatif de 0,4 % sur tout dépôt réalisé auprès d’elle. L’objectif est d’encourager les banques à prêter l’argent plutôt qu’à le parquer.

Certaines banques se plaignent néanmoins du fait que les perspectives économiques moroses signifient que la demande de crédit aux termes souhaités est faible. Elles ont donc très peu d’options, si ce n’est parquet cet argent.

« Les plans de Commerzbank montrent que les marchés financiers sont un véritable foutoir, » a déclaré Gerhard Schick, du parti des Verts. « Je préfère que la banque mette du liquide dans des coffres plutôt que d’accorder des crédits douteux ou de payer des pénalités d’intérêts à la BCE. »

Le mois dernier, Commerzbank a déclaré que les frais de la BCE ont rogné son bénéfice. Le gouvernement allemand détient une participation de presque 16 % dans la banque basée à Francfort suite à l’opération de sauvetage lancée après la crise financière.

Le ministre allemand des finances Schaeuble a déclaré en avril que les taux planchers de la BCE engendrent des « problèmes extraordinaires » pour les banques allemandes et les retraités, tout en risquant d’alimenter l’euroscepticisme en Allemagne alors que la population s’est largement tournée vers le parti de droite « Alternative pour l’Allemagne » durant les élections régionales. (…)

Alors que la BCE a injecté plus d’un milliard d’euros d’argent frais dans le système, argent qui s’est retrouvé vers des pays comme l’Allemagne prospère, les banques parquent plus que jamais de l’argent à la BCE.

Les dépôts s’élèvent aujourd’hui à plus de 850 milliards d’euros, à un coût considérable pour les banques. La demande de crédit dans la zone euro, dont l’économie reste dans les limbes durant certains trimestres, n’a pas grimpé malgré les mesures de la BCE. »

Sans le dire implicitement ou explicitement, Reuters explique également pourquoi la BCE a décidé il y a peu de retirer de la circulation le billet de 500 € :

« Cette décision a un coût et représente un défi logistique qui limite la quantité d’argent liquide qui peut être stockée. Par exemple, stocker 2 milliards d’euros en billets de 200 € représente 11 tonnes de papier. »

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bâtiment de la BCE

Les banques centrales, via leurs QE visant principalement la dette souveraine, ont fait plonger les taux de ce type d’actif. Aujourd’hui, c’est au tour des obligations d’entreprises d’entrer dans la composition du panier d’achats de la BCE et de Mario Draghi. Pourquoi simplement encourager les Etats à s’endetter encore plus en baissant les taux quand on peut également encourager de mauvais investissements dans le secteur privé ? Article de Bloomberg, publié le 8 juin 2016 :

« La banque centrale européenne vient d’entrer dans une nouvelle phase de ses efforts visant à stimuler l’économie faiblissante de la zone euro en plongeant pour la première fois dans le marché de l’obligation d’entreprise ce mercredi.

Parmi ces achats, il y a des obligations d’Anheuser-Busch InBev NV, premier producteur mondial de bière ; Telefonica SA, première société de télécommunications d’Espagne : Siemens AG, première société d’ingénierie allemande ; Assicurazioni Generali SpA, le plus gros assureur italien ainsi que le constructeur automobile français Renault SA et Engie SA d’après des personnes proches du dossier qui se sont exprimées sous le couvert de l’anonymat.

Les investisseurs observeront de près les premiers achats obligations d’entreprises de Mario Draghi afin de vérifier s’ils ont eu raison d’acheter ces actifs sur base de la promesse de la banque centrale de les acquérir. Durant la période préparatoire du programme, les coûts d’emprunt ont baissé, le rendement moyen ayant baissé à 0,98 % mardi, le plus bas depuis un an d’après les chiffres de Bank of America Merrill Lynch.

« Il y a encore du chemin à accomplir pour que la BCE soit crédible, » a déclaré Victoria Whitehead, gestionnaire senior de BNP Paribas Investment Partners, qui gère un patrimoine de 521 milliards d’euros. « Si la BCE n’achète pas pour au moins 5 milliards d’euros d’actions par mois, le programme sera considéré insuffisant. »

La BCE est en train d’ajouter des obligations d’entreprises de première qualité à ses achats mensuels de 80 milliards d’euros, dont les actifs incluent déjà des obligations et des titres adossés à des actifs, dont l’objectif est d’encourager la croissance. Dans l’anticipation de la hausse de la demande, les sociétés ont émis pour plus de 50 milliards d’euros d’obligations en mai, soit le second mois record d’après les données de Bloomberg. (…)

La BCE peut choisir parmi 1049 titres dont la valeur totalise 620 milliards d’euros, d’après les données compilées par Bloomberg. (…) Les banques centrales nationales achèteront ces titres au nom de la BCE sur les marchés primaires et secondaires, d’après le site Web de la BCE. (…) Le 18 juillet 2016, la BCE publiera la liste des obligations d’entreprise qu’elle possède et la mettra ensuite à jour tous les lundis. »

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Vitas Vasiliauskas n’est probablement pas le banquier central européen le plus connu, mais le gouverneur de la banque centrale de Lituanie siège tout de même au Conseil des Gouverneurs de la BCE. Assez révélateur de l’état d’esprit qui règne parmi les éminences grises qui travaillent dans cette tour d’ivoire, il a récemment déclaré dans une interview à Bloomberg que les banquiers centraux sont « des gens magiques, ayant toujours quelque chose à donner au marché, un lapin sorti de leur chapeau ».

Il aura fallu quelques heures à Zero Hedge pour sortir l’artillerie sarcastique… Morceaux choisis :

« Aujourd’hui, nous venons de recevoir la confirmation de la gravité de l’illusion de grandeur et de la folie furieuse des banquiers centraux grâce au membre du Conseil des Gouverneurs de la BCE Vitas Vasiliauskas, qui a déclaré dans une interview à Bloomberg que la BCE peut toujours faire apparaître des surprises de politiques (lisez de l’inflation) en cas de nécessité, pour combattre des chocs économiques ou pousser les prix à la hausse. Même si cela n’est que le boniment habituel de la BCE, nous avons mis en gras le verbe « faire apparaître » pour une bonne raison. Et vous allez vite comprendre pourquoi.

S’en est suivi la sempiternelle diarrhée verbale à laquelle les banquiers centraux nous ont habitués, dont le premier, et à vrai dire l’unique objectif, est de préserver la confiance dans un système cassé ; tellement cassé que même les gens ordinaires épargnent au lieu de dépenser malgré les taux négatifs.

Vasiliauskas, 42 ans, qui fut nommé pour un second mandat le 7 avril, a refusé de commenter spécifiquement les options que la BCE pourrait prendre, mais a réfuté la notion que la banque centrale ne serait pas en mesure de réagir à des chocs tels que la dégradation subite de l’environnement économique international. « De telles conversations, de telles spéculations ont lieu avant chaque réunion, » a-t-il déclaré. « Nous avons encore beaucoup d’autres outils à notre disposition pour surprendre les marchés. Pour le moment, je ne vois pas l’utilité de sortir un nouveau lapin, nous devons nous en tenir à ce qui est prévu, à ce qui a été annoncé. »

Des conversations à propos des hélicoptères monétaires, par exemple, qui arrivent. Bientôt. (…)

Il a aussi été très clair à propos de l’élimination de l’argent liquide :

Vasiliauskas a également appuyé la décision de la BCE de ne plus émettre le billet de 500 €. (…) Je pense que les sociétés modernes ne devraient pas se concentrer sur l’argent liquide, les moyens de paiement alternatifs sont plus efficaces, a-t-il déclaré. Personnellement, j’étais pour. Moins d’argent liquide dans une société signifie un environnement meilleur et plus sûr pour tout le monde.  (…)

Voici le meilleur pour la fin :

« Les marchés disent que la BCE a tout épuisé, que sa boîte à outils est vide. Mais nous sommes des gens magiques. À chaque fois nous donnons quelque chose au marché, un lapin sorti de notre chapeau. »

Le plus perturbant dans cette histoire, c’est qu’il était on ne peut plus sérieux lorsqu’il a fait cette déclaration. Mais la morale de l’histoire, c’est qu’il est désormais évident que les banquiers centraux ne sont ni des dieux, ni des magiciens, ni des « serviteurs de Dieu sur terre » mais de simples et vulgaires psychopathes. Mais au moins, notre magicien avait raison sur un point : ils donnent aux marchés. »

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billet de 500 EUR

La suppression du billet de 500 EUR était dans l’air, c’est désormais officiel : le billet de 500 € sera bientôt une relique du passé alors que la BCE a décidé de cesser de produire et d’émettre la plus grosse coupure de l’euro.

Du communiqué officiel de la BCE, publié hier après-midi :

« Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a achevé ce jour la révision de la structure par coupures de la série « Europe ». Il a décidé de mettre fin de façon permanente à la production du billet de 500 euros et de le retirer de la série « Europe », tenant compte des préoccupations selon lesquelles cette coupure pourrait faciliter les activités illicites. L’émission du billet de 500 euros sera arrêtée vers la fin 2018, au moment où les billets de 100 et 200 euros de la série « Europe » doivent être mis en circulation. Les autres valeurs, de 5 euros à 200 euros, resteront en place.

Étant donné le rôle international de l’euro et la confiance généralisée à l’égard de ses billets, la coupure de 500 euros continuera d’avoir cours légal et pourra donc être encore utilisée comme moyen de paiement et réserve de valeur. L’Eurosystème, qui comprend la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro, prendra les mesures nécessaires pour que les valeurs restantes soient disponibles en quantité suffisante.

Le billet de 500 euros, à l’instar des autres dénominations en euros, gardera toujours sa valeur et peut être échangé auprès des banques centrales nationales de l’Eurosystème pendant une période illimitée. »

L’épouvantail du terrorisme est bien entendu brandi pour justifier cette décision, ce qui est d’une hypocrisie sans nom. D’un côté l’Europe passe des accords avec la Turquie d’Erdogan qui finance le terrorisme, de l’autre elle prive les citoyens européens de leur plus grosse coupure au nom de la sécurité.

On nous affirme également que le billet de 500 € est principalement utilisé à des fins criminelles. Il s’agit d’un leurre qui ne berne pas tout le monde. C’est ainsi que Friedrich Schneider, de l’université de Linz, a déclaré : « Les représentants du crime organisé ne sont pas idiots, le blanchiment d’argent se fait depuis longtemps essentiellement par le biais d’entreprises fictives, et de manière dématérialisée ». D’autres experts, principalement allemands, affirment qu’il s’agit d’une mesure préparatoire afin de pousser les taux en territoire toujours plus négatif et empêcher toute porte de sortie (papier, l’or et l’argent offrent une bonne solution à ce problème). Pour rappel, c’est sous la pression des Allemands que le billet de 500 € fut créé afin d’offrir une alternative à l’ancien billet de 1000 marks.