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Crédit

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explosion du crédit en Chine

La stabilisation de la croissance chinoise a dissipé une partie de l’anxiété qui habitait les investisseurs au début de 2016. Mais il s’agit en partie de la conséquence du recours à une vieille (mauvaise) habitude. Isabelle Mateos y Lago (BlackRock) vous l’explique.

Cette vieille habitude qui a permis la stabilisation de la croissance chinoise, c’est l’octroi généreux de crédits à des entreprises d’État nationales et locales. Le ratio de dette privée par rapport au PIB de la Chine a grimpé pour dépasser les 200%. Jamais une économie d’envergure n’a accumulé autant de dette aussi rapidement, comme le graphique en en-tête le montre.

De par le passé, les orgies de crédits ont souvent mené à des catastrophes économiques. Pourtant, la Chine est différente à certains égards. Grâce à son taux d’épargne domestique important, elle a très peu de dette extérieure, soit le péché originel qui fut l’élément déclencheur de nombreuses crises de pays émergents. Pékin travaille sur des solutions pour régler son problème de dette, par exemple la conversion de dette bancaire à court terme en obligations à long terme ou encore en dirigeant le besoin de crédit vers le secteur privé et les ménages. Mais quoi qu’il en soit, la Chine doit trouver des moteurs de croissance plus durables. Elle ne peut se contenter de créer de la croissance en accumulant de la dette via des entreprises étatiques non productives, ou accepter des taux de croissance inférieurs.

Trouver le bon équilibre est difficile : plus la Chine traîne à attaquer frontalement le problème, plus le risque d’accident augmente.

Des taux qui remontent à travers le monde et un dollar plus fort sont autant de défis additionnels pour la Chine. Ces deux facteurs engendrent des flux sortants de capitaux et épuisent ses réserves alors que la Banque centrale chinoise tente de contenir les pressions baissières sur le yuan. Cela contribue à des taux interbancaires chinois plus élevés, ce qui pourrait entraver la croissance à terme.

Des spéculations affirmant que les autorités pourraient autoriser une dévaluation importante et brutale, et ce, afin d’arrêter les flux des capitaux d’un coup net, pourraient se propager. Ce qui aurait probablement des effets dévastateurs sur les autres devises des marchés émergents et sur les prix des actifs. Nous nous attendons à un déclin graduel supplémentaire du yuan par rapport au dollar en 2017, cette dévaluation brutale n’étant pas notre scénario de base.

Nous sommes à l’affût de tout signe de stress, comme l’accélération de la fuite des capitaux ou des dysfonctionnements sur les marchés à revenu fixe de Chine. Des tensions commerciales en hausse pourraient également intensifier le risque que nous percevons pour la Chine et les actifs des émergents en général.

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La Fed aime le mot « crédit ». Il se digère mieux que le mot « dette ». La dette des consommateurs américains a augmenté de 19,3 milliards de dollars en septembre, pour un total de 3,71 trillions, un nouveau record qui ne cesse d’être battu mois après mois depuis ces cinq dernières années, d’après les données du Conseil des Gouverneurs de la Federal Reserve, publiées ce lundi.

Tout ceci est fidèle au principe d’emprunter toujours plus pour produire des gains de moins en moins importants, au niveau de la consommation et de la croissance économique. Ce qui est, selon la Fed, un modèle économique extrêmement durable, doté d’un potentiel futur énorme.

La dette des consommateurs, que la Fed appelle crédit à la consommation (ce qui équivaut à la même chose, mais avec une formulation plus digeste), inclut les crédits étudiants, les crédits auto, ainsi que le crédit renouvelable comme les cartes de crédit ou encore les lignes de crédit. Mais cela n’inclut pas les crédits hypothécaires. Voici à quoi ressemble cette orgie d’emprunts :

Crédit à la consommation aux USA au T3 2016 graphe

Lorsqu’on plonge dans ses composantes, on constate que les crédits en cours pour l’achat de véhicules neufs ou d’occasion ont bondi de 22,6 milliards depuis le second trimestre pour un total de 1 098 trillions, nouveau record d’une succession de records, depuis 4 ans.

Les crédits auto ont augmenté de 38% depuis le 3ème trimestre 2012, période à laquelle ils ont de nouveau atteint le record de la « période dorée », datant de la bulle de Greenspan d’avant la crise financière :

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Les crédits auto en cours ont augmenté car les gens ont acheté davantage de voitures. Les ventes de voitures neuves ont atteint un record historique l’année dernière, même si elles ont commencé à se tasser ou même à baisser durant ces derniers mois. Les crédits en cours augmentent également parce que les échéances sont toujours plus longues alors que les voitures sont toujours plus chères :

credit-auto-neuf

Passons désormais aux esclaves de la dette de la génération à venir, dont certains n’ont aucune idée de ce qui les attend étant donné qu’ils n’ont pas encore remboursé le moindre centime de leur dette.

Le montant total des crédits étudiants, dus au gouvernement américain et au secteur privé, s’élevait à 1 396 trillions à la fin du mois de septembre. Durant le troisième trimestre, la quote-part du secteur privé a baissé de 4,8 milliards pour un total de 357,6 milliards, alors qu’il se retire de ce marché.

Mais les crédits étudiants dus au gouvernement ont grimpé de 14,2 milliards rien qu’en septembre, et de 37,5 milliards au 3ème trimestre 2016, pour atteindre un nouveau record de 1,039 trillion. Voici ce qui attend ces malheureux débiteurs :

credit-etudiant-usa-etat

Les cartes de crédit sont la méthode la plus chère pour se mettre dans le rouge. Des taux largement à deux chiffres ne sont pas rares. Il y a d’énormes frais pour ceux qui tardent à payer. En échange, les banques empruntent aux épargnants à des taux qui sont étrangement proches de zéro.

Les cartes de crédit sont la plus grosse source de profit des banques. Si les gens ne payent pas rapidement ce qu’ils doivent, c’est une véritable arnaque. Cela mine les personnes les plus fragiles financièrement, notamment ceux qui sont surendettés. Plus le besoin d’argent est urgent (pour avoir de quoi manger, par exemple), plus les intérêts et les frais sont élevés. Les banques savent qu’elles les tiennent par les parties intimes (sic).

Mais comment leur en vouloir ? Elles ne forcent pas les consommateurs à utiliser les cartes de crédit. Durant la crise financière, les consommateurs se sont retrouvés coincés. Ils ont décidé d’annuler la dette de leurs cartes de crédit d’une façon ou d’une autre, parfois en faisant défaut. C’est à ce moment-là que les banques se retrouvent coincées à leur tour.

Un an ou deux après cet épisode, les consommateurs ont été prudents, au grand dam de la Fed. Mais en 2014, ils ont oublié les leçons apprises. Dès 2015, ils se sont remis à acheter des tas de choses au-delà de leurs moyens. Aujourd’hui, les cartes de crédit et autres types de crédit renouvelable crèvent à nouveau les plafonds. Ils sont bien partis pour atteindre la barre du trillion de dollars, même s’il faudra encore faire un petit effort pour atteindre le record, lorsque les choses ont ensuite dégénéré bien comme il faut :

credit-renouvelable-usa

Voici le portrait de l’esclave américain de la dette qui essaye de faire marcher tant bien que mal l’économie, en achetant des choses dont il n’a pas besoin et pour lesquelles il n’a pas les moyens, avec de l’argent qu’il n’a pas et qu’il devra rembourser le jour où il en aura encore moins. Mais ne vous tracassez pas, tout ira bien… jusqu’au jour où.

Article de Wolf Richter, publié sur WoflStreet.com le 8 novembre 2016

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crédit

Comment qualifier de capitaliste un système économique qui pénalise, via les taux négatifs, la mise à disposition de capital ? Un système dont les marchés sont entièrement pilotés par les banques centrales (la preuve nous a en encore été donnée récemment, lorsque la BCE et la BoE ont déclaré être prêtes à intervenir en cas de secousse suite au Brexit) ? Dans cette interview de Richard Duncan par Brian Maher, le premier nous explique quand et comment le capitalisme a été remplacé par un système qu’il a baptisé le « créditisme » :

« Le moteur du capitalisme était l’investissement, l’épargne, l’accumulation de capital, le réinvestissement, une nouvelle accumulation de capital, etc. D’où le terme capitalisme. Les progrès économiques étaient plus graduels, mais notre système économique aurait été plus que probablement plus stable si le capitalisme traditionnel avait perduré. Mais l’histoire est passée par là, si bien que le capitalisme n’existe plus.

Pour moi, la fin du système capitaliste remonte à la Première Guerre mondiale, lorsque les pays européens se déclarèrent mutuellement la guerre. N’ayant pas suffisamment d’or pour financer le conflit, ils se sont détournés du standard or afin de pouvoir créer de la monnaie et financer ainsi la dette du gouvernement utilisée pour l’effort de guerre.

Les alliés ont gagné la guerre. Mais tout l’argent gouvernemental qui fut créé à l’époque, toute la dette gouvernementale, a débouché sur une bulle du crédit mondiale que l’on connaît sous le nom des années folles (années 20). En 1930, cette montagne de crédit s’est effondrée vu qu’elle ne pouvait être remboursée. Le système bancaire international s’est effondré, tout comme le commerce mondial. La Grande Dépression démarrait, elle a duré 10 ans.

On ne voyait pas le bout du tunnel lorsque la Seconde Guerre mondiale a démarré, en grande partie à cause de cette dépression. Que pouvait faire les États-Unis, laisser l’Allemagne et le Japon conquérir le monde ? L’Allemagne avait déjà conquis toute l’Europe alors que le Japon gagnait du terrain dans le Pacifique.

Les dépenses du gouvernement américain ont augmenté de 900 % en 1940 afin de se préparer à la guerre. Ensuite, les États-Unis ont été attaqués par le Japon fin 1941. Le gouvernement prit le contrôle total de l’économie afin de poursuivre l’effort de guerre. La construction, la production, la distribution, les prix, le travail… de tout.

Il est important de réaliser que nous n’avons jamais revu le capitalisme une fois la guerre terminée. Le gouvernement était tellement terrifié que la réduction de ses dépenses ramène le pays dans la grande dépression, ce qui se serait probablement produit, qu’il a continué à dépenser beaucoup. Depuis, l’économie est restée fortement dirigée par le gouvernent. Les débuts du créditisme remontent donc à 1940.

Quelles étaient les alternatives ? Je ne pense pas qu’il y en avait. Il faut bien comprendre que durant la dépression, le fascisme et le communisme se répandaient comme une traînée de poudre en Europe et en Asie. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique contrôlait la moitié de l’Europe. Quelques années plus tard, les communistes prenaient les rênes de la Chine, le communisme se répandait partout. La classe politique américaine voulait-elle vraiment retourner vers le laisser-faire dans l’économie en courant le risque de catapulter à nouveau le pays dans la récession ? Et peut-être faire basculer le pays dans le communisme ? La plupart des gens d’aujourd’hui ne réalisent pas le dilemme auquel faisaient face les politiciens de l’époque. Le risque semblait trop gros, ils ne l’ont donc pas pris. Et ils ont continué à dépenser, dépenser.

Ce fut ensuite l’épreuve de force avec l’URSS. Le président Reagan a fortement accéléré les dépenses gouvernementales et le recours à l’emprunt en réduisant les taxes tout en augmentant le budget militaire.

C’est véritablement à partir de ce moment-là, dans les années 80, que le ratio dette/PIB a commencé à grimper fortement. Alors que nous étions à 150 % du PIB depuis des décennies, la hausse s’est mise à s’accélérer. En 2007, ce ratio a fini par atteindre 370 % du PIB. Cette expansion du crédit devint le moteur principal de la croissance économique mondiale.

Nous avons gagné la Seconde Guerre mondiale et vaincu l’URSS grâce à ce nouveau système économique, que j’appelle le créditisme. De nouveau, il ne s’agit pas de capitalisme au sens traditionnel du terme. Nous n’avons plus connu le capitalisme véritable depuis de nombreuses décennies. Nous ne risquons pas non plus de le revoir de sitôt. Notre système est quasi entièrement propulsé par la création de crédit et la consommation. (…)

Je pense vraiment que l’école autrichienne a raison sur le fait que le crédit crée une vague de prospérité artificielle. La situation aurait été bien plus stable si nous avions poursuivi avec le standard or, je ne suis pas en désaccord avec cette analyse. Mais la Première Guerre mondiale ne l’a pas permis, ainsi que la seconde. Nous avons été dépassés par les événements. Il est difficile d’envisager un autre scénario que celui qui fut adopté. (…)

Si tout le monde connaît bien la répudiation des accords de Bretton-Woods de 1971, il y a à mon sens une date encore plus importante, 1968, lorsque le président Johnson demanda au Congrès de ratifier une loi permettant à la Fed de ne plus devoir garantir la valeur de chaque dollar par 25 % d’or. Cette loi fut ratifiée. Après quoi la Fed a eu carte blanche pour créer autant de dollars que désiré, sans le besoin de devoir les garantir avec du métal jaune. (…) »

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C’est un article exclusif de Zero Hedge, publié le 17 janvier 2016, qui annonce la nouvelle : la Fed de Dallas a suspendu en douce l’évaluation à la valeur de marché de la dette du secteur énergétique émise par les banques de l’État afin qu’elles dissimulent leurs pertes.

Alors que le baril vient de passer en dessous de la barre des 30 $, le secteur du pétrole de schiste et de l’énergie en général marche plus que jamais sur une fine pellicule de glace. Les banques commencent déjà à provisionner des montants pour essuyer les pertes des crédits non performants du secteur énergétique mais cela risque d’être bien insuffisant. Par exemple :  Wells Fargo a provisionné 118 millions alors que son portefeuille de crédits accordés à des sociétés énergétiques s’élève à 17 milliards.

Au début de la semaine dernière, Zero Hedge avait déjà relayé la rumeur faisant état d’une réunion entre les huiles de la Fed de Dallas et des cadres supérieurs de banques texanes à Houston. Quel fut le message délivré aux banques ? De ne pas forcer les défauts des sociétés énergétiques et de favoriser plutôt le scénario de la vente des actifs.

Désormais, le média financier iconoclaste américain pense savoir que le doute n’est plus permis alors qu’une seconde source a confirmé l’information. D’après un analyste du secteur énergétique, l’un de ses clients lui a révélé avoir été invité à un déjeuner où étaient présents des membres de la Fed de Dallas. Ceux-ci avaient déjà demandé au préalable l’accès complet à toutes les données concernant les crédits en cours pour supervision. La Fed aurait été choquée par ses découvertes du côté des chiffres non publiés. Cette réunion déjeuner a également été confirmée par les employés d’une banque d’investissement suisse renommée qui dispose d’une succursale à Houston.

Voici ce qui s’est décidé durant cette réunion secrète : la Fed de Dallas a suspendu dans les faits l’évaluation à la valeur de marché (mark-to-market) des crédits liés au secteur énergétique. Cette décision prévient la dépréciation des actifs à leur valeur réelle, falsifiant donc de facto le bilan de ces banques et leur solidité financière. Autrement dit, nous avons une entité officielle, censée superviser les banques, qui leur « suggère » ni plus ni moins de cacher leurs pertes massives.

Il faut dire que l’enjeu est de taille : si cette Bérézina du crédit énergétique devait être étalée sur la place publique, on pourrait assister à une panique débouchant sur une explosion similaire à celle des subprimes en 2008. Tout ceci alors que l’ambiance sur les marchés est tout sauf à la fiesta.

D’après Wolfe Research et d’autres entités sérieuses, près d’un tiers des producteurs de pétrole et de gaz américains sont sous la menace de la faillite ou d’une restructuration d’ici 2017 si les prix de l’énergie ne connaissent pas un rebond significatif entretemps.

Pour finir Zero Hedge a demandé une petite réaction à Robert Steven Kaplan, nouveau président de la Fed de Dallas et ancien de Goldman Sachs (22 ans), concernant cette rumeur. Demande restée sans réponse jusqu’à ce jour.

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Egon von Greyerz

Article d’Egon von Greyerz, publié le 9 novembre 2015 sur KWN :

« Toute personne qui regarde la réalité en face et qui s’en tient aux faits réalise que la situation actuelle est bien différente de celle décrite par les médias et les gouvernements des pays développés. À regarder Danse avec les stars et les journaux télévisés, il est impossible de comprendre ce qui se passe. Malheureusement, c’est le genre d’émissions que les citoyens des pays développés regardent. Les gens ordinaires comme ceux des classes supérieures ne comprennent pas que les jours de notre société sont comptés.

Pendant 100 ans, l’économie mondiale a prospéré sur des mensonges grâce à un système financier corrompu reposant trop peu sur la valeur réelle, la substituant par la création monétaire et le système bancaire à réserve fractionnaire. La synthèse de ces deux éléments a créé une perception de la prospérité jamais vue dans l’histoire. Peu de gens comprennent que la fausse richesse et les niveaux de vie élevés obtenus n’ont rien à voir avec le travail honnête ou les investissements mais par la création monétaire et le crédit qui ont créé cette illusion de la prospérité.

De la création de la Fed à Bernanke en passant par Nixon et Greenspan

Lorsque la Federal Reserve fut créée en 1913 par et pour les banquiers, la dette mondiale était négligeable. Elle a cru lentement jusqu’à ce que Richard Nixon réalise en 1971 que l’économie américaine ne pouvait pas survivre sans l’argent créé sorti d’un chapeau. À partir de ce moment, les États-Unis commencèrent à tirer profit de leur statut d’émetteur de la devise de réserve mondiale en imprimant des bouts de papier appelés dollar ou monnaie. Il fallut attendre l’émergence du maître du charabia financier de la Fed pour que la planète entière abandonne toute notion d’argent sain et entre dans une nouvelle ère financière déconnectée de la réalité. Alan Greenspan utilisait son propre langage, un langage que personne ne comprenait mais que tout le monde adorait car il donnait de la crédibilité à cette fausse prospérité. Il était un maître de la répression financière, ses taux d’intérêt déconnectés des réalités économiques créèrent une explosion du crédit et l’euphorie des marchés actions.

Pourtant avant de devenir le président de la Fed, Greenspan était un partisan de l’argent sain, ce qui signifie qu’il comprenait parfaitement l’importance de l’or mais comme c’est le cas dès qu’une personne intelligente assume un rôle politique : ses valeurs ou ses principes disparaissent. Son rôle fut donc d’aider le gouvernement à acheter des voix et à passer le témoin sans accroc sérieux. Son successeur, Ben Bernanke, fut l’homme le plus productif de l’histoire. Durant son règne, la dette américaine est passée de 8 à 17 trillions alors qu’il avait fallu plus de 200 ans aux États-Unis pour atteindre les 8 trillions. En 8 ans, Bernanke est donc parvenu à doubler ce montant.

La planète entière a suivi le leadership américain entre 1990 et 2015, la dette mondiale passant de 35 trillions à 225 trillions (x 6). Sur la même période, le PIB mondial n’a même pas été multiplié par 3. C’est ce qu’on appelle la loi des rendements décroissants. La planète doit créer de plus en plus d’argent pour éviter de régresser. Mais nous sommes arrivés au point où même la création exponentielle de crédit engendre un retour négatif.

Où sont les bonnes nouvelles ?

Où que l’on regarde, les nouvelles réelles s’empirent. Oui, il y a bien sûr une exception : les investisseurs des marchés actions sont toujours en plein délire. Que les nouvelles économiques soient bonnes ou mauvaises, la bourse continue de grimper vers des sommets vertigineux. Comme en 1929, en 1973, en 1987 ou en 2000, les investisseurs béats ignorent ce qui les attend. Dans le monde réel, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Voici quelques exemples.

Commerce mondial en chute libre

Quasi tous les indicateurs des échanges commerciaux indiquent une contraction substantielle. Le Baltic Dry est à un plus bas historique. Le China Container Freight Index a baissé de 50 % depuis son pic de 2011. En octobre, la Chine enregistrait sa 4e baisse mensuelle consécutive de ses exportations, cette fois de 7 %. Les conteneurs vides de Long Beach n’ont plus été aussi nombreux depuis 2006. Le fret ferroviaire aux États-Unis a connu sa plus grosse chute depuis 2009, tandis que le volume transporté par route a baissé de 60 % depuis 2014.

Toutes ces statistiques sont des indicateurs de l’état réel de l’économie. Elles sont aux antipodes des statistiques officielles manipulées comme le taux de chômage américain qui indique de fausses améliorations en ignorant les 94 millions d’Américains qui n’ont pas de travail ainsi que les pertes d’emplois chez les moins de 55 ans. Les emplois prétendument créés sont soit fabriqués par un modèle théorique qui se base sur la création éternelle d’emplois soit des emplois créés chez les plus de 55 ans.

Nous avons atteint le point de non-retour. Nous sommes au bout du chemin, proches du moment où tous les subterfuges des gouvernements et des banques centrales seront révélés pour ce qu’ils sont, à savoir des rustines pour retarder l’effondrement final. Comme l’a déclaré Mises :

« L’effondrement final d’un boum économique créé par l’expansion du crédit est inévitable. Il n’y a que deux issues possibles : soit provoquer la crise en abandonnant volontairement l’expansion du crédit, soit l’attente de son émergence via l’effondrement total du système monétaire de l’économie en question. »

Avant cet effondrement, les gouvernements feront tourner la planche à billets jusqu’à ce qu’elle explose.  De nombreux quadrillions de dollars seront probablement créés avant l’effondrement total du système monétaire. L’or physique ainsi qu’un peu d’argent sont les meilleures façons de préserver sa richesse et son pouvoir d’achat. »

Alors que la planète entière a les yeux rivés sur la Grèce, les banques italiennes nagent dans les crédits douteux. Le plus grand danger qui menace la zone euro n’est probablement pas la Grèce mais deux de ses poids-lourds, à savoir la France et l’Italie.

C’est d’autant plus vrai pour l’Italie et plus particulièrement son secteur bancaire. Comme le note laconiquement DerStandard.at,

« En raison de la récession de ces dernières années et des faillites d’entreprises, les crédits douteux ne cessent d’augmenter en Italie. D’après l’association des banques d’Italie, le montant des prêts en défaut (NPL) s’élève en mai à 193,7 milliards d’euros, soit 25,1 milliards de plus par rapport au même mois de l’année précédente. Il s’agit des niveaux les plus élevés depuis 1996.

Les crédits non productifs représentent 10,1 % de tous les crédits accordés par les banques italiennes, d’après l’association. Les PME sont particulièrement sous pression ce qui signifie qu’il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore. Les sociétés italiennes subissent de plein fouet les effets de la plus longue crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale ce qui les met en incapacité de rembourser leurs crédits. »
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Si ces calculs sont corrects cela signifie que les prêts en défaut ont augmenté d’environ 15 % en un an en Italie, durant une période qui ne fut pourtant pas la pire même si l’Italie a connu une nouvelle contraction économique.

Comme le montre le graphique ci-dessous (malheureusement nous n’avons rien trouvé de plus récent), les crédits en défaut de paiement en Italie s’élevaient à 165 milliards au premier trimestre 2014. Cependant, ce graphique prend également en compte d’autres crédits douteux qui ne sont pas encore en défaut mais qui présentent des risques d’impayés.

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Et tandis que les banques italiennes croulent sous les créances douteuses (sur base du graphique ci-dessus, on peut probablement affirmer sans trop s’avancer que le montant actuel tourne autour des 350 milliards d’euros), le fardeau de la dette du gouvernement a lui aussi augmenté. Bien sûr, la dette italienne est considérée comme « sans risque » depuis que nous sommes entrés dans la 4e dimension suite au début de l’« Eurothon » de la BCE.  (…)

Cependant, en termes de créances douteuses dans son système bancaire, l’Italie n’est pas le plus mauvais élève de la classe européenne. Comme le montre le graphique ci-dessous, la Grèce se trouve sans surprise en tête du classement européen suivie par l’Irlande, la Slovénie et l’Italie. Dans la plupart de ces pays, des mesures ont été prises (la création de « bad banks ») afin de contrôler le problème. L’Italie semble avoir disparu des écrans radars mais risque de faire un retour tonitruant lorsque la pseudo embellie économique artificiellement créée à base de liquidités s’effacera pour laisser place à une nouvelle chute.

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Conclusion : la Grèce n’est qu’un souci secondaire. La zone euro est criblée de problèmes qui ont le potentiel de déboucher sur des catastrophes. Aussi bien la dette privée que publique en Italie est problématique, ce n’est probablement qu’une question de temps avant que son gouvernement devienne un sujet de préoccupation ce qui mettra les banques italiennes dans une situation intenable vu qu’elles ont accumulé les obligations d’État depuis 2012. (…)

Source : acting-man

Dans cette interview publiée sur The Daily Reckoning, Richard Duncan explique pourquoi il estime que la crise de 1929 est quasi identique à celle de 2008 tout en décrivant la réponse différente qui a été apportée par les instances dirigeantes durant ces 2 crises ainsi que les conséquences de la nouvelle approche. Il évoque également le rôle du standard or pour assurer la stabilité économique.

La Nouvelle Dépression

Je pense que cette Nouvelle Dépression, comme je l’appelle, a plus ou moins les mêmes origines que la grande dépression, elle a évolué de la même façon jusqu’à la mise en place de politiques de réaction (QE). Je m’explique.

Je pense que la grande dépression trouve ses origines dans la Première Guerre mondiale. Durant cet événement, toutes les nations européennes sont entrées en guerre. Mais elles n’avaient pas assez d’or pour se lancer dans un tel conflit.

Elles se sont alors détournées du standard or, les gouvernements se sont mis à émettre énormément de dette. Et au même moment, les banques centrales se sont mises à créer énormément d’argent papier pour financer la dette gouvernementale.

Tout ceci a débouché sur une bulle mondiale du crédit que nous appelons les Années Folles. On dit que ce fut une période plaisante mais durant les années 30 cette dette ne peut être remboursée, si bien que le système bancaire international s’est effondré ainsi que le commerce mondial et les instances dirigeantes ne surent pas comment réagir.

Ils croyaient au laissez-faire et aux ajustements naturels du marché. En gros, ils ont fait un pas en arrière et ont laissé les forces du marché se rééquilibrer.

Malheureusement, cet ajustement a débouché sur un PIB inférieur de 46 % à celui de 1929 et sur un taux de chômage de 15 à 25 % durant toute la décennie des années 30. Durant cette période, l’Allemagne s’est tournée vers le fascisme et a envahi l’Europe, le Japon est devenu militariste et a envahi l’Asie. Durant la Seconde Guerre mondiale, il y a eu 60 millions de victimes. Les États-Unis ont augmenté leurs dépenses de 900 %. Cette explosion de la dette américaine et des dépenses a finalement mis un terme à la dépression. Or, nous sommes confrontés à une situation similaire aujourd’hui.

Les choses ont démarré en 1971 avec la fin des accords de Bretton-Woods. Il s’agissait plus ou moins d’un standard or et après son abandon les gouvernements se sont mis à émettre de plus en plus de dettes et à se financer via la création monétaire.

Cela a débouché sur une longue période de boom économique, 5 décennies qui furent vraiment agréables. Mais en 2008, ce crédit ne peut plus être remboursé si bien que le système bancaire international et le commerce mondial ont commencé à s’effondrer.

À la grande différence que cette fois, au lieu de laisser les marchés se rééquilibrer, la réponse fut de faire tout ce qui était possible pour empêcher ces forces du marché de faire leur œuvre.

Les instances dirigeantes sont terrifiées d’un nouvel équilibre qui mènerait à un PIB inférieur de 40 à 50 % par rapport à celui de 2006 avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer sur l’emploi et sur les crises géopolitiques.

Pour empêcher la nouvelle dépression, on a créé des trillions de dollars d’argent papier pour financer les déficits. Résultat des courses, nous n’avons pas basculé dans la nouvelle dépression dans laquelle nous serions si tout ceci n’avait pas été fait. (…)

Je pense que la Fed sera forcée de faire un nouvel assouplissement quantitatif massif, un QE4, afin de fournir la demande dont a besoin notre système économique pour faire de la croissance et en fait survivre. (…)

Sur le standard or qui limitait le crédit disponible

Je pense que la nature de notre système économique a changé de façon drastique lorsque nous avons brisé le lien entre le dollar et l’or en 1968.

Jusqu’à cette date, une loi imposait à la Fed de posséder pour chaque dollar émis sa contrepartie en or à hauteur de 25 %. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce n’était pas un problème vu que les États-Unis avaient amassé une énorme quantité d’or durant les années précédentes.

Mais en 1968, nous sommes arrivés à un point où les États-Unis n’avaient plus assez d’or et ne pouvaient donc plus émettre des dollars. Il était impossible de respecter la règle des 25 % d’or. La règle a alors été abandonnée par le président Johnson et le Congrès. (…)

Ce changement a bouleversé le mode de fonctionnement de notre système économique et plus particulièrement en termes de commerce international. (…) Le standard or permettait d’équilibrer la balance commerciale entre les pays, je m’explique.

Si l’Angleterre avait eu un énorme déficit commercial avec la France il y a 150 ans, l’or anglais aurait été mis sur un bateau et envoyé en France pour payement.

Cela signifie que la masse monétaire de l’Angleterre se serait fortement contractée ce qui aurait provoqué une récession sévère ainsi que la déflation. Le contraire se serait passé en France (…), si bien qu’à un moment, les Français se seraient mis à acheter des produits anglais bon marché provoquant un rééquilibrage. (…) C’est ainsi que cela marchait, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Lorsque les accords de Bretton-Woods furent annulés en 1971, il n’a pas fallu longtemps aux États-Unis pour réaliser qu’ils pouvaient acheter des biens à l’étranger en payant en dollars, son argent papier, au lieu d’or. C’est pourquoi au début des années 80, les États-Unis ont commencé pour la première fois à enregistrer un déficit commercial très important. (…) »

La suite demain