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Dévaluation

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Les marchés des capitaux et des devises de la Chine se télescoperont inévitablement avec ceux des États-Unis et par extension avec ceux du monde entier. Les économistes se plaisent à marteler que quelque chose qui ne peut durer s’arrêtera. Ce truisme s’applique à la Chine.

L’idée même de tensions économiques en Chine peut paraître étrange. La Chine a émergé du chaos de la Révolution Culturelle pour devenir la première économie du monde en termes de parité de pouvoir d’achat, tout cela en seulement 35 ans. Même sur base du PIB nominal, mon indicateur favori, il s’agit de la seconde économie de la planète.

La croissance annuelle chinoise fut de 12% entre 2006 et 2008. Cette performance fut encore atteinte en 2010. Même au pire de la crise financière, en 2009, la croissance chinoise était encore supérieure à 6%. Elle a oscillé entre 6,7 et 8% entre 2011 et 2016. Ces taux de croissance sont extraordinaires par rapport aux 0-2% de croissance des économies développées, enregistrés depuis 2007.

Mais au-delà des apparences aguichantes, tout est loin d’être rose. La majorité de la croissance chinoise fut complètement artificielle. On n’en parlerait pas si la Chine utilisait des normes comptables plus rigoureuses.

Investissements en Chine : pour quel retour ?

Les investissements ont représenté environ 45% de la croissance chinoise. Dans les économies développées, ce chiffre est de 30%. Ce n’est pas un problème si les investissements ont des retours positifs et ne sont pas financés avec des excès de dette. Or la Chine ne remplit aucune de ces 2 conditions.

Une partie importante des investissements chinois ont été gaspillés dans la construction de villes fantômes. Ou encore engloutis dans des projets pharaoniques de prestige comme la gare sud de Nankin, qui a coûté des milliards de dollars et dont les 128 escalators ne sont presque jamais utilisés. En supposant que la moitié des investissements chinois sont du gaspillage, cela signifie que le PIB devrait être réduit de 22,5%. Une croissance de 6,7% correspondrait ainsi à une croissance de 5,2%, au mieux.

C’est encore pire si on prend en compte la quantité de dettes utilisée pour financer ce gaspillage. Les actifs des banques chinoises sont passés de 2,5 trillions à 40 trillions de dollars durant les 10 dernières années, soit une augmentation de 1500%. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

La plupart de la dette chinoise est hors bilan, comptabilisée dans des produits financiers similaires aux CDO qui ont fait couler Lehman Brothers en 2008, et dans des produits dérivés. Il existe un énorme secteur bancaire de l’ombre en Chine (garanties provinciales, crédits inter-sociétés et plans de transfert offshore, etc). Lorsque toute cette dette est comptabilisée, la Chine ressemble au plus grand Ponzi de l’histoire.

Dévaluation continue du yuan

Si la situation est si instable et gérée avec des effets de levier à outrance, pourquoi l’effondrement n’a-t-il pas déjà eu lieu ? La réponse est la suivante : la Chine est le plus grand manipulateur de devise de l’histoire. La Chine a exploité une méga dévaluation du yuan en 1994 pour rendre sa monnaie compétitive et doper ses exportations. Sa banque centrale est ensuite intervenue entre 1994 et 2006 pour faire perdurer la faiblesse de sa monnaie.

Ces manipulations de devises, longues de 12 ans, ont permis à la Chine de construire ses usines, de créer de l’emploi, d’accumuler des réserves de dollars et de développer son système bancaire. Bien sûr, la majorité de cette croissance s’est faite aux dépens de l’emploi manufacturier aux États-Unis, des millions de postes ayant été perdus durant cette période. Ce n’est qu’après 2007, et des pressions politiques américaines intenses, que la Chine a permis l’appréciation du yuan à des niveaux plus raisonnables, conformes à sa production et aux accords commerciaux en vigueur.

Mais aujourd’hui, la Chine a recours à ses vieilles tactiques. Depuis 2014, elle a favorisé la dévaluation du yuan, de 6 yuan pour un dollar à 6,9. Aujourd’hui, le yuan se prépare à franchir la barre clés de 7 yuans pour un dollar.

La différence entre 1994 et aujourd’hui, c’est qu’aujourd’hui les États-Unis suivent la situation. En particulier, le président élu Trump a menacé la Chine de la qualifier de « manipulatrice de devises » le premier jour de son investiture, le 20 janvier 2017.

Cette escalade de la tension de la guerre des devises arrive dans un contexte de risque accru d’un conflit armé avec la Chine. Peu de temps après son élection, Trump a reçu un appel téléphonique de félicitations de la part du président de Taïwan. Cela peut sembler comme une formalité de courtoisie, mais pas pour le parti communiste chinois.

Pékin considère Taïwan comme une « province dissidente », et non une nation souveraine. Les politiciens américains ont pris l’habitude d’esquiver ce dossier, mais pas Trump. Non seulement il a discuté avec le président de Taïwan, mais il a même remis en question la politique d’une seule Chine dans un tweet.

Les actions de Trump ont fait retentir la sonnette d’alarme à Pékin. Les dirigeants ont donc décidé d’envoyer un message à Trump en volant l’un des drones sous-marins de la Navy qui opèrent dans les eaux des Philippines, bien loin des eaux de la mer de Chine du Sud revendiquées par Pékin.

Le drone a été restitué, mais l’avertissement a été lancé. Les tensions géopolitiques entre la Chine et les États-Unis sont très clairement en recrudescence (note : on vient d’apprendre qu’une « flottille » chinoise, avec porte-avions, vient de se balader dans des eaux contestées, au large de Taïwan).

Une nouvelle méga dévaluation à venir ?

Alors que la Chine se dirige vers une crise du crédit, et que les relations politiques sino-américaines se détériorent, quid du futur du yuan et de la guerre des devises ?

La première chose à noter, c’est qu’une nouvelle méga dévaluation chinoise a déjà commencé. Bien sûr, ils ne vont pas agir d’un coup, comme ils l’ont fait en 1994. Ils le font au fur et à mesure. Néanmoins, la simple dévaluation de 3% du 10 août 2015 fut suffisante pour faire baisser les marchés américains de 11% dans les trois semaines suivantes.

Une méga dévaluation de 10% aujourd’hui, moins d’un tiers de ce qu’avait fait la Chine en 1994, ferait chuter en quelques jours la bourse américaine de 30%, en raison des perspectives de guerre commerciale ouverte avec la Chine.

Quelles sont les chances d’assister à une telle dévaluation ? Cela pourrait être une question de semaines. La baisse récente du yuan n’est pas due à des manipulations du gouvernement, mais à la fuite des capitaux chinois. Les Chinois fortunés tentent de sortir leur argent du pays aussi vite que possible car ils craignent l’émergence de cette méga dévaluation (note : voir le cours de Bitcoin).

Des réserves chinoises qui fondent comme neige au soleil

La Chine a consommé un trillion de dollars de réserves durant les deux dernières années afin de satisfaire la demande en dollars émanant de cette fuite des capitaux. Les obligations américaines dans le portefeuille de la Chine ont baissé de 1 265 trillions de dollars en novembre 2015 à 1 115 trillions de dollars en octobre 2016, d’après les statistiques du Trésor.

Globalement, les réserves de la Chine sont passées d’environ 4 trillions de dollars en 2014 à 3 trillions aujourd’hui. De ces 3 trillions, environ 1 trillion n’est pas liquide, tandis qu »un trillion de dollars sera nécessaire pour renflouer les banques chinoises durant la crise du crédit à venir. Cela ne laisse qu’un trillion de dollars à disposition pour défendre le yuan. La fuite des capitaux se poursuit en Chine au rythme de 100 milliards de dollars par mois. Cela signifie que la Chine sera à sec d’ici un an.

Si la Chine veut éviter la banqueroute, elle n’a que 3 options, selon la « trinité impossible » de Mundell. Elle peut relever ses taux pour défendre sa monnaie, mettre en place des contrôles des capitaux ou encore dévaluer le yuan.

Relever les taux tuera l’économie et accélérera la crise du crédit. Les contrôles des capitaux étrangleront les investissements directs étrangers et forceront la fuite des capitaux à travers des canaux illégaux, sans pour autant l’arrêter. La méga dévaluation est la solution la plus simple.

Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas encore agi ? Notamment pour éviter d’être qualifiée de manipulatrice des devises par les États-Unis. Cela pourrait entraîner des représailles, par exemple sur les droits de douane. C’est pourquoi la Chine agit progressivement, sans faire de vagues.

Mais voilà que Donald Trump affirme qu’il qualifiera la Chine de manipulatrice quoi qu’il arrive. Peut-être par l’un des décrets présidentiels qu’il signera le jour de son investiture. Si Trump devait le faire, et il en est capable, la Chine n’aurait plus de raison de reporter sa méga dévaluation.

Les conséquences d’un tel scénario feraient de la correction de 2015 de 11% une balade en forêt. Les marchés mondiaux seront affectés. Les États-Unis souffriront, mais la Chine encore plus.

Article de Jim Rickards, publié le 22 décembre 2016 sur DailyReckoning.com

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Selon Jim Rickards (cet article synthétise le sien), la guerre des devises a démarré en 2010 avec la dévaluation du yuan. Jusqu’en 2015, les grands blocs économiques ont profité tour à tour de dévaluations ordonnées, le gagnant d’hier devenant le perdant de demain, jusqu’à ce que la Chine décide de dévaluer sans consulter ses partenaires. Au dernier G20, un nouvel accord a été trouvé pour remettre de l’ordre alors que la dévaluation du yuan avait fait tanguer les marchés.

Jouer sur la dévaluation pour faire repartir une économie, c’est en quelque sorte jouer au jeu des chaises musicales, à la différence que dans cette « version monétaire » il n’y a qu’une chaise sur laquelle s’asseoir lorsque la musique s’arrête.

En 2010, lorsque la Chine a dévalué, son économie a connu une embellie. Selon le principe des vases communicants, la situation économique américaine s’est détériorée. Les États-Unis avaient besoin d’augmenter leurs exportations, d’améliorer l’emploi dans la foulée, en affaiblissant le dollar. Cette dévaluation comporte aussi l’avantage de faire grimper les prix des produits importés, donc de générer de l’inflation. Lorsque vous êtes incapable de créer de la croissance organique, vous dévaluez.

Mais comme l’analogie des chaises musicales le montre, il est impossible que tout le monde profite de la dévaluation en même temps. Les nations doivent donc attendre leur tour. La Chine a pris le sien en 2010, les États-Unis en 2011 (le dollar a atteint un plus bas historique en août 2011, tandis que la croissance du T4 de cette année fut de 4,6 %). Tout allait mieux aux États-Unis, ce qui signifie qu’un autre membre du club souffrait, à savoir le Japon.

En 2012, ce fut donc au tour du Japon de dévaluer avec la mise en place des fameux Abenomics. Le yen chuta rapidement : de 90, il en fallait désormais 124 pour acheter un dollar. L’économie japonaise est donc repartie de l’avant en 2013, tout comme lorsque le dollar faible avait dopé les États-Unis en 2011.

Pendant ces 3 années, l’économie européenne a souffert. En plus de la crise grecque, l’Europe a connu 2 récessions durant cette période. Il fallait donc affaiblir l’euro en 2014, ce qui s’est fait en 2 étapes :

Taux d’intérêt négatifs en juin 2014
QE européen en janvier 2015

Les effets n’ont pas tardé, l’euro tombant à 1,05 $ en janvier 2015 pour ensuite s’approcher de cette limite à plusieurs reprises depuis. Comme durant les autres dévaluations, l’économie européenne a connu un moment de répit. Après l’été 2015, on ne parlait plus de la crise grecque. Ce petit historique montre que les dévaluations entre 2010 et 2015 ont eu lieu de façon ordonnée.

Eté 2015 : La Chine dévalue sans consultation

La guerre des devises avait lieu entre les 5 familles, mais dans le respect. C’est comme ça que cela se passe dans la mafia en temps de paix. L’entente est bonne, même si la méfiance ne disparaît jamais.

Cependant, durant l’été 2015, une nouvelle guerre éclatait parmi ces 5 familles. La Chine, en voyou, décida de dévaluer sans consulter les autres. Le 11 août, la valeur du yuan chuta de 3 % en un jour. Après quoi les marchés américains plongèrent.

La Fed fit immédiatement marche arrière concernant le relèvement de ses taux, ce qui permit aux marchés actions de repartir à la hausse.

La même chose eut lieu entre décembre 2015 et janvier 2016. Cette fois, la Fed releva son taux directeur de 0,25 % le 16 décembre 2015. La Chine a alors utilisé cette couverture pour dévaluer de nouveau le yuan. Non pas d’un coup, mais en douceur, jour après jour. Les marché ont immédiatement vu ce qui se tramait pour anticiper des dévaluations à venir. Les marchés américains chutèrent à nouveau suite à cette dévaluation, connaissant leur pire début d’année en janvier 2016.

La Fed vola à nouveau à leur rescousse avec toute une série de déclarations accommodantes et le statu quo des taux en mars. Les marchés purent ensuite repartir à la hausse.

Mais il fallait trouver une solution. C’est ce qui a été fait à l’occasion du dernier G20. C’est à Shanghai que  la dévaluation du dollar a été décidée, le statu quo en Chine (adossement de la valeur du yen à celle du dollar) et l’appréciation du yen et de l’euro. Pour la Chine, elle retire tout de même un avantage de cet accord vu qu’un euro et un yen plus forts lui sont favorables. Le yen baisse en même temps que le dollar, ce qui ne l’handicape pas dans ses échanges avec les USA. Voilà l’essence des accords de Shanghai.

Article de KWN, publié le 28 septembre 2015 :

« Les gens parlent beaucoup du licenciement de 100.000 mineurs (charbon) en Chine. Ils font beaucoup de bruit pour rien. Même s’il est triste que ces gens aient perdu leur emploi, nous parlons de 100.000 travailleurs dans un pays qui compte une population de 1,3 milliard d’habitants.

Cela fait également un moment que la Chine a déclaré qu’elle souhaitait consolider les secteurs du charbon, du minerai de fer, etc. Il y a tout simplement trop de producteurs. Ces licenciements ne sont donc pas une surprise.

Je pense que les Chinois seraient les premiers à dire qu’une croissance à 2 chiffres, c’est terminé. Avec une croissance de 10 %, les Chinois étaient confrontés à des pénuries de matières premières, à des prix exorbitants, aux déséquilibres engendrés par un tel taux de croissance.

L’économie de la Chine a donc été ralentie volontairement et avec succès. Ils ont continué à investir dans l’infrastructure, je pense qu’une croissance de 7 % se poursuivra. Le problème est qu’une croissance inférieure à ce chiffre posera des soucis de chômage. (…)

Un autre événement majeur de cette année est la dévaluation du yuan. Je pense qu’il s’agit même de l’événement clé de cette année concernant la Chine. Il lui a fallu du temps pour réaliser que sa devise était trop forte. En comparant leurs prix avec ceux de leurs concurrents, les Chinois ont réalisé que la concurrence est très rude. C’est la raison pour laquelle ils ont décidé de dévaluer.

John Ing sur l’or

Depuis l’annonce de la dévaluation chinoise le 11 août, le Dow Jones a chuté de 9 % alors que le cours de l’or exprimé en dollar a progressé de 5 %. Les citoyens chinois savent très bien qu’acheter de l’or est la meilleure façon de se protéger contre les dévaluations.

Durant la crise grecque, le cours de l’or a augmenté de 5 % en un mois. L’or progresse dans de nombreuses devises comme le rand sud-africain. En yen, l’or a grimpé de 20 % durant les 2 dernières années. Il faut donc se concentrer sur le rôle de l’or sur la scène mondiale. La décision de dévaluer de la Chine est un autre exemple de l’intérêt de l’or.

Le dollar américain doit également faire l’objet de toute notre attention. S’il commence à vaciller, le premier seuil de support sera à 92 tandis que le support clé sera à 87. Si le dollar devait décliner vers ces niveaux, cela ferait augmenter considérablement l’or, le faisant passer au-dessus des seuils de résistance. Le premier seuil significatif est à 1240 $.

Je pense que l’or a désormais constitué une excellente base à 1100 $. Mon objectif à court terme pour l’or est 1400 $. Lorsqu’il aura dépassé confortablement ce seuil, je viserai ensuite les 1700 $. L’or devrait dépasser les seuils de résistance clé durant l’automne. Avec toutes les incertitudes qui planent sur le monde, les perspectives pour l’or sont très, très bonnes. »

Article de Jim Rickards, publié le 11 août 2015 sur DailyReckoning (titre original : la clé pour comprendre les actions, les devises, les matières premières et le cash) :

« Personne ne conteste le fait que Janet Yellen et ses collègues de la Fed disposent de l’une des plus fortes influences sur l’économie des États-Unis. Pourtant, peu d’analystes réalisent que c’est aussi la Fed qui influence le plus l’économie de la Chine.

Comprendre comment les politiques monétaires des États-Unis et de la Chine sont désormais interdépendantes comme des siamois et ce que cela signifie pour le monde entier est la clé pour comprendre la déprime générale affectant les actions, les devises, les matières premières et même la valeur réelle de l’argent papier.

Cette chaîne de relations comporte de nombreux liens. Explorons-les un à un.

Yellen n’a pas fait de mystère concernant son souhait de remonter les taux d’intérêt américains. Elle en parle à chaque occasion qui se présente, que ce soit un discours, une conférence de presse ou une interview. Les taux sont nuls depuis presque 7 ans et cela fait désormais 9 ans que la Fed ne les a plus remontés.

Cette situation a généré des spéculations sans fin concernant le timing de la remontée des taux. Fin 2014, Wall Street tablait sur mars puis juin et maintenant septembre. Jusqu’à présent, Wall Street s’est trompé à chaque fois.

Nous n’allons pas tenter d’anticiper une date. Nous préférons utiliser des indications spécifiques, des avertissements et des méthodes analytiques ayant fait leurs preuves, celles qui sont utilisées par la communauté du renseignement comme la CIA pour résoudre les problèmes de ce type.

Les indications et les avertissements nous parviennent quotidiennement sous forme de données. Ces données doivent être insérées dans un modèle analytique. La bonne nouvelle, c’est que Janet Yellen nous a fourni le modèle dont nous avons besoin pour interpréter les données. Elle a dévoilé son plan.

Le plan de Yellen fut révélé durant un discours qu’elle a prononcé à Providence (Rhodes Island) le 22 mai 2015. L’information fut rapportée sous le titre « Yellen augmentera les taux cette année ».

Quand Yellen augmentera les taux ?

Ce n’est pourtant pas ce qu’elle a dit. Dans son discours, elle disait 3 choses :

  1. Elle augmentera les taux uniquement si l’économie évolue conformément à ses prévisions.
  2. Ces prévisions sont un taux de chômage de 5 %, une croissance de 2,5 % et une inflation de 2 %.
  3. Elle n’attendra pas d’atteindre ses objectifs. Elle agira un peu plus tôt si les données économiques affichent une tendance convergente.

Concrètement, cela signifie que si nous avons aujourd’hui, admettons, un taux de chômage de 5,2 %, une croissance de 2,3 % et une inflation de 1,8 % dans le cadre d’une tendance évoluant vers le triptyque souhaité alors elle augmentera rapidement les taux. Il s’agit du modèle suivi.

Des indicateurs à l’orange

Mais que disent les statistiques économiques ? Vous avez probablement entendu dire que les chiffres de l’emploi de vendredi furent bons, ce qui signifie qu’une hausse des taux est fort probable en septembre. Ne tombez pas dans le panneau.

Observez le graphique ci-dessous. Il montre que la création d’emplois a atteint un pic l’année dernière. Depuis, la tendance est à la baisse. En juillet, le chômage a atteint 5,3 %, un chiffre peu éloigné de l’objectif de Yellen, mais le chômage était au même niveau en juin, il n’y a donc aucune tendance évoluant vers son objectif.

emploi-usa-creations-2014-2015

En ce qui concerne le chômage, la tendance est au mieux neutre. Si la tendance négative se poursuit, nous pourrions n’avoir que 195.000 postes créées en août. Un tel chiffre tuerait dans l’œuf toute possibilité de hausse des taux en septembre.

Quid de la croissance ? Ici aussi, la tendance évolue dans la mauvaise direction. La croissance du second trimestre fut de 2,3 %, juste en dessous de l’objectif mais elle ne fut que de 0,6 % au premier trimestre. Ce qui correspond à une croissance annualisée de seulement 1,5 % durant le premier semestre.

Pire encore, GDPnow de la Fed d’Atlanta annonce une croissance en temps réel de 1 % pour le T3 (note : au 13 août, cette croissance a même baissé à 0,7 %, il faut lire le texte de la page de GDPnow pour le constater car le graphique n’est pas mis à jour en ce moment). Cet indicateur pourrait encore évoluer, (…) mais rien n’indique que nous pourrions atteindre l’objectif de croissance de 2,5 %.

Le dernier volet du triptyque de Yellen est l’inflation. Pour celle-ci, les données sont limpides, elles évoluent vers l’opposé des souhaits de Yellen. Les derniers chiffres concernant les dépenses de consommation personnelle (l’indicateur préféré de la Fed) affichent une augmentation annuelle de seulement 0,3 %, bien loin de l’objectif de 2 %.

À ce sujet, cela fait 38 mois d’affilée que les objectifs de la Fed n’ont pas été atteints. Les autres indicateurs de l’inflation rapportent la même tendance. Bientôt, la déflation devrait devenir une source de souci bien plus importante que l’inflation.

La Fed est coincée, Bernanke a gaffé

Yellen s’est piégée et n’a aucune issue de secours. Elle évoque sans cesse l’augmentation des taux alors que l’économie américaine faiblit. Ses déclarations ne font que renforcer le dollar, ce qui est déflationniste et ne fait que l’éloigner de ses objectifs d’inflation.

C’était en 2009-2012 qu’il fallait remonter les taux. Bernanke a gaffé en ne le faisant pas. La Fed est passée à côté d’un cycle des taux entier. Si elle les avait augmentés à l’époque elle aurait pu les baisser aujourd’hui.

Pourquoi est-ce que tout ceci affecte la Chine ? Parce que ce pays a pour ambition d’être intégré aux DTS du FMI. Les États-Unis distribuent les billets d’entrée des DTS. C’est pourquoi les États-Unis ont insisté pour que la Chine arrime sa monnaie au dollar, une condition préalable à l’inclusion du yuan.

Le problème c’est que lorsque vous arrimez votre monnaie à une autre, vous dépendez des politiques monétaires de la banque centrale qui émet cette monnaie. Si la Fed donne un tour de vis, ou en parle, la Chine doit faire la même chose pour maintenir la parité.

En bref, Yellen a forcé les États-Unis et la Chine à donner un tour de vis à leur politique monétaire alors que ces deux pays auraient dû être plus accommodants. Les États-Unis et la Chine sont les deux économies mondiales les plus importantes qui produisent environ 30 % du PIB. La Chine a mis fin à son arrimage au dollar cette semaine par désespoir mais les dégâts ont déjà été occasionnés à sa croissance.

La réalisation des prévisions de Yellen n’est pas pour demain et ses déclarations incessantes impactent négativement la croissance mondiale. Même pour une banque centrale, atteindre un tel niveau de folie furieuse n’est pas rien.

Il se peut que Yellen n’ait aucune idée de ce qu’elle fait mais les marchés, eux, comprennent. La dynamique déflationniste engendrée par la Fed est visible dans la chute de 1000 points du Dow Jones de ces trois derniers mois, de la baisse du cours de nombreuses matières premières de 60 % et dans la baisse record de la valeur des devises de multiples marchés émergents, du Brésil à la Malaisie en passant par la Turquie. (…) »

Si vous vous demandez pourquoi l’or a progressé ces derniers jours, voici la réponse : la Chine est le dernier pays en date à rejoindre la guerre mondiale des devises qui fait rage. Ne pouvant plus rester de marbre face aux difficultés économiques que le pays connaît, Pékin a décidé de dévaluer le yuan en abandonnant ainsi sa stratégie d’arrimage au dollar.

La première dévaluation du yuan a eu lieu ce lundi. La banque centrale chinoise avait assuré qu’il s’agissait d’un ajustement ponctuel mais hier une nouvelle dévaluation a eu lieu, propulsant la monnaie chinoise à son plus bas niveau depuis 4 ans face au dollar.

Jusqu’à présent, la Chine avait décidé de maintenir le yuan à un certain niveau par rapport au dollar afin de favoriser la consommation domestique. Le 15 avril dernier, le premier ministre chinois avait d’ailleurs déclaré au Financial Times :

« Nous ne voulons pas d’une nouvelle dévaluation de la monnaie chinoise car nous ne pouvons pas seulement compter sur la dévaluation pour donner un coup de fouet à nos exportations. Nous ne voulons pas d’un scénario dans lequel les économies se battent les unes contre les autres en dévaluant leur monnaie. Cela déboucherait sur une guerre des devises. Si la Chine devait dévaluer le renminbi (ou yuan) dans un tel contexte je ne pense pas que cela serait quelque chose de positif pour le système financier international. »

Si Li précisait qu’il ne pouvait pas garantir qu’une dévaluation n’aurait pas lieu, son commentaire montre très clairement qu’un tel acte serait forcé par des événements forcément négatifs.

Désormais, les partenaires commerciaux de la Chine vont probablement réagir en dévaluant leur propre monnaie : le dollar restant la dernière monnaie papier forte. Cette dévaluation risque bien de ralentir encore davantage la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. La décision du FMI de ne pas inclure dès cette année le yuan dans les DTS a peut-être également joué un rôle dans la décision de la Chine, qui a pris par surprise les investisseurs.

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euro

Article de Bloomberg du 10 avril 2015 intitulé : « le statut de monnaie de réserve de l’euro en danger alors que les banques centrales le liquident »

L’assouplissement quantitatif (de la BCE) pourrait aider l’Europe à atteindre ses objectifs économiques mais il menace également la viabilité à long terme de l’euro en réduisant son attractivité en tant que monnaie de réserve.

Les banques centrales ont réduit la part de l’euro dans leur portefeuille d’actifs de façon importante l’année dernière anticipant les pertes qui allaient découler de stimulations monétaires sans précédent. L’euro représente désormais 22 % des réserves monétaires mondiales en baisse par rapport aux 28 % d’il y a 5 ans, juste avant le début de la crise de la dette. Pendant ce temps, les parts respectives du dollar et du yen ont augmenté d’après les derniers chiffres publiés par le FMI.

« En tant que monnaie de réserve, l’euro est en train de se désintégrer » a déclaré Daniel Fermon, stratégiste chez Société Générale à Paris. (…) Le président de la BCE (Mario Draghi) a salué de son côté le désamour pour l’euro car sa dévaluation améliore la compétitivité du Vieux Continent. Cependant des sociétés comme Mizuho Bank Ltd avertissent que cette baisse de la popularité de la monnaie est plus le reflet d’une baisse de confiance à long terme alors que l’économie européenne a connu la récession durant 2 des 3 dernières années. (…) »

Crédit photo : http://taxrebate.org.uk/

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Dans sa dernière interview sur KWN, John Embry dévoile ce qu’il a pu observer en Argentine au niveau monétaire, alors qu’il a séjourné dans ce pays pendant une grosse semaine. Un avant-goût de ce qui nous attend, selon lui :

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« Comme vous le savez, Eric, j’ai séjourné récemment 8 jours à Buenos Aires, où je pense avoir vu le futur. Le monde vivra la situation à laquelle l’Argentine est confrontée aujourd’hui. Le pays a fortement dévalué sa monnaie, une dévaluation qui a fait très mal aux pauvres. Le cours officiel est de 8 pesos pour un dollar. À l’hôtel, ils me donnaient 9 pesos pour un dollar, mais si je marchais à un pâté de maisons plus loin où se trouvent les bureaux de change, ils donnaient de 10,5 à 11 pesos pour un dollar.

Les Argentins sont donc prêts à payer très cher pour se débarrasser de leur monnaie et posséder quelque chose de plus sûr, dans ce cas-ci le dollar américain. Mais alors que la crise se développe, toutes les monnaies papier vont devenir de plus en plus comme le peso argentin. Dans ce cas-ci, c’est juste que l’Argentine est un peu en avance sur le terrain de l’effondrement des monnaies papier.

Je me fais également beaucoup de soucis en ce qui concerne la situation du Moyen-Orient. Je suis très positif pour le cours du brut pour la simple et bonne raison que ses zones de production sont très instables. On a maintenant l’ISIS, un groupe composé de véritables animaux, qui se balade en Irak. S’ils devaient prendre le contrôle de Bagdad, et pire encore des champs de pétrole du sud de l’Irak, il n’est pas impossible que le cours du brut batte son record précédent. Or, il ne faut pas perdre de vue que ce record fut atteint à l’aube de la crise de 2008.

En fait, je pense que la hausse du cours du pétrole juste avant la crise financière a contribué à mettre le feu aux poudres, car une telle hausse réduit le pouvoir d’achat des populations occidentales et en Chine. De plus, cet argent atterrit dans les poches de gens qui ne le dépensent pas, comme les élites du Moyen-Orient.

John Embry sur l’or

J’ai entendu une rumeur disant que des organisations officielles, appuyées par des gouvernements, ont injecté environ 29 trillions de dollars dans les marchés. Cela ne me surprend pas, car ceux-ci sont complètement sous perfusion. En tant qu’investisseur, il faut donc être très prudent, car cela signifie qu’il n’existe plus de mécanisme de recherche du prix.

L’or est un parfait exemple de cet encadrement du prix. Ce lundi dernier, le cours de l’or semblait très solide, mais lorsque les traders de Londres ont commencé leur service, il s’est fait assommer. Rebelote lorsque le COMEX a ouvert. Les manipulateurs n’ont donc pas reculé d’un seul centimètre.

Ils feront tout pour faire baisser le cours, tout en sachant que leurs efforts sont vains, car tôt ou tard ils manqueront d’or physique. Lorsque cela arrivera, le cours explosera littéralement. (…)

Pour les Chinois, c’est une aubaine : cela leur permet d’accumuler du métal jaune à des prix cassés. »