Tags Posts tagged with "Ecole autrichienne"

Ecole autrichienne

0

De nombreuses banques centrales du monde entier visent à atteindre un  « objectif d’inflation » défini, soit en tant que seul objectif politique et explicite – comme dans le cas de la Banque d’Afrique du Sud – ou dans le cadre d’un ensemble d’objectifs de politique poursuivis, comme c’est le cas de la Réserve fédérale américaine. Mais loin de maintenir la stabilité économique et de favoriser la prospérité, cibler un objectif en matière d’inflation des prix à la consommation provoque, au contraire, un transfert nocif et dangereux de richesse d’année en année, ainsi qu’une duperie perpétuelle des entreprises et des salariés peu méfiants.

Et au bout du compte, on arrive à un point où on n’aperçoit plus l’inflation cachée.

Qu’est-ce que l’inflation ?

La plupart des économistes définissent l’inflation comme une situation où les prix des biens et des services, à l’instar du pain, des coupes de cheveux ou encore du loyer, montent en termes d’argent et où les consommateurs se voient généralement confrontés à une perte globale du pouvoir d’achat de leur argent. Ceci est connu comme l’inflation des prix de consommation, représentée par l’indice des prix à la consommation, appelé encore IPC. Cette définition de l’inflation est utile car elle décrit le résultat d’un processus général plus global mais, toutefois, elle reste particulièrement incomplète. En effet, si l’on se penche sur les grandes moyennes, cette définition est incapable de ne nous dire si tout un chacun ou seulement une minorité s’appauvrit. Elle omet également de voir et de nous montrer l’inflation cachée des prix. Cette inflation a lieu lorsque les prix restent à peu près stables, alors qu’ils auraient dû faire l’objet d’une sérieuse baisse en raison de progrès technologiques et d’une plus grande productivité. Enfin, cette définition de l’inflation ne nous dit pas vraiment pourquoi les prix montent. Est-ce parce que l’on imprime trop d’argent, ou est-ce en raison d’une perte de confiance en la monnaie ? Ou est-ce encore à cause d’une baisse importante en matière de production, lors d’une guerre par exemple ?

Un autre problème se pose dans la façon de mesurer l’inflation. Le taux d’inflation IPC « officiel » est déterminé en mesurant les prix de milliers de produits et de services de consommation. Et, bien que l’IPC soit une statistique économique importante, force est de constater qu’à force de nous concentrer que sur elle, on risque d’omettre d’autres domaines importants où l’inflation des prix pourrait se manifester, à l’instar de l’immobilier, des marchés boursiers, ou encore des devises étrangères. Notons également que l’IPC est une moyenne large, qui ne nous dit pas si une gamme particulière des prix est en hausse.

La cause monétaire de l’inflation

Ces problèmes dans la définition et dans la façon de mesurer l’inflation, peuvent être partiellement résolus en définissant l’inflation comme une inflation ou expansion de la masse monétaire, plutôt que comme une perte générale du pouvoir d’achat des consommateurs. Premièrement, il est plus facile de mesurer la masse monétaire dans un système de monnaie nationale supervisée par une banque centrale (bien que cela représente également certains défis). Qui plus est, la mesure de la masse monétaire offre une perspective davantage complète quant au phénomène global de l’inflation des prix. En effet, mettre l’accent sur l’offre de la monnaie peut diminuer l’angle mort qui nous empêche de voir l’inflation cachée. En guise d’exemple, disons qu’on sait que les prix devraient baisser de 10 % en raison des progrès technologiques, mais qu’ils restent néanmoins stables en raison d’une expansion compensatoire de 15 % de la masse monétaire. En mettant l’accent sur la mesure de la masse monétaire, nous serons en mesure de repérer l’inflation en dépit du fait que les prix n’ont pas augmenté.

En nous penchant sur la masse monétaire, l’on peut également apercevoir un autre aspect important de l’inflation, à savoir où la nouvelle monnaie fait son entrée dans l’économie. Dans le système monétaire moderne, l’argent frais entre dans l’économie en tant que dette, par le biais du système bancaire et financier. Qui plus est, cet argent se dirige d’abord vers les emprunteurs déjà riches et solvables : les ménages aisés, les grandes entreprises et le gouvernement. Par la suite, ces acteurs arrivent à investir rapidement l’argent, avant qu’il ait filtré l’ensemble du système et, de fait, fait hausser les prix. À ce propos, un transfert de richesse très important a lieu entre les premiers et les derniers récepteurs de l’argent neuf. Ce processus est parfois désigné sous l’appellation « effet Cantillon ».

L’inflation comme processus de transfert de richesse

Il est préférable de penser l’inflation comme un processus plutôt que comme un taux particulier. À ce propos, en tant que processus, elle commence dans le cadre d’un type particulier de système monétaire ; elle émerge à travers l’expansion de la masse monétaire via l’impression de la banque centrale et des emprunts bancaires, qui se jettent dans les différents domaines de l’économie ; elle se manifeste généralement à travers la hausse des prix – bien que de façon inégale. Ces prix, étant supérieurs à ce qu’ils auraient été dans une autre configuration, laissent généralement une marée de gagnants et de perdants derrière eux.

Cette approche nous permet de voir l’inflation, non pas comme une force inévitable, mais comme un processus délibéré de transfert de richesse, inscrit dans le cadre de politiques d’État.

Comment la richesse est-elle transférable et transférée par l’inflation ? L’argent représente le pouvoir d’achat. Créer de l’argent sans fondement matériel – c’est-à-dire spéculer : ce que les banques centrales et les banques commerciales sont autorisées à faire – confère le pouvoir d’achat à ceux qui sont en mesure d’utiliser l’argent en premier. Afin que ce « nouvel » argent obtienne un pouvoir d’achat à son tour, il doit en « voler » des petits bouts à tout le reste de l’argent qui circule dans l’économie. Le pouvoir d’achat est transféré de ceux qui détiennent l’argent à ceux qui en créent de nouveau, et ce à un coût marginal avoisinant le zéro.

Ceci explique comment et pourquoi les propriétaires riches d’actifs solvables s’enrichissent alors que beaucoup de gens pauvres ont tendance à recourir à la surconsommation et, finalement, deviennent encore plus pauvres. L’économiste John Maynard Keynes, qui est ironiquement un partisan des politiques inflationnistes, a noté que « à travers un processus continu d’inflation, le gouvernement peut confisquer, secrètement, une partie importante de la richesse de ses citoyens ».

La tromperie de l’inflation

Pourtant, les économistes traditionnels croient qu’un certain degré de hausse des prix peut être «optimal ». Ainsi, les banques centrales tentent effectivement de faire en sorte que les prix de consommation ne cessent d’augmenter. Mais faire cela, c’est malmener les citoyens peu suspicieux autour des enjeux de l’inflation. Par exemple, de nombreux partisans de l’inflation soutiennent que la meilleure façon de réduire les salaires des employés pour restaurer les profits des entreprises, ce n’est pas de diminuer leurs salaires, mais de créer de l’inflation afin qu’ils ne remarquent pas que leurs salaires réels sont effectivement en baisse.

Ces économistes poussent également les entreprises à considérer – ou à faire considérer – que les prix de leurs produits sont en hausse en raison de la demande plus élevée, alors qu’en réalité, cette hausse des prix est souvent due à l’inflation monétaire. Il est question ici, encore une fois, d’utiliser l’inflation comme moyen illusoire de « tromperie ». À ce propos, l’on peut dire que le soutien à l’inflation tend à viser une perspective à court terme. Mais, comme Henry Hazlitt l’affirme, les politiques économiques doivent être jugées sur leurs effets sur le long terme. De ce point de vue et dans une telle perspective, le processus d’inflation est tout à fait nocif.

Résoudre le problème

L’inflation peut et doit être abolie, afin que nous puissions nous débarrasser de l’injuste confiscation de la richesse. La société peut avancer vers cet objectif par les moyens suivants :

  1. L’adoption d’une perspective plus large concernant l’inflation des prix. En effet, au lieu de nous fier seulement à l’IPC, nous devrions inclure les prix relatifs à la production, les prix des stocks et de l’immobilier, et même les prix de change. Cela permettra au public de mieux identifier le processus inflationniste.
  2. Reconnaitre les banques centrales et les banques commerciales comme sources de l’inflation, et inclure les fluctuations de la masse monétaire (mesurée de manière appropriée) comme mesure clé de l’inflation. Cela nous permettra de comprendre qui sont les gagnants et les perdants dans le processus inflationniste.
  3. Réformer le système financier pour mettre fin aux privilèges spéciaux de création d’argent ; abolir les lois juridiques qui poussent les gens vers l’utilisation de monnaies manipulées ; et permettre à toute entité privée d’émettre de la monnaie dans les marchés concurrentiels.

Ce n’est que de cette manière holistique que les sociétés pourront se débarrasser de l’inflation qui leur est perpétuellement imposée par les élites financières et politiques.

Traduction de l’article de mises.org

De Mr Stoferle, article original paru sur KWN.

L’école autrichienne fournit aux investisseurs une nouvelle méthode pour analyser le prix des actifs et des matières premières. Contrairement aux autres économistes, les « Autrichiens » ne considèrent pas la demande pour l’or, le pétrole et les autres actifs en tant que facteur décisif pour justifier leur cours. Nous préférons plutôt prendre en considération l’expansion de la masse monétaire, qui a lieu dans notre système bancaire de réserve fractionnelle via la création du crédit, en tant que facteur principal de l’augmentation des prix.

Mais d’un point de vue sémantique, il est très important de faire la distinction entre inflation et augmentation des prix. L’inflation se définit par l’augmentation de la masse monétaire, tandis que l’augmentation des prix correspond à ce que vous devez payer pour acquérir un bien. On a tendance à confiner le terme augmentation des prix aux biens de grande consommation. L’inflation est la cause première de la dévaluation de la monnaie, tandis que l’augmentation des prix n’est que le résultat de l’inflation.

De Ronald-Peter Stoferle, d’Incrementum AG Lichtenstein, via KWN :

« Dans notre dernier article, nous avons expliqué la bataille qui fait rage en ce moment entre l’inflation et la déflation, en faisant l’analogie avec la tectonique des plaques. Désormais, nous voudrions expliquer pourquoi le système craint tant la déflation, et pourquoi il fera tout ce qui est en son pouvoir pour l’éviter.

Le processus naturel d’ajustement des marchés de la crise actuelle devrait déboucher sur une profonde déflation. Si on se base sur l’école autrichienne, la déflation se caractérise par une diminution de la quantité de monnaie disponible, ce qui entraîne une amélioration qualitative de celle-ci. Cela s’explique par le système de réserve fractionnelle qui régit le système bancaire. La plupart de l’argent en circulation provient du processus de création du crédit des banques privées (en gros, pour vous prêter 1000 EUR, la banque en donne 100 de ses fonds propres, tandis que les 900 sont créés par la banque, à partir de rien). Les banques centrales créent aussi de la monnaie, mais en quantités bien moindres. Vu que les banques privées prêtent de moins en moins, cette quantité de monnaie a diminué, ce qui explique l’existence des QE.

« La chute des prix, où la déflation, n’est pas la cause des crises financières et économiques, mais leurs conséquences, tout en étant la solution. » Roland Baader

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, cette déflation (du crédit), qui correspond au désendettement des banques qui diminuent leur levier, est compensé par l’augmentation du bilan de la banque centrale.

Deflation-Credit-Liquidite

Selon nous, il s’agit d’une opération d’équilibrage très délicate. La déflation est un scénario catastrophe d’un point de vue politique, qui doit être évité à tout prix, pour les raisons suivantes :

  • La déflation des prix entraîne une augmentation de la charge de la dette, ainsi qu’un déclin nominal de la valeur des actifs.
  • Bien souvent, la charge de la dette devient intenable.
  • Les créditeurs et les épargnants perdent de l’argent en termes nominaux
  • Les rentrées fiscales des gouvernements diminuent en raison de cette déflation qui fait baisser les prix et les salaires
  • Cette déflation serait l’arrêt de mort pour de nombreuses banques
  • Les banques centrales ont également commande à d’assurer la stabilité des marchés financiers.

Comme le montre le graphique ci-dessous, jusqu’à la création de la Fed, les périodes inflationnistes déflationnistes avait pour habitude d’alterner. Depuis 1913, date de la création de la Fed, et surtout depuis la fin du système de Bretton-Woods, la situation a radicalement changé : les périodes déflationnistes sont passées de 43 % à 12 %.

Deflation-Inflation-Historique-1775-2010

Selon la théorie des cycles économiques de l’école autrichienne, le prix des actifs financiers est le premier à grimper durant une période inflationniste, tandis que l’augmentation des prix à la consommation n’a lieu que plus tard. Cette augmentation du prix des actifs financiers, on peut la constater en ce moment, avec l’explosion du prix des oeuvres d’art, des grands crus, des voitures de collection mais aussi de la bourse et de l’immobilier.

Alors que la Fed tente désespérément de produire au moins 2 % d’inflation, nous pensons que les prix des biens et des services de grande consommation vont bientôt être les prochaines victimes.