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Grexit

En 4 minutes, Nigel Farage résume avec beaucoup d’à-propos pourquoi l’euro est un échec en fustigeant la politique de l’autruche de ses collègues et en exhorant Alexis Tsipras de mener la sortie de la zone euro de son pays pour le bien du peuple grec.

Le texte complet de l’intervention de Nigel Farage au parlement européen en présence d’Alexis Tsipras (8 juillet 2015)

Ce à quoi nous avons assisté dans cette chambre ce matin et en fait à travers toute l’Europe est une différence culturelle insoluble entre la Grèce et l’Allemagne. Un schisme entre le nord et le sud de l’Europe. Le projet européen est en fait en train de mourir. Personne ici ne reconnaîtra que les peuples d’Europe disent qu’on ne leur a jamais demandé leur avis. C’est quelque chose qui leur a été imposé et nous devons comprendre pourquoi l’union monétaire européenne ne fonctionne pas. Kohl et Mitterand, ces monstres qui furent appuyés par le malin mais dangereux Delors pensaient que la mise en place d’une union économique et monétaire engendrerait du jour au lendemain une union politique ainsi que l’adhérence à ce projet, du nord au sud de l’Europe. Que subitement nous commencerions tous à nous aimer les uns les autres et à nous sentir européen, que nous allions tous faire allégeance au drapeau et  à l’hymne.

Bien entendu, ceux qui ont critiqué cette vision ont été qualifiés d’extrémistes, nous manquions de vision. Pourtant, il était clair selon nous que tous les pays européens sont différents et que si vous forcez des gens différents et des économies différentes à s’unir sans le consentement de ces gens, cela avait peu de chances de marcher et ce plan a échoué. Nous ne parlons pas que de la Grèce aujourd’hui, ce sont tous les pays méditerranéens qui utilisent aujourd’hui une monnaie inappropriée. Pourtant, personne dans l’arène politique ou presque n’a le courage de se lever pour l’affirmer.

En fait, j’ai l’impression que le continent est désormais divisé entre le Nord et le Sud, qu’il y a un nouveau mur de Berlin qui s’appelle l’euro. Les vieilles inimitiés sont revenues. Il suffit d’écouter la façon dont le leader allemand du groupe de la CDU a attaqué ce matin M. Tsipras. Son comportement fut dégoûtant mais cela montre comment le Nord et le Sud se perçoivent mutuellement.

Mr Tsipras, votre pays n’aurait jamais dû adopter l’euro, je pense que vous le savez. Mais les grosses banques, les multinationales et les politiciens de carrière vous y ont entraîné. Goldman Sachs, les fabricants d’armes allemands, ils furent tous très contents lorsque les plans de renflouement démarrèrent. Ils ne s’adressaient pas au peuple grec, cet argent est allé aux banques françaises, allemandes et italiennes. Il ne vous a pas du tout aidé. Ces années d’austérité, de chômage élevé et de pauvreté en progression, rien n’a marché. En fait, votre ratio dette/PIB est passé de 100 % au début de la crise à 180 % aujourd’hui.

Monsieur, ce serait de la folie de poursuivre sur cette voie. Vous avez été très courageux. Vous avez organisé ce référendum. Lorsque l’un de vos prédécesseurs essaya de faire la même chose, les petits tyrans de Bruxelles l’ont fait éjecter. Cette fois-ci, ils ont de nouveau fait de leur mieux, M. Juncker affirmant que vous auriez à quitter l’euro et l’union (en cas de non). Même M. Schulz, président du parlement qui est censé être neutre, a déclaré que l’électricité pourrait même être coupée si les Grecs votaient non.

Il y a eu des menaces et des intimidations, mais les Grecs ont tenu bon. Mais Monsieur, vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Ces gens ne vous donneront rien de plus. Ils ne peuvent pas se le permettre, s’ils vous en donnent plus ils devront aussi en donner aux autres membres de la zone euro. Le moment de vérité est arrivé, et franchement si vous aviez le courage vous devriez mener le peuple grec en dehors de la zone euro le menton levé. Récupérez votre démocratie ; reprenez le contrôle de votre pays. Donnez à votre peuple le leadership et l’espoir dont ils ont tant besoin. Oui, ce sera dur durant les premiers mois mais avec une devise dévaluée et des amis de la Grèce aux 4 coins du monde, vous vous en sortirez.

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Comme anticipé dans nos articles précédents, la BCE a fermé le robinet des liquidités aux banques grecques après que le gouvernement ait annoncé son intention de demander par référendum à sa population ce qu’elle souhaite pour son avenir : rester dans la zone euro au prix d’une austérité inacceptable et mortifère ou poursuivre en dehors de la zone euro.

Suite à la décision de la banque centrale européenne de ne pas relever les plafonds des liquidités d’urgence disponibles pour le secteur bancaire grec, le gouvernement a bien entendu été contraint et forcé de décréter un « bank holiday » jusqu’à lundi prochain inclus soit la fermeture totale de toutes les banques grecques. Des mesures de contrôle des capitaux ont également été prises pour la même période : les retraits sont limités à 60 € par compte et par jour tandis que les virements sont limités. Du côté de la bourse, elle sera également fermée toute la semaine (source ; certains vont devoir boire beaucoup d’eau jusque-là…).

Alexis Tsipras a évidemment appelé la population au calme en leur assurant que leur argent était en sécurité (ce qui est évidemment faux). C’est tout le contraire qui s’est passé : les distributeurs de billets ont été littéralement pris d’assaut ainsi que les stations-service et les magasins d’alimentation.

La population grecque va donc devoir prendre ses responsabilités dans ce contexte peu favorable à la prise d’une décision réfléchie en répondant à la question du référendum qui pourrait être résumé ainsi : souhaitez-vous vivre 2-3 années de transition difficile (retour à la drachme, nationalisation des banques, perte d’une partie de vos dépôts en banque, etc.) avec des perspectives à moyen terme ou souhaitez-vous limiter la casse à court terme sans avoir aucun espoir de mettre un terme à la spirale déflationniste qu’engendre l’austérité sans effacement conséquent de la dette ? Il ne faut pas perdre de vue que la Grèce ne s’en sort déjà pas dans un environnement à taux zéro. Il n’y a donc aucune raison que les choses aillent mieux lorsque les taux finiront par remonter du fait des banques centrales ou des marchés et surtout si les mesures de la troïka finissent pas être imposées (notamment baisse des pensions = baisse mécanique de la consommation).

Malheureusement les derniers sondages en la matière, même s’ils datent de quelques semaines, montrent que la population grecque est largement plus attachée à l’euro qu’à la fin de l’austérité. Reste à savoir quelle émotion engendrera ce bank holiday au sein de la population : la colère et l’envie d’envoyer au diable l’Europe ou la peur et l’acceptation de tous les diktats par crainte du lendemain. Nous aurons la réponse dimanche prochain. On peut également s’attendre à une véritable guerre médiatique pour influencer l’opinion jusque-là.

En attendant malgré les déclarations affirmant que la Grèce n’est qu’un problème périphérique, les marchés mondiaux tanguent depuis l’ouverture de ce lundi. Fuseau horaire oblige, ce sont les marchés asiatiques qui ont tangué les premiers (notamment la Chine mais dont le crash concerne plutôt la bulle engendrée par la fièvre de la spéculation qui s’est emparée de nombreux particuliers), les bourses européennes leur emboîtant le pas à leur ouverture. À l’ouverture de l’EURO STOXX  50, les futures étaient en chute libre de 7 %… Et les métaux précieux ? C’est quasi le statu quo.

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Article publié sur RT.com le 9 juin 2015 :

« La sortie de la Grèce de la zone euro ou Grexit serait un revers majeur pour l’Union européenne qui engendrerait un effet domino et aurait des conséquences importantes sur les contribuables européens » a déclaré le premier ministre grec Alexis Tsipras.

« Je pense que c’est évident. Ce serait le début de la fin de la zone euro. Si le leadership politique européen est incapable de gérer un problème comme la Grèce, qui représente 2 % de son économie, quelles seraient les réactions des marchés face à la problématique de pays ayant des soucis bien plus sérieux comme l’Espagne ou l’Italie, qui a une dette de 2 trillions » s’est interrogé Tsipras face au Corriere della Sera mardi.

Un ‘Grexit’ serait désastreux pour la zone euro car il se muerait en un lourd fardeau pour les contribuables européens, a-t-il ajouté. Il a cependant insisté sur le fait que son pays n’utilisait pas le spectre de la sortie de la zone euro en tant que moyen de pression ou de chantage.

« Nous voulons mettre un terme à ces débats cauchemardesques concernant la sortie de la zone euro de la Grèce. Il s’agit d’un obstacle à la stabilité économique européenne » a-t-il ajouté. (…)

Tsipras dont le gouvernement est arrivé au pouvoir sur base de la promesse de mettre un terme à l’austérité, a déclaré qu’il ne pouvait accepter les termes des créditeurs. Ils  exigent la réduction des retraites et l’augmentation des factures d’eau, de gaz et d’électricité. Suite aux mesures d’austérité prises, le chômage est passé de 12 à 27 % en 3 ans, le PIB grec est tombé de 25 %, les contribuables croulent sous les impôts et le nombre de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté grandit de jour en jour a déclaré Tsipras.

« Ils veulent augmenter l’électricité de 10 % pour les ménages dans un pays où des milliers de gens n’ont déjà pas accès à l’électricité. Ils veulent que nous abolissions la subsidiation du chauffage alors que des gens meurent de froid » a-t-il ajouté.

En 5 ans, la Grèce a déjà réduit les retraites jusqu’à 44 %, les salaires du secteur privé ont baissé jusqu’à 32 %. Selon Tsipras, le marché de l’emploi grec est détruit. (…) »

crise bancaire

Article de Reuters du 17 avril 2015 :

La BCE a analysé le scénario dans lequel la Grèce manque d’argent et commence à payer ses fonctionnaires avec des effets de commerce (IOU, I owe you), créant ainsi une seconde devise virtuelle au sein de la zone euro, ont déclaré des sources bien informées à Reuters.

En mai, la Grèce devra bientôt rembourser 1 milliard d’euros au FMI, si bien que les éminences grises de la BCE se font de plus en plus de soucis.

Même si le gouvernement grec a répété à de maintes prises qu’il souhaitait honorer ses dettes, la BCE envisage la possibilité qu’il en soit incapable à travers des cas de figure analysés par le « groupe des scénarios défavorables ».

Tout défaut de la Grèce forcerait la BCE à agir peut-être en restreignant l’accès des banques grecques au fond de liquidités d’urgence. Néanmoins, une telle action pourrait entraîner une Athènes ruinée à payer ses fonctionnaires en effets de commerce afin d’éviter d’utiliser les maigres euros qu’il lui reste.

« Le fait est qu’il n’y a aucun progrès… Nous devons donc envisager ces scénarios » a déclaré une personne proche du dossier.

Un porte-parole de la BCE a déclaré qu’elle « ne spécule pas sur la possibilité d’émergence de tel ou tel scénario en Grèce »

Un membre du gouvernement grec, sous le couvert de l’anonymat, a déclaré qu’il n’y avait aucun besoin d’envisager un tel cas de figure vu qu’Athènes est optimiste quant à la finalisation d’un accord avec ses prêteurs internationaux d’ici la fin du mois.

La Grèce a également démenti une information récente qui affirmait qu’elle allait devoir assécher les caisses du secteur public, qui ne comptent désormais plus que 2 milliards d’euros, afin de payer les salaires des fonctionnaires ainsi que des retraités d’ici la fin du mois.

Pillage des dépôts

Les experts de la BCE sont arrivés à la conclusion que l’utilisation d’effets de commerce pour le paiement des salaires et des fonctionnaires n’empêcherait pas l’émergence d’une crise majeure et pourrait même menacer le futur de la Grèce dans la zone euro.

Ces officiels estiment que jusqu’à 30 % des Grecs pourraient recevoir ces effets de commerce émis par le gouvernement au lieu d’un paiement en euros mais cela ne ferait qu’augmenter la pression sur les banques grecques car ces travailleurs auraient probablement pour réflexe de piller leurs économies.

En retour, les banques auraient besoin de davantage de liquidités d’urgence ou devraient augmenter leur capital, vu que les banques grecques seront dans l’impossibilité d’utiliser ces effets de commerce pour obtenir des liquidités d’urgence car la BCE ne les accepterait pas.

« Ces effets de commerce, je ne crois pas que cela peut marcher » a déclaré la première personne interrogée par Reuters. « Ce serait la fin, ils sortiraient (de la zone euro) » Ces craintes ont été émises par d’autres bien au courant de la logique suivie par la BCE.

« Avec une devise parallèle… Vous êtes dans quelque chose de tellement personnalisé qu’il s’agit de facto d’un Grexit » a déclaré une autre personne. « C’est en dehors d’un montage institutionnel ». (…)

Dans une lettre récente, le premier ministre grec Alexis Tsipras a informé la chancelière allemande que s’il était forcé à faire un choix entre le paiement des salaires et des pensions et le remboursement de la dette, il opterait pour les traitements. (…) »

William Hill ne prend plus les paris sur « la Grèce quittera-t-elle la zone euro en 2015 » et « quel sera le premier pays à quitter la zone euro » (source). Cela sent de plus en plus le roussi pour Athènes et James Turk a expliqué le pourquoi du comment durant son dernier passage sur KWN :

« En Grèce, les positions se raidissent. La confrontation entre le gouvernement grec et ses créditeurs est à son paroxysme. Reste à voir qui sera le premier à céder. Le gouvernement grec a admis que ses caisses sont presque vides.

Le pays n’est plus en mesure d’emprunter de l’argent à la BCE ou aux banques grecques, sur ordre de Draghi. La collecte fiscale est la seule source d’argent de la Grèce et cette collecte est bien inférieure aux attentes du gouvernement.

La troïka refuse de lâcher du lest, elle exige le remboursement des créances en temps et en heure. Mais pour la Grèce, la seule façon d’y parvenir est de recevoir la prochaine tranche de 7,5 milliards d’euro prévue dans le plan de sauvetage. (…)

La BCE n’a pas encore activé la solution nucléaire soit le renflouement interne (bail-in) des banques grecques par les épargnants afin de se rembourser mais nous n’en sommes toujours pas très loin. Si la BCE souhaite récupérer ses billes, il s’agit de la seule alternative.

Il est important de noter que Draghi a confirmé l’exposition de la BCE à hauteur de 110 milliards d’euros à la Grèce qui est l’une des 2 variables cruciales de l’équation qui décidera du timing de la nationalisation des banques grecques. L’autre variable de cette équation c’est le montant des dépôts dans les banques grecques.

Nous ignorons combien d’argent il reste vu qu’aucun rapport récent en la matière n’a été publié. 130 milliards d’euros semble être une estimation plausible mais les dépôts continuent de baisser. Donc, même si la BCE n’accorde plus de crédit, les 2 variables continuent de converger et on ne les laissera pas se croiser. »

Après la nouvelle des simulations de la BCE pour savoir combien coûterait un défaut grec si le pays devait sortir de la zone euro (soit une perte de 95 %), nous avons entre-temps appris que Mario Draghi continuait de serrer la vis du cercueil grec lorsque Bloomberg a rapporté que la BCE avait une nouvelle fois relevé de 400 millions d’euros le plafond des fonds d’urgence disponibles pour les banques grecques, bien que celles-ci aient demandé plus.

« L’augmentation du plafond a été approuvée mercredi par le Conseil des Gouverneurs de la BCE, selon des personnes ayant demandé à ne pas être citées vu le caractère confidentiel d’une telle réunion. La Grèce avait demandé environ 900 millions d’euros. Cette augmentation porte le plafond global du dispositif ELA à 70 milliards d’euros. Une hausse du plafond de 600 millions d’euros avait déjà été décidée le 12 mars, peu de temps après une autre augmentation de 500 millions accordée le 5 mars. Les banques grecques n’ont pas encore utilisé tous les fonds d’urgence disponibles et disposent encore d’un accès à 3 milliards d’euros, d’après les mêmes sources. »

Cependant, aucun centime de ces « liquidités » d’urgence n’entrera dans l’économie étant donné qu’elles sont tout simplement fournies pour compenser l’accélération du bank run grec car comme l’a rapporté Reuters mercredi, rien que mercredi les retraits se sont élevés à 300 millions d’euros, le plus gros retrait journalier depuis l’accord de février qui a évité de justesse un effondrement bancaire en Grèce, d’après 2 banquiers de haut rang.

« Les incertitudes générées par l’absence de progrès des négociations et le flot de mauvaises nouvelles ont eu des impacts sur l’opinion » l’un de ces banquiers a déclaré à Reuters « il ne s’agit pas d’une somme énorme, la crainte porte plutôt sur la possibilité de voir cette tendance s’accélérer. »

« Dans le climat actuel avec la crainte d’un ‘Grexident’, il est peu probable que les épargnants ramènent dans un avenir proche de l’argent à leur banque » a déclaré un autre banquier. « Les retraits pourraient se poursuivre en vue du week-end. »

Félicitations à ceux qui ont réussi à obtenir une part de ces 300 millions d’euros : il s’agit probablement de l’une des dernières tranches de capital autorisées à quitter le système bancaire. (…)

Entre-temps le gouvernement grec, au lieu d’examiner sérieusement un plan B qui l’amènerait en dehors de la zone euro, réfléchissait à de nouvelles façons de piller la population afin de rembourser cette Troika tant « haïe ».

Après avoir pillé ses fonds de retraite publics (un acte qui prouve à quel point la Grèce est solvable) pour rembourser le FMI (qui vient justement d’accorder des prêts à l’Ukraine pour qu’elle puisse payer Gazprom), SYRIZA tape désormais dans les caisses des fournisseurs d’eau, de gaz et d’électricité publics via des opérations de repo à court terme pour éviter d’être à court d’argent. (…)

Inutile de préciser, à moins que la Grèce négocie actuellement non seulement comment implémenter l’accord actuel mais aussi les termes d’un 3e accord de renflouement (qui exigera probablement que tous les Grecs mettent en garantie leur rein gauche), que les carottes sont cuites.

Source : ZeroHedge

Article de ZeroHedge, paru le 18 mars 2015 :

« Chers lecteurs grecs : c’est désormais écrit en police de taille 48, en double gras et sous-ligné : lorsque la BCE fait « fuiter » qu’elle est en train de modéliser le Grexit, un sujet sur lequel Draghi n’a pas cessé de mentir depuis 2012, il faut prendre les choses au sérieux : il est temps de se préparer à ce qu’il se passera « le jour d’après ». Et pour ceux qui se demandent ce que valent réellement les obligations des pays de la périphérie de la zone euro sans aucune intervention de la BCE, voici son estimation à propos des pertes à essuyer : 95 %.

Cependant, la BCE n’explique pas comment elle résoudra le problème des milliards d’obligations grecques qu’elle possède et qui sont sur le point de ne pas valoir tripette… alors qu’elle ne peut pas se permettre d’enregistrer des pertes sur ses actifs, sans quoi Draghi devra à nouveau inventer à la va-vite des explications pour nous démontrer que le bilan de la BCE est à l’épreuve des pertes. »

Ce risque grandissant de Grexit s’est matérialisé à travers les taux des obligations des pays du sud de la zone euro, qui sont repartis à la hausse (la pire depuis 2011). Pour couronner le tout,  les rumeurs concernant la mise en place d’un contrôle des capitaux en Grèce et de la possible chypriotisation du pays sont de plus en plus insistantes alors que les Allemands sont au bord de la crise de nerfs. Le printemps a beau arriver, les nuages noirs s’amoncellent au-dessus de la Grèce…

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Sans surprise, la grande réunion cruciale entre la Grèce et l’Europe a tourné court, preuve que le fossé entre les 2 parties est toujours aussi large. Sans liquidités d’urgence pour ses banques, sans possibilité de se financer, la Grèce est plus que jamais au bord de la faillite.

Dès que la délégation grecque a pris connaissance du brouillon du communiqué préparé par l’Eurogroupe, les « négociations » ont pris fin. Les ministres des finances européens, souffrant manifestement de problèmes cognitifs prononcés, avaient mentionné dans leurs propositions la poursuite de la politique de renflouement alors que Syriza ne cesse de répéter depuis son accession au pouvoir que la Grèce n’accumulera pas de dettes supplémentaires.

Comme nous l’avons relevé précédemment, tant que l’Europe n’acceptera pas cet état de fait il ne pourra y avoir d’accord. Le problème c’est que le temps manque, les banques grecques qui n’ont plus accès aux liquidités d’urgence de la BCE et qui font face à un bank run sont au bord de la faillite, tandis que le l’État grec sera lui aussi bientôt à court d’argent.

Les Européens jouent aux idiots en pensant que mettre simplement la pression sur la Grèce et les menacer suffira pour les faire obtempérer comme ce fut le cas par le passé. C’est ce qui a fait dire à un officiel grec que « l’insistance de certaines personnes à vouloir forcer le gouvernement grec d’accepter le renflouement n’est pas raisonnable et ne peut être acceptée. Ceux qui ne cessent de ramener cet élément sur le tapis gaspillent leur temps. Vu ces circonstances, il ne peut y avoir d’accord aujourd’hui. »

Les Allemands sont perplexes… que faire de ces Grecs qui ne veulent rien savoir ? Un homme politique du parti de Merkel a une idée : il a suggéré le remplacement du ministre des Finances Yanis Varoufakis par le premier ministre Tsipras, affirmant que les politiciens allemands ne parviennent pas à comprendre Varoufakis, qui créerait de la confusion. Joachim Ross a écrit par e-mail à ses collègues du SPD (source) :

« Le ministre grec des Finances Varoufakis a montré de par sa performance jusqu’à présent, qu’il n’a pas l’étoffe d’un tel poste. Dans l’intérêt du peuple grec et au vu de la situation difficile, le premier ministre Tsipras devrait penser à remplacer Mr Varoufakis par un homme politique expérimenté et réaliste. »

Cette déclaration montre à nouveau à quel point les Allemands et les Européens sont déstabilisés. Clairement, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive : ils sont face à des gens déterminés qui ne se couchent pas à la première menace financière ou ultimatum lancé. Pas étonnant qu’ils ne comprennent pas Varoufakis et demandent son remplacement par un « homme politique expérimenté et réaliste », soit un caniche qui obéira au doigt et à l’œil. De plus, la Grèce a déjà affirmé qu’elle ne recevrait plus d’ordres par email. Une mauvaise habitude dont l’Europe a toute la peine du monde à se débarrasser.

Alors que le temps passe (tic tac l’ultimatum), aucun rapprochement de point de vue entre l’Allemagne et la Grèce ne semble se dégager malgré les fausses annonces hier d’un soi-disant délai de 6 mois offert par la Commission à la Grèce et qu’une grande réunion « cruciale » a lieu aujourd’hui, qui s’annonce déjà comme un échec retentissant.

Du côté du ministre des Finances allemand (Wolfgang Schaueble) on affirme qu’il n’y a aucun plan de discussion d’un nouvel accord ou de l’octroi d’un délai ce qui signifie qu’aucune résolution ne doit être attendue durant la réunion de Bruxelles d’aujourd’hui. Du côté de la Grèce l’attitude n’a pas été changée d’un iota, Tsipras répétant une nouvelle fois que son gouvernement « ne fera pas demi-tour » et qu’il ne peut condamner le peuple grec à davantage de sacrifices. La Grèce souhaite « un accord pour les intérêts mutuels de la Grèce et de ses partenaires, qui mettra fin aux termes punitifs et à la destruction de l’économie grecque ». Ces mots ont été prononcés devant le parlement hier juste avant un vote de confiance, qui lui a été attribuée par 162 voix pour et 137 voix contre, d’après Bloomberg.

Tout le monde campe sur ses positions. Schaueble estime qu’il n’y a plus rien à négocier pour les créditeurs de la Grèce. Du côté de la BCE les propositions grecques d’effacement de la dette par des procédés d’échange, qui reviennent au même, la seule différence étant le nom, ne sont pas acceptables.

Si aucune solution n’est trouvée d’ici la fin du mois, la Grèce sera financièrement exsangue. Ce qui signifie que le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de réintroduire la drachme. Il en est d’ailleurs bien conscient. C’est ainsi que le ministre des Finances Varoufakis a déclaré hier devant le parlement grec que « vous ne pouvez pas négocier sérieusement si vous n’êtes même pas désireux d’envisager l’éventualité d’une rupture ». Au magazine allemand Stern, il a déclaré de but en blanc : « la dette grecque ne peut être remboursée dans un futur proche », toujours selon Bloomberg.

Dès  son intronisation, le gouvernement s’est rapproché de la Russie qui s’est dite prête à aider la Grèce. Et pendant que Varoufakis sera à Bruxelles pour « négocier », le ministre des Affaires extérieures Nikolaos Kotzias sera en visite à Moscou pour rencontrer son homologue Sergueï Lavrov.

Comme le dit si bien ZeroHedge : « tandis que le ministre des finances grec sera à Bruxelles pour discuter du futur de la Grèce dans la zone euro ou plutôt de son absence de futur, son collègue des affaires étrangères sera au Kremlin discutant peut-être de l’avenir de la Grèce dans l’union économique eurasienne de Moscou. » Si l’Europe poursuit sur le même ton ce pourrait être aujourd’hui que la Grèce fera son choix concernant son avenir : l’Europe ou la Russie.