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Hélicoptères monétaires

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hélicoptère monétaire

Article de Jeffrey Snider, publié le 19 juillet 2016 sur AlhambraPartners.com et originalement intitulé : « L’hélicoptère a déjà été testé et, sans surprise sauf pour les économistes, il a spectaculairement échoué », évoquant le « bonus fiscal » de plusieurs centaines de dollars accordé par l’administration Bush en 2008 qui fut un échec retentissant :

« Ce qu’on appelle les politiques monétaires modernes ne sont rien de plus qu’une succession de suppositions. Considérés comme parole d’évangile, il est très rare que ces préceptes théoriques résistent ne fut-ce qu’un tout petit peu à la pratique. La dernière politique en date, le parachutage d’argent (helicopter money), est la nouvelle imposture d’une longue lignée d’arnaques initiées par des banques centrales qui savent que tout ce qu’elles ont tenté a échoué.

Le fait de simplement discuter des hélicoptères monétaires devrait instiller un grand scepticisme par réflexe, et non une foi enragée. La façon dont on décrit ce nouveau plan est exactement identique au portrait des QE que l’on dressait il n’y a pas encore si longtemps de cela. Clairement, les attentes les concernant grandissent, comme Bloomberg l’a rapporté aujourd’hui : « environ 1/3 des clients et des salariés de Citigroup pensent que les bien nommés hélicoptère monétaires pourraient bientôt pointer à l’horizon. » 43 % des répondants à la même enquête pensent également que les marchés les attendent.

Pour quels résultats ? C’est la question qui n’est jamais posée car les économistes et les médias partent du principe que le parachutage d’argent, comme les QE, fonctionnera comme anticipé théoriquement même si la dernière décennie montre indubitablement que les choses ne se passent jamais comme prévu. (…)

Les marchés actions sont à de niveaux records, ils les enchaînent depuis le QE3. Pourtant, celui-ci n’a eu aucun impact sur l’économie réelle. L’évaluation la plus charitable consiste à dire que sans QE, les choses auraient pu être pire (il aurait permis de conserver des emplois qui auraient été perdus) si les marchés actions avaient reflété davantage les réalités économiques. Cette supposition est bien entendu douteuse et à l’image du monétarisme, qui consiste en une série de suppositions théoriques. Le concept du QE semblait blindé dans les laboratoires des grandes universités américaines ; mis en pratique, nous avons vu une réalité toute différente.

Parachutage d’argent : un précédent en 2008

Contrairement aux QE, cependant, les hélicoptères monétaires ont déjà été testés, ici même aux États-Unis. Personne ne s’en souvient car ils ont lamentablement échoué. Comme je l’ai écrit ce vendredi dernier :

« Ici aussi, les effets de ce genre de stimulation furent de provoquer l’amnésie. L’ARRA (voir ici) a reçu beaucoup d’attention et de dédain, mais nous oublions qu’il ne s’agit pas de la première tentative de ce genre. L’administration Bush, soutenue de façon enthousiaste par le Congrès, la Fed et les économistes orthodoxes, mit en place un système de bonus fiscal sans conditions durant le premier semestre de 2008. En bref, le gouvernement payait les gens pour être en vie. La seule différence est que l’argent fut distribué non pas sous la forme d’un versement d’argent liquide, mais d’un crédit d’impôt. Les économistes vous diront que ce système n’est pas à proprement parler un hélicoptère monétaire, mais le bon sens dit le contraire.

Cet essai n’est pas resté dans les mémoires en raison de son objectif loupé : empêcher l’économie américaine de tomber en récession en 2008. La tentative a donc été rangée parmi les mesures de détail, occultée par les autres grandes actions entreprises. »

L’Economic Stimulus Act de 2008 est tombé dans les oubliettes de l’histoire car son impact fut tellement minime qu’il ne vaut pas la peine de s’en souvenir (et, comme ce fut le cas de l’ARRA, on aurait pu s’en douter rien que par son nom). Il est intéressant de se pencher dessus à nouveau vu que des économistes, comme l’ancien président de la Fed Bernanke, essaient de convaincre le monde de tenter à nouveau le coup. À travers cette loi, les gens ont reçu de l’argent sans contrepartie, ce qui est l’essence même des hélicoptères monétaires. À l’époque, la mesure avait été financée via le creusement du déficit, et non via la levée de nouveaux impôts. (…)

Mais d’abord, définissons les hélicoptères monétaires, qui sont selon Bloomberg :

« Imaginez vous réveiller un matin en constatant que le solde de votre compte en banque a augmenté via un cadeau de votre banque centrale. Cela peut paraître étrange, certains partisans affirment même qu’une telle éventualité est peu probable. Mais le concept des hélicoptères monétaires est débattu sérieusement par les économistes. Les trillions de dollars, d’euros, de yens et de livres sterling qui ont été injectées dans le système financier depuis 2008 ont échoué à générer de la croissance. Selon la théorie, de l’argent qui serait directement donné aux consommateurs les pousseraient à se précipiter dans les magasins afin de dépenser cet argent tombé du ciel, ce qui doperait la confiance dans l’économie. »

Les hélicoptères monétaires via la déclaration d’impôt

Au printemps 2008, c’est exactement ce qui s’est passé au niveau de l’idée, mais pas des résultats. Après avoir rempli leur déclaration d’impôt, les Américains ont bénéficié d’un bonus de 600 $ pour les personnes seules, de 1200 $ pour les couples mariés ainsi que de 300 $ supplémentaires par enfant (des conditions de revenus s’appliquaient). Cette mesure a permis à certains Américains de recevoir de l’argent de l’État, pour d’autres de faire baisser leurs impôts. Et pourtant, cela n’a pas du tout marché.

Le problème de l’époque est le même qu’aujourd’hui : les économistes n’ont aucune idée de ce qui se passe dans le système monétaire. C’est la même erreur qui a mené à l’implémentation des QE, mais cette fois au niveau supérieur. Les QE ont échoué car les réserves ne sont pas de l’argent ; les activités bancaires et leurs bilans le sont. Les politiques de taux planchers (NIRP) en sont l’aveu : il s’agit d’une tentative d’imposer une pénalité au système bancaire afin de rectifier le gros défaut du QE. Les hélicoptères monétaires sont un effort alternatif s’inscrivant dans le même cadre global et visant à contourner complètement les banques.

De nouveau, la théorie semble bien belle dans le monde confiné de la salle de classe, mais comme 2008 l’a montré il n’y a pas de politique monétaire efficace pour contrer une énorme vague de destruction de monnaie privée. (…)

Le rasoir d’Ockham propose une solution bien plus simple : mettre avant tout un terme à la destruction de la monnaie. Cela imposerait bien entendu le remplacement du système eurodollar, ce qui signifierait que les banques centrales devraient reconnaître leur inutilité. Et lorsque vous reconnaissez que la monnaie n’est pas et n’a jamais été ce que vous pensez qu’elle était, vous vous posez la question de savoir à quoi servent les banquiers centraux. Le globe commence à se poser cette question de toutes façons, surtout suite aux événements de l’été dernier et de cet hiver. (…)

Pour conclure, de la perspective des économistes et des banques centrales, l’option ayant peu de chances de réussir, peu importe l’infimité des chances, est pour eux la seule option (…) En plus d’avoir prouvé que les politiques monétaires ne sont rien de plus que des exercices académiques répétés basés sur des suppositions simplistes et erronées, les économistes ont également démontré durant plus d’une décennie que jamais ils ne concevront un monde qui n’aurait pas besoin d’eux, peu importe combien de fois leurs interventions devaient s’avérer nécessaire.

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hélicoptère monétaire

Le Brexit ressemble de plus en plus au catalyseur que l’on attendait pour mettre le feu aux poudres d’un système bancaire, financier et économique en bout de course. Les banques italiennes, Monte Paschi en tête, sont dans les cordes. La descente aux enfers de Deutsche Bank n’en finit plus, même si ces 2 banques ne sont que la partie visible de l’iceberg.

À titre d’exemple, Zero Hedge rapporte qu’une petite banque allemande, Bremen Landesbank, qui pèse tout de même la bagatelle de 29 milliards d’euros, est au seuil de la faillite après avoir accordé des crédits au secteur de la logistique qui s’avèrent aujourd’hui plus que douteux. La banque régionale pourrait être absorbée par German Landesbank NordLB, qui possède déjà 54,8 % du capital de la banque régionale brêmoise. Selon le journal teuton Handelsblatt, la banque ne pourra pas survivre sans l’aide du gouvernement, même si les autorités régionales de Basse-Saxe ne souhaitent pas injecter de l’argent frais dans cet établissement de crédit en perdition.

En bref, le secteur bancaire est dans la tourmente, la force de la tempête variant quelque peu en fonction de leur situation géographique. Du côté des banques centrales, on suit de très près la situation. Mais les banquiers centraux, devenus les véritables pompiers de service de l’économie, ont d’autres chats à foutter, notamment l’inflation et la croissance. Dans cette optique, on a appris officieusement que Ben Bernanke sera en visite du côté de Tokyo la semaine prochaine. Il rencontrera les plus hautes personnalités du gouvernement japonais, dont le premier ministre Abe, mais aussi le gouverneur de la banque centrale du Japon Haruhiko « Peter Pan » Kuroda. Toujours d’après Zero Hedge, qui s’appuie sur un article de Reuters, les fameux hélicoptères monétaires pourraient être à l’agenda de la réunion.

Si Kuroda a déjà publiquement refusé l’idée de parachuter de l’argent afin de tenter de relancer la croissance et l’inflation, on se rappellera aussi qu’il avait déclaré le 21 janvier 2016 que la banque du Japon n’avait aucune intention de recourir aux taux négatifs…  pour les adopter une grosse semaine plus tard.

Bernanke va-t-il convaincre le Japon, le cobaye monétaire des États-Unis, de recourir pour la première fois de l’histoire aux hélicoptères monétaires ? Nous aurons la réponse très bientôt.

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Article de Reuters, publié le 11 avril 2016 :

« Un mois après le débat polémique portant sur les limites des injections monétaires de la BCE dans une zone euro moribonde, la Banque Centrale Européenne tente d’apaiser ses relations avec l’Allemagne après avoir encaissé des critiques particulièrement dures en provenance de Berlin.

En fin de semaine dernière, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaeuble a notamment remis sur le dos des politiques d’argent bon marché de la BCE la montée en puissance du parti entier migration de droite Afd (alternative pour l’Allemagne).

Les discussions devraient se poursuivre lorsque le président de la BCE Mario Draghi rencontrera Wolfgang Schaeuble cette semaine à Washington durant la réunion printanière du FMI, qui rassemble banquiers centraux et ministres du monde entier.

Une vague de protestations s’est élevée dans une Allemagne économe après que Draghi ait qualifié de « très intéressante » l’idée des hélicoptères monétaires, soit le versement direct d’argent la population.

Mais en fin de semaine dernière, des figures importantes de la BCE, dont son chef économiste et son vice-président, ont fait marche arrière en affirmant que l’idée n’était pas à l’ordre du jour. Cependant, les dégâts ont déjà été occasionnés.

« Les politiques de la BCE sont déjà très impopulaires en Allemagne. Les hélicoptères monétaires ont donc été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, » a déclaré Joerg Kramer, économiste de la Commerzbank à Francfort. « Les gens estiment que cette idée est dangereuse. »

Les analystes allemands estiment que l’idée même de renforcer des politiques monétaires déjà accommodantes font déjà grimper les prix immobiliers dans le pays. Ils craignent également l’affaiblissement d’un euro qui serait distribué « gratuitement » via la planche à billets.

« Nous avons ressenti la majorité de l’impact du QE l’année dernière, les effets à venir seront très limités, » a déclaré Lars Feld, l’un des sages qui conseillent le gouvernement allemand sur les matières économiques.

« Des taux d’intérêt plus élevés seraient désormais positifs pour les bénéfices des banques et des assureurs. Ils pourraient mettre un terme aux bulles dans l’immobilier, comme celle qui existe en Allemagne. »

Dimanche, toute une série de politiciens allemands ont critiqué la posture de la BCE, un ministre accusant les taux d’intérêt de créer des trous dans les caisses de retraite alors que des rumeurs d’action pénale contre les hélicoptères monétaires circulaient.

Cet épisode marque un nouveau creux dans les relations difficiles entre le chef italien de la BCE et la nation la plus importante de la zone euro, que Draghi accuse de dire « non à tout ». Cependant, les hélicoptères monétaires ont également irrité certains gouverneurs de banques centrales de la zone euro, d’après une personne bien informée. (…)

« La critique allemande est justifiée mais quelque peu malhonnête, » a déclaré Kraemer. « Schaeuble ne pourrait pas équilibrer son budget sans ces politiques de la BCE, » a-t-il déclaré.

bâtiment de la BCE

Article du Telegraph, publié le 17 mars 2016 via Insolentiae.com :

Les institutions qui ont tiré le monde de sa pire dépression depuis le début du XXe siècle perdent enfin de leur superbe si l’on en croit la sagesse populaire.

8 ans après la Grande Récession, des voix qui font autorité, comme celles du FMI et de la BRI (la « banque centrale des banques centrales »), en appellent à la fin de cette ère de politiques monétaires extraordinaires.

Ayant englouti pour 12,3 trillions de dollars d’actifs financiers et procédé à 637 baisses de taux depuis 2008, les banques centrales sont repassées à l’action durant les 6 dernières semaines.

La banque du Japon a effectué un nouveau round d’assouplissement avec sa décision de franchir le Rubicon en instaurant des taux d’intérêt en territoire négatif le 29 janvier.

Les décideurs de la zone euro lui ont embrayé le pas plus tôt ce mois avec un triplé gagnant composé d’une baisse de taux, d’un renforcement de 20 milliards d’euros de leur QE mensuel et une décision sans précédent qui permet désormais aux banques commerciales d’emprunter de l’argent à taux négatif.

La Fed a également desserré l’étrenne en révisant à la baisse le nombre prévu de relèvements de ses taux, passé de 4 par an à seulement 2.

Mais cette nouvelle vague de politiques accommodantes a déclenché un nouveau vent de panique à propos de leurs effets qui s’amenuisent.

Au lieu de cela, le débat s’est déplacé sur les gouvernements, à qui on demande de mettre leur poids dans la balance afin de soutenir cette reprise économique fragile.

Les politiques fiscales ont été principalement mises au placard depuis la crise alors que les pays se sont focalisés sur la diminution de leur dette et de leurs déficits, s’imposant de ce fait des règles strictes en termes de dépenses.

Mais sans baisses d’impôt ou augmentation des dépenses de l’État, la planète risque un nouveau « déraillement économique », d’après le FMI.

Dans son dernier communiqué, le G20 a tenté de faire croire que les gouvernements du monde vont adopter des politiques destinées à « doper la croissance, la création d’emplois et la confiance ».

En réalité, très peu de signes indiquent que les politiciens sont prêts à abandonner leur fixation sur la dette et l’équilibre budgétaire afin de soutenir la croissance mondiale.

En Europe, il s’agit d’un problème qui tend les relations entre les banquiers centraux et leurs gouvernements respectifs.

Face aux accusations d’impuissance, Vitor Constancio, vice-président de la BCE, s’est lancé dans un plaidoyer opiniâtre des actions de la banque centrale en affirmant qu’elle est responsable de 2/3 de la croissance de la zone euro depuis 2014.

De plus, la conception même de l’euro empêche activement les gouvernements d’intervenir afin de stimuler les économies faibles, affirme Constancio.

« Des politiques fiscales stabilisantes sont légalement restreintes dans l’Union européenne. Les pays qui pourraient utiliser le levier fiscal ne le feront pas tandis que ceux qui voudraient le faire ne devraient pas. »

Avec de telles contraintes, Constancio avertit « qu’il serait non seulement une erreur de décrier les politiques monétaires, mais aussi dangereux ».

Penser l’impensable

Face à cette intransigeance politique, les banquiers centraux parlent ouvertement de ce qui était autrefois impensable : des hélicoptères monétaires.

Ce terme passe-partout décrit le processus via lequel les banques centrales créent de l’argent qui est directement transféré au secteur public ou privé afin de stimuler l’activité économique et la consommation.

Longtemps considéré comme l’un des derniers tabous en termes de politique, le débat sur les mérites des hélicoptères monétaires s’est intensifié durant ces dernières semaines.

Le patron de la BCE, Mario Draghi, a refusé d’écarter cette éventualité, affirmant simplement que sa banque n’a pas encore discuté un tel sujet en raison de sa complexité légale et comptable. Cette semaine, son économiste en chef Peter Praet est allé plus loin en suggérant que les hélicoptères monétaires font partie intégrante de l’arsenal de la BCE.

« Toutes les banques centrales ont cette possibilité à leur disposition, » a déclaré Praet. « Vous pouvez créer de la monnaie et la distribuer à la population. La question est de savoir si c’est opportun, ainsi que de déterminer le timing du recours à un tel instrument. »

Avec 16 pays sur 28 qui connaissent toujours la déflation et une croissance annuelle de seulement 1,4 % dans une zone euro au beau milieu d’un cycle de redressement, le moment opportun pourrait être proche.

« Nous avons eu les indications prospectives (forward guidance), les QE et les taux négatifs, » a déclaré Gabriel Stein d’Oxford Economics. « Mais aucune de ces solutions fut la panacée et leur date d’expiration raccourcit. »

Hélicoptères monétaires furtifs

Pour certains observateurs, la prochaine phase d’intervention extraordinaire des banques centrales est déjà pour demain, le Japon étant à l’avant-garde.

La décision de la BoJ d’imposer aux banques un taux de dépôt à 3 niveaux est une tentative discrète d’injecter directement des fonds dans le secteur privé, d’après Eric Lonergan, économiste et gestionnaire de hedge fund.

Il relève que la décision de la Boj d’exempter certaines réserves des taux négatifs représente un transfert d’argent vers les banques commerciales bénéficiant d’un taux de 0,1 %.

Le système « sépare les taux d’intérêt des réserves, ce qui affecte les marchés des taux, » a déclaré Lonergan.

« Il s’agit d’un premier pas vers les hélicoptères monétaires, ce qui ouvre de nouveaux horizons en termes de stimulations ».

Dans la même veine, la BCE a également signalé son intention de se diriger vers des tentatives ciblées visant à doper la demande de crédit du secteur privé.

À partir de juin, les banques de la zone euro seront rémunérées jusqu’à 0,4 % afin d’emprunter de l’argent sur 4 ans à la BCE, un dispositif baptisé « opérations de refinancement à long terme ciblées » (TLTRO). Les organismes de crédit qui offriront un maximum de crédits bon marché à leurs clients bénéficieront des taux les plus favorables.

Erwan Mahe, stratégiste macro en chef de HPC, qualifie les décisions de la BCE de « véritable révolution » des politiques monétaires, qui vient mettre un terme à un tabou.

« Pour la première fois dans l’histoire des banques centrales, des agents du secteur privé seront en mesure d’emprunter de l’argent à la BCE et de rembourser des sommes inférieures au capital emprunté, » a déclaré Mahe.

« Tant que les autorités fiscales n’agissent pas pour compenser le retard contre-cyclique de la demande globale, cela jouera probablement un rôle de plus en plus important » dans les politiques de la zone euro, note-t-il.

« J’aurais préféré qu’ils le fassent bien avant, » a déclaré Lonergan, qui affirme qu’en raison de toutes ses contraintes institutionnelles, la BCE dispose encore de toute une série d’outils pour doper le crédit bancaire.

Alors que le coût d’emprunt des gouvernements atteint des plus bas aux 4 coins de la zone euro, même une nouvelle couche de QE serait inutile à ce stade, selon lui.

Les TLTRO, par contre, « ouvrent la possibilité de mettre en place des taux circonstanciés, le taux de base restant inchangé mais celui des banques qui prêtent à l’économie réelle à des taux de moins en moins élevés étant abaissé. »

« Il s’agit d’une approche bien plus intelligente, car elle n’impacte pas les épargnants. »

Lever le tabou

Mais l’ingéniosité des banques centrales, même si elle est la bienvenue, soulève d’autres craintes en termes de responsabilité d’institutions à l’indépendance sacro-sainte, mais dont les processus décisionnels sont souvent opaques pour le grand public.

Lord Adair Turner, ancien président du Financial Services Authority et l’un des premiers à plaider pour les hélicoptères monétaires, en appelle à plus de transparence afin de lever enfin le tabou des injections monétaires directes dans les poches des consommateurs ou des gouvernements.

« Je pense qu’il est plus dangereux pour les banques centrales de nier à jamais ce qu’elles font, » a déclaré Lord Turner.

Il qualifie la décision du Japon d’émettre de la dette au rythme de 40 trillions de yens, alors que la banque centrale augmente la taille de son bilan de 80 trillions de yens par an, « d’opération de monétisation de la dette de facto ».

« Dans les faits, vous remplacez de la dette gouvernementale par de l’argent de la banque centrale, » a déclaré Lord Turner. « Il serait préférable pour les autorités de publier un communiqué qui définit les règles et assurer la planète que ce n’est pas de trop. »

Mais alors que la plupart des économies mondiales affichent une croissance aussi régulière que quelconque, un tel aveu avant le prochain crash en bonne et due forme est très improbable.

Jusque-là, le débat concernant la méthode optimale pour organiser le parachutage des hélicoptères monétaires, et sur les dividendes qu’ils pourraient apporter à une économie mondiale en difficulté, fera rage.

Pour leurs adversaires, l’effondrement récent du cours du pétrole est le mauvais signe qui prouve que les consommateurs ne sont toujours pas prêts à dépenser, même de l’argent littéralement tombé du ciel. Les effets positifs sur la consommation mondiale de la baisse du brut, censé améliorer le pouvoir d’achat, n’a pas eu les effets escomptés par les économistes alors que les particuliers continuent de rembourser leurs dettes ou d’épargner pour les mauvais jours.

Dans la zone euro, toujours engluée avec sa faible croissance et son chômage élevé, les barrières politiques à des mesures aussi extraordinaires ne devraient pas être sous-estimées.

Alors que toute l’exaspération se porte sur la classe politique, la BCE fait toujours face à des barrières insurmontables pour agir à sa guise au sein d’une union monétaire imparfaite.

« À quel gouvernement Draghi doit-il s’adresser s’ils souhaitent faire décoller ses hélicoptères ? » demande Ashoka Mody, ancien directeur assistant du FMI.

La recherche de solutions technocratiques à des problèmes économiques complexes risque également de porter davantage atteinte à la monnaie unique, déjà en proie à des défis énormes en raison des flux migratoires et de la montée des extrémismes politiques.

« En se substituant de façon si directe à la politique fiscale, les hélicoptères monétaires peuvent devenir un acte profondément politique, » affirme Mody, qui a chapeauté le plan de sauvetage du FMI de l’Irlande en 2011.

« L’Europe a tenté de se gouverner à travers des règles technocratiques, notamment en ce qui concerne le budget, mais cela n’a jamais marché. »

Les défis de la zone euro, dans laquelle 19 gouvernements se trouvent sous l’égide d’une seule banque centrale, sont à 1000 lieues de ceux du Japon, où les politiques monétaires et fiscales travaillaient main dans la main pour relancer l’économie.

« Je pense que l’Europe sera chanceuse si elle parvient à s’en sortir aussi bien que le Japon durant sa décennie perdue, » a déclaré Mody.

Mais le débat entourant les hélicoptères monétaires a permis de montrer que les banques centrales disposent encore d’outils pour créer de l’inflation.

Citant la maxime de Milton Friedman affirmant que « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire, » l’économiste Tim Congdon est convaincu que les politiques monétaires sont la seule possibilité qui existe.

« Les politiques monétaires ne peuvent jamais, je le répète, jamais, être à court de munitions. »