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Keiser report

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The New Case for Gold, le dernier livre de Jim Rickards, a servi de fil conducteur à cette édition du Keiser Report afin d’aborder toute une série de thématiques chaudes de l’or comme : pourquoi est-il tant dénigré, que valent les arguments de ses adversaires, l’or de Fort Knox y est-il vraiment ?

Transcription Jim Rickards au Keiser Report 908 (français)

Bienvenue à nouveau dans le Keiser Report, c’est Max Kaiser. Il est temps de nous tourner vers Jim Rickards, auteur de« The New Case for Gold ». Jim, bienvenue à nouveau.

Merci Max, c’est toujours un plaisir.

Plongeons dans le vif du sujet Jim Rickards. Avant d’évoquer les nouveaux arguments en faveur de l’or, parlons des anciens en les réfutant.

Vous qualifiez vous-même ce livre de manifeste qui peut être utilisé pour contredire tous les « paper bugs », comme on les appelle. Le premier argument étant qu’il n’y a pas assez d’or. Vous écrivez : l’objection contre l’or en termes de production n’est pas qu’il entrave la croissance, mais le vol. Expliquez.

Les gens disent que la production d’or ne progresse pas assez vite pour soutenir la croissance de l’économie. La croissance mondiale est d’environ 3-4 % alors que la croissance de la production de l’or est d’environ 1,2 %, donc l’or n’est pas en mesure de suivre. C’est de la bêtise pure, c’est complètement à côté de la plaque parce que cela ne fait pas la distinction entre l’or officiel, détenu par les banques centrales, et l’or total, qui inclut les bijoux, les montres et l’ensemble de l’or privé.

Si les banques centrales souhaitent augmenter la masse monétaire dans le cadre du standard or, il leur suffit d’acheter de l’or privé et de créer de la monnaie. Aujourd’hui elles créent de la monnaie en achetant des obligations. Il suffit de faire la même chose, mais avec de l’or.

Les banques possèdent combien d’or, environ 35.000 t ? Et il existe 170.000 tonnes d’or au sol ?

C’est correct. Donc la production minière n’a aucun impact sur l’or des banques centrales. Il leur suffit d’acheter de l’or privé. Il s’agit d’un excellent exemple de ces arguments que j’appelle des réponses réflexes toutes faites. Si vous dites quelque chose de positif sur l’or, on vous répond avec ce genre d’arguments concernant la croissance de la quantité d’or. Ces gens ne savent pas de quoi ils parlent. Ils parlent de masse monétaire, et cet argument ne tient pas pour les raisons que nous venons d’expliquer. Dans le chapitre d’introduction du livre, je passe donc en revue les soi-disant arguments massue contre l’or. Aucun ne tient la route. Ils sont en fait incorrects ou analytiquement erronés et je les réfute un par un.

Mais pourquoi ces gens ressortent sans cesse ces arguments ? Je sors un peu du fil de l’émission, mais il y a un groupe de « paper bugs », un ordre établi qui soutient le système actuel et pour qui l’or est l’ennemi. Toute remise en question de ce système basé sur la dette, sur la création monétaire est rejeté car il s’agit d’une question de vie ou de mort et non de logique économique.

C’est juste. Je dirais que ce que vous appelez les paper bugs, ou les anti or, consistent en 2 catégories. Il y a ceux qui savent, qui comprennent très bien les arguments que je développe, mais qui préfèrent le système tel qu’il est en ce moment. Les Docteurs en économie, les banquiers centraux, etc. Si vous aviez le monopole de la création monétaire, pourquoi voudriez-vous du standard or, pourquoi vous démettre de ce pouvoir ? Janet Yellen, Mario Draghi, Kuroda de la banque du Japon, ils contrôlent la masse monétaire. Et c’est bien connu, si vous contrôlez la monnaie vous contrôlez la politique, vous contrôlez les comportements et bien d’autres choses. Pourquoi abandonner un tel pouvoir ? Personne n’est prêt à un tel abandon volontaire.

Donc ils sont plus futés que cela, mais ils font mine de ne pas comprendre. En ce qui concerne la vaste majorité des citoyens de la planète, ils acceptent ces arguments pour argent comptant sans esprit critique. Je ne dénigre pas les gens, c’est juste qu’ils font confiance aux élites, ou ils n’y réfléchissent pas assez. Quoi qu’il en soit, tous ces arguments contre l’or ne tiennent pas la route.

Parlons d’un « paper bug » célèbre, Warren Buffett. Il a dit qu’il n’investit pas dans l’or car il n’offre pas de rendement.

L’or n’est pas censé offrir de rendement. L’or, c’est une monnaie. Si vous prenez dans votre portefeuille ou dans votre porte-monnaie un billet, offre-t-il un rendement ? Non, il n’y a pas de rendement car c’est de la monnaie. Les gens vous répondent alors qu’en le déposant à la banque vous en obtiendrez un. Oui, mais dans ce cas il ne s’agit plus de monnaie. Lorsque vous déposez votre argent à la banque, il ne s’agit plus d’argent mais d’un engagement non garanti auprès d’une institution financière éventuellement insolvable. Je ne dis pas de retirer votre argent de la banque, je souhaite juste que vous compreniez ce que vous faites. Il ne s’agit plus de monnaie, vous prenez un risque en termes de solvabilité de la banque, qu’elle soit éventuellement fermée par les régulateurs.

Rendement faible = risque faible. Vous pouvez obtenir un rendement supérieur en augmentant les risques. Lorsque vous voulez du rendement, vous devez prendre des risques. La monnaie ne présente aucun risque, ce n’est que de la monnaie. Le risque est que les gens perdent confiance en une monnaie, mais c’est différent. L’or n’est pas censé rapporter.

« La confiance envers l’intégralité du système financier repose sur le dollar ; la confiance en celui-ci repose sur la solvabilité de la Fed ; et cette solvabilité repose sur l’éclat de l’or. Quoi ???

Je voudrais évoquer ce dîner avec l’un des membres du Conseil des Gouverneurs de la Fed. Je viens en fait du monde obligataire avant l’or. J’avais valorisé le portefeuille d’actifs de la Fed à sa valeur de marché. Parce que si vous achetez des obligations lorsqu’elles rapportent 1,5 %, puis que ce rendement grimpe à 2,0 %, le prix de l’obligation baisse sur les marchés pour refléter ce rendement inférieur, les prix des obligations varient inversement par rapport aux taux.

J’ai donc calculé la valeur des actifs de la Fed à leur valeur de marché pour découvrir que de temps à autre, elle est en état d’insolvabilité. C’est quand même étonnant, de découvrir que la Fed est parfois insolvable en mark-to-market. J’en ai parlé à cette personne, qui a nié. Je lui ai dit que je pensais que c’était le cas, elle m’a répondu que personne n’a jamais fait les calculs, je lui ai rétorqué que je l’avais fait, et je ne pense pas être le seul. Elle a fini par me dire :

« Peut-être, mais cela n’a aucune importance. » C’était son avis. Peut-être bien, peut-être pas, cela pourrait devenir un problème politique majeur.

Mais j’ai eu ensuite eu une autre conversation avec un vrai initié de la Fed, dont je parle dans le livre. Un gars choisi en personne par Bernanke pour s’occuper de certains dossiers.

Il m’a affirmé que la Fed n’a jamais été insolvable, même en mark-to-market. Il n’en a pas démordu. Je suis donc retourné à mes calculs, quelque chose m’avait peut-être échappé.

En me penchant à nouveau sur le bilan de la Fed, alors que je m’étais principalement concentré sur ses obligations, j’ai vu qu’ils ont aussi ces certificats or,  qui sont valorisés à 42 $ l’once. J’ai donc divisé la valeur de l’or par 42 pour obtenir la quantité de 8000 tonnes d’or, ce qui correspond plus ou moins à ce que le Trésor possède depuis qu’il a confisqué l’or de la Fed en lui donnant ensuite ces certificats en échange. Cela implique 2 choses :

  1. Le Trésor n’a pas le droit de vendre de l’or, car ce métal est nécessaire pour garantir les certificats en possession de la Fed.
  2. Mais si on valorise ces certificats or à leur valeur de marché, cela signifie 350 milliards de dollars de plus sur le bilan de la Fed.

Ce qui signifie que son effet de levier, actuellement de 113 et qui correspond à celui d’un très mauvais hedge fund, tombe à 13, ce qui est normal pour une banque. Ce qui importe c’est que le portefeuille caché de la Fed ne concerne pas ses obligations mais son or.

Ce qui nous amène à ceux qui demandent un audit de la Fed. Faisons un audit de Fort Knox. Ces questions sont souvent posées… l’or existe-t-il toujours ?

L’or y est, j’ai de bonnes raisons pour le croire. Beaucoup de confusion règne à ce propos. Est-ce qu’une partie de l’or a été prêté ? Probablement. Je ne conteste pas le fait que l’or a été prêté, ces prêts étant des opérations papier destinées à manipuler le cours de l’or. Non seulement je suis d’accord sur ce point, mais il y a de solides éléments pour le prouver, j’en parle dans le livre. Je suis d’accord sur ce point, mais l’or physique est présent.

Si vous possédiez autant d’or, pourquoi vous en débarrasser ? Ce n’est pas nécessaire. Le fait que la JP Morgan, via la BRI, prête l’or du Trésor

ne signifie pas que l’or est chargé dans des camions pour être emmené. Cela peut être fait avec des droits de réhypothécation et d’autres transactions papier. Est-il prêté et utilisé pour manipuler à la baisse le cours de l’or ? Oui. Cela signifie-t-il que l’or n’est plus physiquement disponible ? J’ai de bonnes raisons de penser qu’il y est toujours. Cela dit, je suis en faveur d’un audit. Je ne suis pas contre cet audit. Ouvrez les portes, faites entrer des journalistes, des membres du Congrès, des citoyens américains et montrez-leur l’or. Dressez un inventaire, écrivez les numéros de série des lingots. Je suis en faveur de tout cela.

Relèvement des taux, chute des matières premières, réforme du système financier… Nomi Prins et Max Keiser abordent tous ces sujets sans langue de bois.

Transcription de l’interview de Nomi Prins (Keiser Report) :

Nomi, on a connu le pire début d’année des marchés, les bourses s’effondrent un peu partout, les matières premières sont presque données. En ce qui concerne le pétrole de schiste dans le Dakota du Nord, ils donnent littéralement leur produit. S’agit-il d’une dépression mondiale, que se passe-t-il ?

Il s’agit d’une dépression mondiale à bien des égards. Le premier facteur est la chute des prix des matières premières. On voit aussi le chômage qui augmente vers le monde. Le chômage des jeunes était déjà significativement plus élevé, mais le chômage augmente désormais dans des endroits où la situation était encore décente comme en Amérique du Sud, par exemple au Brésil.

Il y a donc beaucoup d’endroits à travers le monde où les choses se disloquent, rapidement, et plus vite qu’auparavant.

En ce qui concerne les marchés, nous avons vu que les choses ont très mal démarré depuis le début de l’année. Mais c’était devenu inévitable. Les capitaux disponibles étaient énormes en raison des taux d’intérêt de la Fed, des taux négatifs en Europe. Les taux baissent également en Chine.

Les marchés ont été portés par les banques centrales, les programmes de QE, les baisses de quotas de réserves des banques. La liquidité disponible a saisi les opportunités, mais est en train de faire machine arrière car la poursuite de ces stimulations artificielles est impossible.

Ok, Nomi, si on revient en arrière jusqu’à 2008, les décideurs se sont retrouvés face à 2 choix : soit réformer le système pour éviter que ce genre de chose arrive à nouveau. Soit signer un chèque de 20 trillions de dollars pour les sauver en espérant que cela ne se produise plus. Moi je disais qu’il fallait réformer ces banques. Vous aussi. Ainsi que Jim Rickards. Les gens que nous accueillons disent : on devrait peut-être faire ce que l’Islande a eu le courage de faire : ils ont fermé les banques corrompues, ils ont mis les banquiers en prison. Et aujourd’hui, leur économie redevient solide. Mais au lieu de cela, on leur a signé un chèque de 20 trillions de dollars. Ai-je raison lorsque je dis que la situation d’aujourd’hui est bien pire qu’en 2008, que nous avons atteint aujourd’hui un niveau de précarité encore plus élevé et d’instabilité au niveau des produits dérivés. Nomi Prins ?

Oui, absolument. Ce chèque, ces liquidités, cette monnaie artificielle comme je l’appelle, a créé ce marché artificiel et malsain. On avait les taux obligataires qui étaient bas, les marchés actions qui étaient élevés, on avait l’impression que tout allait bien,  que ces injections de la Fed et des autres banques centrales marchaient.

Mais premièrement, les effets ne se sont pas prolongés jusqu’à l’économie réelle. Et deuxièmement, comme vous l’avez dit, et comme vous en parlez depuis de nombreuses années, il n’y a pas eu de restructuration fondamentale du système bancaire d’un point de vue de la concentration des plus grosses banques de la planète, qui sont toujours en mode de concentration très élevé, qui sont toujours aujourd’hui les plus grosses banques de la planète, qui ont utilisé ces stimulations artificielles de façon jamais vue dans l’histoire financière. Ce sont ces facteurs qui ont dopé les marchés financiers, ce qui explique aussi pourquoi la fête est finie.

Pourquoi est-ce pire aujourd’hui ? Parce qu’il y avait une opportunité de régularisation. On aurait pu identifier les causes de la crise, et la raison ne se trouve pas du côté de quelques propriétaires en Californie devenus subitement incapables de rembourser leur crédit hypothécaire de type subprime. Non, c’était à cause du leverage, de la revente en paquet de ces crédits subprimes dans des actifs qui furent eux-mêmes mis en paquets et revendus, en produits dérivés, CDO, etc.

De toutes les conséquences des  subprimes, les crédits en tant que tels ne furent pas l’origine de la chute du système. Ces paquets ont été vendus dans le monde entier, les fonds souverains ont même emprunté de l’argent pour en acheter car ils semblaient alléchants. Mais les choses ont implosé. Et au lieu de réduire ce genre de risque potentiel, les banques centrales et les gouvernements ont décidé au contraire de doubler la mise. Et aujourd’hui, nous sommes au lendemain de ce pari doublé, lorsque les moyens nécessaires pour perpétuer cette stabilité de façade ne sont plus disponibles.

C’est la raison pour laquelle les choses dégénèrent si rapidement. Les marchés descendent bien plus rapidement qu’ils ne grimpent. C’est en tout cas ce qu’on a vu.

Si on remonte dans l’histoire, notamment durant la période 1936/1937, aux États-Unis la Fed avait fait quelque chose de similaire au pire de la Dépression. Ils ont commencé à augmenter quelque peu les taux, ce qui a débouché sur un crash boursier de 50 %. Vous êtes historienne et écrivaine, vous examinez ces événements.  Y a-t-il un parallèle avec la situation que nous vivons aujourd’hui ?

Le parallèle est le suivant : lorsque l’argent est bon marché, les gens qui peuvent l’exploiter, le leverager, même si dans les années 30 les possibilités de leverage étaient bien moindres, on n’avait pas à l’époque ce marché géant des produits dérivés. Donc au moment même où les taux augmentent, et même de façon infime, les acteurs majeurs qui utilisent de façon criminelle l’argent facile pour saisir des opportunités spéculatives prennent peur et se retirent. Ils cherchent alors d’autres solutions ou prennent une pause dans l’attente d’une autre opportunité.

C’est ce qui s’est passé après la Dépression des années 30, et bien sûr la situation a été réglée par une nouvelle guerre mondiale. C’est grâce à cela, entre autres, que les États-Unis ont pu se relever et être en mesure de prêter de l’argent au monde, de mettre en place le FMI et la Banque Mondiale afin de rediriger des fonds vers les alliés des États-Unis, des éléments importants du système politique et financier d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Tout d’abord, les taux n’ont jamais été à zéro pendant aussi longtemps, comme c’est le cas depuis 2008. Ce n’est jamais arrivé dans l’histoire. On démarre donc de bien plus bas. La hausse minime des taux d’intérêt, car c’est de ça qu’il s’agit, je ne crois pas que la Fed souhaite s’engager  dans un véritable serrage de vis monétaire. Ils ont vu les résultats avec la hausse d’un quart  de points, ils sont loin de se diriger vers un taux directeur à 2 % cette année comme le croient les marchés.

Il s’agit donc d’une différence fondamentale. L’autre point divergent est que l’interdépendance du système financier est bien plus élevée aujourd’hui. La rapidité des mouvements de l’argent, des paris spéculatifs, est bien plus élevée en raison des progrès technologiques, tandis que la taille des marchés est également supérieure aujourd’hui. C’est pourquoi la situation d’aujourd’hui est bien pire. En taille, en vitesse. La période prolongée d’argent bon marché par rapport à la possibilité de voir tout ceci changer crée aujourd’hui une situation bien plus explosive à celle ayant suivi la dépression des années 30.

Donc, autrement dit, on ne peut pas inverser un Ponzi, est-ce correct ?

Oui, c’est un Ponzi encore plus important, mais aussi plus criminel. Pour en revenir aux années 30, il y avait des fraudeurs fiscaux qui pariaient en leur nom contre leur banque, qui essayaient de faire de l’argent sur le dos de leur banque avec l’aide du gouvernement des États-Unis alors que le pays se dirigeait vers le crash et la grande dépression.

Mais ils se sont fait éjecter. L’ancien responsable de la banque Nash City Group s’est fait éjecter. Il a même été condamné à une amende d’un million de dollars pour évasion fiscale. Aujourd’hui, ce genre de chose n’arrive plus, comme vous l’avez dit les banquiers ne vont plus en prison. Les sociétés commettent fraude sur fraude et ne sont pas pénalisées.

Elles peuvent donc continuer à opérer de la même façon, avec le même niveau de concentration à travers le monde. Ce qui, de nouveau, décuple l’instabilité du passé. La concentration est bien plus élevée, ainsi que le risque.

Oui. Passons désormais aux marchés de l’énergie, Nomi Prins. Au secteur du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis. Les banques doivent encore refléter sur leur bilan les conséquences des prêts de plusieurs dizaines trillions de dollars accordés à ce secteur. Zero Hedge croit savoir que la Fed de Dallas a tenté de dissimuler ces soucis. Comment voyez-vous les choses évoluer pour le secteur énergétique américain, qui est aujourd’hui au centre de l’attention ?

Tout d’abord ces problèmes ne concernent pas que les États-Unis, mais bien le secteur énergétique mondial. N’importe quelle société, de forage, d’extraction, de pétrole classique ou de schiste, toute entreprise associée au secteur pétrolier fut massivement surleveragé durant cette période d’argent bon marché.

Les banques, au lieu d’accorder des crédits subprimes revendus ensuite en paquets sur lesquels des produits dérivés étaient ensuite créés, ont agi de façon similaire avec les crédits accordés au secteur énergétique ainsi que leurs obligations. Aux États-Unis et ailleurs. Il s’agit des mêmes acteurs internationaux à la recherche d’opportunités similaires.

À la fin de l’année dernière,  S&P, l’agence de notation, a dit que 60 % des défauts et des défaillances de paiement des entreprises US provenaient du secteur énergétique. Ce chiffre ne va que progresser, mais il sera embelli grâce aux autres défauts qui se multiplieront dans les autres secteurs par effet domino. Que ce soit dans la vente de détail, en raison des licenciements et de la perte de pouvoir d’achat. Les effets de l’onde de choc du surleverage du secteur énergétique, nous les ressentons déjà.

Et en ce qui concerne l’effacement des dettes, elles n’ont pas encore été passées au bilan des banques. Le fait que l’argent reste encore bon marché, malgré la hausse de 0,25 %, leur permet de retarder l’échéance. Elles peuvent continuer de se réapprovisionner en liquidités, de continuer à gaspiller du bon argent à mauvais escient. Les retards de paiement sont en hausse, les défauts sont en hausse, les faillites bancaires se multiplient, et il s’agit d’un phénomène mondial.

 

Interview d’Egon von Greyerz dans la deuxième partie du Keiser Report 825 (20 octobre 2015). Sujets abordés : l’or bien sûr, mais aussi les conséquences des taux négatifs, l’augmentation des déficits publics, le risque immobilier, considéré comme un actif sûr, etc.

Transcription de l’interview d’Egon von Greyerz :

Bienvenue à nouveau dans le Keiser Report, je suis Max Keiser. Il est temps de nous tourner maintenant vers le banquier suisse Egon von Greyerz  de Matterhorn Asset Management et GoldSwitzerland.com. Egon, bienvenue à nouveau dans le Keiser Report.

C’est un plaisir d’être à nouveau ici, Max, merci.

Merci de nous rendre visite des montagnes suisses. Donc, Egon, donnez-nous votre avis à propos de ceci. C’est le graphique que nous avons discuté durant la première partie d’émission. Il met en relation l’expansion du crédit et la croissance du PIB, ce dernier n’évoluant plus. Que se passe-t-il, quel est votre avis ?

Oui. Cela s’appelle la loi des rendements décroissants, ou, simplement dit, la tentative vaine d’ « essayer de pousser sur la corde ».

Il est impossible, comme Krugman le croit et la plupart des gens de la City qui sont derrière nous, de créer de la richesse en créant des quantités infinies de papier sans valeur. C’est pourtant ce que les gouvernements font à travers le monde. Manifestement, nous sommes arrivés au point où le PIB ne progresse plus car cette monnaie créée pour le faire augmenter est dénuée de valeur. Cela dit, si nous calculions le PIB en prenant en compte l’inflation véritable au lieu des chiffres officiels, le PIB serait en baisse plutôt qu’en hausse.

Quelques questions…  Vous dites qu’on ne peut pas décréter la prospérité en créant de l’argent. Cependant, nous vivons dans une économie, et cela remonte à 100-150 ans, dans laquelle le crédit joue un grand rôle dans la croissance économique. Mais il semblerait, et corrigez-moi si j’ai tort, que les cycles économiques que nous avions auparavant, dans lesquels la création de crédit débouchait sur une suroffre de biens et de services qui engendrait la baisse des prix débouchant sur la contraction du crédit… Il semblerait que ces lois de la réalité économique ont été remplacées par ce mantra voulant que quel que soit le climat, les vannes du crédit doivent être laissées grandes ouvertes, peu importe la situation. Est-ce correct ?

C’est bien sûr tout à fait correct. Cela a commencé en 1913 avec la création de la Fed. Depuis, nous avons assisté à une création interrompue de crédit, un phénomène devenu exponentiel à partir de 1971 lorsque Nixon a mis un terme à la convertibilité du dollar en or. Depuis le début des années 90, la dette mondiale a doublé. Depuis 2008, la dette mondiale a augmenté d’environ 73 trillions. Soit de presque 50 %.

Nous avons eu une crise, ils ont essayé de la régler en créant d’immenses quantités d’argent et en facilitant l’accès au crédit. Cette crise est aujourd’hui plus grave, la dette s’est creusée depuis le début de la crise. C’est ainsi que ce système fonctionne. Comme vous l’avez dit… Si nous abolissions les banques centrales, ce que nous devrions faire, si l’offre et la demande déterminaient les marchés, nous n’aurions pas ces bulles énormes. Aujourd’hui, nous avons les bulles les plus massives de l’histoire, et ce à travers le monde.

Vous avez dit que cela remonte à presque 100 ans, la période 1913 coïncidant avec la création de la banque centrale américaine. Il s’agit d’un comportement assez ancré dans l’esprit des gens. Ils ont utilisé cet artifice à de nombreuses reprises afin de s’extirper des difficultés économiques, en ouvrant les vannes du crédit. De leur côté, ils diront que cela a toujours marché, pendant 100 ans cette stratégie a fonctionné. Mais il semblerait d’après ces chiffres de la croissance du PIB… Désormais, il semblerait que cela ne marche plus. Mais comment faire pour leur faire accepter le fait que le remède préconisé, qu’ils ont prescrit pendant si longtemps, ne marche plus ?

Ils ne le reconnaîtront pas. Le monde ne l’acceptera pas car il est habitué à opérer ainsi. Mon opinion des gouvernements est qu’ils achètent des votes avec cet argent créé. Cet argent leur permet d’acheter l’opinion publique. On sait que l’austérité ne marche pas, quel que soit le pays. Ils ont essayé en Espagne, en Grèce ou encore en Italie. Il y a des grèves, des manifestations. Aujourd’hui, les gens ont l’habitude d’être maternés, d’avoir l’État qui s’occupe d’eux. Malheureusement, il est impossible de faire marche arrière.

La création monétaire continuera, même si elle ne résout rien. La dette continuera de se creuser, et en bout de course je suis sûr que nous aurons un QE mondial, même si je déteste cette expression, car « QE » est un terme artificiel qui a été créé pour occulter la réalité de la création monétaire. La création monétaire va s’accélérer dans les mois ou les années à venir, tous les pays feront tourner la planche à billets, des États-Unis au Japon en passant par la Chine et l’Europe. Nous aurons ensuite trop d’inflation, et probablement un épisode d’hyperinflation. Il n’y a donc pas de solution. Les gouvernements ne savent rien faire d’autre. Le système finira donc par s’effondrer.

Ok. Donc, autrement dit, les gouvernements refusent de changer leur comportement, ce qui signifie que l’on se dirige tout droit vers un effondrement économique. Et seule cette catastrophe permettra de forcer l’ajustement nécessaire  des politiques. Je voudrais désormais aborder un autre sujet. Cela fait quelques années que nous parlons de ce thème, mais désormais il y a une nouveauté qui est venue se greffer à ce contexte : les taux négatifs. En fait, en Suisse, ils sont en place, les taux sont négatifs, expliquez-nous tout d’abord de quoi il s’agit exactement, et quelles sont les conséquences.

Ils sont en place en Suisse. J’ai 2 passeports, je suis né en Suède mais je possède aussi la nationalité suisse. Il se fait que ces 2 pays ont mis en place des taux négatifs.

Ah, vous êtes donc le dénominateur commun ! Egon von Greyerz, où qu’il aille les taux se retrouvent en territoire négatif ! Je suppose que ça va désormais arriver en Grande-Bretagne.

Ces taux d’intérêt négatifs sont ridicules. Dans certains cas, vous pouvez être payé pour faire un crédit hypothécaire. Les taux négatifs ont été mis en place par les pays qui reçoivent trop de liquidités. Leur conséquence est que les gens ne reçoivent aucun retour sur leur investissement. Mais alors, pourquoi investir s’il n’y a pas de rendement à la clé ?

La Suisse a mis en place des taux négatifs pour mettre un terme à l’afflux d’argent qui entraine le raffermissement du franc suisse. Nous avons pourtant eu un franc suisse for pendant des décennies, ce qui fut extrêmement bénéfique pour l’économie du pays, qui était le plus prospère d’Europe. Mais la nouvelle philosophie de la BNS a changé : il s’agit désormais d’un hedge fund qui pense pouvoir manipuler l’économie. La BNS possède le ratio le plus élevé du monde entre la taille de son bilan et le PIB national : son bilan représente 85 % du PIB suisse. La Fed en est à 25 % du PIB américain.

Quel est aujourd’hui l’argument qui dissuade la possession d’or ? Avant, on disait que posséder de l’or ne générait aucun rendement alors qu’il faut payer des frais de garde. Mais si vous déposez votre argent à la banque et qu’on vous prélève 1 % chaque année, alors pourquoi le faire ? Vous avez amené un peu d’or, merci, c’est très intéressant.

Ce sont des graines d’or, il me suffit de les planter dans le jardin pour faire pousser un arbre d’or ?

Non. L’or ne poussera pas, par contre sa valeur va croître !

Correct !

Dans ce contexte, pourquoi ne pas convertir cet argent en or, quel est l’intérêt ? Si je mets mon argent à la banque, elle va me prélever un certain pourcentage en vertu de ces taux négatifs.

Il n’y aucun intérêt à mettre son argent à la banque, vous avez raison. Il est clair que le monde ne peut pas fonctionner avec des taux négatifs car le rendement sur l’épargne disparaît. Si vous me posez la question, bien sûr… la valeur de l’argent papier a été détruite durant les 100 dernières années, quel que soit le pays, de 97 à 99 % en termes de pouvoir d’achat ou par rapport à l’or.

En pouvoir d’achat. Mais c’est la première fois qu’ils ont décidé de voler l’argent des épargnants avec les taux négatifs. ABS est devenue la première banque suisse à répercuter les taux négatifs sur ses clients, sur les petits dépôts. Auparavant, seuls les gros clients institutionnels étaient impactés. Mais maintenant cela s’est propagé jusqu’aux particuliers.

Oui. Les gros clients étaient déjà impactés, et maintenant cela commence aussi à toucher les petits clients, les particuliers. Absolument. Il n’y a donc aucun intérêt à mettre son argent à la banque. D’autant que la valeur de cet argent papier est détruite par la création de crédit et la création monétaire.

Mais quid des personnes qui bénéficient de la bulle immobilière résultant de cet accès bon marché au crédit. Vous avez mentionné les crédits hypothécaires qui offrent une rémunération. L’immobilier est-il une bonne valeur-refuge pour l’épargne ?

Malheureusement pour ces gens, ils ne comprennent pas ce qu’ils font. En Suisse, ou en Autriche, vous pouvez obtenir un crédit hypothécaire sur 20 ans pour environ 1,25 %. Ce n’est rien. Les gens ne regardent même plus les coûts annuels. Mais les prix de l’immobilier explosent, on a une bulle immobilière épique dans de nombreux pays européens.

Et si un jour vous devez vendre votre maison parce que vous avez besoin de liquidités, vous risquez de vous retrouver sans offre. Il n’y a pas d’acheteur, en cas de crise beaucoup de gens perdent leur travail si mon scénario se vérifie, donc vous êtes dans l’incapacité de payer vos mensualités ou de vendre votre maison.

L’immobilier résidentiel n’est pas vraiment une classe d’investissement en soi, car ce n’est pas un marché très liquide. Il ne s’agit pas d’un équivalent au cash, contrairement à ce que les gouvernements prétendent.

Exact, et il y a des bulles partout. Prenons par exemple Londres. Pour acheter une propriété de standing, vous pouvez débourser de 200 à 250 millions de dollars. Vous pouvez également acheter une œuvre d’art, une autre classe d’actifs pour les riches, par exemple un Picasso ou un Gauguin, pour disons 250 millions de dollars. Donc, pour environ 1/2 milliard de dollars, vous obtenez un appartement avec un tableau au mur. Voilà où nous en sommes aujourd’hui. La création monétaire a généré une richesse inouïe pour 0,1 % de la population, ou moins encore. Le reste ne fait que s’endetter toujours plus, une dette qui ne sera jamais remboursée, bien sûr.

En ce qui concerne la Chine, le gouvernement s’est mis à vendre ses obligations américaines et achète de l’or. La Russie achète également de l’or.

Et la Russie vend aussi des Treasuries. Oui.

Comment cette tendance va-t-elle évoluer selon vous ?

Tous ces gouvernements savent que le dollar sera la prochaine devise à tomber. Tout simplement parce qu’il n’est pas possible d’émettre la monnaie de réserve mondiale tout en étant le pays le plus endetté de la planète et en ayant été incapable de dégager un excédent budgétaire depuis le début des années 60 et une balance commerciale positive depuis les années 70.

Donc le dollar, et à mon avis très bientôt, dans les mois à venir, va commencer à baisser, et de façon dramatique.

Mais ce qui garantit la valeur du dollar depuis si longtemps, comme nous l’avons souvent dit dans cette émission, c’est le Pentagone. Mais les choses changent.

Oui, ce qui se passe en Syrie est très intéressant d’un point de vue géopolitique.

Ce n’est pas très bon pour le dollar.

L’or finira par refléter les conséquences de cette création monétaire et de la situation du dollar. Il s’agit d’un gramme d’or, à 40 $ la pièce…

Merci Egon, merci beaucoup.

Ok…  Cela vaudra au moins 400 $ en argent d’aujourd’hui, mais cela pourrait très bien aussi valoir 4 trillions en dollars du futur, même si cette somme ne voudra rien dire. L’or a au moins le mérite de préserver votre pouvoir d’achat, ce que l’argent papier ne fera jamais, c’est sûr et certain.

Nous sommes arrivés au terme de cette émission. Merci de votre présence dans le Keiser Report.

Merci Max, ce fut un plaisir.