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Keynésianisme

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hélicoptère monétaire

Article de Jim Rickards, publié le 17 février 2016 sur Daily Reckoning :

« J’estime à 76 % les chances que nous soyons dans la phase préliminaire d’une récession. Tous les signes de l’économie américaine sont négatifs.

Le comportement actuel des marchés actions est également conforme à celui auquel je m’attends durant le début d’une récession. Ils sont l’un des signes avant-coureurs d’une récession : celle-ci démarre souvent après 6 mois de baisse des marchés.

Les économistes mainstream prennent du temps à s’en rendre compte. Dans un an, ils diront que la récession a démarré en janvier ou en février 2016. Une information devenue inutile à ce stade des choses. Il est pourtant possible d’anticiper en regardant là où il faut.

Par exemple, les salaires réels n’évoluent pas. D’autres indicateurs clés, comme le commerce mondial, la baisse de la production industrielle, les ratios inventaires/ventes et les ventes d’automobiles suggèrent également que nous sommes sur le point d’entrer en récession.

Les forces déflationnistes restent fortes, rendant l’objectif de production d’inflation de la Fed encore plus urgent. Chaque trimestre qui passe rapproche les élites mondiales du jour fatidique. Elles ont absolument besoin d’inflation pour se sortir du problème de la dette souveraine.

Pourtant, les banques centrales n’ont toujours pas réussi à générer l’inflation qu’elle pense nécessaire pour restaurer la croissance mondiale. Aux États-Unis, durant ces 7 dernières années et malgré les QE1, QE2 et QE3, la Fed a été incapable d’atteindre ses objectifs d’inflation. Tout comme la BCE ainsi que la Chine.

La question que doivent se poser les élites est : d’où viendra cette inflation ?

Beaucoup de gens pensent qu’il suffit de créer de la monnaie pour générer de l’inflation. C’est ce que Milton Friedman affirmait. Mais c’est faux, cela ne suffit pas. Les gens doivent faire quelque chose de cet argent créé. Il doit être emprunté, dépensé ou investi. Les banques doivent prêter ou investir dans des projets. Cet argent ne peut être inactif.

Pour créer de l’inflation, la création monétaire ne fait que 50 % du travail. L’autre moitié, c’est prêter cet argent… Le dépenser… L’utiliser pour accorder des crédits, etc. Ce qui n’a pas eu lieu.

Cela n’a pas eu lieu car les décideurs des banques et des entreprises pansent toujours leurs plaies de l’effondrement de 2008. Les citoyens lambda se sont attelés à rembourser leurs dettes et à épargner. C’est pourquoi nous sommes toujours dans un cycle de leverage de la dette. C’est aussi pourquoi les assouplissements quantitatifs ont échoué. L’argent n’a pas atteint l’économie réelle, il est resté circoncis dans le secteur bancaire.

Les banques qui disposent de réserves excédentaires à la Fed pourraient les utiliser pour prêter. Elles ne le font pas, donc ça ne peut pas marcher. Ce qu’on appelle le mécanisme de transmission monétaire est cassé. (…)

Comment y remédier ? Avec les hélicoptères monétaires, qui bombarderont d’argent directement le gouvernement pour stimuler l’économie vu que le secteur privé ne le fait pas. (…)

Cette tactique nous ramène à la Grande Dépression et à Keynes. Il disait que les dépenses gouvernementales pouvaient sortir une économie de la dépression. C’est l’ABC du keynésianisme. L’idée est simple : lorsque le gouvernement dépense, c’est toute l’économie qui repart. D’après ce principe, l’objet des dépenses n’a même aucune importance. Les élites dans leur majorité pensent que c’est vrai.

Bien sûr, le gouvernement n’aura aucun problème à dépenser cet argent. Les Démocrates l’utiliseront probablement pour des programmes sociaux tandis que les Républicains augmenteront le budget militaire. Chacun a ses préférences en la matière. (…)

Mais quelle est la différence entre un assouplissement quantitatif et les hélicoptères monétaires ? Dans un QE, la Fed crée l’argent et l’utilise pour acheter des obligations existantes aux banques. Ensuite, l’argent reste souvent parqué dans les banques, j’ai déjà expliqué l’échec de cette politique.

Avec les hélicoptères monétaires, cependant, le Congrès dépense l’argent. Le déficit budgétaire est couvert par les emprunts tandis que la Fed crée l’argent nécessaire pour les couvrir. Simplement dit, il s’agit de monétisation de la dette. Alors qu’avec un QE la création monétaire ne générait pas davantage de dépenses, ce n’est pas le cas avec les hélicoptères monétaires.

En bout de course, cela signifie qu’il s’agit de la recette pour obtenir de l’inflation. Et nous allons y goûter plus vite que vous le pensez…

Jim Rickards »

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Aujourd’hui, lorsqu’il s’agit de trouver une solution au problème de la dette, 2 camps s’affrontent : les partisans de l’austérité et des dépenses. Pourtant, de simples bases en mathématiques permettent de comprendre que ces 2 approches sont vouées à l’échec. Et si les maths vous rebutent, les exemples pratiques permettent de dresser les mêmes constats.

Austérité ou keynésianisme… Il s’agit en fait de choisir entre la peste et le choléra. La situation est pourtant limpide comme de l’eau de roche : avec une démographie stagnante et une dette trop importante, il est impossible de faire de la croissance. Il s’agit bien sûr d’une simplification, mais c’est plus ou moins où nous en sommes. Tant qu’un certain développement était possible (au lendemain de la Seconde Guerre mondiale) et que la population croissait, l’économie pouvait progresser. Aujourd’hui, avec une démographie en berne, les délocalisations, le vieillissement de la population, la robotisation, comment est-il possible de générer de la croissance ?

Ce sont sur ces questions que devraient se pencher les politiques. Mais au lieu de cela, le débat porte sur l’austérité ou les dépenses, 2 chemins différents, mais qui mènent tous les 2 à l’abattoir économique.

Austérité : la spirale infernale de la Grèce

Premier exemple pour illustrer que l’austérité ne permettra pas de régler les problèmes d’un pays à l’économie non performante et surendetté : la Grèce. Voici la situation économique catastrophique dans laquelle est plongé le pays après la cure qui lui a été imposée (source) :

  • PIB : il a diminué de 25 % par rapport à 2008.
  • Chômage : il est désormais de 25,8 %. En 2008, il était de 7,65 %.
  • Pauvreté : la Grèce est désormais 3e au classement des pays de l’Union où le risque de pauvreté et d’exclusion sociale est le plus élevé. 23,1 % de la population grecque se trouve dans un statut précaire, à 2 doigts de basculer dans la pauvreté.
  • Faillites : 25 % des sociétés grecques ont fait faillite depuis 2008, soit 230.000 entreprises qui ont mis la clé sous le paillasson.
  • Fiscalité : 9 fois plus d’indépendants qui doivent désormais payer des taxes, 7 fois plus de retraités et de fonctionnaires. La TVA en Grèce est désormais de 23 %.
  • Impayés : le nombre de crédits qui n’ont plus été remboursés depuis au moins 90 jours s’élèvent désormais à 33,5 % des prêts, qui totalisent un montant de 77 milliards d’euros.
  • Bourse d’Athènes : elle a chuté de 83,9 % depuis 2008.

On pourrait se dire que ces sacrifices ont au moins permis de réduire la dette. Eh bien non, que du contraire : de 112,9 % du PIB en 2008, elle s’élève désormais à 175,1 % ! De quoi conforter les partisans des dépenses étatiques pour « relancer l’économie » ?

Dépenses : conséquences moins douloureuses, mais la dette se creuse quand même

Aux États-Unis, la dette s’élevait à 64,8 % du PIB en 2008. Fin 2014, elle était de 101,53 %. Si le creusement s’est surtout produit entre 2008 et 2012, malgré Obama qui a vanté la reprise économique aux États-Unis dans son dernier discours sur l’état de l’Union, la dette a continué à se creuser sensiblement. La croissance ne sera jamais suffisante pour rattraper la dette… car la croissance dépend justement des nouvelles dettes contractées…

Ces 2 voies n’apportent donc aucune solution concrète à la problématique du monde développé. La crise de 2008 aurait dû sonner comme un grand avertissement. Désormais, il est déjà trop tard.

L’année dernière, 2 monnaies ont surperformé les autres : le dollar et l’or. Pourtant, jamais les fondations du billet vert n’ont paru aussi fragiles, alors que les pays émergents multiplient les initiatives pour court-circuiter le dollar. Quand on sait que la vigueur du billet vert n’est pas bonne pour le métal jaune, sa performance en 2014 est un signe d’espoir pour que l’on assiste à une réévaluation de l’or plus proche de sa valeur intrinsèque. Ronald-Peter Stoferle avance d’autres raisons allant de ce sens dans cet article publié sur KWN le 9 janvier :

Un coup d’œil sur les livres d’histoire monétaire permet d’arriver à cette conclusion claire et nette : les arguments fondamentaux en faveur de l’or sont plus convaincants que jamais. L’efficacité des politiques monétaires est de plus en plus questionnable, les risques vont crescendo. Mohamed El-Erian (ex Pimco) compare le comportement des banquiers centraux à celui d’une société pharmaceutique qui lance un médicament qui n’a fait l’objet d’aucuns tests cliniques. Les investisseurs ne doivent pas se focaliser uniquement sur les succès à court terme du traitement, mais aussi considérer les effets à long terme.

Au milieu du 19e siècle, les lois de la thermodynamique ont permis de comprendre qu’il était impossible de créer de l’énergie à partir de rien. Pourtant, d’une façon analogue, les banques centrales et les gouvernements tentent aujourd’hui de créer de la prospérité sortie d’un chapeau. Une telle prouesse monétaire serait évidemment très enviable pour l’humanité. Cependant, historiquement, de telles tentatives ont permis au mieux d’obtenir un coup de fouet bref suivi d’une grosse gueule de bois.

À notre avis, les Abenomics du Japon sont emblématiques de la « fin de partie keynésienne » qui a lieu en ce moment. Il s’agit d’une dernière tentative désespérée de faire perdurer une dynamique de dette qui devra tôt ou tard s’effondrer. Le Japon est également la vitrine de ce qu’il va se passer bientôt en Occident. Une résolution sans douleur de la situation est désormais hors de question.

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Pour comprendre le futur, il faut examiner le passé. Les problèmes futurs sont toujours enracinés dans les crises du passé. L’Occident en est toujours au tout début de la grande expérience de l’argent papier, 43 ans n’étant pas une période suffisante pour instaurer un ordre monétaire stable. L’école autrichienne ne pose pas uniquement les bonnes questions, mais elle apporte également les bonnes réponses. Les racines de cette calamité sont à trouver dans le système monétaire qui ne repose sur rien. (…)

Nos prévisions pour l’or restent clairement optimistes. La consolidation en cours, qui a débuté à la fin de l’été 2011, est importante pour la santé du marché haussier de l’or. Son cours nominal peut toujours apparaître élevé, mais en comparaison avec la masse monétaire existante, il n’a jamais été aussi bas. Selon nous, il s’agit d’une anomalie temporaire qui représente une excellente opportunité d’entrée. Nous avons démontré que l’or reste très attractif par rapport aux actions et aux obligations, ainsi que par rapport à bien d’autres actifs tangibles. L’argument de la bulle avancé par les pessimistes est donc réfuté.

En ce qui concerne l’économie globale, il est très important de savoir qui sortira vainqueur du combat entre l’inflation et la déflation. Ce qui est certain, c’est que les pressions sont de plus en plus fortes. Nous pensons que l’inflation finira par émerger, sans avoir aucune certitude. La structure socio-économique actuelle et les niveaux de dette suggèrent qu’une inflation plus élevée sera tolérée. Il y a peu de créditeurs et beaucoup de débiteurs, les réformes sont infaisables pour des politiciens à la recherche d’une élection : ils préféreront donc l’inflation.

Nous avons répété à de nombreuses reprises que nous sommes en train d’assister à la faillite du keynésianisme. Dans cet article, Lance Roberts explique pourquoi, alors que cette doctrine économique donne l’illusion de la croissance et de la prospérité. Cet article a été rédigé dans le contexte des États-Unis, mais le principe s’applique également à l’Europe ; ce n’est pas différent de ce qu’Olivier Delamarche explique sur BFM :

« (…) Entre 1950 et 1980, la croissance nominale du PIB fut en moyenne de 7,55 % par an. Cette performance fut obtenue avec un ratio dette/PIB de moins de 150 %. Il est important de noter que la croissance, située entre 5 et 15 %, allait crescendo durant cette période. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. Tout d’abord, un endettement moins important permettait d’alimenter l’épargne, qui servait à financer les investissements productifs dans l’économie. Deuxièmement, l’économie était principalement axée sur la production, une activité qui a un effet multiplicateur sur l’économie. Cette croissance impressionnante eut également lieu dans un contexte de taux d’intérêt en hausse. C’est en 1980 que nous sommes arrivés au pic de cette expansion économique.

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La croissance baisse alors que la dette monte…

Cependant, à partir de 1980, l’économie basée sur l’industrie et la production a démarré sa mutation vers une économie de services et financière, une mutation qui a donné le coup d’envoi du déclin. Celui-ci a été exacerbé par les révolutions technologiques et leurs gains de productivité, les délocalisations et leurs conséquences sur les salaires domestiques. Avant 1980, nous étions dans un environnement de croissance forte. Depuis cette date, nous faisons face à un déclin continu. Donc, dire que nous avons connu une croissance de X pourcents depuis 1980 est grossièrement trompeur. La tendance générale de la croissance est bien plus importante pour anticiper celle que nous connaîtrons demain.

Ce déclin de la croissance économique durant ces 30 dernières années signifie que l’Américain moyen a du mal à maintenir son train de vie. Alors que les salaires baissaient, les ménages ont dû recourir au crédit pour combler la différence. Cette demande pour le crédit a donc alimenté le secteur de la finance, nouveau pilier de l’économie. Accès plus facile, taux d’intérêt plus bas, conditions plus avantageuses et législations plus souples ont permis l’avènement du boum du crédit. À la fin 2007, la dette des ménages avait explosé pour atteindre 140 % du PIB. Ce n’était plus qu’une question de temps avant que « le château de cartes (de crédit) » s’effondre.

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Les salaires, la dette des ménages…

C’est pourquoi la prospérité de ces 30 dernières années est une illusion. Alors que les États-Unis suscitaient la jalousie du monde entier pour ses succès apparents et sa prospérité, le cancer de la dette et de la baisse des salaires se développait en son sein. La dette devenait la seule façon pour les Américains de profiter du niveau de vie « auquel ils ont droit ».

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La dette augmente plus vite que la croissance

Cette mise à disposition massive du crédit, ce que l’école autrichienne appelle « un boum économique alimenté par le crédit », nous amène aujourd’hui à l’heure de vérité. Cette croissance alimentée par le crédit ne cesse de réduire les opportunités d’investissements. Ce qui signifie que les investisseurs commettent des erreurs de jugement à la recherche de rendement. Nous en avons eu l’illustration avec la crise des subprimes. Aujourd’hui nous assistons à un remake, la recherche du rendement pousse les investisseurs à investir dans des actifs très risqués comme les obligations pourries ou les actions. Sans surprise, les conséquences seront les mêmes.

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Dette nécessaire pour obtenir 1 dollar de croissance

Lorsque le mécanisme de création du crédit arrive en bout de course, le processus d’élimination des excédents doit être terminé avant que le cycle puisse reprendre. Ce n’est qu’à ce moment-là que les ressources pourront de nouveau être allouées de façon cohérente. C’est pourquoi toutes ces mesures keynésianistes pour faire repartir l’économie échouent. Ces politiques monétaires et fiscales, des baisses d’impôt au QE en passant par les taux 0, ne font que retarder le processus d’élimination des excédents.

Ce processus sera très substantiel. Actuellement, notre économie a besoin de 2,75 dollars de dette pour obtenir un dollar de croissance (chiffres ajustés à l’inflation). 35 trillions de dollars de dettes doivent être éliminés pour revenir à une situation normale. Évidemment, un tel nettoyage aura des conséquences dramatiques sur la croissance.

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Dette normale et excédentaire

Toutes ces raisons expliquent pourquoi nous allons continuer d’assister à une baisse de la croissance économique. (…)

La fin de partie approche, après 3 décennies d’excès. Il est impossible de nier les déséquilibres qui existent aujourd’hui. Le remède appliqué en ce moment est celui d’un rhume, soit d’une récession, alors que le patient souffre d’un « cancer de la dette ». Tant que le véritable diagnostic ne sera pas posé et que le bon remède ne sera pas administré, le patient continura à souffrir. »