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Monnaie de réserve

Voici la traduction d’un nouvel article incontournable de Jim Rickards, publié le 28 mai 2015 sur Daily Reckoning, qui fait le parallélisme entre l’émergence et la chute de la livre sterling en tant que monnaie de réserver et le dollar. Selon Rickards, cette chute aura lieu lentement mais sûrement ; le processus a d’ailleurs démarré en 2010 :

« Les forces qui ont fait du dollar la monnaie de réserve internationale seront les mêmes qui provoqueront sa chute.

Les 22 juillet 1944, la conférence de Bretton-Woods arrivait à son terme dans le New Hampshire. 730 délégués en provenance de 44 nations s’étaient rassemblés au Mount Washington Hotel durant les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale pour élaborer un nouveau système monétaire international.

Les délégués savaient très bien que les échecs du système monétaire international au lendemain de la Première Guerre mondiale avaient semé les graines de la seconde. Ils étaient donc déterminés à créer un système plus stable qui empêcherait les courses vers le bas que sont les guerres des devises, les guerres commerciales et autres dérives pouvant mener à la guerre tout court.

C’est à Bretton-Woods que le dollar fut officiellement désigné monnaie de réserve internationale de premier choix, un statut qu’il détient toujours aujourd’hui. Dans le cadre du système de Bretton-Woods, toutes les devises majeures disposaient d’un taux de change fixe par rapport au dollar. Le dollar lui-même était adossé à l’or au taux de change fixe de 35 $ par once. Ce qui signifie qu’indirectement, toutes les autres devises disposaient d’un taux de change fixe par rapport à l’or en raison de leur arrimage au dollar.

Les devises pouvaient être dévaluées par rapport au dollar et donc par rapport au métal jaune en cas de permission du FMI. Cependant le dollar ne pouvait être dévalué, du moins en théorie. C’était la pierre angulaire du système qui devait être arrimé à l’or de façon permanente.

Entre 1950 et 1970, le système de Bretton-Woods a plutôt bien marché. Les partenaires commerciaux des États-Unis qui empochaient des dollars pouvaient les convertir en obligations américaines ou être payés en or en vertu du taux de change fixe.

En 1950, les États-Unis possédaient environ 20.000 tonnes d’or. 2 décennies plus tard, ils n’en possédaient plus que 9000 tonnes. La différence de 11.000 tonnes est partie en direction des partenaires commerciaux des États-Unis principalement l’Allemagne, la France et l’Italie qui convertissaient leur surplus de dollars en or.

Avant Bretton-Woods, la livre sterling occupait le rôle de monnaie de réserve et ce depuis 1816 soit la fin des guerres napoléoniennes et l’adoption officielle du standard or par la Grande-Bretagne. De nombreux observateurs estiment que la conférence de Bretton-Woods provoqua le remplacement de la livre sterling par le dollar. Mais en fait, ce processus se déroula progressivement en 30 ans entre 1914 et 1944.

Le véritable tournant eut lieu entre juillet et novembre 1914 lorsqu’une panique financière déclenchée par le début de la Première Guerre mondiale mena à la fermeture des bourses de Londres et de New York ainsi qu’à une ruée mondiale sur l’or afin de remplir ses obligations financières. Au départ, ce fut la pénurie d’or aux États-Unis. Wall Street fut fermée pour empêcher les Européens de vendre leurs actions et d’échanger leurs dollars en or.

Mais quelques mois plus tard, les exportations massives des États-Unis vers l’Angleterre généraient une balance commerciale positive. L’or se mit à voyager dans l’autre sens et les banques commencèrent à accorder d’énormes crédits de guerre au Royaume-Uni et à la France. À la fin de la Première Guerre mondiale, les États-Unis étaient devenus une nation créditrice majeure et un gros détenteur d’or. Le statut du dollar en tant que monnaie de réserve se mit donc à croître.

Par la suite, le dollar et la livre sterling se sont disputé le titre de monnaie de réserve internationale. En fait, l’intervalle entre 1919 et 1939 fut la seule période durant laquelle le monde utilisa 2 monnaies de réserve côte à côte.

Finalement en 1939, l’Angleterre interrompit ses envois d’or en raison de ses efforts de guerre, le rôle de la livre diminua donc. La conférence de Bretton-Woods fut simplement la reconnaissance d’un processus qui avait démarré en 1914.

La façon dont le dollar a atteint son statut en 30 ans est très importante à comprendre pour appréhender la situation d’aujourd’hui. Le détrônement du dollar n’arrivera pas nécessairement du jour au lendemain. Il est bien plus probable que cela se fasse de façon lente et continue.

Les premiers signes sont visibles. En 2000, les actifs en dollars totalisaient environ 70 % des réserves globales. Aujourd’hui, ce chiffre est descendu à 62 %. Si cette tendance continue, on pourrait rapidement passer en dessous de la barre des 50 % dans un futur relativement proche.

Il est évident qu’aujourd’hui, une nation créditrice émerge comme ce fut le cas avec les États-Unis en 1914. Cette puissance, c’est la Chine. Les États-Unis ont accumulé beaucoup d’or entre 1914 et 1944. Ce que fait la Chine aujourd’hui.

Officiellement, la Chine affirme qu’elle possède 1054 tonnes d’or. Néanmoins, ces chiffres n’ont plus été mis à jour depuis 2009. Entre-temps, elle a accumulé des milliers de tonnes d’or sans rapporter ses acquisitions au FMI ou au WGC.

Sur base des données disponibles en termes d’importations et de production des mines chinoises, on peut estimer que le gouvernement chinois et les particuliers possèdent plus de 8500 tonnes d’or. En admettant que le gouvernement en possède la moitié, cela signifie que la Chine posséderait 4250 tonnes d’or, soit une augmentation de 300 %. Il ne s’agit évidemment que d’estimations. (…)

La Chine accumule de l’or différemment par rapport aux États-Unis, mais elle le fait tout de même. (…) Elle n’est pas la seule sur cette voie, la Russie a doublé ses réserves d’or durant les 5 dernières années et n’a quasi pas de dette. L’Iran importe également énormément d’or, principalement via la Turquie et Dubai même si on ignore les quantités exactes, qui sont un secret d’État. (…)

Quelles sont les implications pour vous ? Une fois de plus, l’histoire est très instructive.

Durant les heures de gloire de la livre sterling, son taux de change était remarquablement stable. En 2006, la Chambre des Communes a publié l’historique de la valeur de la livre sur 255 ans (voir ci-dessus).

En 1751, l’index de la livre s’élevait à 5,1. Il y a eu des fluctuations en raison des guerres napoléoniennes et de la Première Guerre mondiale mais même jusqu’à 1934 l’index n’était qu’à 15,8, ce qui signifie que les prix n’avaient que triplé en 185 ans.

Mais lorsque la livre a perdu son rôle de monnaie de statut de réserve au profit du dollar, l’inflation a explosé. L’index a atteint 757,3 en 2005. Autrement dit, durant les deux siècles et demi couverts par l’index, l’inflation s’est élevée à 200 % durant les 185 premières années pour ensuite exploser à 5000 % dans les 70 années suivantes.

La stabilité des prix semble être la norme pour une monnaie de réserve mais lorsque ce statut est perdu, l’inflation prédomine.

Le déclin du dollar en tant que monnaie de réserve a démarré en 2000 avec l’émergence de l’euro et s’est accéléré en 2010 avec le début d’une nouvelle guerre des devises. Ce déclin est désormais amplifié par l’émergence de la Chine en tant que créditeur majeur et puissance sur le marché de l’or mais aussi par la nouvelle alliance anti dollar des BRICS, de l’Iran et d’autres. Si l’histoire devait se répéter, l’inflation du dollar américain devrait suivre. (…)

Ceux qui s’attendent à un effondrement brutal du dollar passent peut-être à côté de son long déclin, moins spectaculaire mais tout aussi important. L’effondrement du dollar a déjà démarré. C’est maintenant qu’il faut vous assurer contre l’inflation. »

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euro

Article de Bloomberg du 10 avril 2015 intitulé : « le statut de monnaie de réserve de l’euro en danger alors que les banques centrales le liquident »

L’assouplissement quantitatif (de la BCE) pourrait aider l’Europe à atteindre ses objectifs économiques mais il menace également la viabilité à long terme de l’euro en réduisant son attractivité en tant que monnaie de réserve.

Les banques centrales ont réduit la part de l’euro dans leur portefeuille d’actifs de façon importante l’année dernière anticipant les pertes qui allaient découler de stimulations monétaires sans précédent. L’euro représente désormais 22 % des réserves monétaires mondiales en baisse par rapport aux 28 % d’il y a 5 ans, juste avant le début de la crise de la dette. Pendant ce temps, les parts respectives du dollar et du yen ont augmenté d’après les derniers chiffres publiés par le FMI.

« En tant que monnaie de réserve, l’euro est en train de se désintégrer » a déclaré Daniel Fermon, stratégiste chez Société Générale à Paris. (…) Le président de la BCE (Mario Draghi) a salué de son côté le désamour pour l’euro car sa dévaluation améliore la compétitivité du Vieux Continent. Cependant des sociétés comme Mizuho Bank Ltd avertissent que cette baisse de la popularité de la monnaie est plus le reflet d’une baisse de confiance à long terme alors que l’économie européenne a connu la récession durant 2 des 3 dernières années. (…) »

Crédit photo : http://taxrebate.org.uk/

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fin du dollar

La politique monétaire, budgétaire et étrangère des États-Unis donne parfois l’impression que ce pays fait tout pour détruire sa monnaie. Il s’agit peut-être de la stratégie qui est vraiment poursuivie, alors que de plus en plus d’économistes américains estiment que le statut du dollar tout-puissant a plus d’inconvénients que d’avantages. Jared Bernstein, Un ancien économiste de l’équipe d’Obama, actif entre 2009 et 2011 à la Maison-Blanche, est l’un des derniers à préconiser la destitution du dollar en tant que première monnaie de réserve du monde (source) :

« Il y a très peu de truismes dans l’économie mondiale, mais pendant des décennies, le rôle du dollar en tant que monnaie de réserve fut l’un d’entre eux. Il s’agit d’un principe de base de la politique économique américaine. Après tout, qui ne voudrait pas que sa devise soit la monnaie de réserve des gouvernements et les banques étrangères ?

Mais les récents développements révèlent que ce qui était autrefois un privilège devient une tare qui nuit à l’emploi, alimente les déficits budgétaires et commerciaux tout en gonflant les bulles financières. Pour que l’économie américaine reparte sur les bons rails, le gouvernement doit abandonner son engagement à maintenir le rôle de monnaie de réserve du dollar.

Les raisons expliquant pourquoi ont été le plus clairement énoncées par Kenneth Austin, un économiste du Trésor, dans un article publié (mais celui-ci n’engage que lui) dans le dernier numéro du Journal of Post Keynesian Economics, que je vais résumer pour vous.

Il est relativement connu que de nombreux pays, comme la Chine, Singapour et la Corée du Sud, font baisser la valeur de leur monnaie par rapport au dollar afin d’augmenter leurs exportations vers les USA et réduire leurs importations en provenance de ce pays. Ils achètent beaucoup de dollars, ce qui augmente la valeur de cette monnaie par rapport à la leur, ce qui rend leurs exportations moins chères et les importations américaines plus chères.

En 2013, le déficit commercial américain était d’environ 475 milliards. Rien qu’avec la Chine, ce déficit s’élevait à 318 milliards de dollars.

Même si M. Austin ne le dit pas explicitement, son travail montre que, loin d’être une victime d’une politique économique, les États-Unis contribuent volontairement à cet état de fait afin que le dollar conserve son rôle de monnaie de réserve mondiale.

Lorsqu’un pays souhaite augmenter ses exportations en les rendant moins cher via le processus décrit ci-dessus, sa banque centrale accumule des devises. Pour soutenir ce processus, ce pays diminue sa consommation et augmentent son épargne. Vu  que les comptes globaux doivent s’équilibrer, lorsque les « accumulateurs de devises » épargnent plus et consomment moins qu’ils produisent, d’autres pays, les « émetteurs de devises », comme les États-Unis, doivent diminuer leur épargne et consommer plus qu’ils ne produisent (donc avoir des déficits commerciaux).

Cela signifie que les Américains ne sont pas les seuls à déterminer leur taux d’épargne et de consommation. Il faut envisager la situation comme une grande économie globale et ouverte qui dispose de revenus à l’échelle mondiale qui doivent être consommés, épargnés ou investis. Cela signifie que les pays s’ajustent aux autres. Si les pays qui disposent d’un excédent commercial baissent leur propre consommation et utilisent la différence pour accumuler des dollars, les pays en déficit commercial doivent absorber cette épargne excessive afin de financer leur consommation excessive, ou les surplus d’investissement.

Il faut également prendre en compte que tant que le dollar reste la monnaie de réserve, le déficit commercial américain peut s’empirer même lorsque les États-Unis ne sont pas impliqués directement dans un échange. Admettons que la Corée du Sud ait un excédent commercial par rapport au Brésil. En convertissant cet excédent commercial en bons du Trésor américain, la Corée du Sud fait augmenter la valeur du dollar par rapport à la devise des producteurs concurrents des sociétés américaines, et le déficit commercial augmente, même si la transaction de départ n’avait rien à voir avec les États-Unis.

Il n’y a pas que M. Austin qui a abordé ce thème. Son analyse repose d’ailleurs sur le travail de l’économiste Michael Pettis, mais aussi de Ben Bernanke, ancien président de la Fed. (…)

Détrôner le roi dollar serait plus facile qu’il n’y paraît. Cela pourrait se faire en mettant en place des règles pour limiter les dollars que peuvent posséder les nations étrangères. D’autres pays le font déjà pour protéger leur emploi. L’exemple le plus récent est celui du Japon, qui est intervenu pour faire baisser le yen lorsque les banques centrales d’Asie et d’Amérique latine ont commencé à acheter des obligations japonaises.

Bien sûr, si la demande en dollars baisse, les taux d’intérêt pourraient augmenter.(…) Cependant, il n’y a pas de relation claire entre les déficits commerciaux et les taux d’intérêt. (…) D’autres s’inquiètent que des prix à l’importation plus élevés puissent créer de l’inflation. Cependant, garder ses prix à l’importation si bas a également un coût : production industrielle en berne, stagnation des salaires, déficits budgétaires et bulles.

Si une balance commerciale plus équilibrée pourrait pousser les prix à la hausse, cela ne devrait pas entraîner une inflation importante. Nous pourrions passer de 1-2 % à 2-3%. Le prix à payer pour améliorer l’emploi, de façon quantitative et qualitative, la qualité des reprises économiques et de donner un coup de fouet au secteur industriel. Détenir la monnaie de réserve mondiale est un privilège que ne peut plus se permettre les États-Unis. »

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Lorsque de grands changements se préparent, seule une petite minorité est au courant des négociations qui se tiennent en coulisse. D’après Ben Davies, George Papandreou, le célèbre ancien premier ministre grec, lui aurait révélé une véritable bombe : nos gouvernants seraient déjà en train de préparer une nouvelle monnaie de réserve pour remplacer le dollar.

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Eric King : « Ben, vous avez eu la chance de rencontrer récemment l’ancien Premier ministre grec George Papandreou. Ce qu’il vous a dit est fascinant, pouvez-vous nous en dire plus ? »

Ben Davies : « Oui. Ce fut très intéressant. J’assistais à une conférence qu’il donnait. Il m’a ensuite très gentiment accordé une audience privée. Je lui ai posé une question très gênante et il a eu l’élégance d’y répondre franchement.

Je lui ai posé la question suivante : êtes-vous au courant des déclarations de l’ancien vice-président de la Bundesbank et membre du conseil de la BCE, Jürgen Stark, à propos du système financier qu’il a qualifié de « fiction pure » qui pourrait s’effondrer en raison des quantités infinies de monnaies qui ont été créées ? Je lui ai également demandé si les politiciens du plus haut niveau ont discuté d’un changement de l’ordre monétaire lorsqu’il gérait la Grèce.

Il m’a répondu très honnêtement. Il m’a dit : oui, au-delà de l’austérité, au-delà des réformes, il y a eu de profondes conversations sur la façon de changer l’ordre monétaire. Je lui ai alors demandé si les discussions avaient porté sur le retour du standard or. Il a répondu que la nouvelle monnaie sera composée par un panier de devises qui pourraient inclure un actif comme l’or.

Lorsque je lui ai demandé s’il s’agissait des droits de tirage spéciaux, il a répondu « oui, quelque chose de ce genre. » Il est très rare qu’une personnalité de ce calibre réponde aussi franchement à de telles questions, sans rien vouloir cacher. »

Source : KWN