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Nationalisation

Ce dimanche, les Grecs ont rejeté massivement (à 61,31 %, voir ici la carte des résultats) l’austérité voulue par la troïka en votant pour le Non. Un résultat plutôt inattendu alors que l’on donnait le oui et le non au coude à coude.

En se positionnant de la sorte, les Grecs ont été très courageux : malgré la fermeture des banques depuis le début de la semaine, la limitation des retraits à 60 € par jour, l’interdiction d’effectuer des virements internationaux et les nombreuses menaces proférées depuis l’annonce du référendum par les huiles européennes, les Grecs ont décidé de s’opposer frontalement avec l’Europe (et principalement avec les Allemands) quitte à passer un sale quart d’heure.

D’autres raisons permettent d’expliquer ce résultat. D’après KeepTalkingGreece (un site d’information animée par des Grecs du quotidien), tous les partis traditionnels qui ont conduit la Grèce dans sa situation actuelle ont fait campagne pour le oui. Ce fut suffisant pour convaincre de nombreux Grecs qui ne font pas même pas confiance à Tsipras de voter pour le oui, de peur de voir revenir au pouvoir ceux qu’ils considèrent être les fossoyeurs du pays. Il semblerait également que la grande campagne d’intimidation menée par la presse et les créditeurs ait eu l’effet inverse. Si la population grecque est bien consciente que les choses vont être très compliquées dans les semaines et mois à venir, elle a clairement fait le choix de la souveraineté et de la démocratie.

Néanmoins, si la victoire du non est incontestable, la suite des opérations reste très floue. Yanis Varoufakis, qui avait promis de démissionner en cas de victoire du oui, a tout de même remis sa démission ce matin (source). Le ministre des finances grec a expliqué que son « absence » avait été souhaitée par certains membres de l’Eurogroupe et d’autres membre de la Troïka. Tsipras a donc préféré l’écarter pour pouvoir retourner à la table des négociations, ce qui semble montrer que l’Europe n’a pas fermé la porte.

Mais bien avant d’envisager un nouvel accord, la Grèce va devoir régler un problème bien plus urgent, celui de ses banques. Aujourd’hui, la BCE va devoir choisir si elle relève ou non le plafond des liquidités d’urgence disponible pour les Grecs. Cependant, une 3e possibilité n’est pas à exclure, soit l’annulation de ces liquidités d’urgence, ce qui signifierait la faillite du système bancaire et donc sa nationalisation.

La Grèce attend désormais le positionnement de la BCE pour décider de la suite des opérations. Dès hier, des rumeurs affirmaient qu’en cas d’escalade de la BCE, la Grèce pourrait littéralement utiliser ses presses à billets pour émettre en masse des coupures de 20 € afin de ramener la stabilité dans son système financier… (source). Inutile de dire que les jours à venir vont être extrêmement intéressants…

Comme attendu, la réunion d’hier de l’euro groupe avec la Grèce n’a rien donné. La stratégie de la troïka est désormais claire : attendre que les banques grecques soient envoyées au tapis par le bank run qui a démarré il y a quelques semaines afin de forcer le gouvernement grec à accepter toutes ses conditions ou provoquer sa chute et de nouvelles élections.

Car la situation des banques grecques, dont la solvabilité ne dépend plus que des liquidités d’urgence de la BCE tandis que les Grecs retirent leur argent au fur et à mesure de l’envenimement de la situation, est désormais intenable. Hier, on apprenait même via Reuters que Benoît Coeuré aurait déclaré aux ministres des Finances de la zone euro qu’il ignorait si les banques grecques seraient en mesure d’ouvrir leurs portes lundi. La BCE s’est empressée de démentir la rumeur mais dans la foulée, on apprenait via Bloomberg qu’une conférence extraordinaire aurait lieu avec la Grèce vendredi concernant les liquidités d’urgence disponibles pour les banques grecques. Les porte-parole de la BCE ainsi que de la banque centrale grecque n’ont souhaité commenter la rumeur.

Yannis Varoufakis a d’ailleurs accusé l’Europe de vouloir provoquer l’asphyxie des banques grecques en affirmant « que des gens tentaient d’inciter la fuite des capitaux » alors que Dijsselbloem avait déclaré que « les sorties de capitaux de Grèce sont inquiétantes ». De lundi à mercredi, ce sont à nouveau 2 milliards d’euros que les Grecs ont retirés de leurs comptes en banque.

La situation est donc plus que jamais sérieuse, il est désormais fort probable qu’un « Bank Holiday » soit décrété dans les jours qui viennent. Le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui est aujourd’hui en Russie pour rencontrer Poutine, devrait alors prendre ses responsabilités à savoir nationaliser les banques grecques et éventuellement ressusciter la drachme avant que le défaut officiel du pays soit entériné à la fin du mois de juin lorsqu’Athènes sera incapable de rembourser le FMI le 30.

Sources : Zero Hedge, ici et ici.

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À force d’avoir entendu pendant des années les mots Grèce et défaut être associés sans que rien ne se passe, le citoyen européen ne semble plus croire qu’un tel événement est possible. Pourtant, ce scénario est sur le point de s’accomplir alors que l’aile dure de SYRIZA est plus favorable à un retour de la drachme que de plier face aux exigences de la troïka.

Avec un secteur bancaire dont la vie ne tient qu’à un fil soit aux liquidités d’urgence de la BCE, le défaut entraînerait la nationalisation des banques à l’islandaise. C’est en tout cas le scénario qui est examiné en ce moment par le gouvernement grec, d’après le Financial Times relayé par ZeroHedge :

« L’aile radicale de SYRIZA va établir dans les jours prochains un plan de défaut à l’islandaise et la nationalisation du secteur bancaire grec estimant que négocier avec ses créditeurs est désormais peine perdue.

Des sources à l’intérieur de Syriza affirment que des mesures de contrôle des capitaux sont en train d’être élaborées ainsi que l’établissement d’une banque centrale souveraine capable de soutenir le nouveau système financier du pays. Même si un système à 2 monnaies est possible en théorie, une telle structure serait incompatible avec les règles de l’Union européenne et déboucherait sur un retour rapide à la drachme.

Ces solutions confidentielles ont circulé durant le week-end. Elles disposent du soutien de 30 députés de la plate-forme Aristeri (ou plate-forme de gauche) ainsi que d’autres groupes radicaux de la mouvance Syriza. Il semblerait également que le parti nationaliste ANEL, membre de la coalition au pouvoir, souhaite également provoquer la rupture avec les créditeurs si la situation l’impose.

« Ce plan va bien plus loin que la plate-forme de gauche. Le soutien est sérieux » a déclaré un député Syriza qui a travaillé sur son ébauche.

« Nous sommes horrifiés à l’idée de déposer les armes, nous ne permettrons pas à l’union monétaire européenne de nous saigner à blanc » a-t-il déclaré au Telegraph.

La plate-forme de gauche a étudié le modèle islandais, qualifié de success-story par le FMI lui-même.

« Les banques grecques doivent être nationalisées immédiatement tandis qu’une bad bank doit être créée. Des restrictions sur les retraits d’argent seront peut-être instaurées » a déclaré un député Syriza.

« Les banques vont évidemment « chier des bulles » (sic). Nous sommes conscients qu’il y aura beaucoup de procédures judiciaires mais au final, nous sommes un  pays souverain » a-t-il déclaré.

Syriza dispose d’un motif idéologique fort pour frapper les élites financières. Le parti considère que les banques sont le système central d’une oligarchie qui dirige le pays depuis plus d’un demi-siècle comme une PME. Forcer la faillite de ces institutions fournirait la couverture nécessaire pour une purge socio-politique, soit une révolution. L’Islande est un modèle tentant pour la Grèce. »

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Et c’est vrai que l’Islande s’en sort bien par rapport aux autres pays en difficulté depuis 2008 : c’est le seul pays à être parvenu à diminuer sa dette durant ces dernières années. Cependant, personne n’a mis des bâtons dans les roues de la nation insulaire, celle-ci ne représentant que peu d’intérêt et n’étant pas dans la zone euro. Par contre, il serait étonnant que l’Europe ne tente pas de déstabiliser Athènes dans sa tentative de redressement en dehors de l’UE. Car en cas de succès, elle deviendra un exemple à suivre pour les autres nations européennes en difficulté et de facto la fin de l’expérience européiste. D’où l’importance pour la Grèce de s’entourer d’alliés puissants. À ce sujet, Alexis Tsipras a rendez-vous avec Vladimir Poutine ce vendredi à Saint-Pétersbourg…

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