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Pétrole

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Selon nous, le risque systémique qui existait avant l’élection présidentielle ne s’est pas soudainement évaporé. Le plus important de ces risques est l’énorme bulle du marché obligataire. Elle est talonnée par la valorisation des actions, toujours à des niveaux historiquement extrêmes. Comment la nouvelle administration gérera ces problèmes fastidieux, pour autant qu’elle les comprenne, est une totale inconnue. Toute promesse faite sera précaire, semée d’embûches et de revers. De bonnes raisons de souscrire une assurance, en cas de pari sur une croissance robuste, en s’exposant à l’or et aux minières.

Les raisons de cet optimisme post-électoral abondent. Nous sommes d’accord avec cette analyse de MacroHeaven :

« Le cercle vicieux des taux bas, qui obligent les ménages à épargner bien plus, ce qui entrave davantage la croissance et l’inflation, ne font que pousser les taux davantage vers le bas et donc augmenter le besoin d’épargner encore plus, sera enfin cassé. Au lieu de faire du ping-pong d’une bulle d’actifs à l’autre, en pansant de profondes plaies avec toujours plus de dette, nous allons enfin retrouver de la croissance économique véritable basée sur l’esprit entrepreneurial et l’augmentation du niveau de vie du peuple. La vélocité de la monnaie va enfin décoller du ras des pâquerettes. »

Selon nous, le mot clé de la situation ci-dessus est « enfin ». Aller du point A au point B pourrait être extrêmement difficile et long. La satisfaction des attentes des marchés ne sera probablement pas immédiate.

Les marchés ont réagi à la victoire de Trump de différentes façons, qui semblent contradictoires. Les métaux de base et le dollar pètent le feu (perspectives d’inflation) tandis que l’or et le pétrole affichent des faiblesses (ce qui est déflationniste). Un dollar très fort est déflationniste, tout comme les devises faibles des émergents. D’après John Lewis de Fiera Capital, « le dollar fort déstabilise les marchés, les actifs étrangers et les pays émergents qui remboursent leur dette en dollars (article du Wall Street Journal du 19 novembre).

Chute des obligations américaines à 10 ans

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Et d’après David Rosenberg de Gluskin Sheff, « il n’y a pas d’offre sur le marché des Treasuries, leur graphique ressemble à celui des actions bancaires de l’été et de l’automne 2008. Nous avons assisté mondialement à l’évaporation de 1,2 trillion de la valeur des obligations. » La faiblesse des obligations repose sur les attentes de l’augmentation des déficits et de l’inflation. Des taux obligataires plus élevés semblent contredire les attentes concernant la hausse des actions, d’autant plus que leur valorisation a atteint des sommets historiques, en seconde position juste derrière la bulle Internet (capitalisation boursière en pourcentage du PIB) :

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La victoire surprise de Trump a engendré un repositionnement frénétique parmi les différentes classes d’actifs. Tirant des conclusions hâtives, les investisseurs semblent avoir été pris dans un jeu de chaises musicales hautement spéculatif et émotionnel. Si seulement le futur était si simple à prédire ! La sagesse macro prévalant semble plutôt basée sur la certitude perçue qu’Obama-Clinton menait tout droit à la ruine, sans vraiment jauger les réalités qui composeront le monde selon Trump. Si l’analyse de consensus était vraiment une méthode fiable, comment expliquer les énormes pertes en capitaux qui ont suivi la bulle Internet ou encore la crise de 2008 ? De notre expérience, lorsque les marchés sont certains d’une certaine issue, cela signifie qu’il faut fuir en courant.

La Trumpmania a un effet opposé sur l’or. Après avoir grimpé durant la soirée de l’élection jusqu’à 1340 $ sur fond des craintes initiales concernant une victoire de Trump, la découverte du lendemain d’un Trump « modéré à la stature d’un chef d’État », une révélation d’après-campagne, a provoqué une chute intrajournalière de 70 $. En fin de semaine, l’or a clôturé à 1227 $ pour enregistrer une baisse totale de 8,4 %.

2 années de production d’or échangées en quelques heures sur les marchés papier bidon

Plus incroyable encore, des volumes records ont été enregistrés au COMEX durant le renversement de tendance : 2 millions de contrats ont été échangés, ce qui correspond à 2 années de production mondiale des mines d’or. Selon nous, rien que ce fait met en exergue la déconnexion absurde entre les instruments papier synthétiques et le véritable actif tangible qu’ils représentent. On peut dire avec certitude qu’une infime quantité d’or physique a changé de main durant ce mouvement. Si l’ETF or GLD s’est débarrassé d’environ 600 000 onces durant la semaine (17 tonnes), on est très loin des 6 200 tonnes d’or synthétique qui ont été balancées à la vente. Selon nous, la vente a été alimentée quasi intégralement par des spéculateurs ultra-long paniqués qui se sont retrouvés du mauvais côté du manche au lendemain de la victoire de Trump et se sont fait illico massacrer par les traders commerciaux qui ont monté un raid opportuniste.

Nous avons observé à de multiples reprises que des transactions papier purement spéculatives faussent le prix de biens physiques utilisés dans le monde réel. Selon nous, de telles distorsions qui parasitent les prix sont rendues possibles et encouragées par la volonté du Chicago Mercantile Exchange (CME) de promouvoir le trading à haute fréquence afin de doper sa profitabilité.

Nous pensons que ces fluctuations violentes vont un peu plus loin que cela. L’aller-retour entre l’euphorie et le désespoir n’a pris que 3 jours, alors qu’il faut 2 ans à l’industrie minière pour produire les 6 000 tonnes d’or qui ont soi-disant changé de mains durant ce bref intervalle.

Depuis 2000, l’or est l’actif le plus performant. Il devance largement aussi bien les actions que les obligations :

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L’or a grimpé aussi bien durant les administrations républicaines que démocrates. Nous prédisons qu’il continuera d’augmenter durant le régime ultra populiste et pragmatique promis, s’il devait se matérialiser. Les politiques monétaires radicales sont le fil conducteur qui a permis à l’or de grimper durant ces 17 dernières années. Elles sont indépendantes de la politique, leur base reposant sur un consensus bipartite inébranlable afin d’éviter les douleurs économiques et politiques requises pour corriger 5 décennies d’erreurs politiques.

Selon nous, il y a trop d’incertitudes pour abandonner la protection offerte par l’or. Si les marchés semblent dire adieu à ces 8 dernières années, cela ne signifie pas qu’il y a des solutions magiques. Si les taux continuent de grimper (et les pertes obligataires de s’accumuler), si l’inflation commence à augmenter, surtout lorsque les dépenses publiques partiront à la hausse, nous ne serons peut-être qu’à un ou 2 tweets de la déstabilisation des marchés. Trump est un pragmatique qui pourrait ou pas incarner le fantasme des marchés.

Et si Trump était le sauveur ?

Si Trump devait être le sauveur que tout le monde attend, notre futur est en effet radieux. Mais cela ne pourra être possible que si son administration s’attaque véritablement aux déséquilibres créés durant ces 45 dernières années. Selon nous, le processus de nettoyage de ces excès ne pourra avoir lieu sans infliger des pertes substantielles aux marchés. Même Ronald Reagan qui, contrairement à Trump, avait eu la chance d’hériter de marchés financiers substantiellement sous-évalués sur base des indicateurs d’aujourd’hui, n’a pas fait la joie des marchés durant les 2 premières années de son mandat, durant lequel le S&P a reculé de 24 %. Si nos réserves sont plausibles, l’exposition à l’or est indispensable, peut-être plus que jamais.

Article de John Hathaway (Tocqueville Gold Fund), publié le 29 novembre 2016 sur King World News

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pays émergents

En tenant compte de l’incertitude économique grandissante à travers le monde entier, la Chine va surprendre tout le monde avec sa stratégie. Interview de Stephen Leeb, publiée le 13 août 2016 sur KWN :

Un homme en avance sur son temps

Stephen Leeb : « Je vais commencer par me référer à un homme qui était en avance sur son temps, à savoir Howard T. Odum : un penseur légendaire qui a réfléchi sur la façon dont les êtres humains se rapportent aux ressources naturelles. Son dernier livre, A Prosperous Way, a été publié en 2001, un an avant sa mort… »

Stephen Leeb poursuit en martelant : « Malgré la reconnaissance indéniable qu’Odum a reçue au fil des années, notamment de la part de diverses universités et organisations américaines, l’élite de la politique américaine a omis de lire ses livres, en particulier le dernier ».

« La nourriture, le logement, les vêtements, les combustibles, les minéraux, les forêts… l’information… ce sont là des vraies richesses. L’argent papier, en soi, ne l’est pas ».

En d’autres termes, pour contrôler la richesse réelle, vous avez besoin de richesses réelles. À titre d’exemple, admettons que quelqu’un possède de vraies richesses – celles-ci incluant tous les produits. Il se désintéresserait dès lors complètement de votre argent papier, au cas où quelqu’un d’autre est en capacité de lui offrir, à son tour, de vraies richesses en contrepartie.

La Chine prend le contrôle de toutes les ressources naturelles essentielles

En appliquant en pratique cette simple observation, les Chinois et l’Orient, en général, font passer les gouvernements occidentaux pour des abrutis finis. Étape par étape, ils établissent un contrôle sur toutes les ressources naturelles essentielles, du pétrole, en passant par le  cuivre, le minerai de fer (et donc l’acier), pour arriver aux terres rares et à l’argent. Et ce sans oublier bien sûr l’or – la ressource naturelle nécessaire pour faire de l’argent une richesse.

Leurs efforts pour contrôler le pétrole sont passés complètement inaperçus. Mais au bout du compte, ce sera à la fois un coup fatal pour l’Occident et pour le dollar, et un coup de pouce énorme pour l’or. En effet, lorsqu’il est question des ressources naturelles essentielles, l’énergie occupe le sommet de la hiérarchie. Sans énergie, vous ne pouvez pas générer assez de nourriture et vous êtes à court d’eau. De fait, le résultat est un chaos total. Les civilisations qui ne peuvent pas se procurer assez d’énergie sont vouées à l’effondrement.

La Russie, l’Arabie Saoudite et la guerre du pétrole

La poussée de la Chine pour le contrôle énergétique se transpose sur une autre course très importante : celle entre la Russie et l’Arabie Saoudite. À l’issue de celle-ci, le pétrole d’un de ces deux pays émergera comme la plus importante source énergétique dans le cadre d’une nouvelle ère du pétrole où, comme nous le verrons ci-dessous, la Chine envisage d’établir son contrôle.

Lorsque l’Arabie Saoudite a décidé d’inonder les marchés mondiaux avec son pétrole, l’Occident a perçu en cela une tentative de la part des Saoudiens de détruire l’industrie nord-américaine du pétrole de schiste. Mais force est de constater que ce fut une interprétation absurde. Bien sûr, les Saoudiens pourraient arrêter une partie de la production de schiste pendant quelques années, en engendrant notamment des faillites par-ci par-là. Mais le pétrole à bas prix n’allait pas littéralement détruire le gaz de schiste. Les prix en question pourraient ruiner certaines entreprises, certes, mais absolument pas le gaz de schiste, d’autant plus si l’on tient compte des grandes compagnies pétrolières établies à partir d’Exxon jusqu’à Chevron, les unes plus désireuses que les autres de saisir les actifs de schiste.

Qui plus est, durant tous ces débats, on n’a pas vraiment pris en compte la capacité du gaz de schiste à rester économiquement fort, et ce malgré les bas prix du pétrole. La plupart des estimations affirment que le gaz de schiste atteindra le sommet énergétique au début de 2020, sinon avant. Notons aussi que les entreprises de plus en plus puissantes, qui finiront par contrôler le gaz de schiste, pourront maintenir la production plus longtemps que prévu.

En d’autres termes, en martelant que les Saoudiens faisaient tout pour évincer les producteurs de gaz de schiste, on martelait qu’ils se donnaient tout ce mal pour, tout porte à le croire, étendre l’espérance de vie d’une industrie concurrente. Espérance de vie qui ne fait que commencer.

Un évènement sans précédent dans l’histoire humaine

Les décisions des Saoudiens ont conduit à une réalité qui n’a pas eu de précédent : pour la première fois de l’histoire, tous les pays majeurs en matière de production de pétrole, produisaient en dessous de tous les coûts. En d’autres termes, pas un des principaux producteurs de pétrole du monde fermait ses vannes. La croissance de chacun de ces pays a ralenti, tandis que même les mieux placés d’entre eux, y compris l’Arabie Saoudite, ont emprunté de l’argent et dépensé de leurs réserves monétaires pour joindre les deux bouts.

On peut dès lors se demander pourquoi on s’empresse à pomper autant de pétrole ? À ce propos, quelques chiffres et quelques dates peuvent nous donner une réponse partielle. La stratégie de l’Orient n’est pas tant de détruire l’industrie schiste, mais d’établir son pétrole comme étant la majeure partie de l’indice de référence.

Entre le début de l’année 2010 et la fin de 2014, l’Arabie Saoudite a fourni à la Chine plus de 250 millions de tonnes de pétrole, tandis que la Chine n’a eu que 117 millions de tonnes fournies par la Russie. Depuis 2015, le différentiel a progressivement rétréci. Au cours des 10 derniers mois, le plomb a changé de mains cinq fois – lors de cette période, on dénombre les seules cinq reprises lors desquelles la Russie a exporté plus de pétrole en Chine que l’Arabie Saoudite.

La stratégie brillante de la Chine pour contrôler le marché du pétrole

Quand on parle de dates pertinentes, notons qu’en 2014, la Chine a fait savoir qu’elle voulait commencer à négocier une référence du pétrole. Cette référence n’est pas une mince affaire en matière économique et géopolitique, car elle a pour vocation de déterminer ce que les acheteurs individuels et les vendeurs négocient. Bien que le pétrole soit en grande partie fongible, il existe des différences entre les pétroles produits dans les différents pays, et bien que ces différences ne soient pas très grandes, elles peuvent toutefois rendre le processus de raffinage plus facile ou plus difficile en fonction du type de raffineries dont les pays disposent. Si un point de référence venait à se concrétiser, et que votre pétrole s’avérait être le constituant le plus important de ce point de référence, vous vendriez naturellement plus de pétrole.

Les plans de la Chine quant à instaurer un point de référence du pétrole ont attiré une certaine attention au départ, mais ils ont connu un angle plus ou moins mort par la suite. En 2014, le Financial Times a cité un analyste qui a affirmé que « le contrat pétrolier ne sera probablement pas aussi influent que les contrats chinois à termes sur les métaux, tout simplement parce que les marchés mondiaux du pétrole sont déjà très vastes et liquides », avant d’ajouter qu’« une grande partie de la réussite ou de l’échec de ce plan, pourrait dépendre de la rapidité avec laquelle la Chine instaurerait son contrôle sur les importations de pétrole ». Au moment où la Chine a annoncé ses plans pour un indice de référence, les importations de pétrole étaient majoritairement dans le ressort des entreprises publiques. Les petits raffineurs devaient donc acheter leur pétrole aux entreprises publiques chinoises.

Cela a changé en août 2014, lorsque la Chine a ratifié son premier permis à une raffinerie de petits raffineurs, en les autorisant ainsi à importer du pétrole directement à partir de sources étrangères. A l’époque, le pétrole brut se négociait autour de 100. Le mois suivant, les Saoudiens ont considérablement haussé leur production et ils ont également haussé leurs exportations vers la Chine de 20 %, c’est-à-dire au plus haut niveau jamais enregistré. Au début de 2015, la Chine a publié un décret permettant à tous les petits raffineurs d’importer du pétrole directement à partir de sources étrangères.

La Chine est maintenant prête à contrôler les marchés pétroliers de l’Orient

La Chine a rejoint les affaires de raffinage pour de bon. Gardez à l’esprit que le pétrole non raffiné est plus important en matière de quantité que le pétrole liquide noir et inflammable. Avec l’Orient qui est destiné à devenir de loin le plus grand marché de pétrole, et la Chine, qui est de loin la plus grande économie de l’Orient, l’Etat chinois est prêt à établir un contrôle presque complet sur les marchés pétroliers orientaux.

Le 21 juillet 2016, Platts, leader mondial dans l’information sur le pétrole, a publié un article intitulé : « Analyse : les exportations de produits pétroliers en provenance de la Chine sur le point de battre tous les records ».  En d’autres termes, le contrôle de la Chine sur le marché pétrolier de l’Orient est bel et bien en route. Qui plus est, il faut s’attendre à ce que l’indice de référence du pétrole, dont la mise en place a été retardée de plus d’un an depuis le début des négociations, va certainement être opérationnel tôt ou tard.

Une fois l’indice de référence en place, la course entre la Russie et l’Arabie Saoudite va probablement cesser. Ils diminueront leurs niveaux de pompage et la manipulation du prix du pétrole se terminera. En effet, le prix du pétrole va certainement commencer à grimper et éventuellement atteindre des records sans précédent.

La Chine contrôlera le pétrole, mais qu’en sera-t-il de l’or ?

Il y aura beaucoup de gagnants : la Russie, l’Arabie Saoudite et, surtout, la Chine. Pour revenir à la distinction que nous avons faite au départ, la Chine se positionne dans le jeu de la richesse, et non pas dans celui de l’argent. Les transactions de pétrole avec la Russie sont déjà bel et bien libellées en Yuan. À ce propos, si l’on prend en compte tout l’or que la Chine et la Russie ont accumulé, ces échanges sont de facto soutenus par la seule ressource qui représente à la fois l’argent et la richesse, à savoir l’or. Lorsque l’Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe auront rejoint la partie, la nouvelle monnaie sera effectivement le Yuan.

Cela dit, Il y aura également un perdant notable, à savoir les États-Unis. En effet, l’Etat nord-américain souffrira du fait que sa production de pétrole de schiste en pleine diminution ne sera pas suffisante pour répondre à ses besoins. En lien avec cela, le pétrole produit en Orient étant libellé en Yuan et soutenu par l’or, le dollar américain ne pourrait être que perdant.

En conclusion, clarifions plusieurs choses. Tout d’abord, le pompage massif du pétrole n’a jamais été une stratégie qui vise à détruire le schiste américain. Ensuite, la Chine est sur le point de prendre les rênes du pétrole. Et, enfin, le point le plus important : le pétrole ne sera plus échangé contre n’importe quel morceau de papier, mais seulement contre ces papiers qui sont effectivement soutenus par la richesse, à savoir par l’or. Si vous ne possédez pas d’or, vous serez dans une position délicate pendant très longtemps. »

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Avec des queues interminables en période de grève, des conflits à feu et à sang, des enjeux géopolitiques avérés, une guerre des prix du baril qui conditionne la vie de tous les citoyens, le pétrole est au cœur de l’économie mondiale et n’a de cesse de faire parler de lui.

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À l’image des célèbres et néanmoins détestables texans de la série Dallas, la grande saga du pétrole brut est riche en intrigues et rebondissements plus ou moins inattendus. Qu’en est‑il aujourd’hui de l’état du paysage économique pétrolier international ?

Afin de s’adapter au mieux à la demande croissante et constante d’essence et produits pétroliers dérivés à fournir au monde entier, les pays producteurs de pétrole brut doivent sans cesse augmenter leur production chaque année pour bientôt atteindre les 35 milliards de barils par an, équivalent au chiffre vertigineux de 96 millions par jour, et le pétrole représente à lui seul presque 10% des exportations dans le monde !

En tête des pays producteurs, les USA, l’Arabie Saoudite, la Russie, la Chine et le Canada arrivent encore à satisfaire la demande des consommateurs pour ce premier produit d’exportation mondiale, malgré une baisse significative des réserves qui inquiète les écologistes, les marchés et les pays les moins chanceux possédant les plus petites réserves, tels Israël ou encore la Jordanie. En effet, une croissance de la consommation mondiale de presque 500 millions de barils à l’année ne peut qu’amoindrir dangereusement et de plus en plus ces réserves naturelles ; ceci pour satisfaire l’appétit démentiel et infini des consommateurs de pétrole brut, Américains et Chinois en tête, qui en dévorent des dizaines de milliards par an, face aux petites îles pouvant se targuer de ne consommer que moins d’un millier de barils par jour.

Car la production mondiale de pétrole génère des revenus incroyables et à donner le tournis en terme d’exportation, pour plus de 700 milliards de dollars nets pour les pays producteurs/exportateurs de l’OPEP. Les dix compagnies pétrolières mondiales les plus influentes se frottent donc les mains et louent allègrement le Dieu Pétrole qui leur permet de brasser des milliers de milliards de dollars par an. De quoi donner le vertige et un appétit féroce pour les dollars à ces entreprises de exploitant les puits de pétrole brut ! Les Chinois, Britanniques, Français ou encore Brésiliens des grands compagnies aux noms désormais célèbre tels Shell, BP ou Total ont une manne financière immense aux dépens d’une population attachée aux énergies fossiles qui ne connaît pas vraiment la crise malgré les initiatives « vertes » et le développement d’énergies alternatives.

Avec des enjeux géopolitiques certains et sensibles, ainsi qu’une répartition géographique inégale des ressources, les pays limitrophes des grands producteurs comme les pays du Golfe, habitués à payer moins de 2 dollars le gallon (3,79 litres) ne peuvent que s’estimer chanceux face aux Européens, aux Turcs et aux Chinois, obligés de débourser jusqu’à quatre fois plus !

Car le marché est dépendant de facteurs divers affectant directement le prix de cette essence essentielle à la bonne marche d’un pays et de son économie toute entière : les instabilités politiques, les influentes décisions de l’OPEP, l’état global des marchés financier, la météo ou encore les taux de change du dollar font la pluie et le beau temps en ce qui concerne le pétrole. La situation est aussi complexe qu’une intrigue de telenovela…

N’oublions pas que le prix de l’essence ne dépend pas que du prix du pétrole brut mais aussi du coût du raffinage de ce même pétrole, ainsi que des coûts de distribution, du marketing effréné des compagnies pétrolières à des heures de grande écoute à la télévision et sur le bord des routes, et bien évidemment des taxes plus ou moins significatives que chaque gouvernement applique sur cette consommation quotidienne !

Ces chiffres insensés font aussi bien rêver ou cauchemarder : le plus grand champ pétrolier au monde contient plus de cinquante milliards de barils, la plus grande raffinerie au monde peut traiter plus d’un million de barils par jour ; mais d’un autre côté moins strass, paillettes et dollars et davantage catastrophes écologiques et gaspillage, la plus grande catastrophe pétrolière au monde pendant la guerre du Golfe a répandu des centaines de millions de gallons de cette énergie et ressource non renouvelable… Il faudra bien à tout prix abreuver le milliard de véhicules, navires gigantesques et avions à la soif avide qui parcourent des millions de kilomètres chaque jour à travers le monde !

Aujourd’hui et plus encore à l’époque de la consommation effrénée et décomplexée d’un système capitaliste mondialisé, le pétrole est au cœur des débats et de la vie quotidienne, influençant tous les citoyens et leurs modes de vie. La politique et les guerres sont aussi de la partie, pour preuve la guerre du Golfe, les échanges avec des pays où le respect des droits de l’homme fait encore débat, les millions de dollars que l’État Islamique amasse chaque mois en vendant du pétrole brut ! Pour les plus veinards – tout dépend de quel côté on se place – l’essence peut être moins chère que du papier toilette ou du saumon ! Mais la situation est complexe et ce ne sont pas les plus grands producteurs qui sont forcément les pays les plus riches, avec le contrôle du marché par les 13 pays de l’OPEP qui influencent à eux seuls près de la moitié de la production mondiale.

Au cœur des guerres et de la consommation courante, le pétrole n’aura de cesse de faire naître débats éthiques, idées alternatives et de générer pléthore de billets verts et conflits délicats, jusqu’à – peut-être – épuisement des ressources. Affaire à suivre…

Source : Ecoreuil.fr, reproduit avec leur aimable autorisation.

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Article de MineWeb.com, publié le 14 janvier 2016 :

« Suite à notre analyse du cycle des matières premières et nos conclusions que leurs cours devraient se stabiliser ou continuer à baisser dans les 15 prochaines années, cet article se penche sur les conséquences.

Il semble fort probable que la chute récente des prix des matières premières est l’une des plus importantes de l’histoire. La dégringolade que nous vivons pourrait même égaler l’implosion que nous avons connue entre 1917 et 1931.

C’est un fait que tout super cycle des matières premières, qui voit leurs prix s’envoler, est suivi par une surproduction. Cette suroffre se prolonge pendant des années alors que les sociétés sont engagées dans une bataille dangereuse, avec pour enjeu leur survie, de baisse de leur production et des coûts.

Vous souvenez-vous de la crise pétrolière des années 70 ? Le cours actuel de l’or noir est aujourd’hui plus bas qu’en 1981 vu que l’offre en pétrole est trop importante. Les producteurs de pétrole poursuivent l’extraction  de barils de brut à tour de bras afin de conserver leurs parts de marché. Leur plus grand ennemi n’est pas le client mais leurs concurrents. Voyez à ce titre ce que pense l’Iran de l’Occident et de l’Arabie Saoudite, engagés dans une guerre par procuration contre elle.

Vous rappelez-vous de pénuries d’acier, de minerai de fer et de bien d’autres matières premières comme le bois de construction et le caoutchouc ? Non, et personne n’a d’ailleurs mémoire de ce genre d’événement. En ce qui concerne l’acier, le prix plancher de ce métal provient d’une surproduction telle que la planète pourrait reconstruire l’intégralité de ses infrastructures durant la décennie à venir rien qu’avec la production actuelle.

Le cours de l’acier n’a pas encore atteint son plus bas alors qu’une production additionnelle va bientôt atteindre le marché et que les prix du minerai de fer ont déjà chuté de 2/3.

L’avenir des consommateurs est quant à lui radieux alors que les prix du blé, du maïs, de l’avoine et de la viande sont à leur plus bas en termes réels. En ce qui concerne le prix du blé, nous possédons des statistiques remontant à 750 ans. En dollars et en termes nominaux, le blé fin 2015 était 6 % moins cher qu’en décembre 1973.

En bref, la planète produit trop de denrées alimentaires comme le blé et le maïs. Les prix du boeuf et du poulet exprimés en dollar baissent également. Je suppose que d’ici la fin du cycle de baisse des matières premières, les consommateurs des pays développés dépenseront moins de 5 % de leurs revenus dans l’alimentaire, et peut-être même plus dans les sorties au restaurant qu’au supermarché.

Les effets sur les économies des marchés émergents comme l’Afrique du Sud seront énormes si l’histoire devait se répéter et que la planète se dirige vers une nouvelle période de 15 ans de bas prix pour les matières premières. (…)

Je vais me lancer dans des prédictions : le plus gros de la chute est derrière nous, mais les prix des matières premières devraient encore baisser de 30 % en termes réels, même si une baisse supplémentaire de 20 % pourrait nous conduire vers le plus bas définitif. Durant un tel cycle baissier, le monde change.

Rappelez-vous l’hyperinflation qu’a connue l’Allemagne dans les années 20 les années 30 alors que les prix baissaient à la même époque dans des pays comme les États-Unis et la Grande-Bretagne. Nous assistons à un phénomène similaire aujourd’hui. Au Brésil et en Russie, l’inflation s’écrit avec 2 chiffres tandis qu’au Venezuela, elle pourrait dépasser les 100 %.

Il y a un peu de croissance en Europe et sur le continent américain mais surtout beaucoup de déflation, comme en Suisse. Il y a très peu d’inflation dans la zone euro et aux États-Unis, ainsi qu’au Japon.

Le réajustement des devises est probablement la plus grosse différence entre la période de la Grande Dépression et l’environnement actuel de faible croissance. Les devises jouent un rôle de pare-chocs pour les exportations des matières premières ainsi que de facteurs additionnels de déflation pour les pays développés et la Chine.

La hausse du chômage au Brésil, en Russie, en Arabie Saoudite et bien sûr en Afrique aura des conséquences politiques significatives. (…) Non seulement cette baisse diminuera leurs revenus, mais ils connaîtront également des taux d’intérêt plus élevés sur leur dette et une inflation supérieure. L’impact sera également visible sur l’équilibre de leur budget.

Confrontés à cette tempête parfaite, ces pays verront également leur note être abaissée. (…) Les pays développés peuvent donc s’attendre à la poursuite des flux migratoires en provenance de ces pays. (…)

Bouleversement au niveau des sociétés spécialisées dans les matières premières

Cependant, ce cycle de baisse des matières premières de 15 ans provoquera la métamorphose des sociétés spécialisées dans les matières premières et l’agriculture. Ces sociétés emploieront toujours moins de personnel pour être de plus en plus automatisées. (…) »

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or physique

Article de MarketWatch.com, publié le 23 février 2016 :

« Le cours de l’or a grimpé de 1 % mardi, effaçant ainsi plus de la moitié de ses pertes enregistrées lundi alors que les baisses des marchés actions mondiaux et du pétrole ont poussé les investisseurs à privilégier les valeurs refuge.

Les futures or pour livraison en avril ont grimpé de 12,5 dollars, soit de 1 %, pour clôturer à 1222,6 dollars l’once, enregistrant ainsi leur 4e séance positive en 5 jours. L’argent pour livraison en mars a vu son prix augmenter de 5,6 centimes, soit 0,4 %, à 15,24 dollars l’once.

Le cours de l’or avait baissé de 1,7 % ce lundi alors que l’optimisme général des marchés financiers s’était traduit par une embellie pour les actifs risqués comme les actions et le pétrole, et par une baisse de l’or.

Cependant, cette tendance s’est inversée ce mardi alors que les marchés américains baissaient. En Asie, Shanghai clôturait également dans le rouge ainsi que le principal indice européen.

« Durant les 7 derniers jours, l’or est entré dans une phase de digestion alors que le grand retour de la prise de risque parmi toutes les catégories d’actifs a réduit la demande pour les valeurs refuge, » a déclaré Tyler Richey, coéditeurs du 7:00’s Report.

Mais la baisse des cours du pétrole de ce mardi, enregistrée grâce aux commentaires du ministre du Pétrole saoudien Ali al-Naimi concernant son accueil favorable de nouvelles sources d’approvisionnement de pétrole malgré un contexte de surproduction mondiale, « a consacré le retour de la demande de l’or, » a déclaré Richey.

« À court terme, la volatilité continuera d’être le grand animateur du marché de l’or. Si l’appétit pour le risque continue de baisser au cours de la semaine, la tendance haussière bien visible de l’or est destinée à se poursuivre avec des supports clés situés à hauteur de 1190 et 1200 $ l’once, » a-t-il ajouté.

Simultanément, la banque de Chine a de nouveau dévalué le yuan par l’écart le plus important de ces 6 dernières semaines. Cette décision est perçue en tant que le dernier signe du ralentissement de l’économie chinoise qui ne fait que renforcer les craintes concernant la baisse des importations de la seconde économie du monde. Outre ce titre, la Chine est également l’un des importateurs les plus importants de matières premières de la planète. (…) »

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nuages noirs

Article de Jim Rickards, publié le 22 octobre 2015 sur DailyReckoning.com :

« La chute du cours du pétrole d’environ 100 $ le baril à 40 et à 60 $ représente une baisse de minimum 40 %. Il s’agit d’un mouvement extrême qui ne s’est produit qu’à trois reprises durant les 70 dernières années.

Le pétrole et les autres matières premières sont des actifs volatiles mais cela ne signifie en aucun cas qu’il s’agit d’une fluctuation normale. Cela correspond à une baisse de 8000 points du Dow Jones.

Lorsque le brut a commencé à s’effondrer, la surprise fut totale. Personne ne s’y attendait, à l’exception peut-être de la poignée de gens qui y travaillaient en coulisse.

Lorsque le cours du pétrole est passé de 100 à 60 $, un mouvement extrême comme je l’ai dit, les gens ont dit que la prochaine étape est à 50 $, puis 40 $, puis 30 $. Tous les scénarios sont à considérer mais il semble que le pétrole oscillera aux alentours des 60 $. Il y aura des mouvements de hausse et de baisse mais le prix devrait se fixer autour de 60 $. Un niveau néanmoins suffisant pour faire énormément de dégâts.

Pourquoi tabler sur 60 dollars ? J’avance ce chiffre non pas parce que je pense être plus intelligent que les autres analystes ou parce que je possède une boule de cristal mais j’ai eu l’opportunité de parler à de nombreux professionnels de ce secteur qui eux tablent sur 60 $ le baril.

Des raisons concrètes pour expliquer la chute du cours du pétrole

Il est évident que l’Arabie Saoudite est le fournisseur clé. Ce pays influe sur les volumes produits. Il connaît sur le bout des doigts la situation mondiale du secteur.

Grâce à la révolution de la fracturation hydraulique aux Etats-Unis : ils ont noté que les États-Unis sont devenus le plus gros producteur d’énergie du monde proches de devenir un exportateur net. Pourtant, s’il est clair que l’économie américaine est plus vigoureuse que celle de bien d’autres pays, le ralentissement économique mondial est bien une réalité. L’Arabie Saoudite se rend bien compte que l’économie ralentit. La question étant de déterminer l’ampleur de ce ralentissement et l’attitude à adopter.

Si l’Arabie Saoudite ne peut pas se débarrasser de la fracturation hydraulique, elle peut au moins mettre en faillite un grand nombre de sociétés du secteur ou leur mettre des bâtons dans les roues. Comment le faire ? En poussant le cours du pétrole à des niveaux assez bas afin de faire mal au secteur de la fracturation hydraulique, aux coûts de production plus élevés.

Le pouvoir de l’Arabie Saoudite réside dans sa capacité d’extraire du pétrole bon marché. Cela ne leur coûte que quelques dollars pour produire un baril. Les champs furent découverts, explorés et forés il y a des décennies toute l’infrastructure est en place. De ce fait, l’Arabie Saoudite continue de gagner de l’argent, même à 40 $ ou 30 $ le baril. Bien entendu, son bénéfice en pâtit.

En théorie, il y a un chiffre assez bas pour faire mal au secteur de la fracturation hydraulique tout en étant assez élevé pour les Saoudiens. Ce chiffre qui provient d’une source très fiable est de 60 $. Suffisant pour engendrer des faillites mais assez élevé pour ne pas mettre en danger l’économie de l’Arabie Saoudite.

Les pertes à venir du secteur de la fracturation hydraulique

Les pertes commencent seulement à apparaître et finiront par se manifester là où on ne les attendait pas. Les premières pertes apparaitront dans les obligations pourries (junk bonds). Le secteur alternatif de l’énergie a emprunté pour 5,4 trillions de dollars durant les cinq dernières années pour mettre en place l’infrastructure, explorer et forer les champs. Lorsque je parle de secteur alternatif de l’énergie, je parle du secteur de la fracturation hydraulique, qui se trouve principalement dans Bakken, le Dakota du Nord mais aussi au Texas et en Pennsylvanie. (…)

Lorsque de nombreux producteurs se sont présentés devant les banques pour obtenir des crédits, les modèles du secteur pétrolier tablaient sur des cours du pétrole de 80 à 150 $ le baril. (…) Aucune société n’a emprunté de l’argent en pensant pouvoir engranger des profits avec un baril à 50 $.

Il y aura donc une quantité appréciable de dette qui ne pourra être remboursée. Combien ? Nous entrons désormais dans le domaine des spéculations ; je pense que cela pourrait atteindre 50 % du montant total mais soyons prudents et partons sur base d’un scénario de 20 %. Soit un trillion de dollars de pertes qui ne sont pas intégrées par les marchés.

L’explosion du marché des subprimes en 2007 ? De la petite bière !

Faisons désormais un bond dans le passé, jusqu’à 2007. Le montant total de crédits subprimes et Alt-A s’élevait à environ un trillion de dollars. Les pertes de ce secteur ont dépassé allègrement les 20 %. Il s’agissait donc d’un marché d’un trillion de dollars qui a encaissé des pertes de 200 milliards.

Ici nous parlons d’un marché de cinq trillions avec des pertes d’un trillion en dette non remboursée, sans prendre en compte les produits dérivés. Il s’agit donc d’un fiasco à venir bien plus grave que la crise des subprimes qui a fait plonger l’économie en 2007. (…)

Même à 60 $ le baril (note : et on en est loin aujourd’hui), les conséquences seront bien plus graves que celle de 2007. Il s’agit d’un désastre en attente mais en plus des créances douteuses, il y a les dérivés.

Certaines sociétés vont tomber en faillite. Ce qui signifie des pertes boursières pour les sociétés qui ne s’étaient pas assurées contre ce risque. De nombreuses sociétés feront ensuite défaut sur leur dette, qu’il s’agisse d’obligations pourries ou de crédits bancaires.

Certaines sociétés parviendront à s’en sortir car elles avaient acheté des produits dérivés pour se protéger mais la question est de savoir désormais qui est la contrepartie… Rappelez-vous la crise immobilière. Nous savons aujourd’hui que dans la plupart des cas, la contrepartie était AIG.

AIG était un assureur vieux de 100 ans qui avait fait le pari que le prix de l’immobilier ne baisserait pas. Un pari auquel participait aussi Goldman Sachs et bien d’autres institutions. Lorsque le prix de l’immobilier s’est mis à baisser, tout le monde s’est tourné vers AIG pour obtenir son chèque.

AIG fut dans l’incapacité de payer et dut donc être renfloué par le gouvernement américain à hauteur de 100 milliards de dollars. Nous faisons face à une situation similaire aujourd’hui. Ces paris ont été faits un peu partout car personne n’imaginait le pétrole atteindre 60 $ le baril ou moins.

Les pertes commencent à se manifester, petit à petit. Je ne dis pas que ça arrivera demain mais nous sommes au début d’un désastre lancinant. (…)

Avec le baril à 45-55 $, la plupart des petits producteurs ne sont pas rentables. Ils commenceront à faire défaut sur leur dette à la fin de 2015 ou début 2016. (…) »

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Article de IRD, publié le 19 août 2015 :

Tous les indicateurs économiques les plus importants, ceux qui sont les moins manipulés, sont en train de s’effondrer comme ce fut le cas en 2008/2009. Par exemple : l’Empire State Fed (activité industrielle) est retombé au même niveau qu’en 2009.

L’index des new orders (nouvelles commandes), le meilleur indicateur de la vente en gros, a plongé vers des niveaux que l’on n’avait plus vus depuis 2010, lorsque la Fed était sur le point d’injecter presque 4 trillions de dollars d’argent frais dans le système financier.

L’effondrement des cours des matières premières est largement accepté mais le baromètre le plus important de l’économie est le pétrole. Le cours du brut a démarré sa chute au milieu de l’année 2014 soit lorsque j’avais suggéré que l’économie américaine était en train de ralentir. Après le rebond du chat mort, l’effondrement a repris :

WTI-brut

Les grosses banques de Wall Street ont tout intérêt à soutenir le cours du brut. Pourquoi ? Car elles possèdent pour des centaines de millions de dollars d’obligations émises par les sociétés spécialisées dans la fracturation hydraulique qui sont en train de s’effondrer. Bien sûr, les amendes ridicules de la SEC et de la CFTC pour avoir enfreint la loi et s’être engagé dans des activités frauduleuses sont considérées comme des frais d’exploitation mais la perspective de perdre des centaines de millions sur de la dette sûre senior est considérée comme le prix du sang.

Si Wall Street avec l’aide des banques centrales ne parvient pas à soutenir le cours du pétrole cela signifie qu’un gros problème plane sur l’économie mondiale et particulièrement sur les États-Unis, le plus gros consommateur de pétrole du monde.

Enfin, le meilleur indicateur global montrant que la fin de la folie qui règne sur les marchés est terminée et à quel point les interventions de la Fed sur les marchés sont devenues grosses comme une maison. À chaque fois que le S&P 500 est sur le point de tomber de la falaise, comme aujourd’hui par exemple, un acheteur miraculeux sort du bois. Cette demande est identifiée et devancée par les algorithmes du trading à haute fréquence ce qui permet aux actions de s’éloigner de la falaise. Je connais beaucoup de gens qui sont passablement irrités par cette situation mais je serais encore plus choqué si Yellen et compagnie n’intervenaient pas de façon quotidienne sur les marchés actions.

Mais il y a encore pire : le marché obligataire, les taux d’intérêt sont quasi bloqués !!! En fait, je dirais même que les faits montrent que le marché des treasuries est en quelque sorte fermé. La Fed est de loin le plus gros porteur et, via son réseau de négociants principaux primaires et la banque du Japon, elle s’assure que la majorité de l’offre mise en vente n’atteigne jamais les marchés. Pour rafraîchir la mémoire de tout le monde, rappelez-vous que la banque du Japon achète les obligations japonaises aux fonds de pension japonais avec du yen fraîchement créé et que ceux-ci les remplacent par des obligations américaines. De façon indirecte, le Japon est devenu l’entrepôt des Treasuries « égarées » à savoir les titres dont se débarrassent la Russie et la Chine.

Comprenez bien que c’est l’argent créé qui a propulsé les marchés actions à leur plus haut historique. Il ne s’agit pas de « richesse ». Le chiffre d’affaires des sociétés du S&P 500 sont en déclin depuis quelques trimestres désormais. Si on utilisait les normes comptables de 2000 au lieu des standards trompeurs d’aujourd’hui, les ratios p/e (ratio entre le prix d’une action et les bénéfices d’une entreprise) seraient les plus élevés de l’histoire. (…) »

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Article de ZeroHedge (traduction condensée), publié le 9 juin 2015 :

« La mort du pétrodollar et l’éventualité de l’hégémonie du yuan sont selon nous les 2 éléments critiques pour comprendre les changements géopolitiques et économiques à venir. En novembre dernier, nous avions expliqué comment le pétrodollar a commencé à mourir à petit feu, soit un système qui a permis d’asseoir la dominance du dollar durant les dernières décennies. (…)

La chute des cours du brut a accéléré le début de la fin du pétrodollar alors qu’en 2014 les pays de l’OPEC retiraient des marchés des fonds pour la première fois depuis près de 2 décennies  (voir ci-dessus). (…)

Dès novembre, les statistiques de SWIFT indiquaient que 15 nouveaux pays avaient rejoint le club des nations qui utilisent le yuan dans plus de 10 % de leurs échanges avec la Chine. (…) Plus tôt durant ce même mois, la Chine et la Russie avaient indiqué qu’à l’avenir, de plus en plus d’échanges entre les 2 pays seraient conclus en yuan. (…)

Aujourd’hui, Gazprom confirme l’émergence du pétroyuan en annonçant que depuis le début de l’année toutes les ventes de pétrole à la Chine sont facturées en yuan (ou renminbi). L’information a été rapportée par le Financial Times, qui a écrit :

« Le 3e producteur de pétrole de Russie facture désormais toutes ses ventes de brut à la Chine en renminbi. Il s’agit de la preuve la plus flagrante que les sanctions occidentales n’ont fait qu’accélérer l’adoption du yuan par les sociétés russes.

Les patrons russes avaient discuté de la possibilité de se détourner du dollar en faveur du renminbi alors que le Kremlin entamait son pivot vers l’Asie, une politique étrangère décidée en partie en raison des sanctions économiques occidentales contre Moscou à cause de son intervention en Ukraine mais jusqu’à maintenant il y avait très peu de clarté concernant les volumes d’échanges en yuan.

Gazprom Neft, le bras pétrolier du géant étatique Gazprom a déclaré vendredi dernier que depuis le début de l’année 2015, toutes ses exportations en provenance du pipeline « est de la Sibérie océan Pacifique » sont facturées en renminbi.

Les exportations de pétrole russe étaient essentiellement facturées en dollars jusqu’à l’été de l’année dernière lorsque les États-Unis et l’Europe ont imposé des sanctions au secteur énergétique russe en raison de la crise ukrainienne. (…)

D’après les résultats trimestriels de Gazprom, ce pipeline représente 37,2 % des exportations de la société. »

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Ce qui signifie que le pétroyuan est né. Si le FT note également que « les autres groupes énergétiques russes ont été plus réticents à abandonner le dollar », le fait que les producteurs russes considèrent désormais ouvertement la même transition alors que les politiques américains et européens évoquent de nouvelles sanctions économiques signifie que l’adoption du renminbi pourrait se renforcer à l’avenir. (…)

En bref, les sanctions économiques contre la Russie ont poussé les producteurs à facturer leurs exportations de brut en yuan alors que la quote-part du pétrole russe dans les importations chinoises de brut augmente. En attendant, avec la baisse du cours du pétrole conjuguée à la sortie de pétrodollars du système financier pour la première fois depuis 18 ans, si les prévisions de Goldman sont correctes, l’apport net en pétrodollars pourrait chuter de 900 milliards de dollars dans les 3 années à venir. (…) »

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Article de SRSrocco report du 26 février :

« Le monde se dirige vers un effondrement financier et économique de proportions bibliques. Les investisseurs se rangent aujourd’hui en 2 grandes catégories : la grande majorité qui détient des actifs papier et une petite minorité de la populace qui investit dans des actifs tangibles comme les métaux précieux.

Aujourd’hui, le système financier récompense ceux qui investissent dans le virtuel tout en punissant ceux qui privilégient l’or et l’argent. Bien sûr, cela ne durera pas mais depuis le record de l’or et de l’argent de 2011, cela semble durer une éternité.

Il y a cependant une lueur au bout du tunnel alors que 2 premières fissures apparaissent dans le secteur qui soutient l’ensemble du système financier leveragé et axé sur la dette. Je vais le répéter une fois de plus pour que cela soit bien clair : c’est l’énergie et non pas la finance qui propulse les marchés. La finance fournit le guidon afin d’éviter les sorties de route mais c’est l’énergie qui détermine la vélocité. Sans des sources d’énergie croissantes, le dollar n’existerait pas.

Cela dit, le secteur minier de l’or est maintenant dans de sales draps vu que la faiblesse du cours du métal jaune empêche l’exploration qui garantirait la production future. À quel point la situation est-elle mauvaise ? Observez le graphique ci-dessus.

Dans les années 60, les dépenses en prospection par dollar investi engendraient un taux de retour de 105 dollars. Par la suite ce fut un long déclin. De 83 $ dans les années 70 on est passé à 57 $ dans les années 80, à 23 $ dans les années 90 et enfin à 11 $ dans les années 2000. En bref, le taux de retour énergétique a baissé de 90 % en 40 ans. Il s’agit d’un effondrement du taux de retour dans le secteur de l’or qui s’explique par le fait que tout ce secteur est basé sur l’énergie.

Pourquoi cette chute du taux de retour énergétique est-elle importante ?

Pour le comprendre, vous devez saisir ce qu’est le taux de retour énergétique (EROI). (…) L’EROI est en quelque sorte l’équation fondamentale qui décide entre la vie et la mort, que ce soit pour une plante, un animal, un être humain ou un système économique. Il repose sur un principe simple : il faut de l’énergie pour produire de l’énergie. Voici quelques ratios d’EROI :

  • Secteur du pétrole et du gaz américain en 1930 : 100/1
  • Secteur du pétrole et du gaz américain en 1970 : 30/1
  • Secteur du pétrole et du gaz américain en 2000 : 11/1
  • Secteur de la fracturation hydraulique américain : 5/1
  • Agriculture traditionnelle sans machines : 1-2/1
  • Industrie alimentaire américaine : 1/10

Ce qui signifie que dans les années 30 les États-Unis consommaient un baril de pétrole pour en produire 100. Ce rendement a chuté à 30 dans les années 70, à 11 dans les années 2000 et à 5 dans le secteur de la fracturation hydraulique.

Pourquoi les EROI sont-ils importants ? Charles Hall, le plus grand spécialiste en la matière, estime que l’EROI minimum nécessaire pour faire tourner  une société moderne comme la nôtre doit être au moins de 10/1, idéalement de 11 ou 12/1. (…)

En ce qui concerne l’industrie de l’alimentation, nous devons consommer 10 calories pour mettre une calorie dans notre assiette. Ce qui signifie en termes simples, que nous perdons 9 calories dans le processus. En contemplant ces chiffres, il est évident que la technologie moderne n’a pas permis d’augmenter l’EROI, bien au contraire. L’agriculture traditionnelle, la chasse et la pêche sont des systèmes bien plus efficaces que notre industrie agroalimentaire moderne.

En quoi cet EROI est-il important pour l’or ? Le métal jaune utilisé en tant que monnaie ou outil de conservation de la richesse exige de l’énergie pour être disponible. Si nous devons faire le total de tous les coûts exigés pour produire une pièce d’or d’une once, c’est l’énergie qui représente la plus grosse part du gâteau.

Il ne s’agit pas que du diesel, du gaz naturel ou de l’électricité utilisée dans le processus d’extraction, de prospection ou de fonte du métal. Cela inclut également tous les matériaux, l’équipement et le travail humain qui ne sont rien d’autre que des dérivés énergétiques. Par exemple, un camion qui travaille sur une mine peut être considéré comme un coût pour l’entreprise mais sa valeur est déterminée par toute l’énergie consommée durant la fabrication des matériaux, l’assemblage, la main-d’œuvre, l’acheminement, etc. L’économie est en fait une énorme matrice énergétique.

Lorsque ce concept est compris soit que dans notre économie, on échange de l’énergie contre de l’énergie, il devient évident que la valeur de l’or n’est qu’une extension de l’énergie. Si certains estiment que l’or c’est de l’or et l’énergie c’est de l’énergie, c’est faire fi du fait qu’il faut de l’énergie pour produire de l’or. (…)

La chute de l’EROI de l’or n’augure rien de bon pour ce secteur. Bientôt, la production atteindra un pic et ce sera le début de la fin. Cela se produira à cause d’un autre pic concernant la production de pétrole mais aussi la difficulté de trouver des gisements riches en or.

Croire que la fracturation hydraulique va se poursuivre dans les 2 ou 3 décennies à venir est vain alors que les entreprises énergétiques américaines se retirent de ce terrain à l’étranger. Non seulement Chevron se retire de tous ses projets en Europe mais il dépense également plus d’argent en CAPEX qu’il n’en retire. (…) »

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Face à des phénomènes inexpliqués, il est humain de chercher des explications. C’est ainsi que de nombreuses théories ont fleuri pour expliquer la chute aussi brutale qu’inattendue du pétrole. Voici les « vérités » du Prince Alwaleed bin Tala, qui donne la perspective de l’Arabie saoudite (source via ZH, passages sélectionnés) :

Pourquoi l’Arabie saoudite n’a pas baissé la production ?

L’Arabie Saoudite et tous les autres pays ont été pris par surprise. Personne n’a anticipé ce qu’il s’est produit. Ceux qui affirment l’avoir prévu ne disent pas la vérité. Par exemple, le ministre du Pétrole d’Arabie saoudite avait dit publiquement en juillet que 100 $ le baril est un bon prix pour les producteurs et les consommateurs. 6 mois plus tard, le cours s’effondrait de 50 %.

Cela dit, la décision de ne pas réduire la production fut prudente, intelligente et réfléchie. Car si l’Arabie saoudite avait diminué sa production d’un ou de 2 millions de barils, ils auraient été fournis au marché par les autres. Ce qui signifie que les conséquences auraient été doublement négatives pour l’Arabie : moins de pétrole produit et à un cours inférieur. Ici, l’impact n’a lieu que sur le cours, pas sur les volumes.

Est-ce que le cours du pétrole va continuer à baisser ?

Si l’offre reste au niveau actuel, et que la demande reste faible, tout porte à croire qu’il continuera à baisser. Par contre, si une partie de l’offre est retirée du marché et que la demande augmente un peu, les cours pourraient repartir à la hausse. Mais je suis certain que nous n’atteindrons plus les 100 $ le baril. Je l’avais dit il y a un an, plus de 100 $ le baril, c’est un prix artificiel.

À propos de la théorie du complot contre la Russie

Deux mots : foutaises et bêtises. Les Saoudiens ne feraient pas ça. Parce que l’Arabie saoudite est impactée aussi fortement que la Russie, point final. Cela ne se voit pas trop parce que nous avons de grosses réserves. Mais ici, la Russie et l’Arabie Saoudite sont dans le même bateau, nous souffrons de concert. Il n’y a aucune conspiration politique contre la Russie, car agir ainsi, ce serait nous tirer une balle dans le pied.