Tags Posts tagged with "Restructuration"

Restructuration

On nous répète sans cesse que le FMI est une organisation apolitique. S’il était permis d’en douter, la différence de traitement entre la Grèce et l’Ukraine offre désormais la preuve par 4 que ce doute n’est en fait que la plus plate des vérités. Les créanciers occidentaux, dans leur guerre contre la Russie, ont offert des largesses à l’Ukraine qui doivent laisser les Grecs bien perplexes…

De l’AFP :

« L’Ukraine a annoncé jeudi avoir arraché un accord « historique » avec ses créanciers occidentaux sur la restructuration de sa dette qui écarte la menace d’un défaut de paiement de cette ex-république soviétique ravagée par la guerre.

L’accord, trouvé au terme de cinq mois de négociations difficiles, prévoit l’effacement de 20% de cette dette, soit environ 3,6 milliards de dollars, et un allongement de quatre ans de la durée du remboursement des sommes restantes, ont annoncé le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk et sa ministre des Finances Natalie Jaresko au Conseil des ministres de jeudi. »

Mme Jaresko, la ministre des Finances de l’Ukraine qui pour rappel était américaine avant d’être naturalisée pour occuper son poste, a obtenu 20 % d’effacement… En contrepartie, l’Ukraine a dû consentir à de gros efforts d’austérité, n’est-ce pas ? Pas vraiment… « En échange, Kiev a accepté une légère hausse du taux d’intérêt, 7,75% contre 7,2% actuellement, » ajoute l’AFP. Waouw, une hausse des taux directeurs d’un peu plus d’un demi pourcent en contrepartie ! Les Grecs auraient bien consenti à cet effort sauf qu’ils ne disposent plus de leur propre banque centrale.

Cet accord se traduit également pour Kiev par des économies de 11,5 milliards de dollars sur quatre ans toujours selon l’AFP. Nous prenons le pari que cet engagement ne sera pas tenu alors que les Grecs ont eux été contraints de solder leurs aéroports et autres actifs rentables.

Du côté de l’Ukraine, on jubile à raison et on ne s’en cache pas :

« Les conditions obtenues par l’Ukraine sont donc sans précédent, s’est félicité M. Iatseniouk. « Aucun pays qui ne s’est pas déclaré en défaut de paiement n’a obtenu de telles conditions », a-t-il assuré, précisant que le niveau moyen d’effacement de dettes pour ces pays était de « 10% ». »

Chez Standard & Poor’s, on aime jouer au yo-yo avec la note de la Grèce. Il y a quelques mois, le pays retrouvait une note plus acceptable, B, pour ensuite faire machine arrière en février en abaissant Athènes à B- pour finir par la renvoyer à CCC+.

Un rapide retour à la réalité en quelque sorte. S&P a motivé sa décision en expliquant que sans réformes économiques profondes ou une aide future, la Grèce ne pourra pas assumer ses obligations financières. L’enlisement des négociations entre la troïka  (pardonnez-nous, « les institutions ») et le gouvernement de Tsipras a évidemment pesé lourd dans la balance.

Comme le note ZeroHedge, la dégradation de la note de la Grèce arrive juste avant quelques réunions notables. Varoufakis va notamment rencontrer Obama, Mario Draghi ainsi que d’autres politiciens de haut niveau et représentant du FMI mais surtout le tristement célèbre Lee Buchheit, considéré comme l’un des plus grands spécialistes des défauts souverains. Il a d’ailleurs aidé de nombreux pays à restructurer leur dette.

Lee Buchheit avait déjà participé aux négociations de 2012 mais il avait à l’époque critiqué vertement l’échec des autorités à faire face à la réalité. L’avocat a d’ailleurs déclaré : « il est difficile pour moi d’imaginer qu’ils auront aujourd’hui le courage de présenter la solution qu’ils ont ralenties et qui à un énorme coût pour la Grèce, ses créditeurs et les sponsors du secteur officiel à savoir la restructuration obligatoire de leur dette. »