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Stoferle

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Les deux plus chevronnés analystes européens de l’or viennent de publier leur rapport annuel. Ils examinent les principales raisons de sa hausse en 2016 et prévoient un cours de 2 300 dollars en 2018.

On ne présente plus Ronald-Peter Stöferle, rédacteur depuis 2007 du rapport annuel “In GOLD we TRUST” qui en est donc à sa dixième mouture. Pour marquer le coup, Stöferle, en collaboration avec son collègue Mark J. Valek de chez Incrementum Liechtenstein AG, nous offrait le 28 juin un nouveau pavé de 144 pages aussi intéressant que les précédents.

Ce document* aborde plusieurs sujets sur lesquels on attendait que les auteurs prennent position, en particulier l’or en tant que classe d’actif anti-fragile et le “portefeuille permanent” d’Harry Browne.

Comme chaque année, Soeferle et Valek reviennent avec un regard critique sur leurs prévisions de l’année précédente et confirment ou réajustent leurs objectifs au vu des évènements, tout cela agrémenté de citations éclectiques allant cette année de Rocky Balboa à Janet Yellen, en passant par l’acteur Ned Stark of Winterfell, de la série à succès Game of Thrones.

Nous avions quitté les auteurs le 25 juin 2015 avec une once à 1 172 dollars (et à 1 047 euros) et un objectif de prix pour juin 2018 à 2 300 dollars. Depuis 2008, Stoeferle reconduit cet objectif que d’aucuns qualifiaient à l’époque d’“excentrique”.

Entre temps, la correction du prix de l’once entamée en septembre 2011 en dollars a été plus longue que prévu par les auteurs et a finalement “évolué en un marché baissier à part entière en 2013” avec “à peu près la même structure et profondeur que celui de 1974-76 […].

Mais l’once a finalement enregistré au cours du premier trimestre 2016 “sa plus forte performance trimestrielle en 30 ans” et “est sortie du marché baissier en vigueur depuis 2013.” Le 28 juin 2016 (sortie du rapport), l’or clôturait à 1 309 dollars (1 185 euros).

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1- Le facteur principal de baisse du cours du gold (et des matières premières) avant son (leur) réveil du premier trimestre 2016

Le renforcement du dollar, non seulement du fait de “la prétendue sortie à venir de la Fed de ses programmes monétaires d’urgence”, légende entretenue depuis plusieurs années, mais également à cause de “la perception d’une reprise de l’économie américaine”.

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NDLR : le dollar index est la valeur du dollar mesurée contre les principales devises du commerce mondial

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2- Les facteurs ayant joué un rôle décisif dans cette hausse historique du gold :

  • L’accroissement de l’incertitude à propos de la reprise économique, et en particulier vis-à-vis du prétendu pouvoir** des banques centrales à provoquer cette reprise à hautes doses d’“analgésiques monétaires” (** les auteurs nous rappellent que Karl Deutsch défini le pouvoir comme “la capacité à ne pas avoir à apprendre”), “incertitude accrue après les résultats du referendum sur le Brexit”. Les marchés commencent à prendre conscience du fait qu’en cas d’échec, les banques centrales se retrouveront confrontées à une “situation perdant-perdant”: qu’elles poursuivent la politique de taux d’intérêts bas ou qu’elles l’interrompent, elles confronteront l’économie à “des risques considérables”.
  • Le franchissement du “Rubicon monétaire”dans plusieurs zones monétaires avec l’imposition de taux d’intérêts négatifs. Les auteurs font remarquer à ce propos : “Il est assez surprenant que les économistes soient largement opposés au contrôle des prix mais qu’ils fassent une exception en ce qui concerne les taux d’intérêt”. On ne saurait mieux dire.
  • La prise en considération par les marchés d’un possible recours à l’helicopter money, mesure “de dernier recours” dont “il semble réaliste de penser qu’elle déclencherait la très convoitée inflation”.

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La hausse de l’or a été concomitante de :

  • “L’affaiblissement du dollar ;
  • La hausse du prix des matières premières ;
  • Un retournement dans la tendance de l’inflation (ré-inflation) ;
  • Une diminution des taux d’intérêt réels ;
  • Un élargissement des écarts de taux d’intérêt ;
  • Un affaiblissement des marchés actions américains et européens.”

Nous verrons la semaine prochaine sur quoi se fondent nos deux analystes pour leurs prévisions de cours.

* accessible ici en langue anglaise

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.

Article de Nicolas Perrin, des Editions Agora.

Article de Ronald-Peter Stoferle, publié le 5 décembre 2014 sur KWN (les taux d’intérêt réels négatifs signifient un environnement parfait pour l’or) :

« L’inflation est une taxe régressive, soit le contraire de l’impôt progressif sur le revenu. Plus vous êtes pauvre, plus votre contribution est élevée. Le pouvoir d’achat de vos revenus baisse, ce qui explique pourquoi l’inflation peut aussi être considérée comme une taxe redistributive. Dans ce contexte, le fameux effet Cantillon fait d’autant plus sens. Cet effet explique que l’argent nouvellement créé n’est distribué de façon ni égale, ni simultanée parmi la population. Cela signifie que les personnes qui reçoivent l’argent bénéficient en partie de cette inflation, tout en étant victimes. Cependant, la diffusion monétaire n’est jamais neutre. Les acteurs économiques qui reçoivent en premier ce nouvel argent en bénéficient plus que ceux qui le reçoivent plus tard. Il y a donc un transfert d’actifs, des récipiendaires sur le tard vers ceux de la première heure.

La raison pour laquelle l’inflation baisse est élémentaires. De nombreuses dépenses qui reposent sur la protection sociale, les transferts du gouvernement, les salaires des fonctionnaires, les food stamps, etc., dépendent de la valorisation. De cette façon, la croissance réelle du pays est également manipulée à la hausse, vu que la croissance économique nominale est divisée par l’index des prix à la consommation. Même si on nous dit qu’une inflation de 2 % est saine, un tel taux sur 35 ans se traduit en une diminution du pouvoir d’achat de 50 %. Un taux d’inflation annuel de 10 % dévalue la monnaie de 50 % tous les 7 ans.

Quelles sont les conséquences de tout ceci sur l’or ? Dans notre rapport « In gold we trust », nous avons expliqué en détail pourquoi les taux d’intérêt négatifs réels (taux d’intérêt – inflation) sont un environnement parfait pour l’or. Durant les 20 années du marché baissier de l’or, des années 80 et 90, la moyenne des taux d’intérêts réels fut de 4 %. Les taux d’intérêt réels négatifs ne furent connus que durant 5,9 % du temps de cette période. La situation des années 70 fut cependant totalement différente : les taux d’intérêt réels furent négatifs durant 54 % du temps. Depuis les années 2000, les taux d’intérêt réels ont été négatifs dans plus de 65 % du temps, ce qui est un environnement optimal pour l’or.

Sans les taux d’intérêt réels négatifs, la montagne croissante de dette aurait déjà fait exploser l’économie depuis longtemps. Les banques centrales sont de plus en plus prisonnières de leur politique de surendettement. Ce point a même été relevé par le FMI dans un rapport de stabilité. Dans celui-ci, la critique porta sur le fait que la fin des politiques monétaires non conventionnelles n’avait pas été accompagnée par les préparatifs appropriés au niveau politique afin d’assurer une croissance normale et durable. Il est probablement déjà imossible de normaliser les politiques monétaires sans provoquer des dislocations majeures sur les marchés financiers. Relever les taux directeurs déstabiliserait l’intégralité du système financier. »

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De Ronald-Peter Stoferle, d’Incrementum AG Lichtenstein, via KWN :

« Pour qu’un bien conserve son rôle de monnaie, le grand public doit être convaincu qu’il n’y aura pas une soudaine et inarrêtable augmentation de son offre » Ludwig von Mises

Ludwig von Mises a toujours soutenu que l’or était un bien comme un autre. Il dispose d’une seule caractéristique qui le différencie des autres : la monnaie est un mode généralement accepté d’échange parce qu’il s’agit du bien le plus liquide. D’après Mises, son rôle en tant que moyen d’échange est donc sa caractéristique cruciale, tandis que ses fonctions de thésaurisation et d’unités de compte ne sont que des caractéristiques secondaires.

Cela implique aussi qu’une masse monétaire qui augmente réduit la valeur d’échange de la monnaie. L’offre et la demande déterminent non seulement le prix des biens et des services, mais aussi le prix de la monnaie, soit son pouvoir d’achat. La confiance dans le pouvoir d’achat actuel et futur de la monnaie dépend surtout de la quantité d’argent qui est en circulation, mais aussi des anticipations concernant la quantité de monnaie en circulation à l’avenir. Plus il y a de monnaie en circulation par rapport aux biens et aux services disponibles, plus sa valeur décline.

On peut observer cette réalité dans le graphique ci-dessus. En 1913, la population américaine s’élevait à 97 millions de personnes. La masse monétaire (M3) à l’époque était d’environ 20 milliards de dollars, soit 210 $ par habitant. Aujourd’hui, la population américaine est de 317 millions de personnes, alors que la masse monétaire M3 a grimpé à 17,26 trillions de dollars. Ce qui signifie que la masse monétaire par habitant a atteint le chiffre incroyable de 54.366 $.

Le graphique suivant montre que le stock global d’or par habitant depuis le début du XXe siècle fluctue dans un écart plutôt serré, situé entre 0,6 et 0,85 once par tête. Ceci est remarquable, alors que la population globale a explosé de 1,65 milliard d’habitants en 1900 à 7 milliards aujourd’hui.

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La courbe de l’offre de l’or fluctue de façon marginale. L’or de récupération peut être volatile, alors que la production minière est hautement rigide. Si on compare la courbe de l’offre de l’or à celle des monnaies papier, on comprend qu’il s’agit de l’un des grands avantages de l’or : tandis que les monnaies papier peuvent être imprimées à volonté, c’est impossible pour le métal jaune. Imprimer un billet de 10 € ou 200 € coûte le même prix (ou rien s’il s’agit d’argent électronique). Par contre, produire 10 ou 100 onces d’or, ce n’est pas la même chose : il faut 10 fois plus d’efforts pour obtenir la seconde quantité.

Le graphique suivant illustre cette « rareté relative ». La croissance annuelle moyenne de la masse monétaire américaine entre 1917 et 2013 s’est élevée à 7,17 %. Celle de l’or, par contre, n’a augmenté que de 1,52 %. Cependant, si on observe cette croissance depuis le début de la nouvelle ère monétaire, c’est-à-dire depuis la fin des accords de Bretton-Woods en 1971, la croissance annuelle de la masse monétaire est significativement plus élevée, à 9,95 %, alors que celle de l’or est un poil plus basse, à 1,5 %. La rareté relative est l’un des grands avantages de l’or par rapport aux monnaies papier.

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« L ‘or se comporte toujours comme il devrait le faire… Mais il ne le fait jamais quand nous pensons qu’il le devrait » Richard Russell

Même si le consensus estime désormais que le marché haussier de l’or est terminé, nous pensons que les fondamentaux pour une hausse restent plus forts que jamais. Le graphique suivant montre que l’or pâtit clairement du retour de confiance (temporaire) dans la zone euro.

L’écart entre les obligations italiennes / espagnoles et allemandes s’est fortement réduit depuis plusieurs mois, pour atteindre leur plus bas depuis 2011, ce qui indique une baisse de la perception du risque. Pourtant, le cours de l’or n’a pas évolué décisivement depuis le début de 2014, ce qui pourrait être les premiers signes d’une nervosité en hausse dans la zone euro.

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Le graphique suivant met en exergue la très forte corrélation entre le cours de l’or et l’écart des CDS. La confiance du marché par rapport à la stabilité des institutions financières est quasi au même niveau d’avant la crise.

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Cependant, la tendance baissière à long terme de la plupart des devises par rapport à l’or est visible sur le graphique suivant. Ce panier de devises inclut le dollar, l’euro, le franc suisse, le yen, le yuan, la livre sterling, la roupie indienne, la livre sterling, le dollar canadien et le dollar australien. Cependant, cette baisse s’est stabilisée récemment, pour même repartir légèrement à la hausse.

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Comme cette perspective à plus long terme le montre ci-dessous, le déclin du pouvoir d’achat du dollar par rapport à l’or se fait sur des cycles à long terme. La période de dévaluation actuelle est en fait beaucoup plus modérée que celle des années 70. L’accélération finale de la tendance, qui est mise en évidence par l’ovale en pointillés, n’a pas encore eu lieu. Nous sommes grosso modo en ce moment dans la période de dévaluation finale.

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Source : KWN

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Les investisseurs observent désormais avec grande attention les tentatives répétées de la Fed de sortir de ses politiques monétaires non conventionnelles. Durant les 5 dernières années, 2 tentatives identiques ont déjà échoué. À la fin des QE1 et QE2, nous avons assisté quasi immédiatement à des dislocations massives des marchés financiers. À l’occasion de sa 3e tentative de sortie de QE, la Fed a privilégié une approche plus en douceur pour mettre un terme à son assouplissement quantitatif.

 

À ce propos, la comparaison la plus amusante a probablement été faite en janvier 2014 par Richard Fisher, membre du Comité de la Fed. Il a déclaré que sous l’influence de l’alcool, les choses ont l’air d’être plus belles qu’elles ne le sont en réalité. Il a suggéré que le QE provoque l’effet de l’alcool chez les investisseurs. À cause des taux d’intérêt artificiellement bas, ils perçoivent les actifs risqués à travers les « yeux d’une personne en état d’ébriété ».

Nous pensons que le « tapering », soit la sortie en douceur du QE, aura de nouveau un impact significatif sur les marchés. Si une tentative de réduire la création de masse monétaire devait être faite, une récession sévère suivrait sans aucun doute. (…)

La réaction immédiate à la fin des effets d’une politique monétaire accommodante à court terme sera à nouveau la mise en œuvre d’un nouveau « shoot monétaire ». Nous croyons, contrairement à la majorité des investisseurs, que non seulement le QE ne sera pas arrêté, mais qu’il sera probablement prolongé à long terme ou remplacé par une drogue monétaire encore plus dure, par exemple des taux d’intérêt négatifs. La BCE a déjà prouvé qu’une telle décision était possible en juin. Les banques centrales font désormais face à un choix difficile : éclatement des bulles ou ajustements économiques douloureux. Sur base des décisions prises ces dernières années, la première méthode devrait être choisie.

Le facteur décisif qui affecte les marchés financiers est donc, malheureusement, l’anticipation des actions de la Fed. Afin de stimuler la demande de l’économie, la Fed mise à nouveau sur « l’effet de richesse ». Ce phénomène empire la dépendance d’une économie basée sur la consommation aux politiques monétaires accommodantes.

Si le marché devait demain retrouver des valorisations plus normales, la demande des consommateurs baisserait encore plus et l’on risquerait alors la récession. D’où l’intérêt de mettre en place des politiques monétaires encore plus accommodantes. La corrélation très étroite entre la croissance du bilan de la Fed et le S&P 500 est visible sur le graphique suivant.

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Vu les excès monétaires et la guerre des monnaies de ces dernières années, nous nous attendons à voir le cours de l’or grimper.

Source : article de Ronald-Peter Stoferle publié sur KWN

Incrementum AG, une société de gestion de patrimoine dont les économistes sont fortement influencés par l’école autrichienne, fait un gros travail d’information et d’éducation à propos des métaux précieux et du monétarisme. Voici un nouvel article très limpide et instructif de Ronald-Peter Stoferle qui vulgarise des thèmes complexes, publié sur KWN :

L’or est le baromètre de la défiance mondiale envers les politiques des banques centrales – James Grant

Le graphique suivant met en exergue la divergence entre la croissance de la masse monétaire et le cours de l’or depuis 2011. Il permet de comparer le total cumulé des bilans de la Fed, de la BCE, de la Bank of England, de la banque centrale de Chine et du Japon. Lorsque la masse monétaire augmente plus rapidement que l’or disponible, le cours de l’or doit augmenter et vice versa. Ce graphique nous montre que le cours de l’or a subi une correction trop importante, ou que la taille des bilans de ces banques centrales va stagner pour ensuite décliner dans le futur. Toute personne qui dispose d’une culture historique économique sait à quel point les précédents en matière de réduction durable de la taille du bilan d’une banque centrale sont rares.

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Note or-argent.eu : si la corrélation entre la taille des bilans de ces banques centrales et le cours de l’or était toujours d’actualité, l’or devrait être à plus de 1800 dollars l’once, plus de 2200 si on prend en compte le risque systémique, comme ce fut le cas entre 2010 et 2012.

En plus de la taille des bilans qui ne cesse d’augmenter, de nombreuses autres mesures potentiellement inflationnistes ont été prises récemment, comme les accords de swap de devises. En schématisant, il s’agit de lignes de crédit illimitées que s’octroient mutuellement les banques centrales. En octobre 2013, la Bank of England, la BCE, la Fed, la Banque Nationale suisse, la banque du Canada et la Banque du Japon ont signé un accord permettant de transformer le soi-disant accord de crise mettant en place les swaps en dispositif permanent.

Cet accord est tout spécialement important pour les dettes en dollars de banques qui se trouvent en dehors des États-Unis. Cela signifie que les banques européennes, japonaises, etc., peuvent emprunter des dollars directement à la banque centrale dont elles dépendent. Celle-ci échange alors sa propre devise contre les dollars demandés avec la Fed.

Ce dispositif s’assure qu’il existe une liquidité du dollar, totalement garantie et de facto illimitée. Cela entraîne de plus en plus de convergence dans les politiques monétaires des différentes banques centrales. Celles-ci perdent donc le contrôle de leur masse monétaire domestique, vu qu’elles sont obligées d’effectuer toute opération de swap en cas de demande de devises étrangères d’une banque privée (en créant donc de la devise locale pour obtenir en échange la devise étrangère).

Même si le consensus estime désormais que le marché haussier de l’or est terminé, nous pensons que les fondamentaux pour une hausse sont plus que jamais d’actualité. Dans notre dernier rapport, nous avons déjà comparé la situation actuelle à la « correction de cycle intermédiaire » de 1974-1976. Cette période est similaire à celle que nous vivons, notamment au niveau de la désinflation significative, de l’augmentation des taux d’intérêt réel et du pessimisme extrême quant à l’évolution du cours de l’or. »

Comparaison entre la correction de 74-76 et la correction actuelle
Comparaison entre la correction de 74-76 et la correction actuelle

Un adieu discret au Petrodollar ? De Ronald-Peter Stoferle

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« L’effondrement du dollar se fera en 2 phases : d’abord graduellement, puis soudainement. Cette formule, utilisée par Hemingway pour décrire une faillite, est une description fidèle des dynamiques d’un système complexe subit. De façon graduelle comme un flocon qui recouvre la couche de neige d’un flanc de montagne, tandis que la phase subite est l’avalanche qui finit par en découler. Le flocon de neige est un événement anodin qui ne porte pas à conséquence, pourtant l’avalanche est inévitable.

Comme j’en ai déjà parlé, les voix qui critiquent l’hégémonie du dollar sont de plus en plus nombreuses. Il semblerait que de plus en plus de pays soient désireux de détrôner le dollar. La Chine, la Russie, l’Inde ainsi que le Japon ont tendance à augmenter les transactions qui sont faites dans leur propre devise afin de se passer du dollar. Cela marque clairement l’émergence d’un nouveau paradigme, d’autant plus important que 2/3 des dollars américains sont détenus à l’étranger.

Une attaque financière contre les États-Unis pourrait détruire la confiance dans le dollar et dans les obligations américaines. Cela a été clairement confirmé par le conseiller présidentiel russe, Sergei Glazyev, lorsqu’il a mentionné les possibilités de représailles de la Russie si John Kerry mettait à exécution ses menaces de sanctions économiques. Son conseil serait de balancer tous les bons du trésor américain si l’Amérique venait à geler les avoirs russes (de l’État, des entreprises mais aussi des particuliers) sur son sol, de se débarrasser du dollar.

Nous sommes certains que l’axe Pékin Moscou pourrait encore se renforcer. Les 2 pays ont pour objectif de n’utiliser que leur devise pour leurs échanges bilatéraux. Fin 2010, le renmibi (ou yuan) a fait son entrée sur la bourse des devises de Moscou (MICEX). Pour la première fois, la monnaie chinoise sortait de Chine ou de Hong Kong. Aujourd’hui, son internationalisation grandit de jour en jour.

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Dans son dernier article sur KWN, Ronald-Peter Stoferle pointe non sans malice ceux qui affirment que l’or est une relique barbare, faisant fi de 6000 ans d’histoire, alors que ces mêmes personnes affirment aussi que l’immobilier ne baisse jamais ou que les Bons du Trésor sont des investissements totalement sûrs, des déclarations inexactes si on remonte assez loin.

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Le monde de la finance se pose beaucoup de questions, tout en ayant peu de réponses à apporter. Nous pensons que l’or est l’une de ces solutions, alors que l’incertitude plane. On dit que la confiance est une fleur très fragile ; une fois détruite, elle repousse très difficilement. Nous pensons que la confiance qui s’est évaporée durant les dernières années ne reviendra pas de sitôt, et qu’en fait la situation va empirer.

L’Eurozone reste sous grosse pression, tandis que le dollar perd petit à petit son statut de monnaie de réserve. Pourquoi les gens placent-ils leur confiance dans le métal jaune ? Historiquement, l’or est parvenu à préserver la richesse de ceux qui le possédaient pendant des milliers d’années. Durant tout ce temps, le marché a choisi l’or en tant que monnaie en raison de toutes ses qualités (indestructible, divisible, reconnu dans le monde entier, liquide, etc.). Ces caractéristiques uniques font du métal jaune la meilleure protection contre les politiques monétaires excessives et les catastrophes de toute nature.

Une relique barbare l’or, vraiment ?

Même si ses adversaires ne se fatigueront jamais de discréditer l’or en le qualifiant de relique barbare, de monnaie du passé qui n’a pas sa place dans une société moderne, nous voudrions savoir quelle échelle du temps ont-ils prise en compte. Leurs « lois naturelles », qui disent que le prix de l’immobilier ne baisse jamais, que les obligations américaines sont sans risque, se vérifient peut-être durant une courte période de temps, mais pas sur une longue période (comme ce fut le cas pour ceux qui prétendaient que la terre est plate). Si nous regardons plus loin que durant les quelques décennies dernières, on découvre que ces lois ne sont que temporaires. Par contre, cela fait 6000 ans que l’or ne faillit pas, que sa valeur n’a jamais atteint 0. Cela signifie donc que l’or est le centre du système et que le reste gravite autour.

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Emloi-Americain-Chiffres-ManipulesPeu de choses séparent intervention et manipulation. Cette intervention peut-être gouvernementale ou politique, tandis que manipulation est un terme doté d’une connotation négative. Il y eut des interventions officielles et clamées légitimes des banques centrales sur les taux obligataires (Operation Twist, QE) et sur les devises (protection du franc suisse, dévaluation du yen). Les masses monétaires, ainsi que la valeur de chaque devise, sont gérés et contrôlés.

Le cours du pétrole est aussi soumis à des interventions (notamment par le cartel de l’OPEP, la vente de réserves stratégiques), ainsi que les prix alimentaires (via les subsides). Kevin Warsh (note : un ancien de la Fed) l’a récemment confirmé : « maintenant que je ne suis plus dans le système, je peux vous dire ce que je pense vraiment… Les banques centrales influencent à un tel point les marchés qu’il est impossible pour les investisseurs de déterminer la valeur d’un actif… Cette influence est particulièrement évidente avec les achats d’obligations de la Fed, qui rend les taux obligataires totalement inutiles pour apprendre quoi que ce soit d’intéressant à propos des marchés. »

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inflation-ou-deflationInflation ou déflation ? Afin de tenter de clarifier ce débat qui ne cesse de déchaîner les passions, voici l’analyse de Ronald Peter Stoferle, d’Incrementum AG Lichtenstein.

« La grande question est : inflation ou déflation ? On se la pose depuis des années. Sans les interventions monétaristes (des grandes banques centrales), la crise profonde que nous vivons serait profondément déflationniste. La réduction de la voilure actuelle du système financier est compensée par des politiques inflationnistes sans précédent. Il semble, selon nous, qu’il s’agit d’une opération d’équilibrage extrêmement délicate.

Les interactions actuelles entre l’inflation et la déflation peuvent être comparées aux pressions réciproques de 2 plaques tectoniques. Ces 2 éléments se poussent mutuellement sous la surface, qui semble parfaitement stable. Des phénomènes naturels comme des éruptions volcaniques ou des tremblements de terre sont les conséquences inévitables de ses forces souterraines. En ce qui concerne les marchés financiers, nous pensons que l’équilibrage entre la déflation et l’inflation va devenir de plus en plus difficile à gérer. Nous pensons que les investisseurs doivent se préparer aux 2 scénarios : à des périodes inflationnistes et à des épisodes de déflation.

Que se passe-t-il durant une période de profonde déflation ? Les budgets de l’État sont sous forte pression, le système financier doit faire face à un risque systémique tandis que les monnaies sont dévaluées afin de regonfler le système. La qualité du crédit se détériore petite à petit, tandis que la solvabilité des sociétés et du gouvernement est remise en question. On passe de la recherche du profit à la préservation du capital. La confiance dans le système financier et dans les monnaies papier diminue, tandis que le rôle de l’or devient plus important est que l’on assiste à une remonétarisation.

Une déflation est donc toujours entraînée par une perte de confiance dans les éléments qui ont entraîné la crise (les gouvernements, les banques, les spéculateurs, etc.). Au départ, le nombre des crédits accordés diminue, les conditions de l’accès aux crédits sont durcies, tandis que les débiteurs tentent de conserver leur note. Ils y parviennent en vendant des actifs qui permettent de rembourser leurs dettes, ce qui ne fait qu’empirer la spirale déflationniste. Le nombre des défauts accélère ensuite cette spirale et entraîne un assèchement des liquidités dans le système. Durant une telle période, les gens accumulent de l’or afin de se protéger.

Pyramide-Exeter-DeflationCe processus est décrit dans le graphique ci-joint. Il s’agit d’une pyramide inversée, la pyramide de John Exeter, qui montre comment la liquidité se propage.

Durant une crise déflationniste, comme dans un sablier, l’argent transite du haut de la pyramide vers le bas, au fur et à mesure que les gens souhaitent minimiser le risque. Tout en bas de la pyramide on trouve l’or, qui circule de moins en moins. L’accumulation d’or dépend de l’importance de la perte de confiance dans le gouvernement et dans les monnaies papier. En temps normal, l’or n’est pas rare, mais une crise déflationniste n’est pas un temps normal.

Ensuite, une amélioration de la prospérité et de la confiance poussera les gens à prendre des risques à nouveau, entraînant un apport de liquidités à partir du secteur de l’or vers les segments du haut de la pyramide. Un nouveau cycle démarre alors. Cela signifie donc que la déflation entraîne une amélioration de la qualité monétaire, tandis que l’inflation entraîne une augmentation de la quantité monétaire.

Il est donc impossible de prévoir si on va assister à la déflation ou à l’inflation dans les années à venir, car c’est l’environnement du moment qui dictera l’évolution des choses. Dans les périodes inflationnistes, les biens tangibles sont les actifs les plus recherchés, tandis que pendant une déflation l’argent est roi. L’or est liquide, indestructible et facile à transporter. Il peut s’échanger sur toute la planète et sa valeur intrinsèque ne dépend pas d’un facteur extérieur (comme d’un gouvernement ou d’une société pour une obligation, ou d’une société pour une action). Il s’agit donc de la monnaie la plus qualitative. »

Source : article de Stoferle « Inflation ou déflation » paru sur KWN