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Taux négatifs

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Article de Chris Vermeulen, publié le 16 septembre 2016 sur SafeHaven.com :

Deutsche Bank et Commerzbank sont actuellement en train de mener des négociations en vue d’une éventuelle fusion. On peut voir dans ces négociations un signe évident de l’accélération des problèmes des banques allemandes.

En effet, elles cherchent désespérément des moyens pour réduire leurs coûts et améliorer leur rentabilité, en général. Ces plans comprennent une restructuration et des suppressions d’emplois, et pour mettre cela en pratique, elles sont prêtes à employer des mesures non conventionnelles. En juin 2016, Reuters a cité des sources anonymes affirmant que Commerzbank étudiait la possibilité d’accumuler des milliards d’euros, dans des coffres forts, afin notamment d’éviter de payer une pénalité à la Banque centrale européenne en raison des taux d’intérêt négatifs.

Leurs problèmes proviennent principalement des taux d’intérêt bas et négatifs. Ces banques, qui sont par conséquent aussi des prêteurs, sont habituées à dépendre des marges des taux d’intérêt des revenus entrants,  tout en offrant des services aux déposants. Les services en question sont à coût faible, voire parfois à coût nul. Notons à ce propos que les faibles taux d’intérêt ont considérablement réduit les capacités des banques à produire réellement de l’argent. En effet, il devient de plus en plus difficile pour les banques allemandes d’inciter leurs clients à garder leur argent au sein des institutions financières. Ces inefficacités ainsi que la concurrence intense dans le secteur bancaire allemand, ont bel et bien donné lieu à de graves difficultés financières. Si l’on combine ces facteurs avec le nouveau défi de la baisse des taux d’intérêt, à quelles incidences positives pourrait-on s’attendre ?

Il est intéressant de noter que les taux ne sont pas seulement faibles dans le contexte de l’histoire américaine ; ils se trouvent actuellement à leur plus bas niveau depuis 5000 années de civilisation.

5000 ans de taux d’intérêt : les taux actuels plus bas que lors de la dépression de 1930

Deutsche Bank se trouve être la plus grande banque d’Allemagne, certes, mais notons aussi que son rôle politique dans le cadre de l’État n’a pas de semblable dans les autres pays. En guise d’exemple, l’importance de la Deutsche Bank en Allemagne est largement supérieure à celle que la banque d’investissement de Lehman Brothers avait aux États-Unis en 2008. Deutsche Bank est techniquement une banque privée. Cependant, elle est officieusement liée au gouvernement et formellement liée à la plupart des grandes entreprises allemandes. En d’autres termes, le sort de cette banque aura sans aucun doute un impact sur celui de toute l’Allemagne.

La crise bancaire italienne n’est pas un problème uniquement italien !

Les prêts non performants de l’Italie sont devenus désormais un sujet de notoriété publique. On peut dès lors se demander quels acteurs seront contraints de faire face aux répercussions induites par la nécessité de régler la dette italienne ? Il s’agit là d’une question politique, et avant de pouvoir y répondre, il faut se demander qui détient la dette de la banque italienne.

Les banques américaines ne sont pas à l’abri des problèmes bancaires européens. Aux États-Unis, il y a également une quantité importante d’incertitudes et de risques.

Les conséquences de ces échecs concernent également les régulations de l’Union européenne. En effet, la Banque centrale européenne (BCE) ainsi que les banques centrales des pays membres ne peuvent pas tout simplement sauver les banques en faillite en les recapitalisant. La stratégie de sauvetage se doit d’être, en théorie, un mécanisme capable d’assurer la concurrence loyale et la stabilité au sein du secteur financier de la zone euro.

Le processus de « bail-in » peut éventuellement s’appliquer aux engagements des institutions n’étant pas soutenues par des actifs ou par des garanties. Les premiers 100 000 euros, dans les dépôts, sont protégés dans le sens où ils ne peuvent pas être saisis, alors que des sommes au-dessus de ce montant peuvent l’être.

Notons que l’Allemagne a insisté que le processus de « bail-in » devrait prévaloir.

La Banque des Règlements Internationaux a déclaré que les banques allemandes sont les deuxièmes les plus exposées aux problèmes de l’Italie, après la France, avec une exposition totale notamment de 92,7 milliards de dollars. La demande d’or a augmenté !

La crise bancaire en cours en Italie représente encore une autre menace pour la stabilité de la BCE.

Les bilans financiers de la Commerzbank ont révélé que son exposition à la dette souveraine italienne était de 10,8 milliards d’euros.

L’exposition nette au risque de la Deutsche Bank, quand il est question du crédit italien, est de 13,3 milliards d’euros, à compter de la fin de décembre 2015. Sa position brute en Italie est de 35,4 milliards d’euros. La Deutsche Bank est assise sur des dérivés de 41 trillions de dollars.

Les conséquences de l’insolvabilité des grandes banques sont donc tout à fait significatives.

L’or demeure la seule valeur refuge du monde

Notons que l’or a été une forme de monnaie pendant de nombreux siècles. Chaque fois que les pays ont utilisé le standard or, donc l’ont utilisé comme monnaie, leurs économies furent dès lors très stables. Mais les gouvernements ont toujours dépassé les limites de leurs moyens, au travers notamment de dépenses coûteuses, et ont donc dû abandonner l’étalon-or afin de financer leurs inefficacités. À l’heure actuelle, l’or est la seule classe d’actifs capable de maintenir sa « réserve de valeur » au cours de la crise imminente. Un marché haussier de l’or à long terme est donc sur le point de démarrer. Effectivement, les banques centrales mondiales mettent actuellement en œuvre « des taux d’intérêt négatifs», et faut-il noter que cela représente le scénario parfait pour que l’or revienne en force dans le cadre de nos économies respectives.

L’or a fait montre de certaines caractéristiques de valeur historiques. Il est détenu par les banques et les institutions centrales comme une réserve. Elles ne veulent pas le vendre ; au contraire, beaucoup d’entre elles veulent en acheter davantage, afin de l’accumuler. Par conséquent, le rôle caractéristique de l’or, du moins concernant les réserves souveraines, demeure intact de nos jours, et ce même dans le cadre des évolutions fascinantes des banques centrales et de la finance institutionnelle en général, dont nous sommes actuellement témoins.

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les taux ont en chute libre

Interview de Paul Wong (Sprott Asset Management) publiée le 7 septembre 2016 sur KWN :

« Les gens doivent comprendre que le futur des taux est l’un des paramètres les plus influents du marché de l’or. Aujourd’hui, pour la première fois de l’histoire, nous vivons dans un monde dominé par les taux négatifs.

Le graphe ci-dessus montre le taux moyen des obligations gouvernementales à 10 ans. Les données indiquent clairement que le complexe des taux est en mode d’effondrement, il ressemble désormais à une chute d’eau.

L’effondrement des taux a démarré en 2008, lorsque la planète fut confrontée au choc de la crise du crédit. En conséquence de l’effondrement de 2008, nous avons assisté à une énorme accumulation de dette afin de « sauver le système ». Comment les pays font-ils pour gérer toute cette dette ? Comment s’en débarrasser ? En la payant avec la croissance, donc la décision fut prise de baisser les taux.

C’est alors que les assouplissements quantitatifs ont démarré aux 4 coins de la planète, que la politique des taux zéro fut adoptée, ce qui entraîna la première baisse des rendements sur le marché de la dette. Manifestement, cela n’a pas marché, donc l’étape suivante consista à adopter des taux négatifs. La BCE a ouvert le bal en juin 2014. Si vous observez à nouveau le graphe ci-dessus, vous constatez qu’à cette époque nous avons assisté à une baisse marquée du rendement des obligations. Ensuite, en janvier 2016, la Banque du Japon a elle aussi introduit un taux directeur négatif. C’est alors que l’ensemble du complexe des taux a commencé à s’effondrer. Aujourd’hui, 2/3 des banques centrales les plus importantes du monde ont mis en place un taux directeur négatif.

Si bien que désormais, 1/4 de toutes les obligations gouvernementales du monde affichent un rendement négatif. L’objectif était de faire grimper le PIB à un niveau suffisamment élevé pour rembourser cette dette. Le problème des planificateurs centraux est que cela ne marche pas, à l’instar des QE. Nous commençons donc à entendre des discussions évoquant la possibilité de parachutages d’argent par hélicoptère car toutes les politiques de croissance ont échoué. En fait, chaque année, la croissance réelle a toujours été inférieure aux prévisions moyennes.

La grande surprise

Plus tôt cette année les planificateurs centraux, pour les paraphraser, ont dit : « si cela ne marche pas, on en remettra une couche ». Désormais, ils affirment devoir plancher sur une autre solution, à savoir les hélicoptères monétaires. Je pense que ce sont les Japonais qui ouvriront le bal vu que leur banque centrale détient actuellement quasi toutes les obligations japonaises. La BoJ est également le plus gros porteur du marché actions japonais. Autrement dit, ils ne savent plus quoi acheter. Donc oui, le parachutage d’argent par hélicoptère arrive. Cette fois, je pense que l’impact sur le marché de l’or sera supérieur, à la hausse, que les effets réels de ces politiques, un peu à l’instar de ce qui s’est passé après la mise en place du premier assouplissement quantitatif de la Fed.

Où en est le marché de l’or ?

En ce qui concerne le marché de l’or et les actions minières, j’attendais en premier lieu la capitulation des vendeurs. C’est arrivé de façon marquée durant l’été 2015. Si vous observez le graphe ci-dessous, on a assisté au total à une baisse de 80 %.

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Un marché baissier destructeur correspond souvent à ces niveaux. Avant cet effondrement, cela n’est arrivé qu’à 2 reprises dans l’histoire, soit en 1982 et en 1997, comme le montre à nouveau le graphique ci-dessus.

Néanmoins, ce marché baissier fut l’un des plus longs et l’un des plus marqués en termes de baisse générale des prix. Je savais que ce simple facteur allait engendrer un marché haussier significatif. (…) Tout ce qui a baissé de 80 % ou plus, comme le crash du Dow entre 1929 et 1932, le crash des technologiques et le rebond qui a suivi… il est judicieux de s’intéresser à cette classe d’actifs. Ajoutez à ce rebond qui a lieu en ce moment sur le marché de l’or les politiques dangereuses des banques centrales et nous avons les conditions pour assister à un formidable marché haussier. La combinaison de ces 2 facteurs pourrait pousser l’or dans l’un de ses marchés haussiers les plus puissants de l’histoire. »

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Vous pourrez « bénéficier » des taux négatifs sur votre compte d’épargne et autres Livrets A, mais pas lorsque vous faites un crédit, au contraire des entreprises et des gouvernements. Cette information peu étonnante est mise en exergue par l’article de Wolf Richter, publié le 1er septembre 2016 sur WolfStreet.com ; les taux négatifs sont une aberration pour le consommateur lorsqu’il emprunte (sauf quand il épargne), mais pas pour les entreprises et l’État :

« Les points d’accord sur les politiques monétaires que je partage avec Ewald Nowotny, membre du conseil de la BCE et gouverneur de la banque centrale autrichienne, ne doivent pas être nombreux. Cependant, il a dit aujourd’hui quelque chose qui est incroyablement vrai, et ce faisant il a démontré à quel point les banques centrales et les gens qui les dirigent sont hypocrites.

Le discours liminaire de Nowotny, prononcé ce 1er septembre au forum européen d’Alpbach en Suisse, était intitulé : Les politiques à taux plancher : argent gratuit pour tous, ou sauveur dans le cadre d’une situation d’urgence ?

À cette question rhétorique, il a apporté très rapidement une réponse d’une grande limpidité : l’argent gratuit, ou pire, à taux négatif, n’est pas réservé à tout un chacun. Seuls les gouvernements et les entreprises peuvent en profiter, les citoyens sont exclus.

En fait, des crédits à la consommation avec des taux négatifs seraient « une perversion », a-t-il déclaré, alors que certains attendent avec impatience l’arrivée de crédit hypothécaire à taux négatifs qui offriraient dans les faits un rendement pour avoir emprunté des tonnes d’argent afin d’acheter un bien immobilier ridiculement surévalué. Même la Suisse, qui affiche le taux le plus négatif du monde, a fixé des limites.

« Je pense qu’il s’agirait d’une perversion, une perversion économique, d’avoir des crédits à des taux négatifs. Cela va nettement à l’encontre de la nature d’un prêt, » a-t-il déclaré.

Je suis tout à fait d’accord avec lui. Les taux négatifs, ou les rendements négatifs, vont à l’encontre de la nature économique de la dette. La dette à rendement négatif est une absurdité qui existe seulement de par la volonté des banques centrales, qui les ont imposés.

« En Suisse, il a été décrété depuis longtemps que les taux négatifs seraient exclus des offres de crédit personnel. Depuis peu, l’Autriche a fait de même, » a-t-il déclaré. C’est donc officiel : les consommateurs ne pourront pas emprunter à des taux négatifs. (…)

Et voilà toute l’hypocrisie des banques centrales : les gouvernements d’Europe et du Japon empruntent depuis un bon moment à des taux négatifs tandis que de plus en plus d’obligations d’État voient leur rendement s’inverser. (…) Au total, pour environ 12 trillions de dollars d’obligations d’État affichent un rendement négatif (voir ci-dessus).

En juillet, l’Allemagne a vendu pour 4 milliards d’obligations à 10 ans avec un coupon de 0 %, ainsi qu’à un prix supérieur à leur valeur nominale. Les acheteurs ne recevront donc aucun paiement en intérêt, et lorsque l’obligation arrivera à maturité ils recevront un montant inférieur à ce qu’ils ont payé, sans parler des pertes engendrées par l’inflation qui aura lieu dans les 10 années à venir.

Les entreprises, même les entreprises américaines avec des filiales en zone euro, empruntent à des taux négatifs, parfois directement à la BCE via des obligations privées. (…)

En conclusion, et c’est Nowotny qui le dit implicitement : les entreprises et les états peuvent bénéficier de l’absurdité que sont les taux négatifs, mais pas les consommateurs. Cette absurdité ne profite qu’à un petit groupe soigneusement choisi. »

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NatWest

Article de la BBC, publié le 26 juillet 2016, qui montre que les taux négatifs se rapprochent de plus en plus des particuliers européens alors que les professionnels qui possèdent des comptes chez Royal Bank of Scotland et Natwest pourraient bientôt devoir payer leur banque pour y parquer des dépôts !

« NatWest et Royal Bank of Scotland (RBS) ont averti les entreprises qu’elles devraient peut-être leur compter bientôt des frais pour accepter leurs dépôts en raison des taux d’intérêt peu élevés.

La menace, si elle devait être appliquée, serait une première en Grande-Bretagne, aucune banque n’infligeant des taux négatifs à ses clients.

« Les taux d’intérêt mondiaux restent à des niveaux très bas… Cela pourrait résulter en une charge d’intérêt pour les clients ayant une balance créditrice, » pouvait-on lire dans la missive envoyée aux clients concernés. À noter que les particuliers ne sont pas affectés.

Cependant, les organisations caritatives et les groupes communautaires sont considérés comme des clients Corporate et seraient donc affectés par les changements, les banques ont déclaré.

Un porte-parole de Royal Bank of Scotland, qui est propriétaire de NatWest, a déclaré à la BBC que la lettre a été envoyée à un peu moins de 1,3 million de clients des 2 banques, des entreprises et des professionnels.

« Nous considérerons toute action nécessaire au cas où le taux directeur de la banque d’Angleterre devrait passer en dessous de zéro, mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger nos clients de tout impact, » ont-elles déclaré.

Une nouvelle très inquiétante

La fédération des PME (Federation of Small Businesses), qui compte 170.000 membres, a lancé un appel aux autres banques pour qu’elles informent leurs clients de tout changement concernant les conditions de leur compte « en cette période d’incertitude économique ». Mike Cherry, président de l’association, a déclaré que l’avertissement de NatWest et RBS « est très inquiétant pour les petites sociétés. »

La FSB a également demandé à la BoE de prendre en compte l’impact de la baisse des taux sur les petites entreprises. Mike Amey, directeur chez PIMCO, a déclaré que les 2 banques « se donnaient une marge de manœuvre dans l’éventualité très peu probable » que la banque centrale britannique adopte les taux négatifs.

« La banque d’Angleterre doit prendre une décision sur ses taux la semaine prochaine… L’envoi de cette lettre cette semaine est peut-être un rappel des conséquences négatives d’une telle décision, » a-t-il déclaré à la BBC.

« Assouplissement »

Les taux britanniques n’ont plus changé depuis mars 2009, lorsque la BoE les avait baissés à leur plus bas historique, de 0,5 %, au plus fort de la crise financière. Au début de ce mois, la banque a opté pour le statu quo malgré les spéculations concernant une baisse.

Depuis, le gouverneur Mark Carney a déclaré qu’il est probable « que certaines politiques monétaires accommodantes » soient requises pour doper l’économie en raison du Brexit. Cependant, il a affirmé qu’il n’était pas en faveur de taux inférieurs à 0,25 %. Malgré tout, certains économistes pensent que le taux directeur britannique pourrait atteindre zéro, ou pénétrer en territoire négatif, d’ici la fin de l’année. (…) »

A noter que les 2 banques n’ont pas précisé si elles comptaient rémunérer leurs clients à découvert…

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billets euros

Article de Reuters, publié le 8 juin 2016 :

« Commerzbank, l’une des banques les plus importantes d’Allemagne, envisage la possibilité de stocker des milliards d’euros dans des coffres plutôt que de payer une pénalité pour le parquer à la BCE, d’après une source proche du dossier.

Une telle décision d’une banque dans laquelle l’état allemand détient une participation représenterait l’une des protestations les plus substantielles à ce jour contre les taux ultras bas de la BCE, qui ont été critiqués par des politiciens, y compris par le ministre des Finances allemandes Wolfgang Schaeuble.

Même si aucune décision n’a encore été prise, l’institution financière a tenu des discussions sur le sujet avec les autorités allemandes, d’après 2 officiels qui ont demandé à conserver l’anonymat en raison du caractère délicat du dossier.

En réponse, un porte-parole de Commerzbank a déclaré que la banque ne stocke pas d’argent liquide « pour le moment » tout en refusant de commenter cette éventuelle possibilité. La BCE s’est également abstenue de tout commentaire.

L’examen de pistes alternatives par Commerzbank intervient dans un moment de frustration grandissante parmi les banques européennes à propos des frais ponctionnés par la BCE sur les dépôts. Si elle devait se mettre à entreposer de l’argent liquide à grande échelle, Commerzbank deviendrait la première banque européenne majeure à prendre une telle décision. Si d’autres banques devaient suivre, la politique de la BCE deviendrait de plus en plus inutile.

La BCE impose ce qu’elle appelle un taux négatif de 0,4 % sur tout dépôt réalisé auprès d’elle. L’objectif est d’encourager les banques à prêter l’argent plutôt qu’à le parquer.

Certaines banques se plaignent néanmoins du fait que les perspectives économiques moroses signifient que la demande de crédit aux termes souhaités est faible. Elles ont donc très peu d’options, si ce n’est parquet cet argent.

« Les plans de Commerzbank montrent que les marchés financiers sont un véritable foutoir, » a déclaré Gerhard Schick, du parti des Verts. « Je préfère que la banque mette du liquide dans des coffres plutôt que d’accorder des crédits douteux ou de payer des pénalités d’intérêts à la BCE. »

Le mois dernier, Commerzbank a déclaré que les frais de la BCE ont rogné son bénéfice. Le gouvernement allemand détient une participation de presque 16 % dans la banque basée à Francfort suite à l’opération de sauvetage lancée après la crise financière.

Le ministre allemand des finances Schaeuble a déclaré en avril que les taux planchers de la BCE engendrent des « problèmes extraordinaires » pour les banques allemandes et les retraités, tout en risquant d’alimenter l’euroscepticisme en Allemagne alors que la population s’est largement tournée vers le parti de droite « Alternative pour l’Allemagne » durant les élections régionales. (…)

Alors que la BCE a injecté plus d’un milliard d’euros d’argent frais dans le système, argent qui s’est retrouvé vers des pays comme l’Allemagne prospère, les banques parquent plus que jamais de l’argent à la BCE.

Les dépôts s’élèvent aujourd’hui à plus de 850 milliards d’euros, à un coût considérable pour les banques. La demande de crédit dans la zone euro, dont l’économie reste dans les limbes durant certains trimestres, n’a pas grimpé malgré les mesures de la BCE. »

Sans le dire implicitement ou explicitement, Reuters explique également pourquoi la BCE a décidé il y a peu de retirer de la circulation le billet de 500 € :

« Cette décision a un coût et représente un défi logistique qui limite la quantité d’argent liquide qui peut être stockée. Par exemple, stocker 2 milliards d’euros en billets de 200 € représente 11 tonnes de papier. »

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Pr Antal Fekete

Interview du Pr Antal Fekete par Guillermo Barba, publiée le 13 mai 2016 (traduction condensée) :

Depuis notre dernière interview d’il y a 2 ans, quels sont les événements les plus importants qui ont eu lieu ?

Antal Fekete : c’est sans aucun doute la mise en place des taux négatifs dans certains pays, dont la Suisse, ce qui est incroyable. Je pensais que la Suisse serait le dernier pays à jouer avec le feu alors qu’il fut à l’avant-garde de ce mouvement, ce qui est fou. Je pense qu’il s’agit du développement majeur de ces 2 dernières années.

Pourquoi ?

Antal Fekete : car le processus que nous connaissons n’est pas naturel. Cela équivaut à de la destruction de capital, pas seulement financier mais aussi physique. Les taux d’intérêt en berne détruisent du capital car les taux d’intérêt et la valeur du capital évoluent en direction opposée. Si les taux baissent, alors le prix des obligations augmente et inversement. Si les taux sont négatifs, alors les prix des obligations augmentent. Mais jusqu’où ? L’infini est-il la limite ? Il y a clairement une contradiction. C’est la première fois que nous les connaissons ; ils sont très destructeurs du point de vue du capital.

Pourquoi les banques centrales poursuivent-elles cette stratégie ?

Antal Fekete : l’une des explications, notamment dans le cas des Suisses, est qu’ils essayent de fixer la valeur du franc suisse par rapport aux autres devises. Mais au niveau mondial, on assiste à une course à la dévaluation. À une course vers le fond dont le gagnant est celui qui plonge le plus vite. Ce qui est en soi de la folie.

En décembre dernier, la Fed a relevé ses taux ? Pensez-vous que cette fois, elle a agi comme elle le devait ?

Antal Fekete : la Fed ne sait pas ce qu’elle fait. Ils sont complètement perdus.

Quel est le rôle de l’or dans cette pagaille financière et économique ?

Antal Fekete : l’or est le seul antidote à notre disposition, la seule ancre de stabilité susceptible de régler les choses. Tout le monde sait que l’or est l’antithèse des États-Unis. L’antithèse du keynésianisme. Les gouvernements et les banques centrales mènent une guerre contre l’or, ce qui est compréhensible car la création artificielle de crédit a atteint des proportions telles qu’elle affaiblit l’intégralité du système. Sans l’or, cette décomposition ne peut être stoppée, elle a déjà atteint un stade très avancé.

Pourquoi l’or est-il si important ?

Antal Fekete : Menger fournit la réponse. D’après lui, il s’agit de la seule matière première dotée d’une utilité marginale constante. Tout autre matière première ou actif financier, lorsque vous en achetez de plus en plus, voit sa valeur baisser, son utilité marginale baisser. L’or est la seule chose qui défie ces lois, et dans une certaine mesure l’argent.

Pensez-vous que l’or pourrait être la solution pour relancer le commerce mondial ?

Antal Fekete : tout à fait. J’ai ici un article récent de Hugo Salinas Price. Le titre est « la réévaluation à venir de l’or », dans lequel il analyse de façon très pertinente la situation actuelle et explique pourquoi il est absolument nécessaire de réévaluer l’or. Cela fait des années que je promeus la même analyse. » 

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billet déchiré

Tandis que l’or vient de passer la barre des 1300 $ l’once, Rob Arnott a discuté sur KWN durant le dernier week-end des conséquences potentielles des taux négatifs :

Eric King : « Rob, votre société gère pour 170 milliards d’actifs. Quelles sont en ce moment vos craintes ? »

Rob Arnott : « Il y a un moment que nous aurions dû connaître un marché baissier pour les actions. Lorsqu’il se déclarera, il y aura un effet domino sur les autres classes d’actifs. Mais ce qui m’inquiète davantage, c’est la perte de crédibilité des banques centrales ; la situation leur échappe.

Admettons que l’inflation de ces 6 à 8 derniers mois, de 2,3 %, atteigne 3 % dans les 6 ou 8 mois à venir. Cela signifiera que subitement, la Fed a perdu le contrôle. La banque centrale ne peut garder ses taux près de zéro si l’inflation est de 3 %. Ce ne serait en définitive qu’une expropriation massive de toute personne qui possède de l’épargne.

Le gouvernement s’engage délibérément dans une opération de destruction de la richesse des épargnants aisés. C’est l’essence des taux négatifs. Mais si vous persistez avec une inflation à 3 %, vous encouragez toute une série de comportements irrationnels qui se feront sur le dos de la population. Un tel environnement empêche l’objectif de taux planchers, qui est de stimuler la macroéconomie.

Donc, ironiquement, les efforts de la Fed visant à stimuler l’économie avec des taux planchers pourraient avoir l’effet inverse. L’inflation pourrait de toute façon décoller, avec pour conséquence l’obtention du pire des 2 mondes : stagnation de la macroéconomie et récession avec une inflation en hausse. Ce scénario est tout à fait possible et si la Fed perd le contrôle, prenez garde. »

Cet article de Bloomberg, sur les conséquences des taux négatifs au Danemark, fait écho aux avertissements d’Arnott :

« Lorsque les taux d’intérêt sont élevés, les gens empruntent moins et épargne plus. Lorsqu’ils sont bas, l’épargne baisse et les emprunts augmentent. Mais que se passe-t-il lorsque les taux restent en territoire négatif ?

Au Danemark, où les taux sont en dessous de zéro depuis plus longtemps que n’importe où ailleurs, le secteur privé épargne plus que lorsque les taux étaient positifs, avant 2012. Les investissements privés sont en baisse et l’économie traverse une « crise de faible croissance », pour citer Handelsbanken. »

Crédit photo : http://taxcredits.net/

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lingot et pièces d'or

Alors que la Fed a opté pour le statu quo pour son taux directeur, ce qui a permis à l’or d’effacer les baisses successives des jours précédents, les taux négatifs continuent de convaincre les particuliers mais surtout  les entités financières de taille, directement impactées, de se tourner vers l’or. Il s’agit cette fois au tour de German Munich Re, le second réassureur mondial, d’annoncer des achats d’or en tant que mesure de protection. Article de ZeroHedge, publié le 16 mars 2016 :

« Le second réassureur du monde, German Munich Re qui représente environ le double de Berkshire Hathaway Re, a décidé d’augmenter ses réserves d’or en achetant du métal en raison des taux négatifs punitifs de la Banque Centrale Européenne, d’après un communiqué publié aujourd’hui.

Comme rapporté par Mark O’Byrne de GoldCore et plus tard par Thomson Reuters, la société de réassurance est loin d’être la seule à chercher des  stratégies d’investissement alternatives afin de contrer les taux zéro ou négatifs qui réduisent les montants que les assureurs doivent payer sur leurs contrats.

Munich Re possède depuis quelque temps déjà dans ses coffres du métal jaune. Elle vient d’en acheter pour une somme à 2 chiffres en millions d’euros, d’après les déclarations en conférence de presse de son CEO Nikolaus von Bomhard.

« Il s’agit d’un simple essai, mais il montre à quel point la situation est sérieuse, » a déclaré von Bomhard.

La semaine dernière, la BCE a baissé son taux directeur à zéro ainsi que le taux « offert » sur les dépôts qui lui sont confiés de -0,3 – 0,4 %, augmentant ainsi les montants que les banques doivent débourser pour parquer de l’argent à la BCE.

Munich Re est l’une des plus grosses sociétés de réassurance du monde. Elle veille sur 231 milliards d’euros d’investissements. Une allocation modeste de 3 % en faveur de l’or équivaudrait à des achats de métal jaune pour 8,19 milliards de dollars. Au cours actuel de 1130 € l’once, cela correspondrait à 7,2 millions d’onces, ou 225,4 tonnes de lingots d’or.

Cette nouvelle est intéressante. Nous pensons que d’autres institutions lui emboîteront le pas en se diversifiant avec l’or afin de se protéger contre les taux négatifs. À ce jour, cette société est la seule à avoir pris une telle décision mais on peut raisonnablement s’attendre à ce qu’un petit pourcentage d’autres entreprises imitent German Munich Re.

Mais cette diversification ne concerne pas que l’or. La société allemande a confirmé qu’en cas de taux encore plus négatifs, l’argent physique deviendra de plus en plus précieux. Comme l’a rapporté Bloomberg, German Munich Re va conserver environ 10 millions d’euros en 2 devises afin de ne pas devoir payer pour pouvoir accéder rapidement à son argent. von Bomhard a ajouté : « nous observerons ce que les autres font afin d’éviter de devoir payer des taux d’intérêt. » (…)

« Cela pourrait devenir un phénomène de masse si les taux continuent de descendre en territoire négatif, la seule question est de savoir quel est le niveau qui le déclenchera, » a déclaré Christoph Kaserer, professeur de finance à l’université technique de Munich. « Pour les grosses institutions, ce moment fatidique devrait arriver plus vite. La BCE réagira alors avec des contre-mesures, par exemple en limitant l’argent liquide. »

La Bavière est décidément le bastion de la fronde anti BCE. Il y a quelques semaines déjà, l’association bavaroise des banques avait conseillé à ses membres de commencer à accumuler de l’argent liquide pour se prémunir des taux négatifs de la BCE…

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or physique

Les adversaires de l’or citent souvent l’absence de rendement du métal jaune en tant que raison pour ne pas en posséder. Si l’argument est une demi-vérité (à savoir qu’il n’offre pas de rendement, alors que c’est le cas de tout actif sans risque de contrepartie, comme l’argent liquide que vous gardez chez vous afin d’être sûr de pouvoir mettre la main dessus à tout moment), les taux d’intérêt négatifs ne seront qu’une raison supplémentaire de posséder de l’or.

Au Japon, la demande de métal a en tout cas augmenté d’après cet article de Bloomberg, publié le 14 mars 2016 :

Au Japon, les taux d’intérêt négatifs dopent la demande pour l’or, d’après le plus gros marchand de métaux précieux du pays.

Les cours internationaux ont augmenté de 18 % cette année alors que les investisseurs étaient à la recherche d’une valeur refuge pour se protéger des remous des marchés financiers. Pour les particuliers, la décision surprise de la banque du Japon en janvier n’a fait que renforcer l’attrait de l’or, d’après Takahiro Ito, manager en chef du magasin Tanaka Kikinzoku Kogyo K.K. situé dans le district Ginza de Tokyo. Ce qui a contribué à faire augmenter les prix de l’or de détail (note : lire les primes) jusqu’à obtenir un plus haut depuis juillet.

« De nombreux clients font le pari qu’il est préférable de convertir son épargne en or, une valeur refuge, plutôt que de garder leur argent déposé dans une banque qui offre de bas taux d’intérêt, » a-t-il déclaré la semaine dernière à l’occasion d’une interview téléphonique.

Le prix du lingot d’or a grimpé à 5027 yens (44 dollars) le gramme le 11 mars 2016, un plus haut depuis le 7 juillet, d’après cette société basée à Tokyo. « D’habitude, de nombreux clients vendent leur or, mais nous avons l’impression qu’ils sont encore plus nombreux à en acheter, même lorsque le prix dépasse les 5000 yens, » a déclaré Ito.

Dans sa tentative de doper le crédit, la BoJ a emboîté le pas à la BCE en instaurant un taux en dessous de zéro. Si cette mesure devrait bénéficier aux actifs risqués à haut rendement, elle pourrait également avoir des conséquences accidentelles du côté des ménages. Ceux-ci pourraient décider de retirer leur argent, voire même de le convertir en une réserve de valeur comme l’or. Les ventes de coffres ont augmenté au Japon, ce qui semble suggérer que ce scénario se matérialise.

La politique de la BoJ a propagé des idées fausses parmi les investisseurs, d’après Ito. Certains acheteurs pensent que les taux négatifs pourraient être répercutés sur l’épargne. Les Japonais âgés, quant à eux, craignent un remake de leur expérience au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le gouvernement restreignit les retraits d’argent afin d’enrayer l’inflation.

Les Britanniques se méfient aussi

L’attrait des investisseurs pour l’or se manifeste ailleurs. Au Royaume-Uni, BullionVault a déclaré le 1er mars que le nombre de ses clients a plus que doublé en février pour atteindre un record plus vu depuis avril 2013.

« Les craintes grandissantes concernant les taux négatifs et les risques politiques comme le Brexit ont consacré le retour en grâce de l’or auprès de certains gestionnaires, » a déclaré Adrian Ash. « Les investisseurs privés, dont les rangs grossissent rapidement, se mettent également à acheter de l’or en tant qu’assurance. »

Au Japon, la demande d’or s’est élevée à 32,8 t en 2015, contre 17,9 t en 2014, d’après le World Gold Council. »

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Alan Greenspan

Prenez n’importe quelle figure d’envergure du monde économique, délestez-la de ses responsabilités et posez-lui des questions candides : vous serez surpris par les divergences d’opinion entre l’avant et l’après (comme dans les pubs TV pour les lessives). Est-ce bien étonnant alors que Jean-Claude Juncker a expliqué, dans un élan de sincérité touchant, que « quand les choses deviennent sérieuses, il faut mentir ». On vient d’en avoir un exemple récent avec Mervyn King, nous remettons le couvert avec Alan Greenspan.

Dans le cas de l’ancien président de la Fed, ce retournement de veste n’est pas neuf. Depuis qu’il a quitté la plus haute fonction de la banque centrale américaine, des transformations étonnantes ont eu lieu. Il s’est subitement souvenu du rôle réel de l’or dans le système monétaire, est devenu bien plus lucide quant à la situation réelle de l’économie même s’il ne reconnaîtra jamais avoir commis des erreurs par le passé. Zero Hedge rapporte les moments forts du dernier entretien que le maestro a accordé à Bloomberg :

« Vous demandez-vous ce que pense Alan Greenspan des perspectives des politiques monétaires à travers le monde ? Nous non plus, mais bien Bloomberg. Tom Keene et Mike McKee ont eu le privilège de s’entretenir avec le maestro lundi après-midi pour discuter toute une série de sujets comme les taux d’intérêt négatifs, dont Greenspan estime qu’ils « altèrent les décisions des investisseurs ».

Même s’il n’a pas souhaité aller jusqu’à les condamner en qualifiant les taux d’intérêt négatifs de dangereux, il a par contre admis que la course mondiale keynésienne vers le fond est « contre-productive ».

En ce qui concerne l’économie américaine, Greenspan n’est pas optimiste. « Nous sommes dans de sales draps simplement parce que la productivité est au point mort… Les investissements en capital réel sont bien en dessous de la moyenne. Pourquoi ? Parce que les entreprises sont très incertaines à propos du futur. »

Oui, c’est sans aucun doute le cas. Bien sûr, si nous n’avions pas connu le « Greenspan put » et des décennies de largesses financières, nous n’aurions peut-être pas connu la dernière crise financière (David Stockman se fera un plaisir de vous expliquer le rôle joué par Greenspan dans la situation actuelle).

Sur la question de savoir si la loi Dodd-Frank a réglé les choses, Greenspan répond par la négative : « cette régulation est supposée s’attaquer aux problèmes que nous avons connu en 2008 et qui ont menés à cette situation. Elle ne le fait pas. Les banques « too big to fail » représentaient le gros du problème à l’époque, et le sont encore aujourd’hui. Rien dans Dodd-Frank ne résout cette problématique ».

Et enfin, voici le plat de consistance. Interrogé sur son d’optimisme sur l’avenir, Greenspan a déclaré ceci : « Non. Je ne l’ai pas été (optimiste) depuis un moment, et je ne le serai pas avant que nous ayons réglé le cas des programmes sociaux. Personne ne veut y toucher. Ils sont en train d’entraver graduellement les investissements, la productivité et le niveau de vie. »