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Varoufakis

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Par où commencer… après les trompettes de lundi, la situation de la Grèce est plus que jamais compromise. Syriza sur le point d’imploser, le peuple grec furieux contre son gouvernement, des politiciens européens qui affirment qu’aucun nouveau prêt à la Grèce est possible et le spectre de la faillite qui plane sur de nombreuses banques grecques sont quelques-uns des éléments illustrant à merveille que la résolution du cas grec n’est nulle part.

Hier, nous évoquions la perte de souveraineté de la Grèce à travers le fonds des privatisations qui devrait être sous contrôle européen. Mais aujourd’hui, ZeroHedge a signalé qu’une autre précondition dont quasi personne n’a parlé fait partie des termes des grandes lignes de la base de négociations pour un nouvel accord : le transfert du contrôle des banques grecques de l’État à la BCE et à l’Union européenne.

Ce sera donc l’Europe qui décidera des banques qui feront éventuellement faillite ainsi que de la contribution des épargnants aux opérations de renflouements internes (ou chypriotisation)  qui seront plus que probablement nécessaires. Un officiel européen a d’ailleurs déclaré à Reuters qu’au final, des 4 grandes banques grecques que sont National Bank, Piraeus, Eurobank et Alpha, deux seulement pourraient subsister.

Les Grecs sont furieux sur Tsipras

Après avoir voté courageusement à 61 % contre les propositions d’accord à l’occasion du référendum malgré la fermeture des banques et le contrôle des capitaux, les Grecs ont désormais découvert avec stupeur que Tsipras les a trahis. Bloomberg est allé prendre la température chez un barbier d’Athènes. Giorgos, un coiffeur septuagénaire, affirme que la plupart de ses clients se sentent trahis :

« Tous les gens qui viennent ici maudissent Tsipras. Il nous a promis toutes ces choses mais il n’a pas tenu ses promesses. Maintenant la Grèce est plus endettée que jamais, les gens sont furieux. Nos pensions ont déjà été abaissées à 600 €. Que va-t-il se passer maintenant ? Si cela continue, les gens souffriront de la faim. Il y aura une guerre civile. »

Le syndicat ADEDY (fonctionnaires) a déjà appelé à une grève de 24 heures est décrété une manifestation pour ce soir sur la place Syntagma (source).

Mutinerie au sein de SYRIZA

Les médias mainstream se sont faits largement l’écho des révélations de Yanis Varoufakis sur les coulisses des négociations et sa mise à l’écart par Tsipras alors que l’ancien Ministre des finances n’a pas été suivi dans son plan visant à défier directement la BCE en émettant des IOU (monnaie parallèle sous forme de reconnaissance de dette) en euro et en saisissant le contrôle de la banque de Grèce, quitte à retourner à la drachme.  Qualifié tour à tour d’idiot et de diva par de nombreux commentateurs y compris dans les médias alternatifs, nous estimons au contraire que Varoufakis était le seul à avoir une vision et la volonté d’aller au bout pour la Grèce. Malheureusement, il a été sacrifié sur l’autel de l’euro. S’il aurait été mieux inspiré de se rendre au parlement pour voter non, son absence lui a tout de même évité de s’humilier comme bon nombre de ses collègues parlementaires.

Mais les problèmes de Tsipras ne sont pas partis avec Varoufakis. Une véritable mutinerie est en cours avec 2 factions de son gouvernement qui se sont déjà officiellement positionnées contre l’accord. Varoufakis fut peut-être le premier limogeage d’une longue série.  Ironie du sort, Tsipras devra s’appuyer sur les fossoyeurs de la Grèce (PASOK et compagnie) pour obtenir la majorité au parlement demain.

Chez Standard & Poor’s, on aime jouer au yo-yo avec la note de la Grèce. Il y a quelques mois, le pays retrouvait une note plus acceptable, B, pour ensuite faire machine arrière en février en abaissant Athènes à B- pour finir par la renvoyer à CCC+.

Un rapide retour à la réalité en quelque sorte. S&P a motivé sa décision en expliquant que sans réformes économiques profondes ou une aide future, la Grèce ne pourra pas assumer ses obligations financières. L’enlisement des négociations entre la troïka  (pardonnez-nous, « les institutions ») et le gouvernement de Tsipras a évidemment pesé lourd dans la balance.

Comme le note ZeroHedge, la dégradation de la note de la Grèce arrive juste avant quelques réunions notables. Varoufakis va notamment rencontrer Obama, Mario Draghi ainsi que d’autres politiciens de haut niveau et représentant du FMI mais surtout le tristement célèbre Lee Buchheit, considéré comme l’un des plus grands spécialistes des défauts souverains. Il a d’ailleurs aidé de nombreux pays à restructurer leur dette.

Lee Buchheit avait déjà participé aux négociations de 2012 mais il avait à l’époque critiqué vertement l’échec des autorités à faire face à la réalité. L’avocat a d’ailleurs déclaré : « il est difficile pour moi d’imaginer qu’ils auront aujourd’hui le courage de présenter la solution qu’ils ont ralenties et qui à un énorme coût pour la Grèce, ses créditeurs et les sponsors du secteur officiel à savoir la restructuration obligatoire de leur dette. »

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Qui allait plier la première entre la Grèce et l’Allemagne ? L’accord semble indiquer que la Grèce s’est couchée. Cependant, il reste 2 grands points d’interrogation. Tout d’abord, si les réformes proposées par Athènes ne sont pas approuvées ce lundi, l’accord sera enterré. Et deuxièmement, que se passera-t-il lorsque cet accord de 4 mois expirera ?

Ne nous voilons pas la face, les grandes déclarations fracassantes de Tsipras et Varoufakis paraissent grotesques au vu de ce qu’ils ont signé hier. Ils avaient juré de mettre un terme à la Troïka or tout ce qu’ils ont fait en paraphant cet accord de 4 mois ce week-end c’est de changer les termes Troïka par Institutions et les mots créditeurs en partenaires ; rien n’a changé. En Grèce on n’est pas dupe : Syriza est sous le feu nourri de la critique (encore mieux que Le Changement C’Est Maintenant de Hollande). Elle provient même de son propre camp, même si la plupart des cadres de Syriza se sont murés dans le silence préférant ne pas évoquer les termes douloureux de cet accord.

Certains n’ont tout de même pas hésité à s’attaquer frontalement à la direction du parti. C’est notamment le cas de Manolis Glizas, qui n’a pas mâché ses mots en publiant sur son blog le message suivant :

« Renommer la troïka en institutions, mémo en accord et créditeurs en partenaires ne change rien à la situation antérieure, si ce n’est faire de la sémantique. Bien sûr, il n’est pas possible de changer le vote du peuple grec des élections du 25 janvier 2015. Les gens ont voté pour les promesses de Syriza : mettre fin à l’austérité qui est non seulement la stratégie de l’oligarchie de l’Allemagne et des autres pays de l’Europe mais aussi la stratégie de l’oligarchie grecque. Pour mettre fin aux mémos et à la Troïka, pour abolir toutes les lois de l’austérité. Le lendemain des élections c’est ce que nous avons fait. Désormais, un mois s’est écoulé et les promesses n’ont pas été mises en pratique. Dommage, 1000 fois dommage. De mon côté, je présente mes excuses au peuple grec car j’ai participé à cette illusion. (…)

Mais avant qu’il ne soit trop tard, réagissons. Les membres de Syriza, nos amis et nos sympathisants à tous les niveaux de l’organisation doivent décider à l’occasion de réunions extraordinaires s’ils acceptent la situation. (…) »

Les Grecs vont-ils accepter ce qui ressemble furieusement à une trahison ? Il ne faut pas non plus oublier que Syriza ne dispose que d’une très courte majorité au parlement. Il suffirait de quelques députés frondeurs pour le faire tomber.

Deuxièmement, il n’est pas encore dit que l’Europe validera les réformes proposées à la va-vite par la Grèce ce lundi. Tsipras a déclaré à ce propos : « je suis quasi certain que notre liste de réforme sera approuvée par les institutions (troïka…), Elles ne diront pas non. Si les institutions refusent lundi, il y aura une réunion de l’eurogroupe mardi. J’espère qu’elles diront oui ». Du côté de l’Allemagne cette liste devra être approuvée par le parlement, or, d’après Hans Michelbach (du parti de Merkel), il est impossible d’avoir un vote avant le 28 février prochain.

Mais en  admettant que tout se règle, que le gouvernement Syriza ne tombe pas, le problème de la Grèce se représentera à nouveau dans 4 mois. Syriza aurait-il simplement cherché à gagner un peu de temps pour mieux s’organiser, ou s’est-il purement et simplement couché ? L’avenir le dira. En attendant, l’apparence visuelle des billets de banque de la nouvelle drachme ont déjà été conçus. Preuve que le scénario d’une sortie de la zone euro est tout sauf du domaine de la science-fiction.

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Sans surprise, la grande réunion cruciale entre la Grèce et l’Europe a tourné court, preuve que le fossé entre les 2 parties est toujours aussi large. Sans liquidités d’urgence pour ses banques, sans possibilité de se financer, la Grèce est plus que jamais au bord de la faillite.

Dès que la délégation grecque a pris connaissance du brouillon du communiqué préparé par l’Eurogroupe, les « négociations » ont pris fin. Les ministres des finances européens, souffrant manifestement de problèmes cognitifs prononcés, avaient mentionné dans leurs propositions la poursuite de la politique de renflouement alors que Syriza ne cesse de répéter depuis son accession au pouvoir que la Grèce n’accumulera pas de dettes supplémentaires.

Comme nous l’avons relevé précédemment, tant que l’Europe n’acceptera pas cet état de fait il ne pourra y avoir d’accord. Le problème c’est que le temps manque, les banques grecques qui n’ont plus accès aux liquidités d’urgence de la BCE et qui font face à un bank run sont au bord de la faillite, tandis que le l’État grec sera lui aussi bientôt à court d’argent.

Les Européens jouent aux idiots en pensant que mettre simplement la pression sur la Grèce et les menacer suffira pour les faire obtempérer comme ce fut le cas par le passé. C’est ce qui a fait dire à un officiel grec que « l’insistance de certaines personnes à vouloir forcer le gouvernement grec d’accepter le renflouement n’est pas raisonnable et ne peut être acceptée. Ceux qui ne cessent de ramener cet élément sur le tapis gaspillent leur temps. Vu ces circonstances, il ne peut y avoir d’accord aujourd’hui. »

Les Allemands sont perplexes… que faire de ces Grecs qui ne veulent rien savoir ? Un homme politique du parti de Merkel a une idée : il a suggéré le remplacement du ministre des Finances Yanis Varoufakis par le premier ministre Tsipras, affirmant que les politiciens allemands ne parviennent pas à comprendre Varoufakis, qui créerait de la confusion. Joachim Ross a écrit par e-mail à ses collègues du SPD (source) :

« Le ministre grec des Finances Varoufakis a montré de par sa performance jusqu’à présent, qu’il n’a pas l’étoffe d’un tel poste. Dans l’intérêt du peuple grec et au vu de la situation difficile, le premier ministre Tsipras devrait penser à remplacer Mr Varoufakis par un homme politique expérimenté et réaliste. »

Cette déclaration montre à nouveau à quel point les Allemands et les Européens sont déstabilisés. Clairement, ils ne comprennent pas ce qui leur arrive : ils sont face à des gens déterminés qui ne se couchent pas à la première menace financière ou ultimatum lancé. Pas étonnant qu’ils ne comprennent pas Varoufakis et demandent son remplacement par un « homme politique expérimenté et réaliste », soit un caniche qui obéira au doigt et à l’œil. De plus, la Grèce a déjà affirmé qu’elle ne recevrait plus d’ordres par email. Une mauvaise habitude dont l’Europe a toute la peine du monde à se débarrasser.

Alors que le temps passe (tic tac l’ultimatum), aucun rapprochement de point de vue entre l’Allemagne et la Grèce ne semble se dégager malgré les fausses annonces hier d’un soi-disant délai de 6 mois offert par la Commission à la Grèce et qu’une grande réunion « cruciale » a lieu aujourd’hui, qui s’annonce déjà comme un échec retentissant.

Du côté du ministre des Finances allemand (Wolfgang Schaueble) on affirme qu’il n’y a aucun plan de discussion d’un nouvel accord ou de l’octroi d’un délai ce qui signifie qu’aucune résolution ne doit être attendue durant la réunion de Bruxelles d’aujourd’hui. Du côté de la Grèce l’attitude n’a pas été changée d’un iota, Tsipras répétant une nouvelle fois que son gouvernement « ne fera pas demi-tour » et qu’il ne peut condamner le peuple grec à davantage de sacrifices. La Grèce souhaite « un accord pour les intérêts mutuels de la Grèce et de ses partenaires, qui mettra fin aux termes punitifs et à la destruction de l’économie grecque ». Ces mots ont été prononcés devant le parlement hier juste avant un vote de confiance, qui lui a été attribuée par 162 voix pour et 137 voix contre, d’après Bloomberg.

Tout le monde campe sur ses positions. Schaueble estime qu’il n’y a plus rien à négocier pour les créditeurs de la Grèce. Du côté de la BCE les propositions grecques d’effacement de la dette par des procédés d’échange, qui reviennent au même, la seule différence étant le nom, ne sont pas acceptables.

Si aucune solution n’est trouvée d’ici la fin du mois, la Grèce sera financièrement exsangue. Ce qui signifie que le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de réintroduire la drachme. Il en est d’ailleurs bien conscient. C’est ainsi que le ministre des Finances Varoufakis a déclaré hier devant le parlement grec que « vous ne pouvez pas négocier sérieusement si vous n’êtes même pas désireux d’envisager l’éventualité d’une rupture ». Au magazine allemand Stern, il a déclaré de but en blanc : « la dette grecque ne peut être remboursée dans un futur proche », toujours selon Bloomberg.

Dès  son intronisation, le gouvernement s’est rapproché de la Russie qui s’est dite prête à aider la Grèce. Et pendant que Varoufakis sera à Bruxelles pour « négocier », le ministre des Affaires extérieures Nikolaos Kotzias sera en visite à Moscou pour rencontrer son homologue Sergueï Lavrov.

Comme le dit si bien ZeroHedge : « tandis que le ministre des finances grec sera à Bruxelles pour discuter du futur de la Grèce dans la zone euro ou plutôt de son absence de futur, son collègue des affaires étrangères sera au Kremlin discutant peut-être de l’avenir de la Grèce dans l’union économique eurasienne de Moscou. » Si l’Europe poursuit sur le même ton ce pourrait être aujourd’hui que la Grèce fera son choix concernant son avenir : l’Europe ou la Russie.

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Accusés de perpétuer le statu quo le jour même de leur élection, par certains, Syriza malgré la pression de la BCE et de l’UE ne plie pas, que du contraire. Et vu l’attitude frondeuse de la Grèce c’est tout le Vieux Continent qui risque de se diviser.

L’escalade des mots a eu lieu pendant tout le week-end ne laissant rien entrevoir de bon. Alors que l’Europe a lancé un véritable ultimatum à Tsipras celui-ci n’a pas tenté de calmer le jeu, bien au contraire, en adoptant une rhétorique toujours plus dure envers Bruxelles. Il a notamment déclaré :

  • Le gouvernement veut rendre au peuple grec sa souveraineté
  • La Grèce ne recevra désormais plus d’ordres par e-mail
  • L’austérité n’est pas une règle européenne
  • Ce gouvernement respectera sa parole

Sur ce, c’est le ministre des Finances Yanis Varoufakis qui a enchaîné disant tout haut ce que seuls des gens comme Nigel Farage osait dire. Il a notamment dévoilé que des Italiens hauts placés lui avaient confié être solidaires avec la Grèce tout en n’osant pas dire la vérité de peur des conséquences. La Grèce qui est déjà loin dans son processus de destruction n’a plus vraiment le choix. Varoufakis s’est même osé à déclarer que « l’euro s’effondrera si la Grèce sort de la zone ». Extrait de son interview à Reuters :

« L’euro est fragile c’est comme un château de cartes, si vous ôtez la carte grecque le château s’effondre. (…) Je voudrais avertir toute personne qui considère qu’amputer l’Europe de la Grèce que c’est un jeu très dangereux. Qui seront les prochains après nous ? Le Portugal ? Que fera l’Italie lorsqu’elle découvrira qu’il est impossible de suivre le chemin de l’austérité ? (…) Soyons honnêtes, la dette de l’Italie n’est pas gérable. »

Nous avons certes été habitués au cirque des négociations qui aboutissent en dernière minute donnant l’illusion à maintes reprises que tout était réglé. Cependant cette fois les choses sont différentes, les différences idéologiques entre l’Europe et la Grèce étant trop profondes pour être gommées.

Il est désormais assez inconcevable de voir la Grèce faire demi-tour. L’Europe pourrait être amenée à faire des concessions mais si les Allemands campent sur leurs positions, on se dirige tout droit vers une sortie de la Grèce de la zone euro. Officiellement, Syriza souhaite conserver la monnaie unique mais manifestement entre l’effacement partiel de la dette et l’euro, le parti de gauche a choisi la première solution. Dans une logique politicienne, il est même possible que Tsipras sache très bien que le retour à la drachme est inéluctable mais se soit positionné ainsi afin de ne pas être celui qui portera la responsabilité de la fin de l’euro.

Via le Wall Street Journal, on a même appris hier que la Grande-Bretagne se préparait à un Grexit. Il ne s’agit pas d’une rumeur mais des mots du ministre des Finances britanniques George Osborne. Il a déclaré :

« Le gouvernement britannique prépare un plan de contingence dans l’éventualité de la sortie de la zone euro de la Grèce et des instabilités que l’événement engendrerait sur les marchés. (…) C’est pourquoi je me rends demain au G20 dans l’optique d’encourager nos partenaires à trouver une solution à la crise. »

On peut faire des tas de reproches au programme de Syriza, mais jusqu’à nouvel ordre c’est le seul parti de gouvernement qui a secoué le cocotier de la dette européenne en lançant des vérités dérangeantes.

Sources des citations : ZH, ZH, ZH et ZH