50 % des obligations corporate européennes sont à un abaissement de note du statut junk

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Malgré le rebond spectaculaire des marchés actions du 26 décembre, l’or et l’argent continuent d’afficher une très belle performance en cette fin d’année, confirmant une fois de plus que le 12e mois est traditionnellement positif pour les métaux précieux. Mais tandis que la BCE va cesser ses achats d’obligations corporate après les avoir réduits, il est intéressant de voir ce qui se passe du côté de ces actifs. Et comme le montre cet article de Don Quijones, c’est la soupe à la grimace pour les obligations d’entreprise risquées :

En termes de stress, 2018 fut une année extrêmement éprouvante pour l’enseigne de grande distribution espagnole Dia, l’une des plus grosses chaînes de supermarchés d’Europe. Elle est passée par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Le titre de l’entreprise, réduite à un vulgaire « penny stock » (action à quelques centimes) malgré son bond de 22 % du 22 décembre qui l’a portée à 0,44 €, a plongé de 90 % depuis janvier. Durant la même période, la société a émis pas moins de 3 avertissements sur résultats. En quelques semaines seulement, sa cote de crédit a été classée à risque. Et pour couronner le tout, il y a 2 semaines, Dia a subi la pire ignominie qui soit, à savoir son exclusion de l’indice de référence espagnol, l’Ibex 35, en raison de sa valeur trop faible. Dia a été remplacée par une usine de pâte à papier s’appelant Ence.

Alors que la pression monte, la direction de la société, qui vient d’être remplacée en début de ce mois, a promis de se débarrasser de son aile cash&carry, ainsi que de sa filiale spécialisée dans les parfums. Elle va également fermer les magasins qui réalisent les plus grosses pertes, tout cela dans le but d’obtenir une nouvelle ligne de crédit de 200 millions d’euros devant lui permettre de tenir jusqu’au printemps. Elle espère ensuite obtenir à nouveau de l’argent frais. En voilà beaucoup d’espoirs et de demandes.

En ce qui concerne les créditeurs de la société, ils sont bien entendu inquiets. 4 des 5 plus grandes banques espagnoles en font partie : Santander, BBVA, CaixaBank et Banco Sabadell. Il y a également des poids lourds européens tels que Barclays, Société Générale et Deutsche Bank. Mais parmi la longue liste des créditeurs, il y a aussi la BCE, qui possède pour un montant non divulgué des obligations Dia. Même si on en parle beaucoup moins.

Durant sa période d’achats d’obligations d’entreprise dans le cadre de son QE, la BCE ne communiquait pas les noms des entreprises concernées par ces achats de titres, ni les montants. Il existe néanmoins une liste officielle de son portefeuille actuel, que vous pouvez télécharger ici. Et dans cette liste, on trouve les obligations émises par une société appelée Distribuidora Internacional de Alimentos, qui n’est rien d’autre que Dia. Elles arriveront à échéance en 2019, 2021 et 2023 pour une valeur nominale totale de 905 millions d’euros.

D’après des sources d’El Pais, la BCE, via son programme d’achats d’obligations corporate, possède pour au moins 200 millions de ces obligations, un peu plus de 20 %. En octobre, elle figurait dans la catégorie « investissement ». Elles sont désormais à risque (Caa1 pour Moody’s, CCC+ pour S&P). La raison principale de l’abaissement de sa note réside dans le 3e avertissement sur bénéfices, publié fin novembre.

Pour les porteurs d’obligations, la chute fut brutale. Pour des titres qui s’échangeaient à environ 100 centimes pour chaque euro de valeur nominale au début de l’année, en grande partie grâce au soutien de la BCE, la valeur est aujourd’hui respectivement de 68, 60 et 57 centimes en fonction de l’échéance (2019, 2021 et 2023). Autrement dit, la valeur de l’investissement de la BCE dans Dia a baissé d’environ 33 %.

La chute de Dia n’est pas sans rappeler le scandale Steinhoff de 2017, lorsque la BCE avait fini par vendre sa position dans les obligations du distributeur sud-africain Steinhoff en perdant des millions d’euros après que des révélations indiquèrent que la société avait eu recours à des pratiques comptables hautement douteuses. Aujourd’hui, certains se demandent si nous allons assister au même événement avec Dia.

Il s’agit d’un exemple frappant qui montre comment les entreprises européennes sont devenues dépendantes des largesses de la BCE, qui vont prendre fin d’ici quelques jours. La BCE a acheté pour plus de 176 milliards d’obligations corporate européennes. C’est environ le 5e des émissions depuis juin 2016, lorsque le programme fut lancé. À son pic, il engloutissait pour plus de 2 milliards d’obligations chaque semaine. De grandes entreprises, comme BMW, Daimler, Telefónica, ENI, Engie et Sanofi ont ainsi pu vendre jusqu’à 15 émissions à la BCE durant les 30 derniers mois. (…)

La baisse des achats de la BCE a déjà eu un gros impact sur la valeur de ces titres. Les taux ont grimpé. Le taux moyen des obligations corporate risquées a plus que doublé durant les 12 derniers mois selon l’ICE BofAML Euro High Yield Index, passant d’environ 2,1 % au plus bas en novembre 2017 à 4,7 % aujourd’hui. Ce dernier chiffre reste néanmoins historiquement bas.

Le marché obligataire corporate européen sent déjà la pression monter en l’absence de la BCE sur le marché. Cela va continuer d’impacter le prix du financement de nombreuses grandes sociétés européennes.

De nombreux investisseurs espèrent que le pire est déjà intégré dans les valorisations actuelles. Mais de nombreuses sociétés qui ont bénéficié des largesses de la banque centrale éprouvent déjà davantage de difficultés à emprunter auprès des investisseurs. Même un colosse comme Volkswagen a vu son écart de rendement par rapport aux Bunds augmenter de 100 points de base depuis le début de l’année 2018.

La qualité de la dette corporate continue également de baisser dans son ensemble. Les obligations notées BBB- (la plus basse note avant d’être placé dans la catégorie « à risque ») représentent aujourd’hui 50 % de la dette jugée « sûre » en Europe. Ce chiffre était de 19 % il y a 10 ans seulement. Ces titres sont à un abaissement de notation de la catégorie junk. Il s’agit donc de sociétés qui dépendent de la dette pour assurer leur survie. Un financement qui est désormais plus difficile et plus cher à obtenir, peut-être impossible, alors que la BCE ferme les cordons de la bourse.