Deux économistes de la FED de Saint-Louis évoquent les taux négatifs aux États-Unis

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Il y a peu encore, la FED était soudée derrière le rejet des taux négatifs. Mais voici qu’un papier de 2 chercheurs de la FED de Saint-Louis envisage cette possibilité. La FED se prépare-t-elle à faire un virage à 180° sur ce dossier ? Difficile à dire, mais ce ne serait pas la première fois qu’elle change complètement d’avis en l’espace de plusieurs mois. De CNN :

La FED va probablement maintenir son taux directeur légèrement au-dessus de zéro à l’occasion de sa réunion programmée cette semaine. Mais des voix s’élèvent en ses rangs en faveur d’une décision inédite : propulser les taux américains en territoire négatif.

En théorie, les taux négatifs encourageraient la population et les entreprises à emprunter davantage et stimuleraient l’économie. Ses adversaires affirment qu’une telle politique pénalise les gens qui essaient d’épargner, ainsi que les grandes banques qui doivent accorder des crédits non rentables.

Le président de la FED, Jerome Powell, a résisté maintes fois aux pressions demandant les taux négatifs, même si les banques centrales d’Europe et du Japon l’ont déjà fait. Même le président Trump a lancé de tels appels.

La FED a déjà déployé des stimulations monétaires de plusieurs trillions de dollars afin de venir en aide aux consommateurs, aux entreprises et aux pouvoirs locaux en difficulté suite aux conséquences économiques du Covid-19. Selon certains économistes, les taux négatifs doivent être considérés afin d’obtenir une relance durable.

Des chercheurs de la FED de Saint-Louis ont rédigé un papier à la fin du mois de mai. Dans celui-ci, ils affirment qu’une combinaison « de politiques monétaires et fiscales agressives est nécessaire afin que les États-Unis génèrent une reprise en V ».

« Une politique agressive signifie que les États-Unis doivent considérer les taux négatifs, et des dépenses publiques importantes, notamment dans l’infrastructure », ont écrit Yi Wen, économiste de la FED de Saint-Louis, et Brian Reinbold, associé de recherche.

Les taux négatifs et davantage de stimulations fiscales pourraient doper l’économie

Selon Wen et Reinbold, les taux négatifs pourraient devoir rester en place pendant plusieurs années afin d’être pleinement efficaces.

« Ces politiques doivent se poursuivre même si la crise est sur le point de s’éteindre, et ce, afin de fournir un élan supplémentaire, et donc une reprise plus vigoureuse », ont-ils expliqué, tout en insistant sur le fait que des dépenses publiques devront être couplées à cette mesure. Selon eux, la FED ne pourra pas y arriver toute seule :

« Une politique monétaire agressive, par exemple les taux négatifs, pourrait être insuffisante sans stimulations fiscales fortes », ont-ils ajouté.

La plupart des économistes pensent que la FED va résister aux sirènes des taux négatifs. Mais d’autres estiment, au contraire, que la Banque centrale américaine va imiter ses collègues d’Europe et du Japon à un moment donné. Le CFA de Bankrate, Greg McBride, a même déclaré ce lundi que les taux négatifs sont « inévitables » aux États-Unis.

Powell s’est positionné pour davantage de stimulations fiscales, mais il ne s’est jamais prononcé en faveur des taux négatifs. Il y a de bonnes raisons à cela.

Au Japon, les taux négatifs n’ont pas engendré de renouveau économique. Cela fait 3 décennies que l’économie nipponne fait presque du surplace. Les taux sont en dessous de zéro en Europe depuis 2014. Cela fait du tort aux épargnants, tout en créant d’énormes problèmes pour les géants bancaires européens tels que la Deutsche Bank.

Il y a des craintes légitimes de voir les taux négatifs décimer les bénéfices des grandes banques américaines. Une telle politique étranglerait les marges bénéficiaires des départements « crédit » des institutions bancaires. Cela pourrait les encourager à moins prêter, ce qui serait catastrophique pour l’économie.

La FED doit-elle être agressive après la publication des derniers chiffres de l’emploi, bien meilleurs qu’anticipés ?

La santé des banques américaines est bien meilleure aujourd’hui par rapport au pic de la crise de 2008. Après tout, les stimulations de la FED ont pour objectif d’encourager les banques à prêter davantage. Des taux plus bas seraient négatifs pour leurs résultats.

Les chiffres de l’emploi de mai, étonnamment bons, pourraient également convaincre la FED de l’efficacité de ses politiques. Et donc de l’inutilité d’une décision aussi drastique. Certains économistes continuent d’évoquer la possibilité d’une reprise en V.

12 % des traders anticipent un relèvement modeste du taux directeur de la FED ce mercredi. Ils n’étaient que 3 % à envisager une telle décision il y a une semaine, et même 0 il y a un mois.

Les chances de voir les taux américains être relevés cette année sont faibles. Mais selon certains experts, la FED ne souhaiterait pas attendre aussi longtemps cette fois, afin de ne pas se retrouver à nouveau prise au piège de ses taux planchers.

« Nous ne nous attendons pas à une longue période de taux zéro comme durant 2008-2016. Elle devrait s’exprimer en quelques trimestres, au pire en quelques années », a expliqué Deborah Cunningham, CIO marchés des liquidités de Federated Hermes, dans un rapport publié la semaine dernière.

Le coronavirus continue de poser un risque majeur de santé publique, surtout alors que les économies sont en voie de normalisation et qu’une résurgence des cas pourrait occasionner de nouveaux dégâts aux marchés et à l’économie.

Les taux négatifs sont probablement une option de la dernière chance pour la FED. Mais rien ne dit qu’elle ne devra pas recourir à des outils non conventionnels en cas de menaces sur la reprise.

« Powell a indiqué que les taux négatifs ne sont pas à l’ordre du jour, a écrit dans un rapport Steve Rick, économiste en chef du CUNA Mutual Group. Cependant, si une seconde vague de cas de coronavirus devait se déclarer au cours de cette année et si l’économie devait à nouveau s’écrouler alors qu’elle est encore à genoux, des politiques monétaires plus drastiques pourraient être nécessaires. »