En défense de Jerome Powell

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Eccles Building de la Fed

Trump et bon nombre d’analystes se plaignent des politiques monétaires de Jerome Powell, qui vont nous mener vers un krach. C’est vrai, mais que peut-il faire d’autre s’il souhaite mettre un terme au régime « accommodant » de Bernanke et Yellen, ramener les taux à des niveaux plus sains et surtout corriger les distorsions sur les marchés financiers engendrées par les flots de liquidités des banques centrales depuis 2008 ? Voici en substance le contenu de ce billet de Charles Hugh Smith, publié le 24 décembre sur son blog :

Devenus accros à l’argent presque gratuit de la FED et au tristement célèbre « Fed Put », les participants aux marchés financiers se lamentent à propos de l’agonie engendrée par l’abandon de Jerome Powell des politiques stimulantes des périodes de Bernanke et Yellen.

Soyons clairs : les politiques d’argent quasi gratuit pour les financiers (QE) et le « Fed Put » ont été des catastrophes absolues, car ils ont faussé les marchés financiers à un tel point que les mécanismes de découverte du prix ont été supprimés.

Les politiques de la FED de Bernanke et Yellen ont également exacerbé les inégalités alors que l’effet de richesse engendré par la hausse de la valorisation des actifs  ̶  l’objectif supposé de la relance monétaire  ̶  n’a profité qu’aux 5 % les plus riches, la plupart des profits allant aux 0,1 %.

Privés de tout stimulant addictif et de la sécurité du « Fed Put », les marchés subissent la douleur de la normalisation et le retour traumatique de la découverte des prix. Bien qu’on nous apprenne que le capital a des formes financières, intellectuelles et sociales, la confiance est aussi en quelque sorte une forme de capital. En raison des distorsions flagrantes et des incitations perverses de la FED de Bernanke et Yellen, plus personne ne fait confiance aux mécanismes de découverte des marchés.

C’est pourquoi les investisseurs sont si nerveux, et paniqués si facilement: ils n’ont aucun moyen de savoir ce que seront les valorisations du marché une fois que les marchés seront sortis de la crise et se mettront à découvrir le prix grâce à l’offre, la demande, le risque et le coût du crédit, les flux de trésorerie futurs, etc. Soit tous les mécanismes du marché permettant une découverte transparente des prix.

En effet, la FED de Bernanke et Yellen a institutionnalisé la destruction de la confiance aux États-Unis dans leur quête permanente de la hausse des marchés. Personne ne faisait confiance à la découverte du prix des marchés, mais ils comptaient sur la FED pour renflouer la Bourse.

Tout le monde savait que c’était artificiel, mais c’était trop rentable pour ne pas y goûter. Tout comme le parieur sous cocaïne a le sentiment de pouvoir conquérir le monde alors que les observateurs s’émerveillent de son décalage avec la réalité, la FED de Bernanke et Yellen a offert un stimulus provoquant une dépendance qui générait une illusion de stabilité et une illusion de découverte des prix, illusion que toute personne censée rejetait.

Si le parieur camé commence à distribuer des billets de 100 dollars, pourquoi ne pas les prendre ? Il s’agit d’un résumé de la FED de Bernanke et Yellen.

Les toxicomanes pensent toujours qu’ils peuvent arrêter à tout moment. Les acteurs des marchés boursiers ont estimé qu’ils pourraient discerner le moment auquel les effets de la drogue de la FED s’estomperaient, ou déclencheraient des overdoses massives. Ils pourraient alors sortir du marché avec leurs profits bien avant que la situation dégénère. Mais la porte de sortie est étroite tandis que le couloir est sombre et bondé : c’est bien plus facile à dire qu’à faire.

Powell tente de rétablir la confiance dans les marchés en supprimant le Fed Put de Bernanke et Yellen. Après une décennie de dépendance aux mesures de relance de la FED, il est difficile de se départir de la mentalité délirante du toxicomane et de s’engager dans un monde tel qu’il devrait être, dans lequel les marchés financiers signifient la découverte transparente du prix de toute chose, y compris du risque et du crédit.

Si nous pouvons oser être honnêtes un instant, nous avouerions que tout le monde savait que les marchés de la dernière décennie étaient truqués. Lorsque les gens ne peuvent plus faire la différence entre le faux et la réalité, la fraude est encouragée alors que la confiance est perdue.

Nous vacillons autour d’un trou noir financier : la dépendance à l’artificiel et la destruction de la confiance dans les marchés ont des conséquences systémiques. Nous devrions remercier Jay Powell et son Conseil des Gouverneurs d’avoir refusé de diriger le système financier américain et son économie dans un trou noir à partir duquel aucun retour n’est possible.

S’en remettre à l’artificiel et à des stimuli addictifs est le summum de la fragilité et de la vulnérabilité. Si nous voulons un système financier et une économie anti-fragiles, agiles et durables, nous devons commencer à voir la réalité en face. Et la première étape consiste à rétablir les mécanismes de découverte du marché, quelle que soit la douleur à court terme.