Europe : la crise économique italienne n’est que la partie visible de l’iceberg

0
849
euro et italie

L’Union européenne se trouve indubitablement à la croisée des chemins. Des économies qui étaient autrefois considérées comme des piliers forts de l’Union sont en train de faiblir. Des économistes ont lancé des avertissements concernant les problèmes de dette grandissants de nombreux pays de la zone euro suite à la crise financière de 2008. Ces cauchemars se sont matérialisés avec l’émergence de la crise grecque en 2015. En échange de mesures strictes d’austérité, des aides financières furent offertes à la Grèce. Ce fut la plus grande opération de sauvetage financier d’un pays en faillite de l’histoire.

Une économie sous le coup de mesures d’austérité

Cependant, les économistes pensent que l’opération de sauvetage n’a pas aidé la Grèce. Ils pèsent les conséquences à long terme des mesures d’austérité sur son économie.

« Le dossier grec est un échec colossal. Il s’agit d’une histoire faite d’incompétence, de dogmes, de retards inutiles et d’intérêts bancaires qui ont été placés devant ceux du peuple. Et il y aura des conséquences à long terme », a écrit Larry Eliott, journaliste économique du Guardian.

Mais cette saga n’est pas terminée. C’est désormais l’Italie qui pourrait précipiter l’Union européenne dans la crise. La 3e économie de la zone euro est désormais un bateau en perdition. Son taux de croissance pour l’année 2019 est estimé à 0,1 %. Les dernières statistiques en la matière révèlent que la dette actuelle de l’Italie est d’environ 130 % de son PIB. Celui-ci pèse environ 2,6 trillions de dollars, ce qui correspond presque à celui de l’Inde en termes nominaux. L’économie italienne pèse 10 fois plus que celle de la Grèce, ce qui ne fait qu’exacerber l’intensité de cette crise économique.

John Higgins et Adam Hoyes, économistes de Capital Economics, ont mentionné dans une note de recherche que « contrairement à l’Italie, le ratio dette/PIB de la Grèce et sur une pente descendante. La dette grecque a été restructurée sous des termes plus favorables que ceux de l’Italie. De plus, la dette italienne est bien plus importante en termes absolus, elle pose un risque systémique bien plus important pour l’ensemble de la zone euro ».

Concernant les perspectives de croissance à long terme, les statistiques montrent que le PIB par habitant en Italie stagne depuis 18 ans.

Les banques italiennes sont déjà financièrement fragiles, elles se battent sur les terrains du refinancement de leurs émissions obligataires et de leur énorme dette. Cela a fortement réduit leur capacité à prêter de l’argent alors que le secteur privé a besoin de ces fonds pour retrouver un second souffle.

Les problèmes économiques italiens ont déjà menacé significativement les objectifs monétaires de la BCE. La crise italienne, si elle n’est pas contenue, pourrait ébranler la confiance des marchés dans toute la zone euro.

Qui est responsable ?

Sans aucun doute, les développements politiques en Italie ont mis de l’huile sur le feu. Les mesures radicales du nouveau gouvernement populiste remettent en question l’autonomie de la Banque centrale d’Italie. Le nouveau gouvernement souhaite notamment prendre le contrôle des réserves d’or importantes de la Banca d’Italia. (…)

En 2018, le gouvernement italien a émis le souhait d’augmenter son déficit budgétaire de 2,4 % durant les 3 prochaines années. Une proposition inacceptable pour l’UE. Le conflit d’intérêts entre le gouvernement et les instances européennes est depuis visible. En raison de la monnaie unique, il est impossible pour la Banque centrale italienne d’envisager la dévaluation de sa monnaie. Les économistes italiens peuvent regretter le choix du remplacement de la lire par l’euro.

Durant la période de la lire, même les marchés actions allemands sous-performaient par rapport aux actions italiennes. Cependant, un retour à la lire serait désormais un mauvais choix. Il provoquerait des pertes massives à travers toute l’Europe, et donc une crise économique mondiale sans précédent.

Cette instabilité qui perdure dans la zone euro est la résultante de cette incapacité à coordonner les politiques monétaires et fiscales. Ce qui remet en question le principe même de l’union économique. À vrai dire, même les économies qui se portent bien sont menacées par les décisions politiques et économiques douteuses des autres membres.

La crise italienne menace sérieusement l’ensemble de la zone euro. Vouloir persuader cet ambitieux gouvernement italien de rester dans les clous européens va déboucher sur un véritable bras de fer. Cependant, la crise italienne n’est que la partie visible de l’iceberg. Les niveaux de dette dans d’autres pays, comme le Portugal et l’Espagne, représentent également des points d’inquiétude.

« Les fondamentaux dans de nombreux pays européens restent relativement fragiles. Les déficits restent excessifs en Espagne, ainsi qu’en France », a déclaré Michael Leithead, responsable des revenus fixes chez EFG Asset Management. Mario Draghi, président de la BCE, avait mentionné en 2012 que son institution ferait « tout ce qui est nécessaire » pour sauver l’euro. Nous saurons bientôt combien il en coûtera à l’Europe pour mettre un terme à la contagion de ce creusement de la dette.

Source : fee.org