Le casse-tête démographique des États-Unis

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Démographie US

2019 fut à nouveau une bonne année pour le marché haussier en cours. Le triptyque redémarrage du QE, baisse des taux et explosion de la dette fédérale, en plus des rachats d’actions et des baisses d’impôts des entreprises, ont favorisé la hausse des prix des actifs.

Le Census Bureau vient de publier ses chiffres 2019. Ils ne pouvaient pas plus diverger du positivisme qui règne sur les marchés. Dans l’histoire américaine, je n’ai trouvé qu’une occurrence d’une croissance de la population aussi basse (en dessous de 0,5 %). Ce fut en raison de l’épidémie de grippe espagnole de 1918-1919, qui tua entre 20 et 40 millions de personnes de par le monde, dont 700.000 Américains. La réalité est que plus la croissance organique de la population est basse (donc la croissance de la consommation), plus il faut recourir à des substituts artificiels.

Pourquoi toute cette dette ?

Le graphique ci-dessous devrait être celui de l’année. Cela dit, la situation aux États-Unis est relativement meilleure que celle des autres pays développés. Il montre l’effondrement de la croissance de la population américaine de la catégorie des moins de 70 ans, alors que celle des plus de 70 ans explose. Le bureau du recensement a indiqué que la croissance de la population ne fut que de 1,55 million de personnes en 2019. Cette baisse s’explique par le recul des naissances et l’effondrement de l’immigration nette. 2008 est l’année à partir de laquelle l’effondrement de la population des moins de 70 ans a démarré. Pour rappel, cette catégorie fournit plus de 90 % de la main-d’œuvre, contracte plus de 90 % des crédits, moteurs de la masse monétaire dans notre système de réserves fractionnaires. Lorsque cette croissance démographique est minimale, le mode de vie frugal des anciens détruit la monnaie en provoquant de la déflation en cascade. Seule la monétisation qui a lieu en ce moment est à même de permettre aux banques centrales de repousser la vague inexorable de déflation et d’effondrement des prix des actifs, qui devra être supportée par les générations futures.

Dans le graphique ci-dessous, on peut voir la croissance annuelle de la population de moins de 65 ans (ligne jaune) par rapport au ratio dette/PIB (lignes rouges ou bleues). La sévérité de la chute de la population en raison de la grippe espagnole ne fut pas seulement grave en raison du nombre de victimes, mais aussi de leur nature : la plupart étaient âgés de 15 à 35 ans. Ces pertes importantes dans la population en mesure de procréer ont provoqué un vide qui s’est ressenti jusque dans les années 30. 100 ans plus tard, nous revisitons un environnement qui mène grosso modo à une croissance zéro. La seule différence est que cette fois une pandémie n’est pas la source du problème, il est structurel. Le vide qui est en train de se créer cette fois va au-delà de tout ce que nous avons connu.

Combien de dette ?

Afin de mieux comprendre comment 2019 s’intègre dans le contexte global, voici le graphique qui montre la dette fédérale et le taux directeur américain. La dette de 12 trillions de dollars émise depuis 2017 ne va que s’accélérer alors que les dépenses publiques augmentent, les rentrées fiscales continuent de baisser et les engagements non provisionnés métastasent. (…)

La dette et l’emploi

Alors que la croissance de la population en âge de travailler est minimale et le sera à l’avenir, le fait que les États-Unis connaissent le plein-emploi est inquiétant. Avec peu de gens qui entrent dans la population active et ceux qui en font partie qui sont déjà employés, il sera difficile de faire croître l’emploi. Ce qui empêchera la croissance des consommateurs, des acheteurs immobiliers, etc. Vous pouvez inonder la société de dettes et de QE afin que la population existante consomme davantage, mais sans plus de têtes pour travailler et consommer, la fête est finie.

Dette et croissance de la population

Comparons les naissances annuelles (barres bleues) par rapport aux évolutions des tranches d’âge de la population. La ligne jaune représente les 15 à 40 ans, soit la population en âge de procréer. Elle devrait augmenter de 5 millions de personnes d’ici 2030. Mais comme je l’ai montré ci-dessus, nous avons perdu les flux de croissance de population anticipés en raison de l’effondrement des naissances et de l’immigration. Cela signifie que la population en âge de procréer ne devrait pas augmenter substantiellement. Et en raison de la baisse des naissances, cette population va bientôt décliner. Après quoi nous connaîtrons probablement une baisse rapide des naissances.

Naissances et dette

Certains tentent d’expliquer pourquoi il est idiot de créer de la dette par rapport à un actif tangible comme l’or. Mais pour conclure cet article, évoquons les naissances américaines (qui incluent les naissances des immigrés, légaux ou illégaux) par rapport à la dette américaine.

Lorsqu’on divise cette dette grandissante par le nombre de naissances, on obtient un résultat qui n’est pas très joli à voir. Les plus anciens chargent de la dette sur le dos des jeunes. Une dette impossible à rembourser sans faire chuter le niveau de vie. Il s’agit d’un véritable hold-up intergénérationnel.

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