Le moment que nous craignions tant est-il arrivé ?

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Les banques centrales du monde ont presque utilisé toutes leurs munitions conventionnelles

Les banques centrales du monde ont presque utilisé toutes leurs munitions conventionnelles. Malgré cela, elles n’ont pas réussi à calmer les marchés ou à dégripper des rouages essentiels du système financier international.

Nous sommes arrivés au moment que nous craignions tant. Le danger est désormais de voir cette récession mondiale (elle est bien là, et depuis des semaines) se muer en quelque chose de plus insoluble, à savoir une dépression déflationniste entraînant une vague de défauts qui détruira le système capitaliste tel que nous le connaissons.

Que peut-on faire ? Permettez-moi d’être direct. Soit les règles sont changées rapidement, soit nous risquons une liquidation mondiale désordonnée. La FED doit pouvoir agir en tant qu’acheteuse de la dernière chance de la dette des entreprises, de grands pans du système de crédit et des indices de Wall Street.

La BCE doit acquérir des pouvoirs afin de pouvoir agir en tant que véritable prêteur de la dernière chance pour les pays de la zone euro. Elle doit faire exactement ce que Lagarde a refusé de faire lorsqu’elle a déclaré que son institution n’avait pas pour mandat de resserrer les écarts de rendement obligataires. Une expression empruntée mot pour mot à Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE. Cela en dit long sur la personne qui est véritablement responsable de l’ère post-Draghi.

Ces mesures doivent être appuyées par un blitz fiscal encore plus important qu’en 2008-2009. Notamment par des promesses de socialiser les énormes pertes des entreprises privées. Ce que l’on a fait pour les banques la fois dernière, malgré leurs erreurs, doit être accordé aux autres.

Il faut geler les impôts, les remboursements de crédit, (…). Les États-Unis et l’Europe ont besoin de mettre en place un New Deal fiscal d’un total d’environ 1,5 trillion afin de relancer la machine économique.

Ce qui s’est passé ces derniers jours, ce n’est pas de la panique. Il s’agit d’une réévaluation des valorisations sur base de l’arrêt soudain des économies des grands blocs économiques mondiaux. Ce krach reflète l’effondrement des bénéfices ainsi que le risque d’insolvabilité qui se répand. Il s’agit d’une réponse rationnelle au déficit évident de leadership politique cohérent d’un G20 fonctionnel capable de contenir le Covid-19 et/ou les réactions en chaîne économiques qui pourraient se manifester. (…)

L’Europe va bientôt comprendre, peut-être dans les jours à venir, que le sparadrap apposé par les leaders européens à l’occasion de la crise de la dette n’a rien solutionné. L’absence d’union fiscale signifie que l’eurosystème reste exposé à la spirale infernale du risque souverain/bancaire de 2011/2012. À bien des égards, c’est encore plus dangereux aujourd’hui.

Dimanche, la FED n’a fait que la moitié du travail avec sa baisse des taux de 1 % et son QE de 700 milliards sur 6 mois. Mais on y est presque. Les mesures devraient, croisons les doigts, éviter la répétition des mouvements effrayants que l’on a pu voir sur les taux obligataires américains ce vendredi. (…)

Certaines mesures à prendre par la FED requièrent un changement de la loi américaine. Le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin a déclaré durant le week-end qu’il souhaite restaurer les pouvoirs d’urgence suspendus de la FED. Par exemple, elle ne peut plus sauver une seule banque (il doit y en avoir au moins 5). Elle n’a plus le droit d’émettre des crédits instantanés afin de lever les tensions sur certains marchés.

À mon avis, le Congrès devra aller encore plus loin en autorisant la FED à acheter des obligations d’entreprise, des ETF et d’autres actifs, comme la BCE et la Banque du Japon le font. La FED devra peut-être même acquérir une partie des 3,4 trillions d’obligations BBB qui menacent de basculer en junk. (…)

Cela va-t-il arriver ? Oui, parce que la classe politique américaine s’est réveillée face au désastre qui lui pend au nez. Donald Trump aime les largesses monétaires et fiscales, il n’hésitera pas.

Pour l’Europe, c’est une autre paire de manches. Le paquet fiscal européen représente moins de 0,3 % du PIB. C’est négligeable. Les achats supplémentaires de 120 milliards d’euros d’obligations sur 9 mois de la BCE ne représentent qu’une fraction infime de ce que les États-Unis font.

Bruxelles va activer une clause d’urgence qui permettra au gouvernement d’enfreindre le pacte de stabilité et de dépenser davantage pour combattre le coronavirus. C’est loin d’être adéquat. Les États les plus vulnérables doivent se débrouiller seuls. Il s’agit de l’Italie et de l’Espagne, 2 pays désormais confinés. Il y a aussi le Portugal et la Grèce, dont l’économie dépend énormément du tourisme. Les PIGS sont à nouveau en difficulté, livrés à eux-mêmes.

Source : article d’Ambrose Evans-Pritchard publié sur le Telegraph.com