L’économie réelle américaine n’est pas florissante

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« Depuis ces 10 dernières années, l’économie américaine se redresse après l’effondrement de 2008. Ce come-back semble avoir accéléré depuis quelques années. Tous les indicateurs officiels signalent que nous sommes à nouveau dans une période d’expansion économique. La Bourse grimpe, le chômage est bas et la création d’emplois est solide. Mais si on se penche sur des indicateurs alternatifs, on découvre une Amérique différente, dans laquelle la majorité ignorée vivote de mois en mois.

The Nation a récemment publié un constat général étonnant concernant les travailleurs paupérisés et les salariés sous-payés. L’un des points abordés les plus frappants concerne la vacuité de la baisse du chômage : aujourd’hui, avoir un travail ne permet pas nécessairement d’échapper à la pauvreté. Environ 12 % des Américains sont considérés comme pauvres (43 millions) alors qu’ils ont un travail. Ces gens perçoivent des revenus annuels inférieurs à 12.140 $, ce montant est un peu supérieur pour les familles de 2. Si on prend en compte les coûts du logement et de santé dans le calcul, le pourcentage d’Américains vivants sous le seuil de pauvreté passe à 14 %. Il s’agit de 45 millions de personnes.

Avec de tels revenus, il est quasiment impossible de vivre dans toute ville américaine d’une taille respectable. Cela signifie que désormais, on peut être salarié et sans domicile fixe. Rajon Menon, de The Nation, a écrit :

«Dans les grandes villes américaines, principalement à cause de l’écart grandissant entre le prix des locations et les salaires, des milliers de salariés pauvres sont sans domicile. Ils vivent dans des centres d’accueil, dans la rue, dans leur voiture ou sont accueillis par la famille.»

De moins en moins de citoyens US disposent d’économies pour affronter les périodes de chômage ou pour faire face à des dépenses impromptues. Un tiers de la population américaine n’a pas d’épargne, tandis qu’un second tiers a moins de 1000 $ d’économies. Cela signifie donc que 2/3 de l’Amérique attend son chèque de fin de mois avec impatience. Presque 50 % de la population ne gagne pas suffisamment pour vivre confortablement :

«1/3 des salariés gagne moins de 12 $ de l’heure, 42 % moins de 15 $. Il s’agit de revenus annuels de 24.960 $ et 31.200 dollars. Imaginez devoir supporter une famille avec de tels revenus vu les prix de l’alimentation, du logement, de la possession d’une voiture qui est quasi indispensable pour travailler, des soins de santé, etc.»

Même les ménages dont les 2 parents travaillent se font souvent des soucis à propos de l’argent. En moyenne, un ménage américain doit gagner 100.000 $ par an pour pouvoir vivre sans stress financier.

La hausse progressive et régulière de l’inflation a érodé le pouvoir d’achat des ménages durant la dernière décennie. The Nation indique que le salaire minimum est passé à 7,25 dollars en 2009, mais que depuis, l’inflation a réduit son pouvoir d’achat de 10 %. Cela signifie qu’en 2018, un travailleur devra travailler 41 jours supplémentaires pour bénéficier du même pouvoir d’achat qu’en 2009.

  • On anticipe une hausse de 20 % du coût des soins de santé cette année.
  • La dette des cartes de crédit a atteint un trillion de dollars, et devrait grimper de 4,7 % d’ici 2020.
  • Les salaires n’augmentent que de 2,9 % par an.
  • Les crédits étudiants représentent aujourd’hui une dette record de 1,52 trillion.

Combien de temps cela pourra-t-il durer ?

Je suis frappé de constater à quel point le secteur privé ne perçoit pas le danger d’une telle situation. Non seulement en raison des conséquences financières de l’endettement énorme des ménages, mais des éventuels troubles civils qui pourraient découler d’un nouvel événement de type 2008. La trajectoire actuelle n’est pas tenable. Même si l’État tente de réduire les inégalités, seul le secteur privé peut remettre le pays sur les bons rails en augmentant les salaires, les avantages sociaux, en investissant dans l’activité économique. (…) »

Article de Peter Georgescu, publié le 22 août 2018 sur Forbes