Les banques de Wall Street anticipent un revirement des marchés

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HSBC Holdings Plc, Citigroup Inc. et Morgan Stanley affirment voir de plus en plus de signes indiquant que les marchés mondiaux se trouvent en fin de marché haussier et que l’on va assister à un renversement du cycle économique.

Les analystes des géants de Wall Street ont cité en guise de signaux la cassure de la corrélation historique entre les actions, les obligations et les matières premières ainsi que des investisseurs qui ignorent les fondamentaux de la valorisation et la réalité des chiffres. Tout cela signifie que les actions et les marchés du crédit risquent de connaître une chute douloureuse.

« Les actions sont devenues moins corrélées avec les marchés des changes qui à leur tour sont moins corrélés avec les taux alors que le tout est de moins en moins sensible au pétrole », a écrit Andrew Sheets, stratégiste multi-actifs de Morgan Stanley, dans une note publiée le mardi 22 août.

Le modèle de sa banque indique que les actifs mondiaux n’ont jamais été aussi décorrélés depuis presque 10 ans, même après la baisse des marchés actions américains qui a embrayé sur celle du marché des obligations risquées, le tout engendré par les violences raciales en Virginie et les tensions entre l’administration Trump et la Corée du Nord.

Tout comme ils l’avaient fait à l’aube de la crise de 2007, les investisseurs valorisent les actifs sur base de risques spécifiques à un secteur ou à une classe sans se soucier du reste, tout comme les derniers chiffres de la production industrielle. Alors que les opérateurs cherchent des excuses pour rester à l’achat, les relations traditionnelles au sein et entre les classes d’actifs ont tendance à s’effilocher.

« Ces faibles corrélations macro et micro valident l’idée que nous sommes dans un environnement de fin de cycle, et ce n’est pas un hasard si la dernière fois que nous avons connu une situation similaire, c’était en 2005-2007 », a écrit Sheets. Il recommande de se positionner davantage sur les marchés actions américains tout en réduisant son exposition aux obligations d’entreprise, sur laquelle la consommation et l’énergie pèsent davantage.

C’est également cette dynamique qui contribue à la mise en sourdine de la volatilité des actions, des obligations et des devises, ce qui stimule l’appétit du risque, d’après Morgan Stanley. Malgré les turbulences de ces 2 dernières semaines, l’indice de la volatilité CBOE est toujours en course pour enregistrer une 3e année consécutive de baisse.

Selon Savita Subramanian, stratégiste en chef marchés actions américain Bank of America Merrill Lynch, le fait que les investisseurs prennent peu en compte les résultats des entreprises est signe que le marché haussier pourrait perdre en traction. Pour la première fois depuis la moitié des années 2000, les sociétés de 11 secteurs qui ont fait mieux que les prévisions de résultats des analystes n’ont pas été récompensées par les investisseurs, d’après son analyse.

« Cette absence de réaction pourrait être un autre signal indiquant que nous sommes en fin de cycle, car cela suggère que les investisseurs sont plus dans une logique de posture que de réaction à de bons résultats. »

Gaurav Saroliya, stratégiste macro d’Oxford Economics Ltd., met en évidence un autre signal inquiétant pour les investisseurs dans les marchés actions américains. La valeur ajoutée brute des sociétés non financières après inflation (valeur des biens produits desquels on a déduit les coûts de production) est désormais négative sur base annuelle.

« Le cycle des bénéfices réels des entreprises s’est inversé suffisamment pour être une source potentielle d’inquiétude pour les 4 trimestres à venir », a-t-il déclaré dans une interview. « Cela, ainsi que la valorisation élevée des marchés américains par rapport aux autres marchés majeurs, devrait inquiéter les investisseurs. »

Le consensus affirme qu’une économie qui arrive en fin de cycle d’expansion, lorsqu’on est proche du plein-emploi mais que l’élan positif ralentit, a tendance à afficher une baisse des marges bénéficiaires des entreprises. Si on se base sur les tendances enregistrées depuis les années 50, la maturité du cycle économique est arrivée à 80 %, selon Société Générale.

Après avoir conclu que les marchés du crédit sont en surchauffe, le responsable de la recherche actifs à revenu fixe de HSBC, Steven Major, a conseillé à ses clients de réduire leur exposition aux obligations corporate européennes. La prime n’est pas suffisante pour encourager les investisseurs à s’exposer aux risques de perte, mais aussi concernant la liquidité et la volatilité, selon Major.

Les analystes de Citigroup estiment également que les marchés sont sur le point d’atteindre leur pic de fin de cycle. Nous devrions ensuite connaître une récession qui propulsera les actions et les obligations dans un marché baissier.

Les écarts (de rendement) pourraient s’accroître dans les mois à venir en raison de la diminution des stimulations des banques centrales ainsi que des inquiétudes des investisseurs concernant l’endettement élevé des entreprises, ont-ils écrit. Cependant, les marchés actions pourraient poursuivre leur marche en avant en partie grâce aux rachats d’actions.

« Les bulles sont courantes en fin de marché haussier de la bourse », ont écrit les analystes de Citigroup ce vendredi.

Article de Bloomberg, publié le 22 août 2017