Les grandes banques US provisionnent 35 milliards pour se protéger des faillites et défauts

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Washington multiplie ses efforts pour limiter les faillites, les défauts et les saisies provoqués par la pandémie de coronavirus. Mais les grandes banques américaines ont toutefois décidé de se préparer au pire.

Bank of America (BAC), JPMorgan Chase, Citigroup, Wells Fargo et US Bancorp (USB) ont provisionné 35 milliards supplémentaires durant le premier trimestre afin de se protéger des défauts, selon une estimation d’Edward Jones.

Cette somme sans précédent met en évidence l’amplitude du choc économique à venir, les incertitudes quant à la reprise ainsi que de nouvelles normes comptables qui obligent les banques à faire des projections concernant les pertes potentielles engendrées par les crédits en cours.

« Je n’ai jamais vu cela de ma vie. C’est incroyable », a déclaré James Shanahan, analyste bancaire chez Edward Jones. JPMorgan, la plus grosse banque américaine, a rapporté pour le T1 une baisse de 69 % de son bénéfice en raison de la constitution de 6,8 milliards de dollars de réserves. Cet argent doit protéger la banque des défauts engendrés par la crise du coronavirus.

Contrairement à la Grande Récession, qui s’était étalée sur de nombreux trimestres, cette crise est subite. Ce facteur a exigé une réponse énergique des banques.

Bank of America, citant « des conditions économiques actuelles et à venir plus faibles », a augmenté de 3,6 milliards ses montants provisionnés pour faire face à des pertes.

« Nous pensons que les reports de paiement, ainsi que les stimulations du gouvernement pour les particuliers et les PME, devraient contribuer à minimiser les pertes, a déclaré Paule d’Onofrio, CFO de Bank of America. Cela dit, vu l’augmentation du chômage, nous pensons que les pertes des particuliers vont augmenter plus tard dans l’année, et potentiellement en 2021. »

Ce n’est peut-être que le début

Les économistes de JPMorgan ont averti que le chômage va grimper jusqu’à 20 % et que le PIB va s’effondrer d’un impensables 40 % durant le second trimestre. (…) Personne ne sait pendant combien de temps les volets de l’économie américaine seront baissés. Ni quelle sera la vigueur de la reprise après la réouverture. En cas de prolongations, les banques seront peut-être forcées d’en remettre une couche.

« L’économie restera mauvaise si nous sommes toujours confinés, si les restaurants et les salles de sport sont toujours fermés, s’il est impossible d’aller chez le coiffeur », a déclaré Shanahan.

Les défauts sur les cartes de crédit planent

La dette totale des ménages américains (hypothèques incluses) a grimpé jusqu’à 14 trillions l’année dernière, un record (1,5 trillion de plus par rapport au pic de 2008), d’après les chiffres de la FED de New York.

Les banques se préparent à une vague de défauts sur les cartes de crédit en raison des licenciements de masse. Le mois dernier, 22 millions d’Américains se sont inscrits au chômage. Un record depuis l’apparition de cette statistique en 1967.

Il y a une corrélation étroite entre hausse rapide du chômage et dettes des cartes de crédit non remboursées. Ce type de crédit était déjà en difficulté avant la crise. Le nombre d’impayés augmentait de façon constante, surtout chez les plus jeunes. (…) Citi a augmenté ses réserves de 8,5 milliards.

Le krach du pétrole va provoquer des faillites

La dette des entreprises est un autre talon d’Achille. Surtout vu l’endettement accumulé durant ces dernières années par l’Amérique des affaires. (…) Le secteur pétrolier est particulièrement touché en raison de l’effondrement des prix du pétrole. À 20 $ (note : en ce moment il est même à 15 $…), des dizaines de sociétés américaines spécialisées dans le pétrole de schiste pourraient faire faillite, comme ce fut le cas entre 2014 et 2016.

Wells Fargo a déjà annoncé que ses pertes sur les crédits accordés au secteur pétrolier allaient dépasser celles de 2014-2016. Et ce malgré le fait qu’elle a réduit son portefeuille de 20 % entre-temps.

« Nous estimons, vu les prix du pétrole, que les pertes seront substantiellement pires cette fois », a déclaré le CEO de Wells Fargo.

« Impossible de faire des prédictions »

Les PME sont aussi durement touchées par la crise. Le paquet de stimulations de 2 trillions adopté par le Congrès et la Maison-Blanche a alloué 350 milliards de crédits effaçables aux petites entreprises. Lancé le 3 avril, ce programme est déjà sold-out. Le Congrès se demande aujourd’hui s’il faut le réalimenter. Ce sera probablement le cas, pour 250 milliards, même si le timing reste incertain.

Cela dit, des économistes ont averti que des PME disparaîtront de toute façon. Surtout celles qui n’ont pas les ressources pour profiter de ces crédits d’urgence. D’autres, comme les restaurants, pourraient faire face à un manque d’activité malgré la réouverture de l’économie. « On se demande quelles sont les petites entreprises qui pourront opérer à nouveau après la levée du confinement, a déclaré David Conrad, analyste senior chez D.A. Davidson. On ne peut pas faire de prédictions vu qu’on n’a pas de précédent. »

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